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Full text of "Géographie ancienne historique et comparée des Gaules cisalpine et transalpine, suivie de l'analyse géographique des itinéraires anciens et accompagnée d'un atlas de neuf cartes;"

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GEOGRAPHIE 


A  JV  C.  I  E  JV  N  K 


HISTORIQUE  ET  COMPARÉE 

DES    GAULES 

CISALPINE  ET  TRANSALPINE. 

TOME   II. 


DE  L'IMPRIMERIE  DE  CRAPELET, 

RUE    DE    VAUGIRARD,     N"    9. 


GEOGRAPHIE 

ANCIENNE 

HISTORIQUE  ET  COMPARÉE 

DES   GAULES 

CISALPINE  ET  TRANSALPINE, 


SUIVIE 


DE  L  ANALYSE  GÉOGRAPHIQUE  DES  ITINÉRAIRES  ANCIENS, 


ET    ACCOMPAGWEE 


D  UN    ATLAS    DE    NEUF    CARTES  : 


PAR  M,  LE  BARON  WALCKEIVAER, 

MEMBRE     DE     I.'lNSTITIfT     DE     FHA^(;t: 
(académie     des     inscriptions    et    PEIJ.ES-LttTTniis), 


TOME   SECOND. 


A  PARIS, 


LIBRAIRIE   DE   P.   DUFART, 

RUE   UES    SAINTS-PÈRES,    N"    Ij 

A  S^  PETERSBOURG ,  CHEZ  J.-F.  HAUER  ET  C"=. 


GEOGRAPHIE 

ANCIENNE 

HISTORIQUE  ET  COMPARÉE 

DES  GAULES 

CISALPINE  ET  TRANSALPINE. 


DEUXIÈME  PARTIE. 

(  SUITE.  ) 

CHAPITRE  III. 

Depuis  l'an  49  avant  J.-C.  ou  704  de  Rome,  époque  du  commence- 
ment de  la  guerre  civile,  jusqu'à  l'an  27  avant  J.-C.  ou  yiô  de 
Rome,  époque  où  Auguste  tint  les  états  de  la  Gaule. 


§.  I.   Gaule  transalpine. 

Durant  les  temps  de  troubles  et  de  guerre  civile,  on 
voit  souvent  se  succéder  dans  un  pays  des  divisions 
passagères,  nécessitées  par  des  besoins  politiques,  et 
des  circonstances  impérieuses,  ou  enfin  décidées  par 
les  partis  qui  déchirent  un  État,  et  qui  éprouvent  le 
besoin  d'innover  pour  retenir  un  pouvoir  usurpé  , 
ou  quelquefois  par  le  seul  désir  d'exercer  une  puis- 
II.  I 

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2  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

sance  qu'ils  prévoient  être  de  courte  durée.  L'his- 
toire ne  daigne  que  faiblement  s'occuper  de  ces  ré- 
glemens  momentanés ,  qui  souvent  sont  révoqués 
avant  d'être  exécutés,  et  la  géographie,  qui,  dans  les 
actions  des  hommes  ,  ne  recueille  que  celles  qui  ont 
influé  d'une  manière  directe  sm'  le  sort  des  nations, 
les  passe  entièrement  sous  silence.  Cependant  ce  se- 
rait satisfaire  d'une  manière  imparfaite  au  sujet  que 
nous  traitons  ,  que  de  ne  pas  faire  connaître  les 
moindres  variations  qui  ont  eu  lieu  dans  les  divisions 
générales  des  Gaules ,  et  dont  il  est  resté  quelques 
traces  dans  l'histoire. 

Ammien  Marcellin,  qui  écrivait  vers  la  fin  du 
iv"  siècle ,  de  564  à  58o ,  est  un  auteur  qui  se  com- 
plaît dans  les  détails  géographiques.  Il  avait  fait  la 
guerre  dans  la  Gaule  transalpine,  et  il  en  donne  une 
description  fort  détaillée.  Dans  un  endroit  de  cette 
description  ,  voici  comme  11  s'exprime  :  «  Toutes 
((  les  Gaules,  après  la  conquête  ,  furent  partagées  par 
((  César,  dictateur,  en  qualre  parties  :  la  Narbon- 
((  naise,  qui  contenait  la  Viennoise  et  la  Lyonnaise  ; 
«  l'Aquitaine  ne  formait  qu'une  seule  partie  :  les 
u  Germanies  inférieure  et  supérieure  et  les  Belgiques 
«  étalent  divisées  en  deux  juridictions  '.  »  Ammien 
Marcellin  s'exprime  ici  selon  l'usage  établi  de  son 
temps  pour  les  divisions  de  la  Gaule;  mais,  pour  le 

'  AnimiaD.  Marcell.,  lib.  xv,  cap.  ii,  tom.  i,  p.  71,  edit.  Erfurdt. 
Lipsiae,  1808,  10-8".  «  Regebantur  autem  Galliae  omnes,  jam  inde 
.<  uti  crebritate  bellorum  urgenti  cessere  Julio  dictatori ,  potestate 
<(  in  partes  divisa  quatuor  :  quarum  Narbonensis  una,  Yiennensem 
«  intra  se  continebat,  et  Lugdunensem  ;  altéra  Aquitauis  praeerat 
r<  umversis  :  supeiiorein  et  iuferioreni  Gerinaniani,  Belgasque  duaî 
i(  jurisdictiones  iisdem  rexere  temporibus.  u 


PARTIE  II,  CHAP.   III.  3 

temps  dont  il  parle,  il  n'aurait  pu  être  aussi  concis,  et 
il  aurait  fallu  dire  que  César  mit  sous  un  seul  gouver- 
nement la  ProTince  romaine  et  la  Celtique;  sous  un 
autre  l'Aquitaine,  entre  la  Garonne  et  les  Pyrénées; 
et  que  la  Belgique,  proprement  dite,  fut  divisée  en 
deux  gouvernemens ,  dont  l'un  devait  comprendre 
les  Morini ,  les  Nervii  ,  les  Atrehates  ,  les  Amhiani , 
les  BelUwaci y  les  Veromandui ,  les  Suessones ,  les 
Rémi  j  les  Catalauni  ^XesTreçiri,  \ts  Mediomatrici , 
les  V^eruni,  les  Leuci ,  et  l'autre,  tout  le  pays  situé 
entre  les  Vosges  et  le  Rhin ,  et  tout  le  reste  de  la  Bel- 
gique qui  n'était  pas  compris  dans  le  gouvernement 
précédent. 

Il  y  a  bien  des  erreurs  dans  ce  passage  d'Ammien 
Marcellin,  si  l'on  en  croit  tous  les  commentateurs 
et  tous  les  géographes  modernes  qui  ont  écrit  sur  la 
Gaule  '. 

Ils  disent  que  la  Gaule,  du  temps  de  César,  n'a  ja- 
mais été  divisée  en  plusieurs  juridictions,  et  qu'elle 
était  gouvernée  par  un  seul  préteur;  que  ce  que  dit 
Ammien  Marcellin  est  relatif  à  la  division  sous  Au- 
guste; que  jamais  la  Lyonnaise  ou  la  Celtique  n'a  été 
réunie  à  la  Narbonnaise;  et  qu'enfin  les  deux  Ger- 
manies  eurent,  dès  le  commencement  de  l'arrange- 
ment d'Auguste,  un  légat  particulier,  différent  de 
celui  de  la  Belgique ,  et  que  la  division  fut  de  six  pro- 
vinces ,  et  non  de  quatre. 

Mais  si  réellement  César  a  établi  cette  division  , 
toutes  ces  critiques  tombent  d'elles-mêmes,  et  le 

'  Voyez  la  note  de  Valois,  dans  son  édit.  d'Ammien  Marcellin, 
p  io3, et  Ammiau.  3Iarcellin.,  Notœ  integice,  dans  l'édit.  de Wagnei- 
ou  d'Erfurdt,  tom.  n,  p.  162,  note  6.  —  D'Anville,  Notice,  p.  8. 


4  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

texte  d'Ammien  Maicellin  serait  exact  dans  toutes 

ses  parties. 

Or,  on  doit  observer  que  César,  durant  les  cinq 
ans  qui  s'écoulèrent  depuis  le  commencement  de  la 
guerre  civile,  49  »iis  avant  J.-C. ,  jusqu'à  sa  mort, 
en  l'an  44  >  ^'^  P^^  ^^^  laisser  la  Gaule  transalpine 
entièrement  sans  gouvernement.  A  la  vérité,  Cicéron 
nous  dit  que  César,  après  avoir  conquis  la  Gaule, 
n'eut  pas  le  temps  de  l'organiser  d'une  manière  ferme 
et  stable  :  Belluni  in  Gallia  gestum  est  :  domitce 
sunt  à  Cœsare  maximœ  nationes,  sed  nondum  legi- 
bus ,  nondum  j lue  certo^  nondum  satis  firma  pace 
devincti  '.  Par  ce  mot  de  Gallia ^  il  ne  peut  être  ici 
question  que  de  la  Gallia  cojuatay  c'est-à-dire  la  Gaule, 
à  l'exclusion  de  la  Province  romaine,  soumise  et  or- 
ganisée avant  l'arrivée  de  César.  Mais  Suétone  nous 
apprend,  cependant,  que  César  donna  à  cette  partie 
de  la  Gaule ,  nouvellement  soumise ,  la  forme  d'une 
province;  qu'il  y  envoya  des  lieutenans,  et  leur 
imposa  une  contribution  annuelle  :  Omnem,  Gal- 
liam  quœ  a  saltu  Pyrenœo,  Alpihusque  et  monte 
Gehenna yfluminihus  Rheno  et  Rhodano  continetur  ^ 
in  provinciœ  jormam  redegit ,  eique  quadringenties 
in  singulos  annos  siipendii  nomine  imposuit. 

Puis  en  708,  César  nomma  gouverneur  de  ce  pays 
Claude-Tibère  !Néron,  père  de  l'empereur  Tibère  j 
et  en  709,  il  lui  donna  ordre  ai  y  conduire  des  colo- 
nies :  nous  savons  qu'en  effet  Narbonne  et  Arles 
reçurent  à  cette  époque  des  colonies  romaines,  et  il 
est  probable  qu'il  en  fut  de  même  de  la  ville  d'Orange, 
Arausio. 

'  Cicero,  i/i  Ornlionc  de  pro\niic.  consul,  p.  5io. 


PARTIE  II,  CHÂP.  III.  5 

SI  donc,  comme  ledit  Clcéron,  César  n'eut  pas  le 
temps  d'organiser  la  Gaule  transalpine  d'une  ma- 
nière stable,  de  lui  donner  des  institutions  et  des 
lois  propres  à  j  établir  la  paix  ,  à  y  affermir  la  puis- 
sance romaine,  pourtant  il  est  certain  qu'il  s'occupa 
fortement  de  l'administration  de  ce  pays ,  surtout 
pour  établir  la  levée  régulière  des  impôts,  et  préve- 
nir les  révoltes.  Mais  pour  atteindre  ce  but,  César  se 
trouvait  forcé  de  partager  ce  pays  d'une  manière 
très  inégale,  parce  qu'une  partie  était  entièrement 
subjuguée,  tandis  que  d'autres  ne  l'étaient  qu'impar- 
faitement, et  il  devait,  d'après  la  situation  où  étaient 
alors  les  Gaules  ,  adopter  précisément  la  division  que 
nous  indique  Ammien  Marcellin.  En  effet,  il  était 
convenable  de  réunir  en  un  seul  gouvernement 
toute  la  portion  de  la  Gaule  bien  soum:ise  aux  Ro- 
mains, c'est-à-dire  la  Narbonnaise  et  la  Celtique.  Il 
fallait  donner  le  commandement  d'une  autre  partie 
des  forces  destinées  à  contenir  la  Gaule ,  à  celui  qui 
se  trouvait  chargé  de  commander  aux  Aquitains  in- 
domptés. Il  était  nécessaire  aussi  de  partager  en  deux 
les  forces  envoyées  dans  cette  redoutable  Belgique , 
et  de  confier  à  un  seul  gouverneur  toute  la  défense 
des  frontières  bordées  par  le  Rhin ,  et  de  donner  à 
un  autre  le  soin  d'en  imposer  à  tous  ces  Belges  que 
César  avait  eu  tant  de  peine  à  vaincre.  Si  on  admet- 
tait ce  texte  d' Ammien  Marcellin  comme  exact,  on 
expliquerait  alors  la  prétendue  méprise  de  Stra- 
bon  • ,  qui  attribue  à  César  exactement  la  même 
division   des   Gaules.   Il   résulterait   de   cet    auteiu' 

'  btrabo,  lib.  iv,  p.  ii-j. 


6  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

qu'Auguste  ne  fit  d'abord  d'autre  changement  ii 
cette  division  ,  que  d'agrandii'  l'Aquitaine ,  et  de 
l'étendre  jusqu'à  la  Garonne  en  l'augmentant  de 
quatorze  peuples;  et  c'est  en  faisant  allusion  à  cette 
première  division  de  César,  que  Pline  '  aura  étendu 
la  Belgique  jusqu'à  l'Escaut.  Si ,  après  tous  ces  rap- 
prochemens,  on  observe  encore  qu'Ammien  Mar- 
cellin  a  bien  soin  de  nous  dire  que  Jules  César  fit 
ce  partage  en  vertu  de  sa  puissance  dictatoriale, 
Julio  dictatori  potestate ,  on  sera  convaincu  que 
c'est  à  tort  qu'on  a  accusé  cet  auteur  d'erreur,  et 
que  la  division  dont  il  nous  parle  a  réellement  eu 
lieu;  mais  elle  ne  fut  pas  de  longue  durée.  Trois  ans 
après,  et  l'année  même  de  sa  mort.  César  avait  réuni 
la  Province  romaine  ou  la  Gaule  narbonnaise,  à 
l'Espagne,  et  en  avait  formé  un  seul  gouvernement, 
qu'il  donna  à  Lépide  '.  Ainsi  nous  voilà  en  quelque 
sorte  revenus,  sous  ce  rapport,  comme  à  l'époque  de 
Scylax ,  où  ribérie  se  trouvait  mêlée  relativement  aux 
habitans  avec  les  parties  méridionales  de  la  Gaule, 
mélange  qui  eut  encore  lieu  sous  Constantin ,  par  la 
création  des  diocèses  :  la  Gaule,  l'Ibérie  et  File  de 
Bretagne ,  formant  alors  une  seule  préfecture  gou- 
vernée par  un  seul  magistrat. 

Lorsque  les  triumvirs  se  partagèrent  les  provinces, 
l'année  qui  suivit  la  mort  de  César,  en  l'an  43,  cet 
arrangement  fut  continué.  Lépide  retint  l'Espagne 
et  la  Narbonnaise,  et  le  reste  de  la  Gaule  fut  donné 
à  Antoine.  Cette  même  année  on  conduisit,  par  or- 
dre du  Sénat,  une  colonie  au  confluent  de  la  Saône 

'  Plinius,  lib.  iv,  cap.  ij. 

'  Dir,  Cassius,  lih    xi.iii,  p.  24". 


PARTIE  II,  CHAr.   III.  7 

et  du  Rhône,  sous  le  commandement  de  L.  Plancus  ' . 
Cette  colonie  bâtit  ou  agrandit  la  ville  de  Lugdunum, 
Lyon,  depuis  si  célèbre,  et  qui  devint  par  la  suite 
la  capitale  d'une  province  à  laquelle  elle  donna  son 
nom.  Cette  province  renferma  une  grande  portion 
de  l'ancienne  Celtique. 

Bientôt  Antoine ,  ayant  enlevé  le  commandement 
à  Lépide,  réunit,  l'an  41  avant  J.-C. ,  les  Gaules  et 
l'Espagne  sous  sa  puissance  "  ;  ces  contrées  lui  furent 
enlevées  par  Auguste,  qui  combattit  encore,  soit  par 
lui-même,  soit  par  ses  lieutenans,  les  Aquitains,  les 
Morins,  et  d'autres  peuples  de  la  Gaule  ^  Enfin  ,  l'an 
27  avant  J.-C. ,  Auguste  tint  à  Narbonne  les  états  de 
toute  la  Gaule;  il  en  régla  l'administration,  et  fit  une 
nouvelle  division  qui  forme  une  mémorable  époque 
dans  la  géographie  de  cette  contrée.  Avant  de  nous 
en  occuper,  il  est  nécessaire  de  remarquer  que,  dix 
ans  avant,  Marcus  Agrippa  avait  fait  alliance  avec 
les  Germains  d'au-delà  du  Rhin,  et  qu'il  avait 
permis  aux  Ubii  de  s'établir  dans  la  Gaule.  Cette  na- 
tion ,  qui ,  dès  le  temps  de  César,  par  ses  fréquen- 
tations avec  les  Gaulois,  avait  déjà  contracté  les 
mêmes  moeurs  et  les  mêmes  habitudes  '♦,  était  per- 
sécutée par  les  Cattes ,  ses  voisins  ;  elle  paraît  donc 
s'être  transportée  tout  entière  de  l'autre  côté  du 
Rhin ,  et  avoir  occupé  un  territoire  que  la  deslruc- 

'  Dio  Cassius,  lib.  xlvi,  5o.  —  Senecae  EpistoL,  lib.  xiv,  91. 

"  Appian.,  de  Bello  civili,  lib.  xlv,  p.  700.  —  Recueil  des  Hist, 
de  Fr.,  tom.  i,  p.  459- 

'  Appian.,  ibid. 

''  Caesar,  lib.  iv,  cap  3.  «  Et  ipsi  (Ubii)  propter  propinquitateni, 
«  gallicis  sunt  moribus  adsuefacti.  »  Confér.  cap.  16;  lib.  vi,  cap.  10, 
9.9  j  lib.  II,  cap.  54.  —  Tacit.,  Hisl.,  lib.  iv,  cap.  28. 


8  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

tion  des  Eburones^  et  la  dépopulation  produite  par 
des  guerres  continuelles,  avait  laissé  désert'.  La  ca- 
pitale des  Ubiihit  nommée  oppidum  Ubiorum  axant 
d'avoir  reçu  la  colonie  qui  lui  fit  donner  le  nom 
à'Agrippina;  la  position  de  Colonia  Agrippina  à 
Cologne  moderne  est  prouvée  par  la  route  de  la 
Table  et  de  l'Itinéraire  qui  conduisait  le  long  du 
Rhin'.  Colonia  A grippina  est  du  petit  nombre  des 
villes  de  la  Gaule  dont  nous  possédons  des  médailles, 
et  dont  le  nom  est  mentionné  sur  des  inscriptions  '. 
Les  f/(^«  paraissent  avoir  successivement  occupé  tout 
le  pays  situé  entre  la  Roer  et  le  Rhin ,  qui  se  trouve 
borné  au  nord  par  une  ligne  tirée  depuis  l'embou- 
chure de  la  Roer  à  Ruremonde  jusqu'à  Crevelt;  et 
par  les  montagnes  qui  ,  au  midi ,  formaient  la  limite 
des  Treviri;  et,  à  l'orient,  par  le  Rhin. 

Voilà  tout  ce  que  nous  fournit  ce  court  période 
sur  les  divisions  des  peuples  en  général  :  quant  aux 
lieux  de  la  Gaule  qui  se  trouvent  pour  la  première 
fois  mentionnés  dans  l'histoire  pendant  cet  inter- 
valle de  temps ,  le  plus  remarquable  après  Lugdu- 
nuiii  j  Lyon  ,  est  Cularone ,  et  nous  avons  déjà  eu 
occasion  de  déterminer  la  position  de  ce  lieu  "♦,  pour 
la  première  fois  mentionné  dans  une  lettre  de  Plancus 

'  Strabo,  lib.  iv,  p,  194.  —  Tacit.,  Annal.,  lib.  xii,  cap.  27;  ihid., 
Hist.,  lib.  IV,  cap.  28;  de  M  or  i  bus  Germanor.,  cap.  28;  Annal., 
lib.  I,  cap.  56,  37  et  59.  —  Plinius,  lib.  iv,  cap.  17.  —  Paulus  Oro- 
sius,  lib.  VI,  cap.  8.  —  Gruter.,  Inscript.,  p.  170,  n°  2  ;  Recueil  des 
Hist.  de  Fr.,  toin.  i,  p.  i43. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  MioDnet,  Descript.  des  Médailles,  t.  i.  —  Muratori,  Inscript,, 
tom.  I,  p.  Mxx. 

'»  Voyez  ci-dessus,  part,  u,  ch.  2,  tom    1,  p.  265. 


PARTIE  lï,  CHAP.  III.  9 

à  Cicéron.  Dans  deux  lettres  précédentes  du  même, 
qu'on  peut  rapporter  au  mois  de  mai  de  l'an  45  avant 
J.-C,  il  est  dit  qu'Antoine  est  arrivé  à  Forum  Julii 
avec  son  armée,  et  que  Lépide  campe  à  Forum  Vo- 
conii y  qui  est  à  24  milles  de  Forum  Julii  \  C'est 
pour  la  première  fois  qu'il  est  fait  mention  de  ces 
deux  lieux,  et  Plancus  indique  parfaitement  leurs 
distances  respectives,  qui  s'accordent  aussi  avec  celles 
qui  sont  données  par  l'Itinéraire  et  la  Table,  les- 
quelles déterminent  la  position  de  Forum  J^oconii 
à  un  lieu  nommé  Le  Canet,  et  celle  de  Forum  Julii  à 
Fréjus,  par  le  moyen  des  routes  qui  aboutissent  et 
se  rattachent  à  Aquœ  Sextiœ ,  Aix;  Reity  Rez;  et 
Antipolis  y  Antibes  \  La  position  de  Forum  Julii  à 
Fréjus  se  trouve  encore  démontrée  par  les  mesures 
de  Ptolémée  et  par  les  ruines  du  port  construit  par 
les  Romains,  dont  Pline  et  Tacite  ont  parlé  ^  Ces 
ruines  prouvent  que  les  attérissemens  des  sables, 
charriés  par  l'Argents,  ont  empiété  sur  la  mer  en- 
viron 5oo  toises.  Une  lettre  de  Lépide/  écrite  à  peu 
près  en  même  temps  à  Cicéron ,  confirme  encore  la 
lettre  de  Plancus. 

«  Je  suis  arrivé,  dit  Lépide  dans  cette  lettre,  sans 
«  m'arrêter,  à  Forum  Voconii  ;'^^\  placé  mon  camp 

•  Epistol.  Planci  ad  Ciceronem ,  lib.  x,  epistol.  i5  et  17. 

*  Analyse  des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Bouche,  Hist.  de  Provence,  liv.  m,  chap.  4-  —  Papon,  Hist.  de 
Provence,  tom.  i,  p.  56.  —  Tacitus,  Annal.,  n,  cap.  11.  —  Strabo, 
lib.  IV,  p.  i84-  —  Mêla,  lib.  11,  cap.  5.  —  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m, 
cap.  4.  —  Ptolemaeus,  lib.  11 ,  cap.  8.  —  Muratori ,  Inscript.,  tom.  i , 
p.  461  ,  n°  5  ;  p.  642  ,  n"  6.  —  Honoré  Bouche,  Chorogr.  de  la  Pro- 
vence, tom.  I,  p.  9.47.  —  Gérardin,  Hist.  de  Fréjus.  —  Zacharie, 
Excurs.  litterar. ,  p.  54-  —  Texier,  Mémoire  sur  Fréjus. 


10  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

((  un  peu  au-delà,  sur  les  bords  du  ileuve  Argenteas. 
«  Le  1 1  des  calendes  de  juin,  de  mon  camp,  au  Pons 
((  Argenteus.  » 

Il  est  très  évident,  ainsi  que  l'a  bien  vu  d' An- 
ville,  que  \ Argenteus  jluvius  est  la  rivière  d'Argents 
({ui  coule  un  peu  à  l'est  de  Canet  ou  de  Forum  Vo- 
conii ,  et  que  Pline  indique  aussi  comme  coulant  à 
Fréjus,  parce  qu'elle  passe  en  effet  à  peu  de  distance 
à  l'ouest  de  cette  ville.  Ainsi  donc  le  Pons  Argenteus 
est  bien  placé  à  l'endroit  où  la  route  romaine  qui ,  de 
Forum  Voconii  conduisait  à  Fréjus,  coupait  la  ri- 
vière Argents;  or,  encore  aujourd'hui,  le  pont  qui 
sert  à  la  route  moderne  se  trouve  sur  la  même  direc- 
tion, entre  Vidauban  et  Les  Arcs.  Ceci  confirme 
l'exactitude  des  mesures  qui  portent  Forum  Voconii 
à  Canet  :  en  effet ,  nous  avons  vu  que  Plancus  écrit 
à  Cicéron  que  Lépide  campait  à  Forum  Voconii^ 
tandis  que  ce  dernier  nous  apprend  que  c'était  un 
peu  plus  loin ,  au  Pons  Argenteus.  Pour  que  Plan- 
cus ,  qui  était  bien  instruit ,  se  soit  exprimé  de  cette 
manière,  il  faut  que  ces  deux  lieux  aient  été  très  rap- 
prochés. Ils  seraient,  au  contraire,  très  éloignés  l'un 
de  l'autre,  si  on  plaçait  Forum  Voconii  à  Gonfaron, 
comme  le  veut  d'Anville  ',  d'après  un  vague  rapport 
de  noms,  mais  contre  le  résultat  positif  des  mesures. 
Pline  donne  à  Forum  Voconiile  titre  de  ville  latine  ". 

11  paraît  que  V  Argenteus  Jluvius  que  Ptolémée  ^  place 
entre  Olbia  et  Forum  Julium^  ne  peut  être  consi- 
déré comme  le  même  que  \  Argenteus flunus  de  Lé- 

'  D'Anville,  Notice  de  In  Gaule,  p.  320. 

"  Plin. ,  III,  5. 

^  Ptolemaeu.s,  Geogr.,  lib.  m. 


PARTIE  II,  CHAP.  III.  n 

pide  et  de  Pline;  du  moins  le  géographe  grec  éloigne 
trop  ce  fleuve  de  Forum  Julium,  et  le  rapproche  trop 
Ôl  Olbia  pour  que  cela  soit  ainsi  :  d'ailleurs  ses  me- 
sures portent  son  Argenteas  fliwius  à  la  plage  d'Ar- 
gentière  et  à  la  rivière  de  ce  nom  '.  La  colonie  qui 
fut  établie  à  Forum  Julii  en  l'an  710,  et  le  port 
de  cette  ville ,  qui  fut  très  fréquenté ,  font  que 
Pline  ajoute  à  son  nom  le  titre  ôi  Octavanorum 
colonia  j  quœ  Pacensis  appellatur  et  Classica.  Ta- 
cite la  nomme  Navale  Augusti  et  Colonia  vêtus  et 
illustris  \ 

§.  II.  Gaule  cisalpine. 

C'est  dans  la  Gaule  cisalpine  que,  pendant  cette 
courte  période ,  les  divers  partis  se  livrèrent  les  prin- 
cipaux combats  qui  devaient  décider  des  destinées  de 
l'empire  ^  romain  ;  mais  le  récit  de  ces  événemiens 
ne  présente  rien  de  nouveau  pour  la  géographie. 
Nous  observerons  seulement  qu'après  César  la  Gaule 
cisalpine  fut  toujours  une  province  séparée  de  la 
transalpine,  et  ne  fut  plus  accordée  à  un  seul.  Dans 
une  lettre  de  Galba  à  Cicéron,  il  est  aussi  fait  men- 
tion ,  pour  la  première  fois,  d'un  lieu  nommé  i^orwm 

'  Voyez  V Analyse  des  mesures  de  Ptole'mee  pour  les  côtes  méri- 
dionales de  la  Gaule,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

"  Plancus  ad  Cicer.,  x  ,  i5,  i6.  —  Plin.,  m,  5.  —  Mêla  ,  ii ,  5.  — 
Ptolem.,  II,  lo.  —  Tacit.,  Annal.,  ii,  63;  iv,  5.  —  Hist.,  343. — 
Agricol.  r.  —  M.  Texier  a  levé  le  plan  des  ruines  antiques  de 
Fréjus. 

'  Plutarchus,  in  Bruto,  p.  993.  —  Tit.  Liv. ,  Epitome,  lib.  cxvii 
et  cxix.  —  Velleius  Paterculus ,  cap.  60  à  63.  —  Dionis  Cassii 
lib.  XLV.  —  Cicero ,  Philippica  iv,  p.  614.  —  Id.,  Philippica  mm.  — . 
Id.  ,  Epistol.  ad  familiares ,  lib.  vr ,  viu  et  x.  — Plutarchus,  in 
Cicérone,  et  in  Marco  Antonio.  —  Appianus,  de  Bclla  cii'ili. 


12  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Gallorurriy  près  duquel  le  consul  Hirtlus  Pansa  défit 
l'armée  d'Antoine.  Frontin  et  Appien  confiraient 
aussi  la  lettre  de  Galba*.  Forum  Gallorum  se  trouve 
placé,  dans  la  Table  de  Peutinger,  sur  la  route  di- 
recte et  parfaitement  droite  qui  conduit  de  Mutina , 
Modène,  à  Bononia ^  Bologne,  et  les  mesures  de 
cette  route  déterminent  la  position  de  ce  Forum  à 
San-Donino,  et  tout  près  de  Castel- Franco  ou 
Urbino  '. 

'  Epistola  Galhœ  ad  Ciceronem ,  apud  Cicero,  Epistohfamiliar., 
epistol.  5o.  — Frontinus,  Stratagem. ,  lib.  ii,  cap.  5.  —  Appian., 
Civil,  bellor.,  lib.  m,  68  et  suiv. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.   IV.  13 


CHAPITRE   IV. 

Depuis  l'an  27  avant  J.-C.  jusqu'à  l'an  8  après  J.-C,  ou  depuis  la 
première  division  de  la  Gaule  par  Auguste,  jusqu'à  la  création  des 
deux  commandemens  ou  provinces  militaires,  nommées  la  pre- 
mière et  la  seconde  Gei-manie. 


§.  I.  Préliminaires . 

Les  nations  les  plus  policées  de  l'univers ,  les  plus 
belles,  les  plus  riches  et  les  plus  fertiles  contrées  de 
l'Europe,  de  l'Asie  et  de  l'Afrique,  réunies,  pen- 
dant quarante  ans,  sous  un  gouvernement  juste  et 
bienfaisant;  tous  les  Etats  qui  s'étaient  illustrés  par 
des  faits  éclatans,  ou  par  les  productions  du  génie, 
autrefois  continuellement  divisés ,  désormais  unis 
par  les  mêmes  lois,  et  par  la  même  volonté,  ne  for- 
mant plus  que  les  branches  diverses  d'une  même  fa- 
mille; tels  sont  les  caractères  principaux  qui  distin- 
guent de  tous  les  autres  règnes  le  règne  d'Auguste,  et 
le  rendent  le  plus  mémorable  de  tous  ceux  que  nous 
offrent  les  annales  du  genre  humain. 

Cette  époque  est  aussi ,  après  celle  de  César,  la 
plus  importante  que  nous  ayons  à  traiter. 

Toute  la  vaste  chaîne  des  Alpes ,  auparavant  con- 
nue seulem.ent  dans  les  parties  voisines  des  passages 
qui  servaient  de  commimication  entre  les  deux  Gau- 
les, fut  soumise  ,  soit  par  les  armées ,  soit  par  la  sage 
politique  d'Auguste.  Les  noms  des  petits  peuples 
qui ,  depuis  des  siècles ,  étaient  mystérieusement  ca- 


14  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

chés  dans  les  Tallées  escarpées  formées  par  ces  mon- 
tagnes, paraissent,  pour  la  première  fois,  au  grand 
jour  de  l'histoire  '. 

Les  limites  de  la  Gaule  transalpine  franchissent  l'île 
des  Bataves ,  et  sont  reculées  jusqu'au  bras  septen- 
trional du  Rhin'. 

Les  frontières  de  l'Empire,  marquées  par  ce  fleuve, 
sont  fortifiées  et  affermies  par  des  forts  établis  de 
distance  en  distance  ^. 

Les  nations  belliqueuses  de  la  Germanie,  autrefois 
toujours  menaçantes,  sont  réduites  à  se  défendre  sur 
leur  propre  territoire  ;  et  des  colonies  de  Sicambres 
et  de  Germains  sont  transportées  dans  les  Gaules,  et 
consentent  à  \ivre  sous  la  domination  des  lois  ro- 
maines*. L'Aquitaine  est  domptée,  ainsi  que  tous  les 
peuples  des  Pyrénées  ^. 

Toutes  les  séditions ,  toutes  les  révoltes  qui  trou- 
blaient la  tranquillité  des  Gaules  sont  apaisées  ou  ré- 
primées, et  l'on  y  envoie  plusieurs  colonies  romaines 
qui  contribuent  à  les  rendre  florissantes  ^  ;  mais  Lyon, 
une  de  ces  colonies,  les  éclipse  toutes ,  et  reçoit  l'en- 

'  Dio  Cassius,  lib.  liv,  p.  558.  —  Recueil  des  Hist.  de  Fr.,  toin.  i, 
p.  522  et  536.  —  Paulus  Orosius,  cap.  12.  —  Recueil  des  Hist.  de 
Fr.,  tom.  I,  p.  596. 

"  Velleius  Paterculus,  cap.  io5.  —  Recueil  des  Hist.  de  Fr., 
tom.  I,  p.  070. 

^  Florus,  iib.  iv,  cap.  12.  — Eutropius,  lib.  vu,  p.  547. 

''Horatius,  lib.  iv,  od.  i4,  vers.  49-  —  Tit.  Liv.,  Epitome , 
lib.  cxxxvn  et  cxxxix.  —  Suetonius,  ia  Tiberio,  cap.  g,  et  F'ita  Cœ- 
sari  jéugusti,  cap.  21.  —  Tacit.,  Annal. ^  lib.  xii,  cap.  Sg.  —  Eutro- 
pius, lib.  VI,  p.  571.  —  Aureliiis  Yictor.,  August.,  cap.  1. 

'  TibuUus,  lib.  i ,  eleg.  8,  vers.  i.  —  Appian.,  lib.  iv,  p.  61  r. 

*  Dio  Cassius,  lib.  lui,  p.  528.  —  Suetonius,  in  Tiberio  Nerone 
Cœsare,  cap.  9.  —  Sti-abo,  lib.  iv,  p.  178;  trad.  fr. ,  tom.  u,  p.  5 
et  92.  — Dio  Cassius  ,  lib.  r.iv,  p.  5^7. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  15 

cens  et  les  voeux  de  tous  les  peuples  des  Gaules  en 
faveur  d'Auguste  ' . 

Des  routes  sont  percées  et  pratiquées  par  les  soins 
du  sage  Agrippa,  et  les  provinces  les  plus  reculées 
peuvent  facilement  communiquer  entre  elles  et  avec 
l'Italie  \ 

Enfin  l'administration  des  Gaules  est  définitive- 
ment organisée;  des  divisions  nouvelles,  et  confor- 
mes à  la  géographie  naturelle,  sont  établies  d'une 
manière  stable  ^ 

Tels  sont  les  détails  qui  distinguent  les  deux  épo- 
ques qui  vont  suivre;  la  connaissance  des  peuples  des 
Alpes  en  est  le  trait  principal ,  et  les  nouveaux  détails 
géographiques  qu'elle  peut  nous  fournir  sont  les  pre- 
miers dont  nous  devions  nous  occuper,  conformé- 
ment au  plan  que  nous  a\7ons  adopté  de  déterminer 
d'abord  l'emplacement  des  peuples  d'après  l'ordre 
des  temps  selon  lequel  Ils  ont  commencé  à  figurer 
dans  l'histoire.  Quoiqu'un  grand  nombre  de  ces  peu- 
ples soient  situés  hors  des  contrées  soumises  à  nos  re- 
cherches, et  auxquelles  appartient  spécialement  le 
nom  de  Gaule,  cependant  les  chaînes  de  montagnes 
qu'habitaient  ces  peuples  renferment  les  Gaules  dans 
leurs  vastes  contours,  et  devraient  en  faire  partie  si 
on  ne  consultait  que  ce  que  demande  la  géographie 
naturelle.  D'ailleurs  il  est  nécessaire  de  connaître  ces 
montagnes  pour  fixer  avec  précision  les  limites  des 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  192.  —  Dionysius  Halicarnassius,  ex  Epitome 
lib.  cxxxvii.  —  Suetonius,  in  Claudio  Cœsare. 

"  Strabo ,  lib.  iv,  p.  207;  tom.  n,  p.  loi,  de  la  trad.  française. 

^  Dio  Cassius,  lib.  lui,  p.  717.  —  Tit.  Liv.,  Epitome,  \\h  cxxxiv, 
—  Appian.,  de  Bello  civili ,  lib.  v. 


16  GÉOGRAPHIE  ANCIENJ^E  DES  GAULES, 

deux  Gaules,  qui  avaient  avec  les  liabitans  leurs  vallées 
escarpées  des  frontières  communes.  On  sait  qu'en 
géographie,  une  position  n'est  certaine  qu'autant 
qu'on  s'est  aussi  assuré  de  l'exactitude  de  celles  qui 
l'avoisinent. 

Après  avoir  fixé  l'emplacement  des  peuples  alpins 
soumis,  et,  en  quelque  sorte,  découverts  par  Auguste, 
nous  ferons  connaître  les  grandes  divisions  qu'il  éta- 
blit dans  les  deux  Gaules. 

Mais ,  avant  tout,  il  est  nécessaire  de  déterminer 
quels  furent ,  non  seulement  pendant  le  siècle  d'Au- 
guste, mais  pendant  toute  la  période  de  temps  que 
nous  traitons,  les  limites  respectives  des  deux  Gaules; 
c'est-à-dire  d'assigner,  parmi  les  peuples  dont  nous 
avons  déjà  fixé  la  position  et  l'étendue,  ceux  qui  ap- 
partenaient aux  deux  Gaules  et  à  l'Italie  proprement 
dite;  ceux  qui  appartenaient  à  la  Gaule  transalpine 
ou  à  la  Gaule  cisalpine;  c'est-à-dire,  à  la  Gaule  dans 
la  signification  la  plus  ordinaire  de  ce  nom,  ou  à 
l'Italie  dans  son  sens  le  plus  général. 

§.  II.  Limites  des  deux  Gaules. 

Pline  et  Strabon  ',  ainsi  quePtolémée  %  indiquent 
le  fleuve  Arsia,  la  rivière  Arsa,  comme  une  des  extré- 
mités orientales  de  la  Gaule  cisalpine;  l'autre  extré- 
mité, de  ce  côté,  se  terminait  autrefois  à --^jîj^mwW^ 
ou  l'Esino  moderne,  ou  même  à  Ancône;  mais  nous 
avons  déjà  observé  que,  du  temps  de  César  et  posté- 
rieurement, cette  limite  était  fixée  au  Rubico  ou 

■  Plinius,  lib.  m,  cap.  5,  19  et  21.  —  Strabo,  lib.  iv. 
°  Ptolemaeus,  lib  m,  cap.  i ,  p.  70 ,  édit.  de  Bertius  :  «  Arsia  flu 
«  vins  finis  Italiae.  »  —  Cohimella,  de  Re  rustica ,  lib.  vu,  cap.  2. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  17 

Rigone,  et  nous  avons  cité  en  témoignage  Cicéron 
dans  sa  sixième  Philippique,  Plutarque  dans  sa  Vie 
de  Jules  César,  Jules  César  même,  Suétone,  Appien, 
Lucain  et  Ptolémée  '  :  Strabon,  surtout,  nous  dit 
par  deux  fois  '  que  les  anciennes  limites  de  la  Gaule 
cisalpine  étaient  autrefois  \ Msis  flu^^ius ,  et  qu'en- 
suite ces  limites  avaient  été  fixées  au  Riihico.  Ce- 
pendant Mêla  %  qui  écrivait  sous  Claude,  met  encore 
Ancona  sur  la  limite  de  la  Cisalpine  ;  et  Pline ,  se 
contredisant  lui-même,  dit  que  le  rivage  de  cette 
partie  de  la  Gaule  connue  sous  le  nomi  de  Gaule 
togée,  Gallia  togata,  commence  à  partir  à' Ancona  : 
Strabon  dit  aussi  que  la  Celtique  ou  Gaule  est  entre 
les  Alpes ,  la  mier  Adriatique  et  les  Apennins ,  et 
s'étend  jusqu'à  Âriminum  et  Ancona  '^. 

Pour  expliquer  ceci,  il  faut  se  rappeler  ce  que  j'ai 
dit  précédemment.  Les  Gaulois  occupaient  primi- 
tivement lowtle  Picenuin,  qui  comprenait  non  seu- 
lement la  marche  d'Ancône ,  mais  encore  le  duché 
d'Urbin.  Polybe  nous  apprend  que  les  Gaulois  Se- 

•  Cicero,  Philippica  6.  —  Plutarchus,  in  Ccesarc.  — Appianus , 
de  Bello  civili,  lib.  ii.  —  Suetonius,  in  Vita  Cœsaris ,  cap.  3o.  — 
Caesar,  Comment,  de  Bello  civUi,  i.  —  Lucanus,  lib.  i.  —  Ptole- 
maeus,  lib.  ii. 

'  Strabo,  lib.  v,  p.  iSy  et  i6o,  ou  p.  217  de  l'édit.  de  Cas.,  tom.  11, 
p.  159,  de  la  trad.  fr. 

'  Mêla,  n,  4  =  «  Ancon  inter  gallicas  italicasque  gentes  quasi  ter 
«  minus  interest.  »  —  Sui'  Ancona,  voyez  encore  César,  de  Bello 
civili,  lib.  1.  —  Cicero,  Episiol.  adfamil.,  lib.  xvi,  epist.  12,  in 
Philippica  12.  —  Tit.  Liv.,  lib.  xli   —  Tacitus,  Annal.,  lib.  m.  — 
Silius,  lib.  VIII.  —  Lucanus,  lib.  11.  —  Juvenalis,  Satjr.  5. 

''  Strabo,  lib.  v,  p.  211  ;  et  tom.  n,  p.  iio,  delà  trad.  fr.  —  Plin., 
lib.  m,  cap.  i4  '■   «  Ab  Ancona  gallica  ora  incipit,  togatae  Gallia; 
«  cognomine;  •»  et  lib.  m,  cap.  i5,  il  place  les  lirailes  de  la  huitième 
région  près  d'Ariminie.  —  Confère:;  Procop.,  Rer.  Got.,  11. 
H.  2 


18  (iÉOGRAPHlE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

noues  furent  entièrement  expulsés  de  ce  pays  par  les 
Komalns,  qui  s'en  emparèrent  et  le  partagèrent  entre 
eux.  Il  fut  donc,  par  le  fait,  retranché  de  la  Gaule 
cisalpine,  ou  des  contrées  possédées  en  Italie  par  les 
Gaulois.  La  limite  septentrionale  de  ce  territoire,  qui 
leur  avait  été  enlevé,  et  qui  se  trouvait  près  àHAri- 
niiîiiun,  Rimini,  fut  aussi  celle  de  la  Gaule  cisalpine; 
mais  lorsque  cette  dernière  contrée  eut  été  entière- 
ment conquise  par  les  Romains,  et  soumise  à  leur 
gouvernement,  aussi  bien  que  la  portion  qui  avait 
appartenu  aux  Senones ,  elle  ne  changea  point  de 
nom  ;  de  sorte  que ,  par  ce  nom  de  Gallia  cisalpina, 
on  pouvait  entendre  tout  le  pays  primitivement  dé- 
signé ainsi,  ou  seulement  celui  qui  fut  possédé  en 
dernier  lieu  par  les  Gaulois,  et  à  l'exclusion  du  ter- 
ritoire des  Senones.  Dans  le  premier  sens,  la  limite 
de  la  Gaule  cisalpine  était  au  Rubico;  dans  le  second, 
h  Ancona  ou  à  \  JEsis,  la  rivière  Esino,  qui  est  à  côté  : 
en  effet,  Strabon  nous  apprend  que  le  sénat  tantôt 
resserra  les  limites  de  la  Cisalpine  jusqu'au  Rubicon,  et 
tantôt  les  prolongea  jusqu'à  Ancône  ' .  Ainsi  l'histoire, 
les  décisions  de  l'autorité  suprême,  l'usage,  ayant 
souvent  varié  dans  la  détermination  de  ces  limites,  il 
n'est  pas  étonnant  que  les  auteurs  aient  aussi  varié,  et 
se  soient  contredits  en  copiant  différentes  autorités, 
et  en  n'ayant  pas  soin  de  distinguer  les  temps.  Cette 

'  StraLo,  lib.  v,  p.  22y  ;  tom.  ii,  p.  176,  de  la  trad.  fr.  Strabon , 
dans  cet  endroit,  se  fondant  sur  ce  que  toute  l'Italie  (c'est-à-dire 
l'Italie  romaine)  est  reculée  jusqu'aux  Alpes,  ne  veut  pas  qu'on 
s'occupe  de  ces  limites,  et  semble  ne  plus  vouloir  admettre  que  des 
divisions  fondées  sur  l'origiue  des  peuples  ;  il  veut,  par  cette  raison, 
placer  Ravenne  dans  l'Ombrie,  parce  qu'elle  est  peuplée  d'Om- 
briens. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  19 

erreur  était  d'autant  plus  facile  à.  commettre ,  que 
cette  portion  de  l'ancienne  Cisalpine,  qui  avait  ap- 
partenu aux  Senones ,  quoique  réunie  au  Picenum, 
et  ne  faisant  plus  partie  de  la  Gaule,  forma  cependant 
un  district  particulier  qui,  en  mémoire  de  ses  pre- 
miers maîtres,  fut  appelé  la  Campagne  gauloise,  ager 
Gallicus  \  Or  il  paraissait  peu  naturel  de  ne  pas 
comprendre  dans  la  Gaule  la  Campagne  gauloise  ; 
mais,  dès  le  temps  de  Jules  César,  la  limite  de  la 
Gaule  cisalpine  resta  définitivement  fixée  au  Rn- 
hico.  Lors  donc  que  nous  nous  occuperons  par  la 
suite  de  la  Senonie  ou  de  la  Campagne  gauloise,  le 
lecteur  est  prié  de  se  souvenir  que  c'est  par  la  raison 
que  ce  district  fit  autrefois  partie  de  la  Gaule  cisal- 
pine, et  non  parce  qu'il  en  dépendait  aux  époques 
dont  nous  traitons. 

Sur  la  côte  occidentale ,  les  frontières  de  la  Cisal- 
pine, que  nous  avons  vues  du  temps  de  César  s'étendre 
jusqu'à  l'Arno,  se  trouvèrent  sous  Auguste  beaucoup 
plus  resserrées,  et  prirent  une  limite  déterminée  par 
la  géographie  naturelle ,  en  commençant  au  Macra 
fluvius,  la  Magra  ^.  Sur  cette  même  côte,  plus  à  l'oc- 
cident ,  le  Var  séparait  la  Gaule  transalpine  de  la 
Ligurie  ou  de  l'Italie  ^  On  doit  observer  que  les  Mar- 

'  Cicero,  in  Catilin.,  or.  ii,  cap.  5  :  «  Delectum  in  agro  Piceno 
<c  et  Gallico  Q.  Metellus  habuit  »;  et  cap.  12  :  «  In  agrum  Gallica- 
'(  num  Picenumque  piaemisi.  »  —  Varro,  de  Rc  rust.,  lib.  i,  c.  i4, 
et  surtout  cap.  2  :  «  Ager  Gallicus  Romanis  vocatur  qui  viritim  cis 
'(  Ai-iminum  datus  est  ultra  agrum  Picentinum.  »  —  Colluraella, 
lib.  III ,  cap.  3  :  «  Et  in  Faventino  agro ,  et  in  Gallico ,  qui  nunc 
«  Piceno  contribuitur,  » 

'  Plinius,  lib.  m,  cap.  5  ou  6. 

'  «  Le  Var  sépare  la  Gaule  de  l'Italie.  >>  Strabon,  liv.  iv,  p.  i84; 
tom.  II,  p.  23,  de  la  trad.  fr;inç.  —  Mêla,  lib.   11,  cap.  4  :  «  Sed 


20  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

seillais,  qui,  du  temps  d'Auguste,  avaient  encore  le 
droit  de  régir  eux-mêmes  les  villes  qui  se  trouvaient 
dans  leur  dépendance  ',  possédaient  à  l'orient  du 
Var  un  petit  territoire  au  pied  des  Alpes ,  compre- 
nant Nicœa,  Nice,  et  Monœci portus ,  ou  Monaco 
des  modernes.  Aussi  Strabon  a-t-il  bien  soin  d'ob- 
server que  Nice  est  dans  l'Italie ,  quoique  dans  la 
dépendance  des  Marseillais ,  et  faisant  partie  de  la 
Province  romaine  dans  la  Gaule  transalpine  '  ;  et  Mêla 
s'accorde  avec  le  géographe  grec,  lorsque,  d'une  part, 
il  place  Nice  dans  sa  description  de  la  province  ou  de 
la  Gallia  narbonnensis j  tandis  que,  dans  le  chapitre 
précédent,  il  donne  le  Var  pour  limite  à  l'Italie,  et 
renferme  par  conséquent  Nice  dans  cette  dernière 
contrée  \  Mais  par  la  suite,  et  lors  de  la  création 
d'une  province  particulière  sous  le  nom  d'Alpes  ma- 
ritimes, la  Gaule  fut  prolongée  jusqu'à  l'extrémité  de 
ce  territoire  des  Marseillais,  qui  formait  une  sorte 
d'enclave  en  Italie;  ainsi  la  Gaule  eut  pour  limites, 
non  le  Var,  mais  les  sommets  les  plus  élevés  de  cette 
portion  des  Alpes  qui  commence  à  l'orient  du  Var,  et 
prend  sa  direction  vers  le  nord.  Alors  ISicœa,  Nice , 
et  Monœci  portus,  Monaco,  firent  réellement  partie 
de  la  Gaule,  mais  ce  changement  est  postérieur  au 

«  Varum  quia  Italia  finit  aliquando  notius.  »  —  Plin. ,  Hist.  nat. , 
lib.  iir,  cap.  25;  tom,  i,  p.  5oi  ,  édit.  de  Brottier.  —  Ptolemaens, 
lib.  m  ,  cap.  i ,  p.  67. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  181  ;  trad.  franc.  ,  tom.  11,  p.  i5  :  «  Ni  Mar- 
«  seille,  ni  les  villes  qui  en  dépendent,  ne  sont  soumises  aux  gou- 
re verneurs  que  Rome  envoie  dans  la  Narbonnaise.  » 

=■  Strabo ,  lib.  iv,  p.  180-184  ;  tom.  u,  p.  i5  et  25,  de  la  trad.  fr. 

'Mêla,  lib.  11,  cap.  5.  —  Etienne  de  Bysance  répète  la  même 
chose,  d'après  Mêla;  mais,  du  temps  d'Etienne  de  Bysance,  Nice 
était  bien  dans  la  Gaule,  mais  non  dans  la  Narbonnaise. 


PARTIE  II,  CHAP.   IV.  21 

règne  d'Auguste.  Pendant  toute  sa  durée,  le  Varfut 
considéré  comme  la  frontière  de  l'Italie  et  de  la 
Gaule. 

Voilà  tout  ce  que  j'avais  à  dire  relativement  aux 
limites  de  la  Cisalpine  sur  les  côtes  :  il  ne  reste  plus 
qu'à  déterminer  celles  de  l'intérieur  des  terres  pour 
le  période  de  temps  dont  nous  traitons. 

Observons  d'abord  que  lorsque  les  peuples  des 
Alpes  eurent  été  domptés  par  Auguste,  ils  ne  furent 
point  soumis  aux  magistrats  qui  gouvernaient  les 
Gaules  transalpines  et  cisalpines.  Les  uns,  tels  que 
ceux  du  royaume  de  Cottius  ,  et  même  les  Focontii , 
plus  avant  dans  la  Gaule,  se  gouvernaient,  comme 
les  Marseillais ,  par  leurs  propres  lois  ;  d'autres 
étaient  régis  par  des  officiers  particuliers  choisis  dans 
l'ordre  équestre  ' . 

Aussi  Strabon  et  Pline  décrivent-ils  les  peuples  de 
la  vaste  chaîne  des  Alpes,  comme  formant  en  quel- 
que sorte  une  division  à  part  qui  n'appartient  ni  à  la 
Gaule  transalpine  ni  à  l'Italie  '.  Cependant  Strabon, 
Pline  et  Ptolémée  placent  le  royaume  de  Cottius, 
les  Centrones  et  les  autres  peuples  des  Alpes  que 
nous  avons  décrits  dans  la  période  précédente ,  dans 
l'Italie  ',  et  Ptolémée  met  la  vallée  Pennine  dans  la 
Gaule,  puisqu'il  place  dans  cette  contrée  les  sources 
du  Rhône.  Ainsi  donc,  tout  le  pays  occupé  par  les 
peuples  indépendans  des  Alpes,    sous  Jules  César, 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  2o5.  * 

"  Ibid.,  lib.  IV,  p.  204,  2o5,  28.  —  Plin.,  lib.  xxxiv,  cap.  a,  «  ia 
«  Centronum  Alpiuo  tractu;  »  lib.  xi,  cap.  97,  «  Centronicse  Alpes 
«  Vatusicuni  caseum  niiUunt.  » 

'Ptolemaeus,  Strabo,  loc.  cit.,  Plinius,  m,  24. 


25i  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

jusqu'à  l'extrémité  de  la  vallée  Pennine,  fut,  après 
la  conquête  d'Auguste,  considéré,  par  les  géogra- 
phes, comme  faisant  partie  de  l'Italie.  Ces  montagnes 
furent  regardées  comme  d'immenses  blocs  dans  la 
dépendance  de  cette  contrée,  et  les  plus  hauts  som- 
mets de  cette  vaste  chaîne,  bornes  naturelles,  et  le 
point  de  séparation  des  eaux,  ne  furent  point  pris 
d'abord  pour  limites  comme  cela  eut  lieu  depuis. 

A  l'orient  des  sources  du  Rhône  dans  la  Rhétie 
et  dans  la  JSorique  y  un  grand  nombre  de  petits 
peuples  habitans  cette  même  chaîne  des  Alpes  dont 
nous  n'avons  point  encore  parlé,  avaient  des  limites 
communes  avec  la  Cisalpine.  Il  faut  donc,  ainsi  que 
je  l'ai  observé,  pour  compléter  le  tableau  géogra- 
phique de  cette  contrée,  présenter  celui  de  la  vaste 
chaîne  des  Alpes  qui  l'entourait. 

§.  III.  Peuples  des  Alpes ,  au  temps  d'yJuguste  '. 

Malgré  le  grand  nombre  de  guerres  livrées  aux 
montagnards  de  la  Ligurie  ,  et  quoique  ces  Alpes 
eussent  été  les  premières  soumises  à  la  puissance 
romaine ,  cependant  Dion  nous  apprend  qu'Auguste 
eut  encore  à  subjuguer  les  Ljgies  comati  ou  Ligures 
capillati  ^  j  ce  qui  se  trouve  coiiiirmé  par  Sextus 
Rufus ,  qui  met  au  nombre  des  pays  réunis  par  les 
empereurs  à  l'empire  lomain,   les  Alpes  maritimes 

'  Conférez,  pour  la  lecture  de  cette  partie,  la  Carte  des  frontières 
de  France  en  Dauphiné ,  par  Bourcet  ;  celle  de  Cassini ,  celle  de 
Bâcler  d'Albe,  pour  les  campagnes  de  Bonaparte  ;  Lombardie  de 
Zannoni,  quatre  feuilles;  et  la  carte  de  Raimond. 

'  Dion. ,  lib.  liv,  cap.  24,  p.  Sa-i  et  558,  —  Sextus  Rufus,  in  Eu- 
troi)io  :  Yerheyk  ,  in-B",  1762. 


PARTIE  ir,  CHAP.  IV.  23 

et  les  Alpes  cottiennes.  Pline,  qui  parle  des  Ligures 
capillati y  les  place  immédiatement  au-dessus  de 
Cenienelium ,  Cimiers',  et  de  Nicœa ^  Nice;  ils  pa- 
raissent avoir  occupé  le  val  de  Teniers  et  les  vallées 
circonvoisines,  tandis  que  les  Ligures  montaniy  que 
Pline  met  non  loin  des  Vagienni  ou  de  la  Citth  di 
Bene,  ont  dû  être  situés  au  nord  des  Capillati  et 
dans  les  environs  du  col  de  la  Bochetta  au-dessus  de 
Gènes;  mais,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  remarqué,  on 
donnait  à  ces  surnoms  de  Capillati  et  de  Montani 
une  signification  plus  vague  et  beaucoup  plus  éten- 
due :  les  Capillati  étaient  les  Ligiu'es  qui  habitaient 
près  du  rivage,  lesquels  portaient  une  longue  che- 
velure, par  opposition  aux  Montani  qui  vivaient  plus 
reculés  dans  les  montagnes  et  qui  coupaient  leurs 
cheveux  '.  Ces  peuples ,  après  avoir  été  domptés  par 
Auguste,  furent  joints  à  l'état  de  Cottius  \ 

Il  est  très  remarquable  que  le  puissant  et  sage 
Auguste  ,  maître  du  monde  civilisé,  aima  mieux  faire 
alliance  avec  un  des  chefs  principaux  de  ces  peuples 
alpins,  et  se  servir  de  son  influence  pour  obtenir 
l'affection  et  les  services  de  ces  courageux  monta- 
gnards, que  d'avoir  sans  cesse  à  les  combattre,  ou  de 
se  mettre  dans  la  nécessité  de  les  exterminer.  Ainsi , 

'  Plinius,   lib.  m,  cap.  7,  p.  268;  édit.  de  Brottier,  cap.  20. 
'  Lucanus,  Pharsnlia,  lib.  1,  vers.  44^  : 

Et  nunc  tonse  Ligtir,  qiiondam  per  colla  décora 
Crinibtts  effusis  loti  prœlate  Comalie. 

Pline  emploie  aussi  ces  noms  dans  ce  sens;  il  dît,  lib.  iir,  cap.  20  : 
«  Capillatornmque  plura  gênera.  »  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  7, 
lom.  r ,  p.  162  et  i63. 

^  Ammian.  Marcellin.,  lib.  xv. 


24  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

non  seulement  Auguste  conserva  à  Cottius  l'autorité 
dont  il  jouissait,  mais  il  augmenta  son  petit  Etat  de 
plusieurs  peuples  circonvoisins.  Il  y  eut  donc  entre 
la  Gaule  et  l'Italie  un  royaume  particulier  qui  dura 
depuis  le  temps  d'Auguste  jusqu'à  celui  de  Néron , 
qui  le  réunit  h  l'empire  romain  après  la  mort  de 
Cottius'.  Cette  singularité  géographique  et  histori- 
que mérite  toute  notre  attention ,  puisque  non  seule- 
ment une  portion  des  Alpes  reçut  le  nom  du  roi  de 
ce  petit  Etat,  mais  que  ce  nom,  comme  portion  de 
la  Cisalpine,  a  subsisté  jusque  dans  le  xi^  siècle.  La 
recherche  de  l'étendue  et  des  limites  de  ce  petit 
royaume  appartient  donc  spécialement  au  sujet  que 
nous  traitons,  et  au  période  de  temps  dont  nous  nous 
occupons. 

C'est  Cottius  même,  le  premier  et  le  seul  roi  de  ce 
petit  État  '^  (  car  son  père  Donnus  n'en  posséda 
jamais  qu'une  partie  ) ,  qui  nous  fournit  sur  ce  sujet 
le  plus  de  détails.  Cottius  fit  pratiquer,  pour  le  pas- 
sage des  Romains  dans  les  Gaules,  une  route  ^  par  la 
vallée  de  Suse ,  plus  sûre  et  plus  commode  que  celle 
qu'on  prenait  ordinairement  par  le  val  de  Fenes- 

•  Suetonius,  in  Nerojiis  vita,  cap.  18.  —  Sextus  Aurelius  Victor, 
in  Nerone.  —  Sextus  Rufus,  Eutropius ,  lib.  vu.  —  Paulus  Diaco- 
nus  ,  Hist.  miscelL,  lib.  viii.  —  Vopiscus,  in  Aureliano. 

'  Conférez  la  Chronique  grecque  dont  l'auteur  n'est  pas  connu, 
citée  par  Cluverius,  Italia  aniiqua,  lib.  i,  cap.  12,  tom.  i,  p.  gi , 
n"  3o. 

^  Ammian.  Marcellin. ,  lib.  xv,  cap.  lo  :  «  Rex  Cottius....  molibus 
«  raagnis  extruxit  ad  viceni  memorabilis  niuneris  compendiarias 
(f  médias  inter  Alpes.  »  Le  même  historien  nous  apprend  que  ce  fut 
aussi  à  Suse  que  fut  enterré  le  roi  Cottius  :  «  Hujus  sepulcrum 
«  quem  itinera  struxisse  retulimus  Segusione  est ,  mœnibus  proxi- 
"  mum.  )) 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  25 

trelles,  et  il  érigea  au  bas  des  Alpes  un  arc  de  triomphe 
près  de  Suse,  où  se  trouvent  mentionnés  tous  les 
petits  peuples  habitans  des  vallées  voisines  réunis 
sous  sa  domination  ;  cet  arc  existe  encore  ,  et  il  a  été 
figuré  et  gravé  par  Muratori,  MafFei,  Massazza  et 
Albanis  Beaumont  '.  C'est  d'après  ce  monument  (un 
des  plus  intéressans  qui  existent  pour  la  Géographie) 
que  nous  décrirons  le  royaume  de  Cottius;  mais 
avant  d'en  donner  l'explication  géographique ,  re- 
cueillons les  lumières  que  nous  fournissent  les  auteurs 
anciens  sur  les  limites  de  ce  petit  Étal,  avant  et  après 
Auguste. 

Pline  et  Strabon  *  terminent  les  Alpes  et  l'Italie 
à  un  lieu  nommé  Scingomagus,  situé  dans  l'Etat  de 
Cottius,  lieu  qui  est  aussi  mentionné  par  Agathemère. 
Stiabon  nous  dit  que  Scingomagus  était  h  27  milles 
à'Ocelo  ;  et  en  mesurant  sur  la  carte ,  à  partir 
d'Uxeaux ,  près  de  Feneslrelles  %  et  en  suivant  la 
route  par  le  col  Servières,  nous  arrivons  à  Servières, 
pour  Scingomagus  f  un  peu  à  l'est  et  tout  près  de 
Briançon.  Strabon  nomme  en  effet  Scingomagus , 
conjointement  avec  Briançon  ,  Brigantio.  Ainsi 
l'Italie  se  terminait  à  Ocelum,  Usseaux ,  près  de 
Fenestrelles,  lorsque  César  entreprit  la  conquête  des 
Gaules^.  Mais  après  la  pacification   des   Alpes,   le 

■  Muratori,  Novus  thésaurus  vetcrum  inscriptionum ,  tom.  11, 
in-folio,  1740,  p.  1095,  tab.  2  et  3.  —  MaflFei,  Musœum  veronense. 

—  Massazza,  l'Arco  antico  di  Susa  dcscritto  e  disegnato,  in-folio  ; 
Torino,  1750,  p.  10.  — Albanis  Beaumont,  Description  des  Alpes 
grecques  et  cottiennes,  tom.  i,  p.  264- 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  17g.  —  Plinius,  Hist.  nat.,  lib.  11,  cap.  108. 

—  Agathemerus,  lib.  i,  p.  1 1  ,  Geogr.  ininor. ,  edit.Hudson,  tom.  ii- 
'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

*  Caesar,  de  Bcllo  gallico ,  lib.  i ,  cap.  lo. 


26  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

territoire  àe  Donnas  y  père  de  Cottius,  qui  s'étendait 
jusqu'à  Briançon,  fut  réputé  appartenir  à  l'Italie. 
Ainsi  Servières  et  Briançon  paraissent  avoir  été  les 
bornes  de  l'Italie  et  de  l'Etat  de  Cottius ,  avant 
qu'Auguste  n'eût  réuni  à  cet  Etat  les  Caturiges  et 
d'autres  peuples.  En  effet,  nous  savons  qu'Auguste 
ne  fit  jamais  la  guerre  au  roi  Cottius ,  et  nous  voyons 
les  noms  des  Caturiges  parmi  ceux  de  l'inscription 
du  trophée  des  Alpes  que  Pline  nous  a  conservés,  et 
qui  renferme  la  liste  des  peuples  alpins  domptés  par 
Auguste  '  :  ces  mêmes  Caturiges  se  trouvent  d'un 
autre  côté  aussi  m^entionnés  sur  l'arc  de  Suse  ,  comme 
sujets  du  roi  Cottius;  donc,  Auguste  les  avait  réunis 
aux  autres  domaines  de  ce  roi  "  :  nous  en  avons 
encore  une  preuve  dans  Strabon,  qui  comprend  Ebro- 
dununi,  Embrun,  ville  des  Caturiges ,  dans  l'Etat 
de  Cottius,  et  qui  étend  les  frontières  de  cet  Etat 
jusqu'aux  limites  des  Vocontii^ .  L'Etat  de  Cottius 
njant  toujours  été  considéré  comme  partie  intégrante 
de  l'Italie,  les  Caturiges  y  furent  par  cette  raison 
quelquefois  compris,  quoique  leurs  limites  excédas- 
sent celles  qui  avaient  été  assignées  à  cette  contrée. 
Voilà  pourquoi  Pline  ne  met  pas  les  Octodurenses  y 
les  Centrones y  les  Caturiges,  et  les  villes  cottiennes, 
au  nombre  des  peuples  de  la  Gaule,  mais  qu'il  les 
nomme  avec  les  F'agiejini^ ,  au  nombre  des  peuples 
des  Alpes  auxquels  on  avait  accordé  le  droit  de  villes 

'  Plinius,  lib.  m,  cap.  20. 

'  Muratori,  Inscript.,  p.  logS. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  lyg,  2o4- 

<  Les  Vagienui ,  peuple  ligure  ,  et  évidemment  en  Italie  ,  étaient 
issus  des  Caturiges  suivant  Pline;  ce  qui  était  encore  un  motif  de 
]ilus  pour  placer  les  Caturiges  en  Italie.  Voy.  Plinius,  lib.  m,  c.  20. 


PARTIE  11,  CHAP.   IV.  27 

latines,  et  c'est  aussi  par  cette  raison  que  Ptoléinée 
place  en  Italie  ces  mêmes  Caturiges ,  auxquels  il 
donne  Ebiodunum,  Embrun ,  pour  capitale  ' .  Lors 
de  la  formation  d'une  province  dans  la  Gaule  trans- 
alpine, sous  le  nom  d'Alpes  maritimes  et  long- 
temps après  le  période  dont  nous  traitons ,  les  limites 
de  l'Italie  furent  définies  avec  plus  d'exactitude.  On 
ne  leur  attribua  plus  une  aussi  grande  étendue  vers 
l'orient,  mais  elles  ne  furent  pas  aussi  restreintes  à 
l'occident  qu'elles  l'étaient  du  temps  de  César,  ni 
même  du  temps  de  Pline  et  de  Strabon.  L'Itinéraire 
d'Antonin,  celui  de  Jérusalem  et  la  Table,  nous  dé- 
montrent que  ces  limites  furent  fixées  au  passage  de 
la  Durance,  à  Rama^  aujourd'hui  Casse-Rom''.  Quant 
à  l'État  de  Cottius,  avant  les  concessions  faites  par 
Auguste ,  il  paraît  représenté  par  les  Segusiani  de 
Ptolémée  ^,  et  avoir  renfermé  le  Briançonnais,  le 
val  de  Fenestrelles,  et  les  vallées  d'Oulx  et  de  Suse; 
dans  cette  dernière  vallée,  un  lieu  nommé  Fines 
dans  les  Itinéraires,  dont  les  mesures  déterminent 
la  position  à  Avigliana  moderne  ^ ,  marque  quelles 
ont  toujours  été  les  limites  orientales  de  ce  petit  État 
dans  cette  vallée  ;  ces  limites  étaient  encore  celles 
des  diocèses  de  la  Maurienne  et  de  Turin,  en  5SS , 
ainsi  quele  constatent  des  titres  authentiques  cités  par 
Durandi  et  Besson  ^ .  Telle  était  l'étendue  de  l'État 

'  Plolemaeus,  lib.  m,  cap.  i. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tome  m  de  cet  ouvrage. 

'Ptolemaeus,  Geogr.,  lib.  m,  cap.  i. 

'^  Voyez  V Analyse  des  Itine'raires,  toin.  m  de  cet  ouvrage. 

''  Durandi,  Notizia  dcli anlico  Pienionle  traspadano,  o  sia  inarca 
di  Torino  o  d'Italia,  p.  86.  —  Besson,  des  divers  Diocèses  de  Sa- 
voie ,  p.  478. 


28  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

dont  Cottius  hérita  de  son  père  Donnas,  et  que  Stra- 
bon  '  désigne  sous  le  titre  de  domaine  de  Donnas. 
Examinons  actuellement ,  d'après  l'inscription  de 
Suse,  quelles  furent  les  limites  de  ce  même  État, 
après  les  concessions  faites  par  Auguste,  et  tâchons 
de  déterminer  l'emplacement  des  difFérens  peuples 
qui  en  faisaient  partie. 

L'inscription  de  Suse  commence  ainsi  : 

IMP.  C;ESARI  AUGUSTO.  DIV.  F.  PONTIFICI  MAXUMO  TRI- 
BUNIC.  POTESTATE  XV  IMP.  XIII  M.  JULIUS  REGI  DONNI 
F(iliuS)''  PRiEFECTI  CEIVITATIUM  QU^  SUSCRIPTiE  SUNT. 

Suivent  ensuite  les  noms  des  peuples  que  nous 
nommerons,  et  dont  nous  déterminerons  les  posi- 
tions selon  l'ordre  que  nous  donne  l'inscription. 

Segoçioninij  Seguginorum. — On  s'est  imaginé  que 
les  Segovii  et  les  Segusini  ou  Segiigini  étaient  le 
même  peuple  répété  deux  fois ,  mais  c'était  supposer 
que  Cottius  ne  connaissait  point  ses  propres  Etats. 
Les  Segusini  habitaient  la  vallée  de  Suse ,  et  nous 
avons  vu  que  de  ce  côté  le  domaine  de  Cottius  se 
terminait  à  Avigliana.  Ptolémée  les  nomme  Segii- 
siani  et  leur  donne  pour  capitale  Segusio  %  dont 
la  position  à  Suse  moderne  est  démontrée  par  les 
mesures  de  l'Itinéraire  et  de  la  Table  pour  la  voie 
romaine  qui  part  de  Turin  ,  et  qui  aboutit  à  Vienna 
ou  à  Dea,  Die ,  ou  enfin  à  Ebrodunum,  Embrun  '*. 
Cependant  il  faut  observer  que,  dans  l'inscription  de 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  204 ;  tom.  n,  p.  ga,  de  la  trad.  fr 
'  «  Marcus  Julius,  régis  Donni  filius.  »  Ainsi  Cottius  prend  le  nom 
de  Julius  en  mémoire  de  Jules  César,  et  se  dit  fils  du  roi  Donnas. 
'  Ptolemœus,  Geogr.,  lib.  m  ,  cap.  i. 
^  Voyez  YÂ/ialyse  de;  Itinîraivts,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  29 

Cottius,  les  Segusini  sont  pris  dans  un  sens  plus 
restreint  que  dans  Ptolémée,  et  dans  d'autres  auteurs, 
qui  ont  fait  abstraction  de  beaucoup  de  petits  peuples 
mentionnés  ici.  hes Segusini  de  l'inscription  doivent 
être  strictement  renfermés  dans  la  vallée  de  Suse  ,  et 
paraissent  s'être  étendus  seulement  à  l'ouest ,  à  un 
lieu  nommé  Finll,  qui  était  la  limite  de  trois  peuples 
différens,  les  Segusini  ^  les  Segoçiiet  \tsSavincatii. 

Les  Segoçini  ou  Segovii,  qui  sont  les  premiers  peu- 
ples mentionnés  dans  l'inscription ,  occupaient  la  val- 
lée de  Sésane  et  le  col  Sestrières;  leur  nom,  et  l'empla- 
cement de  leur  chef-lieu,  se  retrouvent  dans  Seguin, 
Segouin  ou  Segovin  moderne.  C'est  à  tort  que  d'An- 
ville  a  voulu  placer  dans  cet  endroit  le  Scingomagus 
de  la  Table,  qui  était  près  de  Briançon,  ainsi  que  le 
prouve  la  mesure  donnée  par  Strabon.  Seguin  ou 
Chamlas-Seguin  ,  est  nommé  villa  Segomia  y  ou  Se- 
goUna,  dans  les  anciens  titres  du  Daupliiné;  on 
trouve  aussi  dans  le  val  di  Sesana  un  lieu  nommé 
Sause,  qui  est  Siga  dans  les  anciens  titres;  mais  Ro- 
villier ,  dès  le  commencement  du  viii^  siècle ,  avait  la 
suprématie  dans  cette  vallée,  et  villa  Segoiina  et 
Sisa  sont  mentionnées  comme  étant  du  ressort  de 
RaudenoQillianum  \ 

Belacorum.  —  Les  Belaci  étaient  situés  dans  la  val- 
lée de  Bardonache,  à  l'ouest  de  celle  de  Suse;  on  re- 
trouve le  nom  des  Belaci  dans  un  lieu  de  cette  vallée 
nommé  Belac  °  dans  les  titres  du  xi''  siècle,  dont  on 
a  fait  depuis  Beulas;  dans  des  titres  postérieurs  _,  on 
a  mal  latinisé  ce  nom,  et  il  s'est  converti  en  celui  de 

'  Durandi ,  Piemonte  traspadnno,  p.  3i,  part,  i,  iti-4°;  i8o3. 
°  Ibid.,  p.  59.. 


30  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Bedularium,  ou  Beolarium  ;  il  se  nomme  aujom'- 
d'hui  Beaulard  ou  Bolard  ' . 

Caturigum.  — Les  Caturiges ,  proprement  dits, 
se  trouvaient  renfermés  dans  la  vallée  de  Chorges  et 
d'Embrun  ;  nous  avons  précédemment  déterminé 
leurs  limites,  qui  se  terminaient  à  l'ouest,  à  Blaynie^ 
le  Fines  de  l'Itinéraire,  et  à  l'est,  à  Casse-Rom  ou 
Rama  ". 

Medullorum.  —  Il  est  impossible  d'indiquer  plus 
exactement  que  ne  l'a  fait  Strabon  la  position  des 
Medulli  '  :  (f  Après  les  T^ocontii ,  les  Iconii ,  les  Tri- 
«  corii,  dit-il,  sont  les  Medulli.  Ils  occupent  la  partie 
a  des  montagnes  la  plus  élevée,  qui  forme,  dit-on, 
«  une  montée  de  loo  stades;  il  faut  en  parcourir  au- 
«  tant  pour  descendre  ensuite  jusqu'aux  frontières 
((  de  l'Italie.  Dans  les  endroits  enfoncés  du  sommet 
(f  de  ces  montagnes  ,  il  se  forme  un  grand  lac,  et  l'on 
f(  y  trouve  de  plus  deux  sources  h  peu  de  distance 
(f  l'une  de  l'autre.  L'une  de  ces  sources  donne  nais- 
u  sance  à  la  Diuias,  »  Strabon  ajoute  ailleurs  que  les 
Medulli  sont  fort  au-dessus  de  la  jonction  de  l'Isère 
avec  le  Rhône.  Enfin  Ptolémée  place  les  Medulli  im- 
médiatement au  nord  des  Allobroges  ^.  Toutes  ces 
indications  nous  démontrent  que  les  Medulli  étaient 

'  Durandi  écrit  Beaulard,  et  Bâcler  d'Albe,  sur  sa  carte,  Bolard. 

*  Voyez  ci -dessus,  tom.  r,  p.  227,  SBg,  54 1  à  543.  —  Caesar, 
Comment,  de  Belln  ^allico ,  lib.  1,  cap.  10.  —  P!in.,  lib.  m,  cap.  17. 
—  Ptolemaeus,  Geogr.,  lib.  11. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  2o3;  tom.  11 ,  p.  90  ,  de  la  trad.  française.  En 
nous  servant  de  cette  traduction ,  nous  avons  été  obligé  de  la  recti- 
fier. Les  savans  traducteurs  ont  commis  un  contresens  en  faisant 
dire  à  Strabon  que  les  montagnes  des  Medulli  ont  100  stades  de 
hauteur  perpendiculaire. 

"  Ptolemœus,  Gengr.,  lib.  11,  cap.  5,  p.  55,  de  l'édit.  de  Bertius. 


PARTIE  II,  CHAP.   IV.  31 

dans  la  Maurieiine  :  dans  la  partie  nord  de  cette  vallée 
est  un  lieu  nommé  Miolans,  appelé  castrum  Medullum 
dans  le  moyen  âge  '  ;  c'est  dans  cette  partie  de   la 
vallée,  qui  se  dirige  du  nord  au  midi,  que  l'on  doit 
restreindre  les  Medulli  proprement  dits,  tandis  que 
les  Garoceli  de  César,  ou  les  Adunates  de  notre  in- 
scription, occupaient  cette  autre  partie  de  la  Mau- 
rienne  qui  se  dirige  de  l'ouest  à  l'est,  dans  un  sens 
contraire  au   premier,    depuis  le  village   de  Saint- 
Michel,  jusqu'aux  sources  de  l'Arc.   Les  lacs  dont 
parle  Strabon  sont  évidemment  ceux  qui  se  trou- 
vent sur  le  mont  Cenis;  la  montée  et  la  descente  des 
Alpes,  dont  Strabon  donne  la  mesure,  est  celle  du 
Petit-Saint-Bernard;  et  on  mesure  juste  200  stades 
olympiques,  à  partir  de  Scez  jusqu'à  la  fin  de  la  des- 
cente, à  7  milles  à  l'ouest  d'Aoste.  Vitruve  "  a  aussi 
parlé  des  Medulli ,   en  remarquant  les  goitres  que 
leur  font  contracter  les  eaux  dont  ils  font  usage.  Il 
est  à  peine  concevable  que  d'Anville,  qui  avait  si 
bien  reconnu  et  assigné  l'emplacement  des  Medulli 
dans  sa  carte  de  Gallia  antiqua,  publiée  en  1760  ^, 
ait,  dans  sa  Carte  gravée  en  1777  pour  l'édition  du 
Strabon   de  Bréquigny   et  pour    celui  d'Oxford  ^ , 
placé  ce  peuple  à  Meuillon ,  un  peu  à  l'est  de  Vaison, 
dans  le  district  autrefois  nommé  les  Baronies*  :  rien 

'  Il  est  appelé  castrum  Medullionis  clans  Vltalla  medii  œvi  de 
Caréna,  carte  manuscrite  de  ma  collection  qui  décèle  dans  son 
auteur  une  grande  érudition. 

"  Vitruvius,  lib.  viii,  cap.  5. 

^  D'Anville,  Notice,  p   45o,  et  carte  de  Gallin  antiqun. 

■^  Voyez  le  Strabon  de  Bréquigny,  in-4",  tom.  i.  —  Strabon  d'Ox- 
lord,  tom   1. 

'  Meuillon  se  nommait  aussi  Medullum  dans  les  titres  anciens  du 
Dauphiné.  On  peut  voir  l'étendue  et  les  limites  du  district  nommé 


32  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

n'est  plus  contraire  au  texte  même  de  Strabon  que 
celte  opinion  :  elle  contrarie  également  le  texte  de 
Ptolémée,  qui  place  à  la  vérité  les  Medulli  dans  la 
Gaule  et  non  en  Italie ,  parce  qu'ils  habitaient  sur  le 
penchant  de  la  vallée  formée  par  le  Rhône ,  et  qu'ils 
étaient  près  des  Allobroges. 

Tebaviorum.  —  Les  Tebacii  étaient  à  l'ouest  des 
Medulli j  dans  la  vallée  formée  par  la  petite  rivière  qui 
se  rend  dans  l'Isère,  et  qui  passe  à  AUevard.  On 
trouve  dans  cette  vallée  les  noms  de  Tueve ,  Thyes 
et  Tavio,  qui  conservent  évidemment  le  nom  des 
Tehaviones  ;  ils  avaient  au  midi  les  Brodontii  de 
l'inscription  du  trophée  des  Alpes,  ainsi  que  nous  le 
prouverons  bientôt. 

Adanatium.  —  Les  Adanates  étaient  à  l'est  des 
Medulli  y  et  occupaient  cette  autre  moitié  de  la  Mau- 
rienne  qui  se  dirige  de  l'est  à  l'ouest.  Modana,  le 
chef-lieu  de  cette  partie  de  la  vallée ,  a  été  appelé 
Adana  dans  le  moyen  âge.  Ces  peuples  des  Alpes 
ne  possédaient  souvent  qu'un  seul  petit  canton ,  et 
peut-être  les  Garoceli ,  que  nous  avons  démontré  ' 
être  situés  encore  plus  à  l'est,  aux  environs  d'Auxois, 
ou  d'Ocelum  et  de  Lans-le-Bourg,  habitaient-ils  la 
Maurienne  en  même  temps  que  les  Adanates  et  les 
Medulli,  formant,  sans  se  confondre,  trois  tribus 
ou  peuplades  différentes. 

Sai^incaiium.  —  Les  Sai^incatii  habitaient  le  val 
d'Oulx,  où  leur  nom  se  retrouve  encore  dans  celui  de 

les  Baroaies  dans  la  Carte  du  Daujohiné,  par  Jaillot,  en  ijaS. — 
Sanson  avait  très  bien  vu  que  les  Medulli  devaient  être  dans  la  Mau- 
rienne. Voyez  sa  Description  de  la  France,  tirée  de  Ptolémée  ,  p.  7, 
in-folio  ;  Paris,  1661. 

'  Voyez  ci-dessus,  part.  11,  cli.  2,  toni.  i,  p.  542. 


PARTIE  II,  CHAP.  III.  33 

l'ancienne  terre  de  Sauvenceaux  ' ,  à  la  droite  de  la 
Doria,  ils  occupaient  tout  le  haut  de  la  vallée,  où  on 
lit  les  noms  de  Sapet  et  de  Salbetram. 

Egdinorum. — Les  Egdini  sont  évidemment  les 
mêmes  que  les  Eciini  du  trophée  des  Alpes,  et  doi- 
vent être  placés  dans  le  val  Saint-Etienne  ,  formé  par 
la  rivière  Tinea  ou  Tinier;  ils  s'étendaient  depuis 
les  sources  de  cette  rivière,  jusqu'à  l'endroit  où  le 
Var  reçoit  un  torrent  considérable,  nommé  le  Chaos, 
qui  sépare  le  diocèse  de  Glandèves  de  celui  de  Nice. 
Au  nord  des  Ectlni ,  et  de  l'autre  côté  de  la  chaîne, 
habitaient  les  Veneni ,  mentionnés  par  Pline  ",  dont 
on  retrouve  le  nom  et  la  position  dans  Vinadio 
moderne,  aux  sources  de  la  Stura. 

Veaminoriim.  —  D'Anville  ^  place  les  Veamini 
dans  le  haut  et  bas  Toraraeneos 't,  dont  le  nom,  sui- 
vant lui,  est  Torearaina  dans  les  titres.  Ces  peuples 
sont  aussi  mentionnés  dans  le  trophée  des  Alpes  ^. 

ï  enicamorum.  —  Les  T^enicamori  étalent  placés 
dans  la  vallée  formée  par  les  sources  de  la  Vraida  et 
de  la  Maïra ,  aux  environs  du  col  Morin  ou  Maurin 
et  du  col  Lautaret.  Une  bulle  du  pape  Callxle  II , 
en  1 120,  du  cartulaire  de  l'église  d'Oulx,  fait  men- 
tion d'une  paroisse  nommée  Santa  Maria  di  Comerio, 
près  du  col  Lautaret  ^ . 

'  Durandi ,  Notizia  del  antico  Piemonte  traspadano ,  p.  47. 

'  Plinius,  Hist.  nat.,  lib.  lu,  cap.  7,  tom.  i,  p.  149,  édit.  Hard. 

^  D'Anville,  Notice,  p.  682.  — Papon ,  dans  son  Hist.  de  Provence, 
tom.  I,  p.  HT,  adopte  l'opinion  de  d'Anville. 

*  Ce  lieu  est  écritïhorame  sur  nos  cartes,  dont  Bâcler  d'Albe  a  fait 
Thoraine.  On  dit  dans  le  pays  Thorames  haute  et  Thorames  basse. 

"•  Plinius,  lib.  m,  cap.  20  (24),  tom.  i,  p.  177,  édit.  Hard. 

"  Durandi,  Piemonte  cispadano  antico,  p.  54- 

II.  5 


34  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Dans  les  vallées  formées  par  la  Série  et  la  Sasse, 
qui  se  jettent  dans  la  Diirance  un  peu  au-dessus  de 
Sisteron,  des  monumens  historicpes  qui  remontent 
à  l'âi^e  romain  ,  nous  font  connaître  un  peuple 
nommé  Jemerii,  dont  le  nom  ne  figure  pas  dans 
l'inscription  telle  que  Pline  l'a  rapportée.  Vaumielles- 
lès-Jaumes,  et  surtout  un  lieu  nommé  Saint-Jemmes, 
retracent  le  nom  et  la  position  des  Jemerii.  Ils  étaient 
au  midi  des  Caturiges.  Dans  une  charte  citée  par 
Durandi,  il  est  question  d'un  certain  Guido  de  Car- 
rieris  ,  qui  vend  un  pré  près  du  lieu  nommé  de 
Jemmis  y  vers  Villarium  y  et  près  de  la  rivière  '  : 
Jemmis  est  Saint-Jemmes,  Pillarium  est  Valluvoire, 
et  la  rivière  est  la  Durance  ou  la  Sasse. 

Kesuhianorum.  —  Les  T~esubiani ,  qui  paraissent 
les  mêmes  que  les  Esubiani  de  Pline ,  occupaient  la 
vallée  formée  par  la  Vesubia,  rivière  qui  prend  sa 
source  près  du  col  Finestre ,  et  qui  se  jette  dans  le 
Var  près  de  Livenza. 

Quadiatium.  —  11  paraît  que  c'est  faute  d'avoir 
obser\é  une  partie  de  la  première  lettre  du  nom  de 
ce  peuple,  que  plusieurs  antiquaires  ont  luOvadatium, 
mais  qu'il  faut  lire  Quadatium.  Les  Quadiatii  étaient 
les  habitans  de  la  vallée  de  Queyras  :  dans  les  an- 
ciennes chartes,  la  vallée  à  la  gauche  de  la  Guille 
est  appelée  Quadratium, 

Les  Quariates  de  Pline  "  ne  doivent  pas  être  con- 
fondus avec  les  Quadatii  ou  Quadiates  de  l'inscrip- 

■  Durandi,  Piemonte  cispadano ,  p.  54-  —  Cette  charte  est  de 
l'an  iSuS  :  «  In  loco  ubi  dicitur  de  Jemmis,  versus  Villarium  et  prope 
n  flumen.  » 

'  Plin.,  lib.  m,  cap.  5,  tom.  i,  p.  147,  édit.  Hard.,  in-folio. 


PARTIE  II,  CHAP.  III.  35 

tion  de  Cottius  ',  ni,  comme  le  veulent  quelques 
auteurs,  avec  les  Quari  ou  Canari  de  Strabon  %  qui 
sont  les  C avares ,  et  on  ne  doit  pas  leur  attribuer  la 
vallée  de  Quejras,  comme  le  veut  d'Anville  \  Pline 
nomme  ce  peuple  immédiatement  après  les  Suetri  et 
avant  les  Adunicaies .  On  doit,  je  crois,  d'après  cette 
indication ,  les  placer  dans  les  environs  de  Forcal- 
quier;  j'ai  prouvé  ailleurs  que  ce  lieu  ne  pouvait 
être  \e  forum  Neronis ,  comme  on  le  prétend  **;  son 
nom  me  parait  provenir  àe  forum  ou  de  fons  Qua- 
riatium ,  les  plus  anciens  titres  le  nomment  ^o/i^ 
Calquerius. 

On  voit,  d'après  ce  détail,  que  l'État  de  Cottius 
renfermait  toutes  les  vallées  qui  se  trouvent  entre  la 
Vesubia  et  les  sources  du  Var,  et  qu'il  s'étendait 
jusqu'à  la  source  de  la  rivière  d'Arc,  qui  arrose  la 
Maurienne.  A  l'est ,  les  plus  hauts  sommets  des  Alpes, 
et  en  général  la  ligne  tracée  par  la  séparation  des 
courans  d'eau,  lui  formait  une  barrière  naturelle. 
Sous  ce  point  de  vue  ,  le  rojaume  de  Cottius  était  en 
grande  partie  situé  dans  la  Gaule  transalpine;  mais 
il  anticipait  sur  l'Italie ,  puisqu'il  comprenait  aussi 
le  val  de  Pragelas ,  jusqu'à  Ocello,  et  le  val  de  Suse 
jusqu'à  Avigliana,  et  une  partie  du  val  de  Blino  et  de 
Maïra  ,  près  du  col  Lautaret.  A  l'ouest,  les  frontières 
de  ce  petit  rojaume  étaient  formées  par  les  mon- 
tagnes qui  bordent  l'Isère,  la  Drac  et  la  Durance; 

'  Durandi,  délie  Antiche  città  di  Pedona,  di  Caburro,  etc.,  p.  65. 
—  Id.,  Piemonte  cispadano  antico,  p.  i5et  i5. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  i85,  édit.  Cas.;  tom.  n,  p.  25,  de  la  trad.  fr. 

'  D'Anville,  Notice  de  la  Gaule,  p.  556. 

"  Voyez  ci-après,  et  VAnalyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet 
ouvrage. 


36  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

celles  qui  bordent  au  midi  la  vallée  de  Barcelonette , 
et  celles  qui  accompagnent  le  Verdon  h  l'ouest ,  jus- 
qu'aux sources  du  Var,  achevaient  la  limite.  Ce  ter- 
ritoire comprend  presque  toute  la  province  connue 
depuis  sous  le  nom.  d'Alpes  maritimes,  à  la  réserve 
de  quelques  districts  au  midi  et  à  l'est ,  et  renferme 
en  entier  les  diocèses  modernes  de  Glandève  et  d'Em- 
brun ,  et  les  parties  septentrionales  de  celui  de  Nice 
et  de  Senez  ' . 

Pline  dit  qu'on  ne  trouve  pas,  dans  l'inscription 
du  trophée  des  Alpes,  les  douze  villes  '  ou  peuplades 
de  Cottius,  parce  qu'elles  n'étaient  point  ennemies  ; 
mais  nous  voyons  que,  dans  l'inscription  de  Cottius, 
il  y  a  quatorze  peuples  au  lieu  de  douze,  et  que 
les  Caturiges  y  les  Medidli  et  les  Egdini ,  se  retrou- 
vent dans  les  deux  inscriptions  :  ce  qui  prouve,  ainsi 
que  je  l'ai  déjà  observé,  qu'ils  sont  au  nombre  des 
peuples  qu'Auguste  avait  domptés,  et  qu'il  réunit  au 
royaume  de  Cottius.  D'autres  petits  peuples,  non 
mientionnés  dans  l'inscription  de  Cottius,  mais  dont 
on  retrouve  les  noms  dans  celle  du  trophée  des  Alpes 
et  dans  d'autres ,  ont  évidemment  fait  partie  de  ce 
petit  État.  La  fin  même  de  l'inscription  de  Cottius, 
etcwitates  quœ  sub  eo  prœjecto  fuerimt^  prouve  que 
les  cantons  les  moins  considérables  sont  passés  sous 
silence,  et  que  le  dénombrement  n'est  pas  complet. 

De  ce  nombre  sont  les  Brigiani,  mentionnés  dans 
l'inscription  des  Alpes  %  et  placés  dans  cette  inscrip- 

'  Voyez ,  pour  ces  limites ,  la  carte  insérée  dans  le  tome  m  de  la 
Gallia  christiana ,  p.  io5i  ,  1240  et  i25o  de  ce  volume.  —  Instru- 
menta, p.  178. 

'  Plinius,  Hist.  nat.,  lib.  m,  c.  20  (24);  mais  une  édition  porte  xv. 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  c.  20  (24),  tom.  1,  p.  177,  édit.  Hard. 


PARTIE  II,  CHAP.  III  37 

tion  près  des  Caturiges;  ils  paraissent  avoir  occupé 
une  partie  de  la  vallée  de  Briançon ,  en  tirant  vers 
l'ouest.  Une  inscription  avec  ces  mots,  obd.  bric, 
confirme  cette  position  '.  Si  les  Nemaloni  ou  Ne- 
maloîies  occupaient  les  environs  de  Miolan ,  dans 
la  vallée  de  Barcelonette,  où  on  les  place  par  con- 
jecture, ils  étaient  sujets  du  roi  Cottiusj  il  en  était 
de  même  des  Oratelli ,  qui  doivent  être  mis  à  l'est 
d'Embrun,  entre  la  montagne  d'Orel  ou  Aurel,  et  le 
lieu  nommé  Orres,  dans  le  vallon  de  Boscodon  et  de 
Crevouls  '  :  peut-être  aussi  faut-il  comprendre  parmi 
les  peuples  dépendans  de  Cottius  \esAcitavones,  qui 
paraissent  avoir  habité  la  montagne  de  La  Yanoise, 
aux  sources  de  l'Isère  \  Les  autres  peuples  de  ce  côté 
des  Alpes  étaient  presque  tous  limitrophes  de  l'État 
de  Cottius. 

Au  nord-ouest  de  cet  Etal,  se  trouvaient  les  Siconii 
ou  plutôt  Sconii  de  Strabon  ,  que  ce  géographe 
nomme  deux  fois  '^ ,  et  dont  il  Indique  très  bien  la 
situation  entre  les  Tricorii  et  les  Medulli,  et  au  nord 
des  Caturiges  et  des  Kocontii  :  ce  qui  nous  porte 

'  Bouche,  Chorogr.  de  Provence ,  iv,  c.  3.  — Wesseling,  Itinér., 
p.  541. 

"Durandi,  Piemonte  cispadano  aniico ,  p.  27  et  62,  ainsi  que 
Papon,  Hist.  de  Provence,  tom.  i,  p.  ii5,  placent  les  Oratelli  à 
Utel  ou  Hutel ,  au-dessus  du  confluent  de  la  Vesubia  et  de  la  Tinea  ; 
mais  cet  emplacement  les  rapproche  trop  des  Vesubiani,  avec  les- 
quels alors  ils  se  confondent. 

^  L'ordre  géographique  serait  troublé,  si  l'on  retournait  vers  le 
nord  pour  placer  les  Acitavones  dans  le  Faucigny,  comme  le  veut 
d'Anville,  et  d'après  lui  Albanis  Beaumont,  tom.  i,  p.  53.  —  C'est  à 
tort  qu'on  a  voulu  confondre ,  sur  l'autorité  d'un  seul  manuscrit ,  les 
Acitavones  et  les  Centrones. 

<Strabo,  lib.  iv,  p.  i85  et  2o5  ;  trad.  franc.,  lib.  iv,  cap.  1  et  6, 
tom.  II,  p.  25  et  90. 


38  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

dans  le  val  d'Oysans  pour  la  demeure  des  Siconii. 
Honoré  Bouche ,  le  président  de  Boissieu ,  et  après 
eux  d'Anville ,  ont  été  conduits  à  placer  les  Uceni 
dans  le  val  d'Oysans,  d'après  une  certaine  analogie 
qu'ils  ont  cru  trouver  entre  le  nom  ancien  et  le  nom 
moderne;  mais  ils  ont  oublié  que  le  nom  d'Ojsans, 
en  latin  ,  dans  les  titres  du  xii^  siècle  *,  est  Asincium 
ou.  Sincium ,  à  l'ablatif  Sincio  :  ce  nom  et  celui  de 
la  rivière  Vincon,  qui  traverse  cette  vallée,  ont  un 
rapport  évident  avec  le  nom  (VIconii  ou  Siconii. 

LjCS  Uceni,  que  Pline  '  indique  aussi,  entre  les  Me- 
dulli  et  les  Caturiges ,  me  paraissent  avoir  habité  la 
vallée  au  nord  des  Siconii ,  dans  la  petite  vallée  d'Oz , 
et  aussi  celle  de  Huez. 

Mais  au  nord  de  cette  vallée  d'Oz,  je  détermine 
avec  plus  de  certitude  la  demeure  d'un  peuple  dont 
jusqu'ici  la  position  a  été  inconnue ,  ce  sont  les  Bro- 
dontii  de  Pline,  qu'on  a  voulu  à  tort  confondre  avec 
les  Bodontici ,  parce  qu'on  ne  savait  où  les  placer. 
Je  retrouve  leur  nom  dans  celui  d'une  montagne 
nommée  Brodon  ^,  une  des  plus  considérables  qui  for- 
ment la  vallée  d'Olle  :  ainsi  les  Brodontii  occupaient 
tout  le  haut  de  cette  vallée  et  celles  qui  en  sont 
voisines. 

'  Durandi ,  Picmotite  cispadano  antico ,  p.  i4- 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  ni,  cap.  ao  (24),  tom.  i,  p.  177,  édit.  Hard. 

^  Voyez  la  Carte  des  limites  de  la  France  et  de  la  Sardaigne,  levée 
sous  Bourcet,  maréchal-dc-camp ,  et  dressée  par  Villaret,  1760.  — 
La  feuille  qui  donne  le  nom  de  Brodon ,  et  sur  laquelle  on  trouve 
écrit  montagne  de  Brodon  et  cime  de  Brodon,  est  la  feuille  vue; 
elle  est  intitulée  :  Carte  ge'ome'trique  de  la  montagne  et  combe 
d'Olle ,  pour  servir  à  la  limitation  des  territoires  de  Vaujany  en 
Dnuphine' ,  et  de  Saint-Cùlomhan-des-Villards  en,  Maurienne . 


PARTIE  II,  CHAP.  III.  3Î) 

Au  nord  des  MeduUi ,  c'est-à-dire  au  nord  de 
l'État  de  Cottius ,  étaient  les  Eguituri;  ils  occu- 
paient, je  le  présume,  le  district  nommé  Entre-Deux 
Gujers  '  :  c'est  au  nord  de  ces  Egiuturi  que  je  pense 
qu'il  convient  de  placer  les  Edenates  %  dans  le  val 
d'Ejnan;  c'est  à  tort  qu'on  a  voulu  confondre  ce 
peuple  avec  les  Adanates  de  l'inscription  de  Cottius. 
Les  Magelli  étaient,  à  l'est,  limitrophes  de  l'Etat 
de  Cottius;  ils  habitaient  le  val  de  Saint-Martin, 
entre  le  Pelice ,  la  Ghison  et  la  Lemina ,  dans  le  val 
Dubiasca,  au  midi  de  cette  portion  de  l'État  de  Cot- 
tius qui  s'étendait  dans  la  vallée  de  Suse.  Deux  lieux 
très  anciens,  nommés,  dans  les  chartes  du  ix*^  siècle, 
curte  Macello  et  loco  Macello ,  et  dans  d'autres, 
Magedellum,  ont  conservé  le  nom  de  ce  peuple. 
Macello  se  trouve  encore  sur  nos  cartes  modernes  un 
peu  à  l'est  de  San  Martino  ,  ainsi  que  Majers,  qui  est 
Magellum  %  près  de  Prali.  Si  les  Sogiontii  de  Pline 
étaient,  comme  je  le  présume,  possesseurs  du  terri- 
toire aux  environs  de  Sigonce,  au  nord-est  de  For- 
calquier ,  ils  se  trouvaient  situés  à  l'ouest  de  l'Etat 
de  Cottius.  Une  inscription  trouvée  en  17^7,  dans 
les  environs  de  Vienne  '',  fait  mention  de  civitas 

'  Peut-être  vaudrait-il  mieux  placer  les  E^uituri  aux  environs 
d'Egouares,  au  confluent  de  la  Durance  et  de  l'Ubaye,  à  l'ouest  de 
Savines;  alors  ils  se  trouveraient  renfermés  dans  le  territoire  des 
Caturiges,  et  feraient  partie  de  l'État  de  Cottius.  — Durandi,  Pie- 
monte  cispadano ,  p.  ay,  place  ces  peuples  dans  le  territoire  de 
Gatters,  à  quatre  milles  de  l'embouchure  du  Var  ;  ce  lieu  est  nommé, 
dans  les  titres  de  1200,  casirum  de  Guatteriis. 

'  Ptoleraa;us,  lib.  ni,  cap.  i. 

^  Majers  ou  3Iagers  se  trouve  sur  la  Carte  de  Bâcler  d'Albe,  près  de 
Piali  ;  Macello  est  placé  dans  la  Carte  de  la  Lombardie ,  par  Zannoni. 

'  Plin.,  lib.  III,  cap.  20  (24),  édit.  Hard.,  tom.  i,  p.  177.  —  Donali, 
Suppl.  veter.  inscript.,  p.  54^. 


40  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

SOGIONTIORUM.  Les  PedjU  '  de  Strabon  occupaient, 
je  le  présume,  les  environs  de  Piégu,  un  peu  à  l'est  de 
Taîlard.  Les  éditeurs  du  Strabon  ont  chance  ce  nom 
de  Pedfli  en  celui  de  Medidli,  sans  même  avertir 
de  cette  variante  ;  mais  l'édition  de  ce  géographe 
dernièrement  publiée  à  Oxford  a  conservé  la  leçon 
des  meilleurs  manuscrits.  Dans  les  pays  de  hautes 
montagnes,  un  village,  séparé  par  des  hauteurs  pres- 
que inaccessibles  de  tout  le  territoire  qui  l'environne, 
forme  souvent  un  petit  peuple  à  part ,  qui  a  un 
nom  distinct,  des  mœurs,  et  des  habitudes,  qui  lui 
sont  particulières. 

Enfin ,  au  midi  des  sources  du  Var,  et  par  consé- 
quent aussi  au  midi  du  royaume  de  Cotlius ,  habi- 
taient les  Briganiii  et  les  Beriiini ;  ils  faisaient  pro- 
bablement partie  des  Vediantii  et  des  Nerusii  :  la 
position  et  l'existence  des  Briganiii  est  prouvée  par 
plusieurs  inscriptions  trouvées  à  Briançonnet,  qui  en 
font  mention;  c'est  donc  à  Briançonnet,  près  des 
sources  de  l'Esteron,  et  à  l'est  de  Castellane,  au  sud 
d'Entrevaux,  qu'il  faut  placer  ces  Briganiii ,  diffé- 
rens  des  Brigiani  précédemment  mentionnés'.  Les 
Beriiini  habitaient  la  vallée  de  Saint-Pierre  et  de 
Pêne,  où  a  été  trouvée  l'inscription  antique  qui  con- 
state leur  existence  ,  et  dès  lors  on  a  connu  l'origine 
véritable  du  surnom  de  Leis  Beritins  ^ ,  donné  de 
temps  immémorial  aux  habitans  de  cette  vallée  qui 
est  située  au  sud-est  d'Entrevaux,  et  qui  a  la  vallée 
de  Seroz  à  l'est. 

'  Strabo,  lib.  iv,  tom.  i,  p.  206,  édil.  d'Oxford,  in-folio;  tom.  n, 
p.  25,  de  la  trad.  franc.,  et  p.  a85  de  l'édit.  d'Almeloween. 

"  Papon,  Hist.  de  Provence,  tom.  i ,  p.  80;  et  ci-dessus,  p.  36. 
'  Papon,  tom.  i ,  p.  108  et  109.  —  Voyez  ci-dessus,  p.  36. 


PARTIE  II,  CHAP.  III.  41 

Il  n'y  a  aucun  doute  sur  la  position  des  Vergunni  ', 
que  l'on  place  avec  raison  à  Vergon  ,  à  l'ouest  d'En- 
tre vaux-sur- Va  ix  ,  et  qui  est  nommé  de  J^era^unnis 
dans  les  actes  du  moyen  âge  ''. 

Les  Nemanturi ,  qui  ne  nous  sont  connus  que  par 
rénumération  rapide  de  Pline,  peuvent  se  placer  aux 
environs  de  Demandols  ^.  Les  Adunicates^  possé- 
daient peut-être  les  environs  d'Alglun,  nommé 
AgUduno  dans  les  titres  du  moyen  âge  ^,  ou  les  envi- 
rons de  la  montagne  d'Andon.  Les  Triulatti  parais- 
sent avoir  habité  les  bords  du  \ar,  entre  Guillaume 
et  Entrevaux,  où  l'on  trouve  les  rivières  Tueli , 
près  de  Guillaume,  et  la  cime  d'Alette ,  près  d'En- 
trevaux  ^ .  Les  Gallitœ  paraissent  avoir  occupé  le 
confluent  de  l'Esteron  et  du  Var,  aux  environs  de 
l'endroit  nommé  Gillette  '.  Les  Velauni  étaient, 
suivant  moi,  plus  a  l'ouest,  aux  environs  du  lieu 
nommé  Vevelause  ,  sur  les  bords  du  Verdon  ,  au 
nord  de  Castellane  ;  ils  se  trouvent  ainsi  placés 
au  nord  des  Suetri ,  comme  le  demande  le  texte  de 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  cap.  20  (24),  tom.  i,  p.  177,  édit.  Hai'd.  — 
Strabo,  lib.  iv,  p.  180.  —  Tit.  Liv.,  xxviii,  46;  xi,  4,  epit.  4o.  — 
Plut.,  Fit.  Paul.  JEmil. ,  cap.  6.  —  Dion.  Cass. ,  apud  Tzetz,  ad 
Ljcophr.,  V.  i3i2.  —  Florus,  11,  3. 

'  Honoré  Bouche,  Choi'ographie  de  laProvence,  in-fol-,  1. 1,  p.  176. 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  111,  20  (24),  tom.  i,  p.  177,  édit.  Hard.  — 
Demandols  est  au-dessus  de  Castellane  ;  c'est  aussi  le  sentiment  de 
Durandi,  Pienionte  cispadano ,  p.  27. 

*Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  cap.  5,  tom.  1,  p.  147,  édit.  Hard.  — 
Papon,  tom.  i,  p.  118,  place  les  Adunicates  à  Audaon  et  Caille. 

'  Gallia  christiana,  tom.  in.  —  Instrum.,  p.  187. 

*  Durandi ,  Piemonte  cispadano,  p.  26,  les  place  à  Triola,  dans  la 
vallée  formée  par  la  Roya.  Je  ne  trouve  Triola  sur  aucune  carte, 
mais  seulement  Aivola  ;  cette  position  nous  ferait  entrer  en  Italie , 
et  Pline  ne  paraît  pas  franchir  la  chaîne  des  Alpes. 

'  Plin.,  loco  cit.;  Durandi,  Piemonte  cispadano  antico,  p.  26. 


42  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Pline  '.  Les  Ligauni ,  que  le  même  auteur  place  au- 
dessus  des  Oxyhiiy  se  trouvent  occuper  les  environs 
de  Saint- Vallier,  de  Callian  et  de  Fayen  '. 

C'est  en  décrivant  la  Province  romaine  que  Pline 
nomme  les  Af^antici  et  les  Bodiontici  ^  ;  mais  il  ob- 
serve lui-même  qu'ils  furent  ajoutés  par  Galba  à  la 
liste  des  peuples  des  Alpes ,  et  il  leur  donne  Dinia 
pour  capitale.  Comme  Dinia  est  devenu  chef-lieu  d'un 
diocèse,  son  identité  de  position  avec  Digne  mo- 
derne se  trouve  prouvée  par  une  suite  de  monumens 
historiques,  au  défaut  des  mesures  des  itinéraires  an- 
ciens ,  où  ce  lieu  ne  se  trouve  pas  mentionné.  Les 
Avantici  et  les  Bodiontici  réunis  sont  donc  repré- 
sentés par  le  diocèse  de  Digne,  qui  détermine  leurs 
limites.  L'autorité  de  Pline,  au  sujet  de  ces  deux  peu- 
ples, à.<yciX  Dinia  était  la  capitale  ,  est  ici  irréfragable, 
puisque  cet  auteur  cite  un  rôle  dressé  sous  l'empereur 
Galba  ;  mais  ces  petits  peuples  sont  tellement  en- 
tassés les  uns  sur  les  autres,  que  cela  ne  détruit  pas 
le  texte  de  Ptolémée  "*,  qui  donne  Dinia  pour  capitale 
aux  Sentii ;  car  à  l'époque  où  il  écrivait,  les  Avan- 
tici  et  les  Bodiontici  auront  été  renfermés  dans  le 
territoire  des  Sentii;  mais  ,  primitivement  au  temps 
de  Pline,  on  doit  restreindre  ces  derniers  au  diocèse 
de  Senez,  et  leur  donner  Sanitiuniy  Senez,  pour 
capitale. 

■  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  c.  5,  t.  i,  p.  147,  édit.  Hard.  —  Honoré' 
Bouche,  et  d'Anville  d'après  lui,  Notice,  p.  684,  placent  ces  peuples 
dans  le  comté  de  Beuil  ;  mais  sans  aucune  vraisemblance ,  puisque 
Beuil  est  nommé  Bellio  dans  les  anciennes  archives  de  Provence. 

"  Plin.,  lib.  III,  cap.  5,  tom.  i,  p.  146,  édit.  Hard.  —  Voyez  ci- 
dessus,  tom.  I,  p.  557. 

'  Id.,  lib.  III,  cap.  5,  tom.  i,  p.  148,  édit.  Hard. 

*  Ptolema'us,  lib.  11,  cap.  5,  p  5i,  édit.  Merc,  ou  p.  56,  édit.  Bert., 


PARTIE  II,  CHAP.  m.  43 

Si  à  tous  les  peuples  que  je  viens  de  nommer  on 
ajoute  les  Suetri ,  les  Nerusii^  les  Pedantii ,  dont 
j'ai  déjà  fait  connaître  la  position  ,  qui  habitaient  le 
rivage,  et  occupaient  en  entier  les  diocèses  de  Grasse 
et  de  Vence ,  et  la  partie  méridionale  de  celui  de 
Nice,  on  aura,  dans  un  très  grand  détail,  le  tableau 
complet  de  toutes  les  nations  ou  peuplades  qui  for- 
mèrent depuis  une  province  particulière  sous  le  nom 
^ Alpes  maritimœ  ' . 

Il  s'agit  actuellement  de  faire  connaître  les  autres 
peuples  qui  habitaient  le  nord  et  Test  de  la  vaste 
chaîne  de  montagnes  qui  fait  l'objet  de  nos  recher- 
ches. L'empereur  Auguste,  après  avoir  soumis  tous 
ces  peuples,  avait  élevé  un  monument  sur  le  rivage  de 
la  Ligurie,  où  se  termine  la  chaîne  des  Alpes;  ce 
monument,  connu  sous  le  nom  de  tropœa  Augustiy 
était  placé  dans  le  lieu  nommé  La  Turbia  ;  ce  monu- 
mient  figure  comme  position  géographique  dans  les 
Tables  de  Ptolémée  ',  et  subsistait  encore  en  partie 
du  temps  de  Cluvier.  Cet  auteur  rapporte  le  commen- 
cement de  l'inscription  qu'on  montrait  de  son  temps 
à  La  Turbia  :  elle  a  été  donnée  en  entier  par  Pline  % 
et  les  dates  qu'elle  renferme  prouvent  que  ce  monu- 
ment fut  érigé  un  an  après  celui  de  l'Arc  de  Suse. 
L'inscription  qui    s'y   trouvait  contenait  une  liste 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  1 85  et  1 85.  Je  n'ai  point  parlé  des 
Caudellenses ,  que  Papon  mentionne  d'après  une  inscription  trouvée 
à  Cadenet,  en  1778.  —  Voyez  Papon,  Histoire  de  Marseille,  tom.  1, 
p.  \'i%.  —  J'ai  des  doutes  sur  cette  inscription. 

"  Ptolem.,  Geogr.,  lib.  m,  p.  68  (61),  édit.  Bert. 

'Plin.,  lib.  III,  cap.  20.  —  Cluverius,  Italia  anliqua,  tom.  i, 
p.  64.  —  11  devient  évident  qu'il  y  a  un  i  effacé  dans  l'arc  de  Suse, 
et  qu'il  faut  lire  Tribunic.  Potestate  xvi  Holstenius,  Honoré  Bouche 
et  autres,  ont  confondu  ces  deux  inscriptions.  La  méprise  est  forte. 


44  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

complète  des  peuples  des  Alpes  domptés  par  Augusle, 
liste  que  Pline  nous  a  conservée.  Elle  nous  donne 
les  peuples  selon  un  ordre  presque  géographique,  et 
par  cette  raison  nous  allons  la  rapporter  en  entier, 
de  même  que  nous  avons  fait  pour  l'arc  de  Cottius. 
Comme  le  plus  souvent  une  des  plus  fortes  preuves 
de  la  position  des  peuples  mentionnés  dans  cette  in- 
scription est  le  rang  et  la  place  qu'ils  tiennent  dans 
l'ordre  de  la  nomenclature,  ce  serait  affaiblir  ces 
preuves  que  de  déranger  cet  ordre  pour  en  adopter 
un  plus  rigoureusement  géographique.  Le  lecteur 
voudra  donc  bien  se  transporter  de  la  partie  occiden- 
tale des  Alpes  que  je  viens  de  faire  connaître  dans  la 
partie  orientale;  et  comme  je  me  verrai  forcé  pour 
expliquer,  sans  en  rien  omettre,  cette  inscription, 
de  franchir  les  limites  de  la  Gaule  cisalpine,  je  pas- 
serai rapidement  sur  chaque  peuple. 

IMPERATORI    CtESARI   DIVI   F.    AUGUSTO 

PONT.    MAX.    IMP.    XHII   TRIBUNIC.    POTEST.    XVII 

S.    P.    Q.    R. 

QUOD   EJUS   DUCTU.    AUSPICIISQUE 

GENTES   ALPINE   OMNES.    QU^   A    MARI 

SUPERO   AD   INFERUM   PERTINEBANT. 

SUE    IMPERIUM    P.    R.    REDACT^    SUNT  '. 

«  GENTES   ALPINyE   DEVICT^.   » 

'  Tout  ce  commencement  est  figuré  ici  comme  dans  Cluverius , 
Italia  antiqua,  tom.  i ,  p  64  ;  mais  cet  auteur  judicieux  observe  que 
cette  inscription  était  moderne,  et  aura  été  refaite,  d'après  Pline, 
lorsque  l'ancienne  s'est  trouvée  détruite.  Alors,  c'est  peut-être  cette 
inscription  qu'il  faut  corriger,  et  il  faut  lire  Tribun.  Potest.  xvi  au 
lieu  de  xvu;  car  Pline  a  omis  l'année.  Je  laisse  ce  point  à  débattre 
aux  chronologistes  ;  le  reste  est  semblable  à  Pline.  L'ancienne  in- 
scription a  été  détruite  par  les  Lombai'ds  ;  ce  qui  restait  de  la  nou- 
A'elle  l'a  été  par  le  maréchal  de  Villars.   Il  ne  reslo  plus  actuelle- 


PARTIE  II,  CHAP.   III.  45 

Ensuite  les  peuples   sont  nommés   dans   l'ordre 
suivant  : 

Triumpilini.  —  Les  habitans  du  val  Troppia  ou 
Trompia,  à  l'est  du  lac  d'Iseo.  On  a  trouvé  dans  cette 
vallée  des  inscriptions  qui  constatent  qu'elle  fut  le 
séjour  des  Triumpilini ,  et  que  l'idole  adorée  par 
ses  peuples,  se  nommait  Tjllinus  ';  le  culte  de  cette 
idole  a  sans  doute  donné  naissance  au  nom  de  val 
Telline  que  porte  une  des  vallées  voisines.  La  res- 
semblance du  nom  des  Triumpilini,  avec  le  nom  mo- 
derne de  Trompia,  est  évidente.  On  a  découvert  à 
Labone ,  dans  le  val  Trompia  ,  une  inscription  qui 
constate  que,  du  temps  des  Romains,  les  mines  de 
fer  qui  sont  près  de  ces  lieux  étaient  exploitées 
comme  elles  l'étaient  encore  il  y  a  un  siècle;  cette  in- 
scription est  ainsi  conçue  :  C.  Montoerio  M.  Laboni 
METALLARiORUM  pREFECTis;  ainsi l'originc  romaine du 
nom,  et  la  position  du  village  de  Labone,  se  trou- 
vent constatées  \  Une  inscription,  trouvée  à  Brixia, 
Brescia  (tom.  ii,  p.  1089,  n°  2),  fait  mention  des 
Triumpilini  et  des  Benacenses ;  il  est  évident,  d'a- 
près cela  ,  que  ces  derniers  habitaient  les  petites  val- 
lées à  l'ouest  du  lac  Garda  ou  Benacus  lacus ,  dans 


ment  qu'une  partie  du  nom  des  Triumpilini.  —  Voyez  Millin  , 
Voyage  dans  les  de'partemciis  méridionaux ,  tom.  ii ,  p.  58i.  — 
Joffred,  Hist.  de  Nîmes,  et  Honoré  Bouche,  Chorographie  de  Pro- 
vence, tom.  I,  p.  99.  —  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  ui,  cap.  24  (20). 

'  p.  Gagliardi ,  Parère  intorno  ail antico  siato  dci  Cenomanni  ed 
a'  loro  confiai ,  dans  le  Recueil  de  Sambuca ,  Raccolte  di  Memorie 
sobra  gli  Cenomanni ,  p.  114. 

^  Sambuca,  p.  000.  —  La  lettre  du  P.  Gagliardi,  qui  contient  un 
voyage  à  pied  aux  sources  de  la  rivière  Mella,  est  curieuse  même 
pour  la  géographie  moderne. 


46  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

le  district   nommé,   sur  nos  cartes  modernes,    Ri- 

viera,  depuis  Riya  jusqu'à  Salo. 

Camuni.  —  Les  habilans  du  val  Camonica,  au- 
dessus  du  lac  Iseo.  Deux  inscriptions,  trouvées  dans 
levai  Camonica,  l'une  à  Civeda,  et  l'autre  à  Eseno, 
sur  lesquelles  se  trouve  le  nom  de  Camuni  y  ne  laissent 
aucun  doute  sur  la  position  de  ce  peuple  '.  On  obser- 
vera que  cette  énumération  commence  par  le  centre 
même  des  Alpes,  probablement  selon  l'ordre  de  la 
conquête.  Strabon  fait  aussi  mention  des  Camuni i 
il  les  place  avec  raison  près  des  Lepontii y  et  les  met 
au  nombre  des  nations  rhétlques  =". 

Venostes.  —  Dans  le  val  di  Venosta  des  Italiens, 
le  Winthgau  Thaï  des  Allemands^.  Une  inscrip- 
tion, trouvée  à  Parenzo,  mal  lue  et  mieux  rapportée 
par  Slauve,  semble  indiquer,  sous  le  nom  de  Ma- 
janis ,  le  lieu  nommé  aujourd'hui  Marano,  à  l'entrée 
de  cette  vallée,  comme  la  limite  de  la  Gaule  cisalpine. 

'  Cluverius ,  Italia  nntiqua ,  tom.  i ,  p.  104. 

'Strabo,  Geogr. ,  lib.  iv,  p.  206;  trad.  franc.,  lib.  iv,  cap.  6, 
tora.  II,  p.  96  —  Dion.,  lib.  liv,  cap.  20 ,  p.  y49' 

'Voyez  Siauve ,  Lettera  sopra  l  iscrizione  di  consulo  Mutiano , 
p.  21.  —  Cluverius,  en  transcrivant  le  texte  de  Pline  pour  l'in- 
scription des  Alpes,  en  a  retranché  le  mot  Venostes  comme  un 
double  emploi,  quoiqu'il  se  trouve  dans  tous  les  manuscrits  de 
cet  ancien.  Cluverius  ne  fait  donc  nulle  part  mention  des  Ve- 
nostes  dans  son  Italia  antiqua. — D'Anville,  à  l'exemple  de  Clu- 
verius, dans  sa  carte  à'' Italia  antiqua,  avait  confondu  les  Vennones 
avec  les  Venostes,  et  avait  placé,  de  même  que  Cluverius,  les 
Vennones  dans  le  val  di  Venosta.  Je  possède  une  épreuve  de  son 
Italia  antiqua  qui  est  ainsi,  et  où  les  Suanetes  se  trouvent  placés 
dans  le  val  Telline;  mais  ensuite  d'Anville  changea  d'avis,  et  plaça 
les  Vennones  dans  le  val  Telline ,  en  effaçant  le  nom  de  Suanetes , 
qui  n'existe  plus  sur  sa  carte;  il  effaça  pareillement  le  mot  de  Ven- 
nones dans  le  val  de  Venosta,  et  y  fit  graver  celui  de  Venostes.  Ces 
variations,  dans  une  des  cartes  les  phis  importantes  de  d'Anville, 


PARTIE  II,  CHAP.  III.  47 

Vennones  ou  Vennonetes. —  Un  passage  de  Dion  ' 
nous  apprend  que  les  Vennones  étaient  à  côté  des  Ca- 
muni.  Il  nous  dit  que  ces  deux  nations  prirent  les 
armes  contre  les  Romains,  et  qu'elles  furent  vain- 
cues et  subjuguées  par  Publius  Sirius;  d'un  autre 
côté,  Pline  nous  apprend  ailleurs  qu'ils  étaient  voi- 
sins des  sources  du  Rhône  et  des  Sarunetes  :  toutes 
ces  indications  déterminent  la  position  des  Vennones 
dans  le  val  Telline.  Strabon  la  confirme  lorsqu'il 
nous  dit  que  les  Vennones  sont  au-dessus  de  la  ville 
de  Côme,  vers  l'orient  ^  Ptolémée  ^  nomme  les  Ven- 
nones ou  Vennonetes  au  nombre  des  nations  rhéti- 
ques;  il  s'accorde  en  cela  avec  Pline.  Mais  Strabon  "^ 
et  Dion  semblent  les  considérer  comme  un  peuple 
à  part  et  distinct  des  Rhœti  et  des  'V endelici.  A  l'o- 
rient des  Camuni  étaient  les  Stœni  et  les  Stunici  de 
Tite-Live,  et  les  Bechuni  de  Ptolémée,  dont  nous 
avons  déjà  déterminé  l'emplacement  :  les  premiers  , 
dans  le  val  Vestone,  les  seconds,  dans  le  val  Stenico, 
oii  était  Sarraca y  leur  capitale,  qui  est  Sarca  mo- 
derne ^. 

Breuni.  —  C'est  ainsi  qu'ils  sont  nommés  dans 
Strabon,  qui  les  place  à  tort  dans  l'Illyrie^,  mais 
qui  a  raison  de  les  nommer  avec  les  Genaunes.  Ho- 

n'ont  point  été  remarquées  par  M.  Barbier  du  Bocage,  qui  a  publié 
UD  Catalogue  de  ses  œuvres. 

'  Dion. ,  lib.  liv,  cap.  20,  p.  749-  —  Dans  Pline,  "Vennonetes. 

»  Strabo,  lib.  iv,  p.  ao4.  —  Plin.,  lib.  m,  cap.  i\  (20). 

^  Ptolemaeus,  Geogr.,  lib.  11,  cap.  12,  p.  61  (55),  édit.  Bert. 

*  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  204  et  206;  tom.  11,  p.  92  et  96.  — 
Dion.,  loco  citato. 

'  Voyez  ci-dessus ,  part,  i ,  ch.  7,  tom.  i ,  p.  169  à  174. 

'' Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  206;  trad.  franc.,  liv.  iv,  chap.  6, 
tom.  II ,  p.  96. 


48  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

race  s'accorde  avec  l'inscription  et  avec  Strabon  ;  et 
au  sujet  des  peuples  des  Alpes  domptés  par  Drusus , 
il  mentionne  les  Breuni  avec  les   Genaunes  et  les 
T  indelici  '  ;  Florus,  parlant  de  la  même  expédition, 
désigne  les  Preuni  sous  le  nom  de  Brenni  ,  et  les  Ge- 
naunes ou  Genones ,  sous  celui  de  Senones^.  Ces 
peuples  barbares  étaient  si  peu  connus  des  Romains 
avant  la  conquête _,  qu'il  n'est  pas  étonnant  de  trou- 
ver leurs  noms  différemment  prononcés  par  les  dif- 
férens  auteurs,  et  il  n'est  pas  besoin  de  corriger  ici  le 
texte  de  Florus  pour  l'accorder  avec  les  textes  d'Horace 
et  de  Strabon  \  car  nous  verrons  bientôt  que  les  lieux 
habités  par  les  Genaunes  offrent  aussi  des  indices  du 
nom  de  Senones.  Du  reste ,  Florus ,  de  même  qu'Ho- 
race et  Strabon  ,  nomme  aussi  les  Vindelici  avec  les 
Breuni  et  les  Genaunes.  Jornandes  ^,  Cassiodore  ^, 
Fortunatus  et  autres  auteurs  du  moyen  âge,  donnent 
aux  Breuni  le  nom  de  Breones.  Il  n'est  pas  douteux 
que  les  Breuni  ou  Brenni  n'occupassent  les  environs 
du  grand  Brenner,  au-dessus  de  Trente,  entre  Ster- 
zingue,  Inspruck  et  Brixen  ,  entre  l'In  et  Merano. 
Dans  les  actes  de  saint  Corbiniens ,  écrits  par  Aribon , 

'  Horatius  Od. ,  lib.  iv,  ode  4- 

'  «  Noricis  aninios  dabant  Alpes ,  atqnc  nives  quo  bellum  posset 
«  ascendere.  Sed  omaes  illius  cardinis  populos,  Brennos ,  Senones 
«  atque  Vindelicos ,  per  privignum  suum  Claudiuni  Drusum  perpa- 
(c  cavit.  ))  Florus,  Hist.,  lib.  iv,  cap.  12. 

'  En  parlant  des  troupes  auxiliaires  qui  combattirent  Attila,  sous 
la  conduite  d'Aétius:  «  His  enim  adfuere  auxiliares  Franci,  Sarniatae, 
«  Armoricani  ,  Litiani,  Burgundiones,  Saxones,  VdyAv'ioW,  Briones 
«  quondam  milites  romani.  »  Jornandes,  de  Relus  ^eticis. 

*  <t  Ut  si  rêvera  mancipia  ejus  Breones  irrationabiliter  cognoveris 
«  abstulisse ,  quia  militaribus  officiis  assueti,  civilitatem  preraere 
<(  dicuntur  armati ,  etc.  »  Cassiodor.,  F'arice,  lib.  i,  epist.  2. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  49 

il  est  dit  '  que  «  l'homme  de  Dieu,  se  rendant  à  Rome, 
((  parvint  d'abord  chez  les  Breones,  et  peu  après  dans 
«  le  château  de  Trente.  »  Ainsi  donc,  les  Breones 
étaient  situés  au  nord  de  Trente.  Venantius  For- 
tunatus  nous  indique  encore  mieux  la  situation  des 
Breones  ou  Breuni  dans  les  vers  dont  voici  la  traduc- 
tion '  :  «  Si  vous  avez  dessein  de  vous  rendre  dans  la 
«  contrée  voisine  des  Breones,  traversez  les  Alpes,  si 
«  le  Bavarois  ne  vous  empêche  pas  ;  ensuite ,  entrez 
«  dans  la  vallée  où  l'Inn  roule  ses  ondes  avec  rapidité  : 
<(  de  là  vous  irez  visiter  le  temple  où  repose  saint  Va- 
«  lentin.  »  C'est  à  Merano  ou  Marano  qu'on  voyait 
le  tombeau  de  saint  Valentin  ^  :  ainsi  c'est  donc  im- 
médiatement au  nord  de  Merano  et  dans  les  vallées 
formées  par  l'Eisack  et  par  l'Inn  que  se  trouvaient 
les  Brenni.  Venantius  Fortunatus  dit  encore,  dans  sa 
préface  de  Grégoire  de  Tours ,  que  l'Inn  passe  à 
Breonium;  le  nom  de  Brenner  '^,  que  porte  cette 
partie  de  la  chaîne  des  Alpes,  est  évidemment  celui 
des  anciens  Breuni,  ou  Brenni,  suivant  Florus,  qui 
paraît  se  conformer  avec  plus  d'exactitude  à  l'étymo- 
logie  tudesque  du  nom  de  ce  peuple.  Cette  position 
s'accorde  avec  la  marche  que  Drusus  a  tenue  dans  son 

'  Cap.  10,  II  et  12  :  «  In  ipso  autem  itinere  Romam  pergendo  cuni 
«  in  Breones  pervenit  ;  »  et  plus  bas  :  <c  cum  autem  ad  Tridentanum 
«  castrum  vir  Dei  pervenit.  » 

*    Si  vacat  ire  'viam  ,  neque  Bajoarius  obstat , 

Qiia  wcina  sedent  Breonum  loca  ,  pergp  per  Alpeni , 
Iitgrediens  rapido  qaa  gurgile  volvilur  ^nus , 
Inde  Valentini  bertedicli  templa  require. 

'  Voyez  Tartarotli,  Memorie  antiche  di  Roveretto ,  1754. 
♦  Voyez  la  Carte  du  Tyrol ,  par  le  Dépôt  de  la  guerre ,  en  six 
feuilles,  u""  i ,  2,  5  et  4- 

II.  4 


50  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

expédition ,  et  avec  les  textes  d'Horace ,  de  Strabon , 
de  Florus  et  de  Ptolémée ,  qui  tous  se  réunissent  pour 
nous  faire  considérer  les  Brenni  comme  occupant 
les  plus  hauts  sommets  des  Alpes ,  et  comme  situés 
près  des  Tendéliciens .  La  position  assignée  aux 
Breuni  par  d'Anville ,  au-dessus  du  lac  Majeur,  et 
dans  le  \al  Blegno  ',  qu'il  nomme  val  Braunie,  ne 
saurait  soutenir  un  instant  d'examen  :  elle  n'a  pas 
besoin  d'être  réfutée,  puisqu'elle  contrarie  égale- 
ment l'histoire,  et  les  textes  de  tous  les  auteurs  anciens 
qui  ont  parlé  de  ces  peuples.  Ptolémée  n'a  point  con- 
fondu ,  comme  on  l'a  prétendu ,  les  Bechuni  et  les 
Brenni  ;  il  les  mentionne  séparément  *.  Il  faut  se 
garder  aussi  de  confondre  les  Breuni,  ou  Brenni , 
ou  Brioni ,  ou  Breoni ,  avec  les  Breuci,  mentionnés 
par  Ptolémée  %  Pline  ^,  Strabon  ^  et  Suétone  %  €t  que 
tous  ces  auteurs  s'accordent  à  placer  dans  laPannonie. 
Terminons  en  observant  que  dans  les  diverses  vallées 
attribuées  aux  Brenni,  on  trouve  à  l'est  de  Brixen  le 
lieu  nommé  Brunecken  ou  Prunecken ,  qui  rappelle 
sensiblement  cehii  de  Breuni  ". 

Jsarci.  —  Ils  étaient  situés  entre  les  deux  rivières 

'  D'Anville,  G e'ogr-aphie  ancienne,  Table,  p.  226,  écrit  val  Brau- 
nia  ;  mais  il  est  écrit  val  Blegno  sur  les  cartes  modernes  ;  voyez  la 
Carte  de  la  Suisse,  par  Weiss.  —  D'Anville,  au  reste,  a  pris  cette 
opinion  à  Honoré  Bouche,  qui  peut-être  l'a  empruntée  d'un  autre. 

'  Ptolem.,  Geogr.,  m,  i  ;  11,  i5,  p.  61,  et  70,  édit.  Bert. 

'  Ptolemaeus,  lib.  11,  cap.  16. 

*  Plin.,  lib.  III,  cap.  28,  tom.  i,  p.  180,  édit.  Hard. 

*  Strabo,  lib.  vni. 

^  Sueton. ,  in  Tiberio,  cap.  9. 

7  Si  l'on  se  déterminait  à  considérer  comme  des  peuples  differens 
les  Brenni  el  les  Breuni,  les  Sciiones  et  les  Genauncs ,  leurs  posi- 
tions feraient  de  même  exactement  assigner  les  Breuni  à  Brunecken, 
les  Senones  à  Zénone. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  51 

Sarca ,  dont  l'une  se  rend  dans  le  lac  Garda ,  et  l'au- 
tre dans  la  petite  rivière  Arno,  qui  coule  dans  le 
lac  Idreo. 

Genaunes.  —  Tous  les  manuscrits  de  Pline  que 
le  père  Hardouin'  a  consultés  portent  Genaunes. 
Dans  quelques  éditions  de  cet  auteui-,  les  deux  pre- 
mières lettres  se  trouvent  retranchées,  et  on  lit 
Naunes.  D'Anville  fait  un  autre  peuple  de  cette 
variante,  et  place  les  Naunes  dans  le  val  di  Non  %  et 
les  Genaunes  au-dessus  du  lac  Lugano.  Enfin,  dans 
sa  Carte  de  VOrbis  romanus^  il  substitue  le  nom 
à'Anaunes  à  celui  des  Naunes.  La  vérité  est  qu'il 
n'est  question  dans  aucun  auteur  ancien  des  Naunes 
ni  des  Anaunes  ;  mais  ces  diverses  altérations  du 
mot  Genaunes  qui  ont  eu  lieu  dans  le  moyen  âge  et 
qui  se  sont  glissées  dans  quelques  éditions  de  Pline, 
nous  indiquent  la  position  de  ces  peuples  d'une  ma- 
nière certaine.  Nous  savons,  par  les  actes  des  Mar- 
tyrs et  autres  documens  historiques ,  que  \ Anagnis 
castrum  ^  est  Nano ,  dans  le  val  de  Non ,  au  nord  de 
Denn^,  et  que  le  val  de  Non  a  formé  un  district 
sous  le  nom  ^Anaunia  ^  ;  enfin  par  contraction  on 

'  Plinius,  lib.  m,  cap.  24,  tom.  i,  p.  177,  édit.  Hard. 

'Voyez  d'Anville,  Italia  antiqua,  carte,  et  Ge'ogr.  ancienne, 
nomenclature. 

'  D'Anville,  Orbis  romanus,  pars  occidentalis ,  carte,  et  tom.  11  , 
p.  706,  de  ses  OEuvres ,  Paris,  i834,  in-4°. 

*  Voyez  la  feuille  5  de  la  grande  Carte  du  Tyrol. 

'  Paul  Diacre ,  dans  son  Histoire  des  Lomljards ,  parle  aussi  de 
l'Anagnis  castrum ,  Langobardicar.  rerum ,  lib.  m  ,  cap.  g  :  «  His 
«  diebus,  advenientibus  Francis,  Anagnis  castrum,  quod  super  Tri- 
«  dentum  in  confmio  Italis  positum  est.  »  — Voyez  aussi  Cluverius, 
Italia  antiqua,  tom.  i,  p.  106,  n°  4o- 

'  Tartarotti,  Memorie  antiche  di  Rovevetto,  p.  5  ,  7  et  8,  in-4°  ; 
Venezia ,  1754. 


52  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DÉS  GAULES, 

a  dit  Naunia,  et  Je  château  de  Nano  a  aussi  été 
appelé  NauTiumen  latin  :  ainsi  donc  les  Genaunes^ 
qui  sont  les  Anaunes  et  les  Naunes  du  moyen  âge, 
occupaient  le  val  de  Non.  Ils  faisaient  partie,  ainsi 
que  nous  le  verrons  bientôt,  des  peuples  compris 
sous  le  nom  de  Bechuni  dans  Ptolémée  %  et  VAnau- 
nium  de  cet  auteur,  qu'il  faut  placer  à  Castel  Nano, 
était  leur  capitale.  Mais,  je  le  répète,  aucun  auteur 
classique  n'a  parlé  des  Anaunes  ni  des  Naunes , 
tandis  que  les  Genaunes  de  Pline,  ou  de  l'inscription 
des  Alpes,  sont  aussi  mentionnés  par  Horace,  dans 
ces  vers  remarquables  relatifs  à  cette  même  expédition 
qui  fit  connaître  les  peuples  des  Alpes  et  les  réunit  à 
l'empire  romain. 

Vindelici  didicere  nuper 
Quid  Marte  possis  ?  Milite  nani  tuo 
Drusus  Genaunos ,  implaciduni  genus, 
Brennosque  veloces ,  et  arces 
Alpibus  impositas  tremendis , 
Dejecit  acer  plus  vice  simplici. 
Major  Neronum  mox  grave  prœlium 
Commisit ,  imvianesque  Rlicelos 
Auspiciis  pepulit  secundis. 

HoRAT.,  lib.  IV,  od.  i4- 

«  Auguste  !  les  Vindelici  ont  éprouvé  à  quel 
«  point  est  redoutable  la  puissance  de  tes  armes,  que 
((  Mars  favorise.  Drusus  avec  tes  légions  a  abattu 
«  les  belliqueux  Genaunes ,  les  agiles  B rennes ,  et 
((  leurs  citadelles  qui  couronnaient  les  sommets  les 
«  plus  escarpés  des  Alpes.  Ensuite,  sous  tes  heureux 

*  Ptolemaeus,  Geogr.,  lib.  ui,  cap.  i,  p.  70,  édit.  Bert. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  53 

«  auspices,  Tibère  a  livré  encore  aux  Rhœtes  de  plus 
«  terribles  combats  '.  » 

J'ai  déjà  observé  que  les  Senones  de  Florus'  étaient 
les  Genaunes  d'Horace  et  de  l'inscription ,  puisque 
cet  historien  parle  de  la  même  expédition  qu'Horace 
et  que  l'inscription ,  et  que ,  de  plus ,  il  place  de  même 
qu'Horace  et  que  l'inscription ,  les  Senones  entre 
les  Breuni  ou  Brennij  et  les  Vindelici.  En  effet, 
au  nord  de  Nano,  on  trouve  un  lieu  nommé  Zenone 
ou  Senone,  qui  justifie  le  nom  de  Senones ,  préféré 
par  Florus  à  celui  de  Genones ,  de  même  que  le  nom 
du  mont  Brenner  autorise  la  leçon  de  Brenni  pour 
Breuni  qui  se  trouve  dans  son  texte  ^  Mais  j'avoue 
que  je  ne  puis  revenir  de  mon  étonnement  lorsque 
je  vois  les  plus  savans  commentateurs  de  Florus  et  de 
Velleius  Paterculus  ^,  confondre  les  Senones  de  Florus 
avec  les  Semnones  des  bords  de  l'Elbe,  mentionnés 
par  Patercule,  au  sujet  de  l'expédition  de  Tibère  en 
Germanie.  Une  telle  méprise  démontre  combien  cette 
partie  de  l'intéressante  histoire  du  siècle  d'Auguste  a 
été  jusqu'ici  mal  connue ,  faute  d'avoir  approfondi 
suffisamment  la  géographie  ancienne  des  Alpes. 

La  position  des  Genaunes ^  dans  le  val  de  Non , 

'  Horat.  Od. ,  lib.  jv,  ode  4 ,  dit  encore  : 

Videre  Rhceti  bella  suit  Alpibus 
Drusum  gerentem ,  et  /■'indelici. 

C'est  celte  ode  que  Scaliger  regarde  comme  la  plus  belle  d'Horace  ; 
c'est  la  première  qui  fut  faite  sur  l'expédition  de  Drusus.  Horace 
chante,  dans  Tode  i4,  l'expédition  de  Tibère,  qui  eut  lieu  après. 
Ces  deux  odes  sont  précieuses  pour  l'histoire. 

'  Florus. 

'  Quelques  éditeurs  d'Horace ,  dans  l'ode  que  je  viens  de  citer, 
lisent  aussi  Brennns  au  lieu  de  Breiinos. 

*  Velleius  Paterculus. 


54  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

s'accorde  avec  le  récit  de  l'historien  Dion,  le  plus 
détaillé,  et  le  plus  exact,  de  tous  les  auteurs  anciens 
pour  ce  qui  concerne  le  siècle  d'Auguste;  il  nous  dit 
que  Tibère  s'embarqua  avec  une  flotte  sur  le  lac 
Garda ,  épouvanta  ces  peuples  barbares ,  et  ensuite 
((  que  Drusus  mit  en  fuite  les  nations  rhétiques  près 
des  Alpes  tridentines  ' .  »  Or  c'est  précisément  Drusus 
qu'Horace  célèbre  comme  le  vainqueur  des  Ge^ 
naunes  '.  On  sait  aussi,  par  Dion,  que  ce  fut  Publius 
Silicus  (et  non  pas  Tibère,  ni  Drusus)  qui  fut 
chargé  par  Auguste  de  soumettre  la  partie  occiden- 
tale des  Alpes  septentrionales,  dans  laquelle  se  trouve 
le  lac  Lugano  '.  Il  subjugua  de  ce  côté  les  Vennones 
et  les  Camuni ;  mais  dans  le  récit  de  son  expédition  , 
qui  eut  lieu  à  la  même  époque  que  celle  de  Drusus , 
il  n'est  nullement  question  des  Genaunes  (  ni  des 
Naunes  y  ni  des  Anaïuies).  Drusus,  aussitôt  après 
avoir  dompté  les  peuples  de  la  Rhétie  et  de  la  l^in- 
délicie,  au  nord  de  Trente,  vers  l'an  i5  de  J.-C. , 
fit  pratiquer  une  route  qui  conduisait  jusqu'au  Da- 
nube, route  qui  fut  depuis  nommée  via  Claudia 
Augusta,  parce  qu'elle  fut  consolidée  par  l'empe- 
reur Claude,  fils  de  Drusus  ;  ceci  est  prouvé  par  deux 
inscriptions ,  dont  l'une  a  été  trouvée  à  Maretsch , 
près  Bolzano ,  dans  le  Tyrol ,  et  l'autre  dans  un 
village  nommé  Cismaggiore,  à  6  milles  au  nord-est 
de  Feltre'*.  Cette  dernière  inscription  nous  apprend 

'  Dio,  Hist.,  lib.  Liv. 

'  Et  aussi  des  Rhaetes  ;  voyez  la  citation  de  l'ode  4,  l'b.  'V- 
'  Dio,  lib.  Liv,  cap.  20,  p.  749»  édit.  de  Reimar. 
'  Il  conte  Aurelio  Guarnieri,  Dissertazione  intorno  al  corso  dell 
antica  via  Claudia  délia  ciltà  di  Attirw ,  fino  al  fi  unie  Danubio , 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  55 

encore  que  la  réparation  de  cette  route  par  Claude 
eut  lieu  l'an  4?  de  J.-C,  et  qu'elle  avait  55o  milles 
romains  depuis  Altinum  jusqu'au  bord  du  Danube  ; 
or  cette  mesure  est  exactement  celle  que  fournit 
l'Itinéraire  romain  pour  la  route  qui,  ai  Altinum, 
Attino,  conduisait  à  Opitergium ,  Oderzo,  Feltre , 
Tridentuniy  Trente,  pons  Dritsi ,  Botzen,  et  Mar- 
Ireio ,  Martrey,  et  qui  aboutissait  enfin  à  Jugusta 
Vindelicorum  y  Ausbourg  '  :  si  nous  en  croyons 
Orosius ,  ce  fut  Pison  qui  acheva  la  conquête  de  la 
Vindélicie  '. 

Diverses  inscriptions  ont  aussi  été  trouvées  dans 
le  val  de  Non  %  qui  nous  révèlent  la  position  et 
l'existence  de  plusieurs  bom^gs  ou  forteresses,  du  temps 
des  Romains,  renfermés  chez  les  Genaunes.  Tels 
sont  les  Vettiani,  qui  nous  sont  connus  par  un  mo- 
nument découvert  à  Vezzano.  C'est  encore  d'autres 
inscriptions  trouvées  sur  place  qui  nous  apprennent 
que  nous  devons  inscrire  chez  les  Genaunes ,  le 
castellum  Kervassium  y  à  Vervo,  et  le  castellum 
Tuhlinatium  ,  àToblino.  J'ai  déjà  observé  qu'^^/iaw- 
nium,  aujourd'hui  Castel  Nano,  était  la  capitale  de 
tout  ce  district"^. 

Focunates.  —  Aux  environs  de  Focogna,  au  con- 

in-4'*  ;  Bassano,  178g,  p.  loi  et  106,  tab.  1,  p.  27.  —  Voyez  encore 
Novelle  letterarie  di  Firenze  ;  5  novembre  1786,  n°  44?  P-  695. — 
Giornale  veneziano  di  Formalconi ,  n"  25  ;  mese  di  décembre  1786. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

*  Orosius ,  lib.  vi ,  cap.  21 . 

'  Tartarotti ,  Memorie  antiche  di  Roveretlo,  p.  5o  et  52. 

"  Une  inscription  mal  lue  d'abord  ,  mais  mieux  rapportée  par 
Siauve ,  LeUera  sopra  l  iscrizione  de!  console  Muciano  .  p.  2 1 , 
semble  démontrer  que  la  Gaule  cisalpine  s'étendait  jusqu'à  iVIerano, 
à  l'entrée  du  val  Venosla. 


56  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

fluent  de  la  Tosa  et  de  la  Lanza ,  un  peu  au  midi  de 
Duomo  d'Ossola ,  et  entre  les  deux  branches  du  lac 
Majeur.  La  conjecture  de  ceux  qui  placent  les 
Focunates  dans  le  Faucigny,  au  midi  du  lac  de 
Genève,  ne  saurait  se  soutenir,  et  trouble  l'ordre 
géographique  que  conserve  ici  l'inscription  ;  nous 
avons  d'ailleurs  prouvé  que  le  Faucigny  était  habité 
par  les  Nantuates. 

Viennent  ensuite  dans  l'inscription  les  nations 
mndéliciennes ,  vers  lesquelles  l'ordre  de  l'énumé- 
ration  des  peuples  nous  a  toujours  dirigé  :  elles  sont 
au  nombre  de  quatre. 

J^indelicoriun  gentes  quatuor  :  Consuanetes ,  Ru- 
cinates,   Licates,  Catenates. 

La  position  des  Licates  sur  les  bords  de  la  Lech 
et  dans  les  environs  d'Augsbourg  ne  saurait  être 
douteuse  puisque  Ptolémée  ',  non  seulement  s'ac- 
corde avec  l'inscription  pour  les  placer  dans  la  Vin- 
délicie y  mais  il  nous  dit  qu'ils  habitaient  près  du 
Lfcunijluvium,  qui  bien  certainement  est  la  Lech. 
Ptolémée  attribue  Augusta  Vindelicorum  aux  Li- 
cates :  la  position  de  cette  ancienne  villeà  Augsbourg 
modei'ne  se  trouve  démontrée  par  les  mesures  d'une 
route  de  la  Table,  qui  part  de  Mediolanum^  Milan''. 
11  est  même  probable  que  la  ville  de  Damasia , 
attribuée  par  Strabon  aux  Licatiiy  est  la  même  que 
celle  qui  prit  depuis  le  nom  d'Auguste  ^. 

'  Ptolemaeus,  Geo^r.,  lib.  ii ,  cap.  i5,  p.  6i. 

"  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Et  par  cette  raison  l'opinion  de  M.  Leichtlen,  qui  place  les  Licatii 
dans  le  Wallgau,  près  de  Likyajliun.,  la  petite  rivière  Enis,  et  de 
Oamasia,  Hohen-Ems,  ne  nous  paraît  pas  fondée.  Voyez  Schwaben 
untcr  den  Roc  me  m ,  p.  206,  et  la  carte. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  57 

Sous  le  tilre  générs^  de  Licaiii,  l'inscription  com- 
prend aussi  les  JEsiiones  de  Strabon  '  ;  ce  géographe 
donne  Campodunum  pour  capitale  à  ces  peuples. 
Celte  ville  se  trouve  mentionnée  sur  la  route  dont 
j'ai  parlé,  et  les  mesures  qu'elle  nous  fournit  déter- 
minent la  position  de  Campodunum  à  Kempten  ^  : 
c'est  donc  aux  environs  de  Kempten  et  sur  les  bords 
de  riUer  qu'habitaient  les  Mstiones  ou  Hestiones. 

Il  en  est  de  même  des  Brigantii ,  que  Strabon 
nomme  avec  les  Mstiones  :  il  leur  donne  Brigantium 
pour  capitale,  et  la  position  de  cette  ville  à  Bregentz, 
à  l'extrémité  du  lac  Constance,  est  mathématique- 
ment prouvée  par  une  suite  non  interrompue  de 
mesures  données  par  la  Table  et  l'Itinéraire,  pour 
les  routes  qui  se  rattachent  à  Argentoratura ,  Stras- 
bourg, Geneva,  Genève,  et  Vesontio ,  Besançon  ^ 
Les  Brigantii  occupaient  toute  la  vallée  formée  par 
le  petit  fleuve  Bregenz,  et  le  Bregenzer  Wald-Thal; 
mais  nous  reviendrons  sur  ces  peuples,  dont  Plolé- 
mée,  aussi  bien  que  l'inscription,  a  parlé  sous  un 
nom  peu  différent. 

Les  Consuanetes  me  paraissent  devoir  être  placés 
dans  le  comté  de  Kœnigseck,  au  nord  du  lac  Con- 
stance, entre  ce  lac  et  l'Iller;  Ptolémée'*  en  fait  men- 
tion sous  le  nom  des  Consuantoï,  et  s'accorde  avec 
l'inscription  pour  les  placer  dans  la  Vindélicie  ;  ils 

'  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  206;  trad.  franc.  ,  tom.  11 ,  p.  96. 

*  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Voyez  \ Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvra t;c.  — 
Conférez  S.  Leichtlen,  Schwabcn  iinter  dcr  Rœnicrn  ;  iSaS,  in-12, 
p.  2o5,  et  la  carte. 

*  Ptolemaeus,  Geogr.,  lib.  m  ,  cap.  i4  ,  p.  61. 


58  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

sont  bien  les  mêmes  que  les  Cotuatitii  de  Slrabon  ', 
quoique  cet  auteur  les  place  dans  la  Rhœtie ,  parce 
qu'il  écrivait  h  une  époque  où  la  T^indélicie  ne  for- 
mait avec  la  Rhœtie  qu'une  seule  province,  qui  por- 
tait le  nom.  de  cette  dernière  '.  11  en  est  de  même  des 
Rucantiiy  que  Strabon  ^  place  aussi  dans  la  Rhœtie;  ce 
sont  les  mêmes  que  les  Rucinates  de  l'inscription  et 
les  Runicatœ  de  Ptolémée  ^ ,  qui ,  d'accord  avec 
l'inscription,  les  place  dans  la  Vindélicie.  Je  crois 
qu'on  doit  placer  les  Rucinates  aux  environs  de 
Reusach ,  de  Rauneset,  de  Reuthe,  près  Wertach  ;  près 
de  là  se  trouve  aussi  Reuti ,  non  loin  d' Aschau  :  ces 
peuples  ont  dû  occuper  le  territoire  qui  s'étend  depuis 
Kempten  jusqu'à  Aschau,  entre  le  Leck  et  l'IUer.  A 
côté  des  Runicatœ ,  Ptolémée^  place  les  Leuni ,  qui 
paraissent  avoir  été  situés  aux  environs  de  Leutkirch; 
Ptolémée  nomme  les  Benlauni  à  côté  des  Con- 
suanetes  ou  des  Consuantoï,  ce  qui  les  place  aux 
environs  de  Buchau  et  du  lac  Felder.  C'est  après  ces 
peuples  que  Ptolémée  nomme  les  Breuni  et  les 
Licatii ,  dont  nous  avons  assigné  la  position,  et  qui , 
avec  les  précédens,  complètent  dans  cet  auteur  la 
liste  des  nations  vindéliciennes.  A  l'ouest  du  lac 
Constance,  étaient  aux  environs  de  Stheulingen  et 
de  Bregge ,  près  Donaueschingen ,  les  Tulingi  et  les 
Latobrigi  ^  ;  deux  autres  nations  vindéliciennes  dont 

'  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  206;  trad.  franc.,  tom.  u,  p.  96. 
'  Cette  cause  lui  a  fait  confondre  les  nations  rliétiques  et  les  vindé- 
liciennes ;  mais  dans  ce  passage  cependant  il  cherche  à  les  distinguer, 
^  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  206;  trad.  franc.,  tom.  n,  p.  96. 
*  Ptolemaeus,  Geogr.,  cap.  i3,  p.  61  (56),  édit.  Bert. 
'  Ptolemaeus,  Geogr.,  loc.  cit. 
^  Csesar,  de  Bello  gallico,  lib.  1. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  59 

César  a  parlé  et  sur  lesquelles  nous  aurons  bientôt 
occasion  de  revenir. 

Les  Catenates  de  l'inscription  sont  évidemment 
le  même  peuple  que  les  Clautinatii  de  Strabon  ',  et 
cette  fois  cet  auteur  se  trouve  d'accord  avec  l'inscrip- 
tion ,  en  les  plaçant  parmi  les  nations  vindéli- 
ciennes  et  à  côté  des  Licatii;  il  est  difficile  de  leur 
assigner  une  position  précise.  On  sait  seulement 
qu'ils  étaient  peu  éloignés  de  la  Lech  :  ils  habitaient 
probablement  les  vallées  qui  fournissent  les  sources 
de  riser  et  de  la  Zojza,  aux  envrrons  de  Charnitz  et 
au  nord  d'Innsbruch. 

L'ordre  géographique,  jusqu'ici  assez  bien  con- 
servé dans  l'inscription  du  trophée  des  Alpes,  se 
trouve  dérangé  par  le  nom  des  Amhisuntes ,  à  la 
suite  de  celui  des  Catenates.  En  effet,  Ptolémée  '  fait 
mention  des  Amhisuntes  ou  Amhisontii,  mais  il  les 
place  dans  la  Norique;  cependant,  comme  il  nous  dit 
qu'ils  occupaient  la  partie  occidentale  de  cette  pro- 
vince, on  pourrait  conjecturer  qu'ils  habitaient  au 
nord  de  la  montagne  ai  Ainhrizzola  %  dans  le  district 
du  Tjrol  nommé  Ampezzo  Haydn  ,  et  dans  la 
vallée  formée  par  la  Boita ,  vers  sa  source. 

Viennent  ensuite  dans  l'inscription  les  Rugusci , 
les  SuaneteSy  les  Calucones  et  les  Brixentes.  Pto- 
lémée ,  qui  fait  mention  de  ces  différens  peuples , 
nous  indique  leurs  positions,  «hes  Brixentes ^  dit-il, 
sont  les  peuples  les  plus  septentrionaux  de  laRhœtie^;  » 

'  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  206  ;  trad.  franc. ,  tom.  11 ,  p.  96. 

*  Ptolemaeus,  Geogr.,  lib.  11,  cap.  i4,  p.  61  (56),  édit.  Bert, 
^  Voyez  le  u°  4  de  la  grande  Carte  du  Tyrol. 

*  Ptolemaeus ,  Geogr.,  loc.  cit. 


60  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

ils  ne  peuvent  donc  avoir  occupé  la  vallée  de 
Brixen  ',  où  on  les  a  placés.  Nous  avons  vu  d'ailleurs 
que  cette  vallée,  où  se  trouve  aussi  Brunecken,  était 
occupée  par  les  Brenni  ou  les  Breuni.  En  outre  , 
Brixen  est  une  ville  récente.  Sàben  ,  nommé  Sabione 
dans  Paul  Diacre,  était  primitivement  le  siège  de 
l'évéché  qui  depuis  a  été  transporté  à  Brixen  '. 
Nous  venons  d'observer  que  Strabon ,  en  énuraérant 
les  nations  vindéllciennes,  fait  mention  des  Brigantii, 
dont  l'inscription  et  Ptolémée  ne  parlent  pas.  Ce  qui 
doit  faire  d'abord  présumer  que  les  Brixentes  de 
Ptolémée  et  de  l'inscription  sont  les  mêmes  que  les 
Brigantii  de  Strabon ,  la  racine  de  ces  deux  noms 
est  la  même ,  et  dérive  évidemment  du  mot  hrigg, 
qui  signifie  pont,  nom  dont  l'emploi  est  si  fréquent 
dans  toute  la  géographie  ancienne  de  l'Europe  occi- 
dentale. Si  Strabon  place  les  Brixentes  ou  Brigantii 
dans  la  Vindélicie ,  c'est  qu'en  effet  ils  touchaient  la 
frontière  des  Vindéliciens,  ainsi  que  l'indique  Pto- 
lémée. Ce  qui  achève  de  prouver  ceci ,  c'est  qu'au 
nombre  des  villes  appartenant  aux  difïërens  peuples 
de  la  Rhaetie ,  Ptolémée  nomme  Brigantium ,  qui 
est  la  capitale  des  Brigantii ,  selon  Strabon.  Ainsi 
donc  les  Brixentes  de  l'inscription  et  de  Ptolémée 
sont  les  mêmes  que  les  Brigantii  de  Strabon  ,  qui , 
comme  nous  l'avons  dit,  occupaient  les  environs  de 

'  Cluverius,  lialia  antiqua,  tom.  i ,  p.  m.  —  D'Anville,  Geb^r. 
ancienne,  tom.  r,  p.  io6,  de  ses  OEiivrcs,  i834,  in-4°,  et  sa  Carte 
de  Vltalia  antiqua.  —  Sanson ,  dans  son  Allemagne ,  in-folio,  i65i, 
p.  5,  a  très  bien  vu  que  les  Brixanlœ  de  Ptolémée  étaient  les  mêmes 
que  \cs  Brigantii  ;  cependant  sa  carte  indique  \es  Brixentes  à  Brixen. 

''  Tartarotti ,  Memorie  antichc  di  Rovcretto  ,  p.  83.  —  Cluverius , 
lialia  antiqua,  tom.  i ,  p.  122. 


PARTIE  II,  CHÀP.  IV.  61 

Bregentz,  le  Brigantium  de  Strabon  et  de  Ptolémée, 
à  l'extrémité  occidentale  de  la  vallée  qui  porte  ce 
même  nom. 

Ptolémée  '  nous  apprend  encore  que  les  Suajiitœ 
ou  Suanetes  et  les  Bugusci  sont  les  peuples  les  plus 
méridionaux  de  la  Rhœtie ,  et  que  dans  le  milieu, 
c'est-à-dire  entre  ces  derniers  et  les  Brixentes ,  se 
trouvent  les  Calucones  et  les  f  ennones.  Nous  avons 
démontré  la  position  de  ces  derniers  dans  le  val  Tel- 
line.  Non  loin  de  cette  vallée  ,  à  l'ouest ,  s'en  trouve 
une  autre  qui  porte  le  nom  de  val  Calenca  '  ;  elle  se 
rapproche  des  Brixentes  ^  et  est  par  conséquent  si- 
tuée entre  ceux-ci  et  les  Vennones.  C'est  dans  cette 
vallée  et  dans  les  deux  vallées  voisines ,  à  l'ouest  et  au 
nord,  que  l'on  doit  placer  les  Calucones  :  dans  la 
vallée  qui  est  au  nord,  ou  dans  le  Rheinthal,  se 
trouve  un  lieu  noramé  Ebi  ou  Ebo ,  qui  est ,  selon 
nous,  V Ebodurum  que  Ptolémée  ^  mentionne  au 
nombre  des  villes  appartenant  à  ces  peuples. 

Les  Suanetes  me  paraissent  devoir  être  placés 
dans  le  val  Seriana  ^  et  par  conséquent  au  midi  des 
T^ennones  et  des  Calucones ,  selon  l'indication  de 
Ptolémée. 

Les  Rugusci  ont  dû  occuper  les  environs  de  Ro- 
goreto,  dans  la  vallée  de  Bellinzone,  au  midi  des 
Calucones  ou  du  val  Calenca. 

L'inscription,  ainsi  revenue  par  l'ordre  de  son  énu- 
mération  à  cette  position  des  Alpes  par  où  elle  avait 

'  Ptolemaeus,  Geogr.,  lib.  ii,  cap.  12,  p.  61  (56),  édit.  Bert. 
'  Voyez  la  Carte  de  la  Suisse,  par  Weiss. 

^  Ptolemaeus,  Geogr.  —  Leichtlen  met  ce  lieu  à  Saint-Banduren 
sur  le  Rhin.  Schwaben,  p.  206,  et  la  Carte. 


62  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

commencé,  nomme  ensuite  les  peuples  de  la  partie 
ouest  de  ces  montagnes ,  peuples  dont  nous  avons 
eu  précédemment  occasion  d'assigner  la  position  : 
mais ,  avant  de  rappeler  leurs  noms  et  les  noms  mo- 
dernes qui  j  correspondent ,  il  est  nécessaire ,  pour 
ne  rien  omettre  de  ce  qui  concerne  les  Alpes  que 
nous  venons  de  parcourir ,  de  parler  d'un  peuple 
inscrit  sur  la  Table  de  Peutinger  '  sous  le  nom  de 
Mesiates.  On  les  place  avec  raison  dans  la  vallée 
formée  par  la  rivière  Moeso  ou  Maesa  ,  nommée  val 
Misox  ou  val  Mesaccine  \  Ils  étaient  par  conséquent 
à  l'orient  des  Calucones ,  et  limitrophes  de  ces  peu- 
ples. C'est  au  midi  des  Mesiates,  et  chez  les  Rugusci, 
que  se  trouvaient  les  Canini  cainpi  mentionnés  par 
Ammien  Marcellin  ^  En  effet,  Grégoire  de  Tours'* 
nous  indique  que  ces  Canini  Cainpi  étaient  situés 
dans  les  environs  de  la  ville  de  Bilitio ,  qu'on  sait 
être  Bellinzone,  près  du  lac  Majeur^. 

Qu'il  me  soit  permis  de  faire  remarquer  que  comme 
mon  but  n'a  été  que  de  présenter  un  tableau  général 
des  Alpes,  et  de  déterminer,  autant  que  le  permet 
l'incertitude  des  notions  qui  nous  ont  été  transmises 
par  les  anciens,  la  position  de  chacun  des  peuples  qui 
les  habitaient,  je  n'ai  pas  du  entrer  dans  le  détail  des 
limites  de  la  Vindélicie  et  de  la  Rhaetie.  Je  dirai  seu- 
lement que ,  quoique  les  Vindéliciens  fussent  entiè- 

■  Tabula  peutinger. 

'  Cet  heureux  rapprochement  se  trouve  d'abord  dans  Cluverius, 
Italia  antiqua ,  tom.  i ,  p.  loo ,  n°  i5.  J'ignore  s'il  a  été  précédé  par 
un  autre. 

^  Amniian.  Marcelliu.,  lib.  xv. 

•*  Gregorius  Turonensis,  hb.  x,  cap.  3. 

'  Cluverius,  Italia  antiqua,  lib.  i,  tom.  i,  p.  loi. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  63 

rement  différens  des  Rhaetes ,  cependant  Auguste  , 
lorsqu'il  eut  poussé  ses  conquêtes  jusqu'au  Danube, 
réunit  ces  deux  grandes  divisions  en  une  seule  pro- 
vince, à  laquelle  il  donna  le  nom  de  Pihœtia.  Pto- 
lémée  '  décrit  avec  une  grande  précision  les  limites 
de  cette  province  d'Auguste,  n  La  Rhétie  (  et  sous  ce 
((  nom  ,  ajoute  Ptolémée,  on  doit  comprendre  aussi 
«  la  Vindélicie)  est  bornée,  à  l'occident,  par  le 
«  mont  Adula ,  et  par  une  ligne  tracée  entre  les 
((  sources  du  Rhin  et  du  Danube,*  au  nord,  par  le 
H  Danube  jusqu'à  son  confluent  avec  l'Inn;  à  l'orient, 
((  par  l'Inn,  et,  au  midi ,  par  les  Alpes,  qui  la  sépa- 
«  rent  de  l'Italie.  ))  Dans  les  derniers  temps  de  l'em- 
pire d'Occident ,  cette  province  fut ,  ainsi  que  nous 
le  verrons  ci-après  ,  réunie  au  vicariat  d'Italie  ,  qui 
comprenait  toute  la  Gaule  cisalpine.  La  Rhétie  fut 
ensuite  divisée  en  deux  provinces  :  la  Rhétie  première 
ou  Rhétie  proprement  dite  ,  et  la  Rhétie  seconde, 
c'est-à-dire  la  Vindélicie.  Ainsi ,  quoique  la  Rhétie 
et  la  Vindélicie  ne  fussent  point,  à  l'époque  dont 
nous  traitons,  considérées  comme  parties  intégrantes 
de  l'Italie ,  cependant ,  comme  elles  y  ont  été  réunies 
administrativement ,  je  ne  m'écarte  point  de  mon 
sujet  en  déterminant  la  position  des  peuples  ou  cités 
qui  s'y  trouvaient.  D'ailleurs ,  ainsi  que  je  l'ai  déjà 
observé,  la  vaste  chaîne  des  Alpes,  physiquement 
parlant,  a  toujours  été,  et  sera  toujours,  considérée 
comme  une  dépendance  de  l'Italie,  dont  elle  est  la 
barrière  naturelle.  C'est  ainsi  que  Pline  pensait , 
puisqu'à  la  suite  de  cette  même  inscription  du  tro- 
phée des  Alpes ,  et  après  avoir  parlé  des  peuples  qui 

'  Ptolemaeus,  Geogr.,  loc.  cit. 


64  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

composaient  le  royaume  de  Cottius ,  il  ajoute  :  «  Telle 
«  est  l'Italie ,  chère  aux  dieux  ,  telles  sont  les  nations 
H  qui  l'habitent ,  telles  sont  les  villes  que  l'on  y 
H  trouve.  '  » 

Dans  le  reste  de  l'inscription  du  trophée  des  Alpes, 
les  peuples  de  l'ouest,  limitrophes  entre  l'Italie  et  la 
Gaule ,  dont  nous  avons  déjà  déterminé  la  position , 
se  trouvent  nommés  dans  l'ordre  suivant  : 

Lepontii y  les  habitans  de  la  vallée  Leventine;  ils 
avaient  pour  capitale  Domo  d'Ossola,  VOscelum  de 
Ptolémée  '. 

J^iberiy  dans  les  environs  de  Wispach,  dans  le 
Valais  ^  Ils  faisaient  partie  des  Lepontii. 

Nantuates ,  dans  le  Chablais,  capitale  Tamaia 
ou  Tarnadœ y  Saint-Maurice  ^. 

Seduniy  les  habitans  du  Valais,  ayant  pour  capi- 
tale Sedunum ,  Sion  ^. 

J^eragriy  dans  la  partie  inférieure  du  Valais  j  capi- 
tale, Octodurus  y  Martinach  ^. 

Salassiy  dans  le  val  d'Aoste;  capitale,  Augusta 
prœtoria  ' . 

'  Pliaius,  Hist.,  lib.  iit,  cap.  20  (24),  tom.  i,  p.  177,  édit.  Hard. 

'Voyez  ci -dessus,  tom.  i,  p.  SS% ,  et  Caesar,  de  Bello  gallico, 
lib.  IV,  cap.  10.  —  Ptolemaeus,  lib.  m,  cap.  i,  p.  69  (G4),  édit.  Bert, 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  542,  et  Plin.,  lib.  m,  cap.  20. 

*  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  548,  et  p.  ii4  et  ii5.  —  Caesar, 
Comment,  de  Bello  gallico ,  lib.  m  et  lib.  iv.  -^  Strabo ,  lib.  iv, 
p.  192  et  204.  —  Bochat,  Me'm.  sur  l'hist.  ancienne  de  la  Suisse , 
tom.  I,  p.  3o5.  —  D'Anville,  Notice,  p.  632. 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  555  a 555,  et  Caesar,  de  Eello  gallico, 
lib.  m  ,  cap.  i.  —  Muratori,  Inscript.,  tom.  11,  p.  1080,  n°  i.  — 
Bochat,  tom.  i,  p   299. 

®  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  55 1  et  553,  et  p.  116. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p  2o5,  et  ci-dessus,  tom.  i,  p.  167  et  iG8. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  65 

Acitavones,  dans  le  val  de  LaVanoise,  aux  sources 
de  l'Isère.  Nous  observerons  qu'on  aurait  tort  de 
changer  le  mot  ^  Acitavones  en  celui  de  Centrones, 
qui  y  a  peu  de  rapport ,  comme  ont  fait  quelques 
auteurs ,  parce  que  Chifïlet  a  assuré  avoir  vu  ce  mot 
Centrones  en  marge  de  son  manuscrit  '. 

Medidli,  dans  le  val  de  Maurienne  ;  capitale , 
Darantasia y  Moutiers  en  Tarentaise  '. 

Vceniy  dans  la  vallée  d'Oz  et  aux  environs  de  Uez  ^. 

Caturiges,  les  environs  à^ Ehrodunum ,  Embrun, 
et  de  Caturiges ,  Cliorges  ^. 

Brigiani,  dans  le  Briançonnais;  capitale,  Brigan- 
tiuniy  Briançon  ^. 

Sogiontiij  aux  environs  de  Sigonce ,  au  nord-est 
de  Forcalquier  ^. 

Brodontiiy  dans  les  environs  du  mont  Brodont , 
dans  la  vallée  d'Olle  '. 

N emaloni y  dans  les  environs  de  Miolans,  dans  la 
vallée  de  Barcelonette  ^. 

Edenates ,  dans  le  val  Egnan  et  sur  la  rivière 
Egnan,  au-dessus  de  Voiron. 

Esuhianiy  dans  la  vallée  formée  par  la  Vesubia. 

J^eamini ,  dans  le  haut  et  bas  Toramenos  9. 

Gallitœy  aux  environs  de  Gillette,  au  confluent  de 
l'Esteron  et  du  Var  '". 

'  Tom.  11,  p.  37.  —  '  Tom.  11,  p.  3o.  —  '  Tom.  i,  p.  272,  et  tom.  11, 
p.  38.  —  *  Tom.  I,  p.  539  à  541. 

'  On  a  trouvé  à  Embrun  une  inscription  relative  à  Brigantium , 
qui  a  été  publiée,  pour  la  première  fois,  par  Millin,  Voyages  dans 
les  de'partemens  méridionaux  de  la  France,  tom.  iv,  ch.  108,  p.  i84- 
—  Voyez  ci-dessus,  tom.  11,  p.  56. 

•^  Tom.  11,  p.  39. — ^Tom.  11,  p.  38.  —  *  Tom.  1,  p.  557.  —  »Tom.  11, 
p.  33,  —  "'  Tom.  11,  p.  4i. 

II.  5 


66  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Triullati  %  près  de  la  rivière  Tueli  et  de  la  cime 
d'Alette  '. 

Ectini,  dans  le  val  Saint-Etienne  '. 

Vergunni ,  dans  les  environs  de  Vergons. 

Eguituri y  dans  le  district  Entre-Deux-Guiers. 

Nementuri  y  aux  environs  de  Demandols  '*. 

Oratelli y  à  l'est  d'Embrun,  entre  la  montagne 
d'Oret  et  le  lieu  nommé  Orres. 

Nerusi  ^  ;  c'est  dans  l'inscription  des  Alpes  que  ce 
peuple  se  trouve  mentionné  pour  la  première  fois. 
Ptolémée ,  qui  place  tous  les  peuples  des  Alpes  en 
Italie,  a  donc  eu  raison,  dans  son  système,  d'y  com- 
prendre aussi  les  Nerusi;  il  leur  donne  pour  capi- 
tale Vintium ,  et  la  position  de  cette  ancienne  ville 
à  Vence  moderne  se  trouve  prouvée  par  l'histoire  du 
diocèse  dont  elle  est  le  chef-lieu,  et  par  des  inscrip- 
tions qui  y  ont  été  trouvées  et  qui  en  font  mention^. 

Velauni,  dans  les  environs  de  Vevelause,  sur  les 
bords  du  Verdon,  au  nord  de  Castellane  '. 

Suetri ,  au  midi  des  V^elauni,  dans  la  partie  septen- 
trionale du  diocèse  de  Fréjus  ^. 

Pour  compléter  cette  longue  énumération  des 
peuples  des  Alpes  ,  il  faut  encore  y  joindre  ceux  qui 
se  trouvaient  renfermés  dans  la  dixième  région  de 
l'Italie,  selon  la  division  établie  par  Auguste,  et  ceux 

■  Tom.  II,  p.  ts,\. 

'  Pour  tous  ces  peuples,  conférez  Pline,  Histor.  nat.,  iib.  m, 
cap.  ao  (24),  tom.  i,  p.  1^7,  édit.  Hard.  ;  tom.  11,  p.  191,  édit.  Lem. 

'  Tom.  I,  p.  537.  —  ''Tom.  n,  p.  41.  —  '  Tom.  i,  p.  i85. 

*  Millin,  Voy.  dans  les  départ,  mérid.  de  la  France,  tom.  m, 
p.  6.  —  Papon,  Hisl.  de  Provence,  tom.  i,  p.  102,  et  ci-dessus, 
tom.  I,  p.  557.  — Ptolem.,  Geogr.,  Iib,  m,  cap.  i,  p.  64  (71). 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  62  et  255. 

"  Plin.,  Hist,  nat.,  Iib.  m,  c.  20  (24),  tom.  i,  p.  177,  édit.  Hard. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  67 

que  Pline  nomme  en  commençant  sa  description  de 
ristrie  et  de  la  chaîne  des  Alpes  de  la  Dalmatie  ' .  Les 
premiers  sont  : 

Les  Tridentini ,  ceux  du  Trentin,  ayant  pour  ca- 
pitale Tridentum  %  dont  la  position  à  Trente  moderne 
se  trouve  démontrée  par  les  mesures  de  l'Itinéraire 
et  de  la  Table  pour  une  route  qui  part  de  J^e- 
rona,  Vérone,  et  aboutit  à  Augusta  Kindelicorum, 
Augsbourg  ^. 

Les  Fertini,  ou ,  selon  quelques  manuscrits ,  les 
Feltriniy  dont  la  capitale,  Feltria,  nous  est  connue 
par  les  inscriptions  et  par  les  itinéraires ,  et  qu'il 
faut  placer  à  Feltre  moderne  ^. 

Les  Berunenses  ou  Belunenses,  dansleBellunèse; 
leur  capitale,  nommée  par  Pline  BelunuTn,  est  Bel- 
luno  moderne  ^. 

Quant  aux  peuples  au  nord  de  l'Istrie  et  des  mon- 
tagnes de  cette  presqu'île  ,  comme  Pline  les  nomme 
par  ordre  alphabétique,  nous  ne  sommes  aidé  dans 
nos  recherches  que  par  la  considération  du  district 
peu  étendu  dans  lequel  ces  peuples  ont  dû  se  trouver 
resserrés ,  puisque  les  peuples  environnans  sont  con- 
nus. C'est  peut-être  par  cette  raison  que  Pline  n'a 
pas  cru  devoir  s'astreindre  à  un  ordre  géographique 

'  Pour  ces  peuples  et  tous  ceux  qui  suivent,  il  faut  avoir  sous  les 
yeux  la  belle  Carte  du  duché  de  Venise,  en  quatre  feuilles,  1802  , 
par  Zach  ;  et  celles  de  Bâcler  d'Albe,  pour  les  campagnes  du  général 
Bonaparte. 

"  Plin.,  Hist.  nat.,  23  (ig),  1. 1,  p.  1^5,  Hard. ;  1. 11,  p.  i8y,  Lem. 

^  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  iri  de  cet  ouvrage. 

<  Plin.,  lib.  m,  cap.  a3  (19)-  —  Cassiodor. ,  v.  9.  —  Gruter. 

'  Plin.,  lib.  m,  c.2  3(ig). — Ptoleni.,  Geogr.,  m,  c.  i,  p.  63  (70). 
Inscripl.,  p.  409,  n°  8.  —  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tom.  m 
de  cet  ouvrage. 


68  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

difficile  à  conserver  ou  à  présenter  avec  clarté  entre 
des  cités  si  rapprochées,  et  par  le  même  motif  nous 
conserverons  aussi  l'ordre  que  Pline  a  adopté. 

Alutrenses  ;  ils  me  paraissent  devoir  être  à  Ala , 
sur  la  rivière  du  même  nom,  à  l'endroit  où  elle  se 
jette  dans  l'Adige  ,  dans  le  Lagarna. 

A  s  sériâtes ,  dans  le  val  d'Arsa  et  aux  environs 
d'Arserio  et  d'Asiago,  à  l'est  de  Roveredo. 

Les  Ausuganei,  capitale  ^w^w^wm  de  l'Itinéraire, 
dont  Pline  ne  fait  pas  mention,  étaient  au  nord  des 
Asseriates y  et  occupaient  le  val  Sugana,  où  l'on  a 
trouvé  une  inscription  relative  h  ce  peuple  '. 

Les  Flamonienses ,  aux  environs  de  Falmassons 
etFlambro,  aux  sources  de  la  Stella  ,  et  entre  Palma- 
nova  et  Valvasone  '. 

Les  Tanienses  me  paraissent  devoir  être  placés  à 
Venzone,  dans  les  environs  de  Gemona.  Ils  n'ont  cer- 
tainement aucun  rapport  de  position  avec  le  lieu 
noimnè.V' annia,  que  Ptolémée  place  chez  les  Bechuni. 

Observez  que  tous  ces  lieux  font  partie  d'un  groupe 
nommé  encore  aujourd'hui  les  Sette  Comuni  ;  Pline 

•  Plusieurs  auteurs  ont  rapporté  cette  inscription;  voyez  Tartarotti, 
Memorie  antiche  di  Roveretto,  p.  1 1 .  —  Gudius,  xi.  —  Dans  la  même 
vallée  oùje  place  les  Ausuganei,  d'Anvillemet  les  Medoaci  (d'Anville, 
Geogr.  ancienne,  p.  216),  au  lieu  de  les  placer  aux  environs  de 
Padoue,  entre  le  Medoacus  minor  et  le  Medoacus  major.  —  Je  n'ai 
pu  découvrir,  ni  dans  les  anciens,  ni  dans  les  modernes,  ni  dans  le 
rapprochement  des  noms  inscrits  sur  les  cartes,  rien  qui  piit  me 
faire  présumer  ce  qui  a  porté  d'Anville  à  adopter  cette  étrange  po- 
sition ;  il  ne  s'en  explique  nulle  part  dans  ses  ouvrages.  Les  Medoaci 
sont  mentionnés  par  Strabon  avec  les  Cenomauni ,  les  Symbrii ,  les 
Heneti;  ils  sont  des  peuples  de  la  plaine.  — Paul.  Diac,  lier.  Long., 
lib.  III,  cap.  5p,  nomme  Alsuca.  —  Itiner.,  Wessel.,  p.  280. 

'  Plin.,  Hisi.  nat.,  lib.  m,  cap.  23  (19),  tom.  i,  p.  176,  H. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  69 

nomme  ces  peuples  ensemble  ;  et  quoiqu'il  suive 
l'ordre  alphabétique,  il  ne  les  confond  point  avec 
d'autres  qu'il  nomme  ensuite.  Ces  peuples  étaient  si 
peu  considérables  qu'il  dit  :  u  II  n'est  pas  besoin  de 
les  énumérer  scrupuleusement,  dein  quos  scrupu- 
lose  dicere  non  attinet.  »  Aussi ,  après  avoir  recher- 
ché la  situation  de  ces  petites  peuplades  qui  se  rédui- 
saient à  une  seule  ville,  ou  à  un  seul  bourg,  avec  leur 
territoire,  on  regrettera  moins  de  ne  pouvoir  assi- 
gner la  situation  de  ceux  encore  moins  considérables 
par  lesquels  il  termine  son  énumération ,  et  qu'il 
comprend  sous  le  nom  général  de  Culici.  Pline  con- 
tinue ensuite  le  catalogue  des  peuples  des  Alpes  par 
ordre  alphabétique. 

Les  Forojulienses ,  surnommés  Transpadani  ' 
pour  qu'on  ne  les  confondît  pas  avec  les  Foroju- 
lienses qui  se  trouvaient  dans  l'Ombrie  '.  Capitale, 
Forum  Jul'iiy  placé  au  rang  des  colonies  romaines 
par  Ptolémée,  et  dont  la  position  à  Cividale  di  Friuli 
est  démontrée  par  les  monumens  historiques;  ainsi 
les  Forojulienses  habitaient  la  vallée  formée  par  le 
Natisone. 

Venidates  ou  Nedinates ,  aux  environs  d'Udine, 
que  les  Allemands  nomment  Weiden  ;  dans  l'an- 
cienne orthographe  des  Italiens,  on  écrivait  Vdine. 
Quelques  manuscrits  de  Pline  portent  Nedinates j 
mais  à  tort. 

Quarqueniy  au  midi  des  Feltrini  ou  de  Feltre, 
dans  les  environs  de  Quer,   nommé  ad  Quercum 

'  Plin.,  lib.  m,  c.  iS  (ig),  tom.  i,  p.  176,  édit.  Hard.;  tom.  n, 
p.  187,  Lem.  —  Ptolem.,  Geogr.,  p.  63  (70).  —  Paul  Diac,  lib.  11, 14. 
'Plin.,  lib.  ni,  cap.  19  (14),  tom.  11,  p.  168. 


70  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

dans  des  inscriptions  romaines  qui  ont  été  trouvées 

dans  ce  lieu  même  ' . 

Taurisani  ou  Tai>risani ,  dans  les  environs  de 
Tawisium,  leur  capitale,  auquel  des  inscriptions 
donnent  le  titre  de  municipe,  dont  la  position  à 
Tarvis  moderne  est  démontrée  par  les  mesures  des 
Itinéraires  ". 

Togienses  y  peut-être  à  Conegliano. 

Varbari  ou  Varvani,  aux  environs  de  Valvasone. 
Cluverius  voudrait  rapporter  ce  peuple  à  Varmo,  et 
corriger  Varamani  dans  le  texte  de  Pline  ;  mais  il 
avoue  que  ce  n'est  qu'une  conjecture  ^ . 

Enfin,  dans  les  Alpes  istriennes,  entre  Pola  et 
Trieste''  {a  Pola  ad  Tergestis  regionem),  Pline  place 
encore  les  Secussesj,  qui  me  paraissent  avoir  habité 
aux  environs  de  Saguria,  au  sud-ouest  du  lac  Cirkniz. 

Les  Subocrini ,  qui  ont  dû  occuper,  ainsi  que  leur 
nom  l'indique,  les  environs  du  mont  Ocra,  dont 
Strabon  ^  nous  donne  la  position  avec  beaucoup 
d'exactitude ,  en  nous  disant  que  c'est  par  ce  mont 
qu'on  voiture  les  marchandises  à^Âquileia  à  Nau- 
portus.  Aquileia  est  nommée  sur  des  inscriptions, 
et  ses  ruines  se  voient  encore  à  7  milles  de  la  mer, 
sur  les  bords  du  Natisone,  le  Natiso  des  anciens  ^,  et 

'  Cluverius,  Italia  antiqua ,  lib.  i,  p.  118. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  — • 
Plin.,  III,  ig.  — Cassiodore,  x,  27.  —  Procop.,  Rer.  Got.,  11. 

'  Voyez  Cluverius,  tom.  i,  lib.  i,  p.  178.  —  Hardouin,  tom.  i, 
p.  176,  lit  Varhari,  et  plus  haut,  Nedinates. 

*  Voyez,  pour  les  peuples  suivans,  la  Carte  de  l'Istrie,  en  une 
feuille,  par  Cappellara,  et  Plin.,  Hist.  nat.,  cap.  20  (24),  tom.  r, 
p.  176,  édit.  Hard. 

'  Strabon,  lib.  iv,  p.  207;  trad.  fr.,  tom.  11,  p.  100. 

^  Filiasi,  Memorie  storiche  dei  Feneti,  1796,  in-S",  tom.  1,  p.  122. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  71 

JSauportus  est  Neustadt,  au  sud-est  de  Lubiana  ' .  Les 
Subocrini  ont  donc  dû  par  conséquent  occuper  les 
environs  d'Adelsberg  et  de  Loitsch ,  à  l'ouest  et  au 
nord  du  lac  Cirkniz. 

Les  Catali ,  aux  environs  de  Castua,  au  fond  du 
golfe  de  Quarnero. 

Les  Monocalini ,  à  Montona. 

Pline  retourne  ensuite  vers  le  nord  pour  remarquer 
qu'au-delà  des  Garni  sont  les  peuples  nommés  No- 
rici ,  et  qu'on  appelait  autrefois  Taurusci ;  et  ici  se 
présente  une  grande  question  géographique,  dont  la 
solution  terminera  cette  description  des  peuples  des 
Alpes.  En  effet,  la  position  des  Norici  et  de  leur  ca- 
pitale se  lie ,  ainsi  qu'on  a  pu  le  voir  précédemment, 
aux  premiers  temps  de  l'histoire  des  Gaules  '.  César 
nous  apprend  que  c'est  parmi  eux  que  se  fixèrent  une 
partie  des  Boii  qui  émigrèrent  de  la  Gaule  transal- 
pine, et  qu'ils  assiégèrent  Noreja,  leur  capitale.  Plu- 
sieurs autres  auteurs  anciens,  après  César,  ont  parlé 
de  ce  peuple  et  de  Noreja,  sa  capitale ,  et  ce  sujet  cu- 
rieux réclame  de  notre  part  une  discussion  appro- 
fondie. Je  conviens  que  je  sors  ici  des  limites  qui  me 
sont  prescrites  par  mon  sujet;  car  si  la  Rhœtie  a,  dans 
les  derniers  temps  de  l'empire  d'Occident,  été  réunie 
administrativement  à  l'Italie,  jamais  le  Noricum  ne 
l'a  été,  et  cette  contrée  faisait  partie  du  diocèse  d'Il- 
lyrie,  et  non  du  vicariat  d'Italie.  Mais  j'ai  déjà  ob- 
servé que  la  description  des  Alpes  qui  sont  au  nord 
de  la  Gaule  cisalpine  était  intimement  liée  au  sujet 

'  Strabon  dit  aassi  que  les  Albii  montes  commencent  près  du  mont 
Ocra;  or,  près  du  lac  Cirkniz ,  se  trouve  un  lieu  nommé  Alben. 
'  Conférez  lom.  i ,  p.  76  à  77,  et  p.  4i  i- 


72  GÉOGRAPHIE  AINCIENNE  DES  GAULES, 

que  je  traite  ;  or  Noreja  était  situé  dans  ces  Alpes. 
Il  s'agit  aussi  de  retrouver  la  capitale  de  ces  Boii  y 
dont  on  cherche  l'emplacement  dans  les  Gaules,  d'où 
ils  émigrèrent,  et  qu'on  retrouve  avec  certitude  vers 
les  embouchures  marécageuses  du  Pô,  et  dans  les  ré- 
gions élevées  des  Alpes  noriques.  Plusieurs  auteurs 
modernes ,  d'un  grand  mérite ,  ont  d'ailleurs  pré- 
tendu qu'il  y  avait  deux  villes  nommées  Noreja, 
l'une  dans  la  Norique,  et  l'autre  chez  les  Garni ,  or 
les  Garni  appartiennent  à  la  Gaule  cisalpine.  Il  faut 
donc  bien  prouver  qu'il  n'y  avait,  de  ce  côté,  qu'une 
seule  ville  nommée  Noreja ,  et  qu'elle  n'était  pas 
située  chez  les  Garni  '. 

Les  peuples  qui ,  ainsi  que  les  Boïens ,  entrèrent 
dans  la  confédération  des  Helvétiens  pour  faire  une 
irruption  dans  les  Gaules,  étaient,  selon  César* ,  les 

'  D'Anville ,  dans  sa  Carte  de  l'Empire  romain ,  a  placé  Noreja 
dans  la  Styrie,  à  un  endroit  nommé  Saint- Léonhard,  dans  le  Yoigt- 
berg  ;  mais  il  ne  dit  nulle  part  les  motifs  qui  l'y  ont  engagé  ;  il  se 
contente,  dans  sa  Gto^r.  ancienne  (p.  l\i  et  235  de  l'édit.  in-folio, 
1. 1,  p.  i5o,  et  t.  m,  p.  i88,  de  l'édit.  in-T2;  t.  ii,  p.  712  des  OEuvres, 
1854,  iQ-4°)j  <le  nommer  JNoreja  comme  un  endroit  remarquable 
sous  le  rapport  historique.  —  Ortelius,  dans  son  Thésaurus  geogra- 
phicus,  dit  que  la  Noreja  de  César  lui  paraît  différente  de  celle  qui 
a  été  mentionnée  par  Pline  et  Strabon,  et  il  place  cette  dernière  à 
Goertz  ou  Goritzia ,  dans  la  Carinthie ,  d'après  Leander. 

Le  savant  Cellarius  paraît  seul  avoir  bien  compris  la  difficulté;  il 
y  revient  à  deux  fois  dans  son  ouvrage  (voyez  Geographia  antiqua , 
tom.  I,  p.  454  et  565,  5"  edit.  Lipsiae,  1773),  et  il  reste  dans  le  doute 
si  l'on  doit  réellement  distinguer  deux  Noreja  :  l'une  dans  la  No- 
rique ,  l'autre  chez  les  Carnutes. 

Davis,  nn  des  annotateurs  de  Jules  César  (édit.  d'Oudendorp, 
in-4°,  1737,  p   12),  dit  que  l'on  doit  faire  cette  distinction. 

*  Caesar,  de  Bello  gallico,  lib.  i,  c.  5  :  «  Persuadent  Rauracis,  et 
«  Tulingis  et  Latobrigis  fmitimis,  uti  eodem  usi  consilio,  oppidis  suis 
«  vicisque  exustis,  una  cum  iis  proficiscanlur  ;  Bojosque  qui  trans 


PARTIE  II ,  CHAP.  IV.  73 

Rauraci  de  ce  côté-ci  du  Rhin ,  habitans  du  diocèse 
de  Bâle,  ayant  pour  cdi^\\.2\ç^  Augusta  Rauracorurriy 
Augst  ;  les  Tulingi y  qui  occupaient  le  district  de 
Tilengen  et  de  Stuëlingen  :  ce  dernier  lieu  était  pro- 
bablement l'emplacement  de  leur  capitale  ',  et  son 
nom  primitif  s'est  perdu,  parce  qu'il  prit  sous  la  do- 
mination romaine  le  nom  de  Juliomagus,  ainsi  que  le 
démontrent  les  mesures  des  Itinéraires  romains  pour 
la  route  qui  part  ai  Avenlicum ,  Avenches,  et  qui 
aboutit  à  Augusta  V^indelicorum,  Augsbourg.  Les 
Latohrigi y  qui  habitaient  les  environs  de  Donaues- 
chingen,  où  la  Brigach  et  la  Bregge,  se  réunissent 
au  Danube  :  sur  les  bords  de  la  Bregge  est  un  petit 
lieu  nommé  Brugge,  qui  occupe  le  même  emplace- 
ment que  le  Brigohanne  de  la  Table,  ainsi  que  le 
prouvent  les  mesures  de  la  route  dont  je  viens  de  par- 
ler; et  depuis  que  ceci  a  été  écrit,  diverses  ruines 
d'antiquités,  trouvées  sur  les  bords  de  la  Bregge,  ont 
confirmé  l'emplacement  de  Brigohanne ,  qui  s'ac- 
corde ou  même  se  confond  avec  celui  que  nos  cartes, 
et  nos  mesures,  nous  avaient  indiqué  *.  L'emplacement 
de  ces  ruines  est  entre  deux  lieux  très  rapprochés , 
nommés  Hufingen  et  Breûnlingen ,  au  sud-ouest  de 
Donaueschingen,  au  nord-ouest  de  Bella  \  Après  les 

«  Rhenum  incoluerant ,  et  in  agrum  Noricum  transierant  Nore- 
«  jamque  obpugnarant,  receptosque  ad  se  socios  sibi  adsciscunt.  » 

'  Conférez  Julius  Leichtlen ,  Schwaben  unter  den  Rœmeni ,  Fri- 
burg  in  Breisgau,  1825,  in-12  ,  p.  87.  —  Haller,  Helve'tien,  tom.  11, 
p.  488.  —  Muller,  Gescht.  der  Schweizer,  i,  §.59.  Leipsick,  1806. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage,  et 
J.  Leichtlen,  p.  go  et  g5,  et  ci-dessus,  tom.  i,  p.  Sog  à  3 17. 

^  Conférez  Charte  von  Schwaben  unter  den  Rœmern,  bearbeitet 
von  ï.  Julius  Leichtlen.  —  Je  ne  retrouve  pas  sur  cette  carte  le 


74  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Latohrigi,  viennent  les  Boii  :  ainsi  donc,  en  relisant 
avec  attention  César,  qui,  dans  son  énumération, 
conserve  un  ordre  strictement  géographique ,  on 
s'aperçoit  d'abord  que  ces  mêmes  Boii^  qui  s'étaient 
emparés  àeNoreja,  étant  entrés  dans  la  ligue  helvé- 
tique ,  devaient  être  voisins  des  peuples  qui  s'étaient 
joints  à  cette  confédération ,  c'est-à-dire  des  Lato- 
hrigii ;  car,  s'ils  en  avaient  été  séparés  par  d'autres 
peuples,  ceux-là  ne  les  auraient  pas  laissé  passer  tran- 
quillement en  armes  sur  leur  territoire.  La  nomen- 
clature de  César  comprend  presque  toute  l'étendue 
de  terrain  située  au  nord  du  lac  Constance  ',  la  partie 
la  plus  voisine  est  la  haute  Carniole  et  le  Saltzbourg; 
c'est  donc  dans  ce  district  et  non  dans  la  Styrie ,  que 
l'on  doit  chercher  Noreja.  Le  texte  de  César  ne  nous 
apprend  rien  de  plus. 

Passons  actuellement  à  Strabon ,  qui  est  le  plus 
ancien  après  César  qui  ait  parlé  de  Noreja.  «  Après 
«  ces  peuples,  dit-il  (c'est-à-dire  après  les  nations  de 
«  la  Rhœtie  et  de  la  Vindélicie,  dont  nous  venons  de 
«  nous  occuper) ,  viennent  ceux  qui  occupent  le  fond 
H  du  golfe  Adriatique  et  les  environs  d'Aquilée;  ce 
H  son  t  quelques  peuples  appartenant  à  la  nation  des 
«  Noriciy  et  les  Garni;  aux  Norici  appartiennent  en- 
ce  core  les  Taurisci  ' .  »  Ceci  est  clair,  et  nous  dit  que 
les  Taurisci  étaient  un  peuple  de  la  Norique,  qu'ils 
étaient  \oisins  des  Garni ,  et  qu'enfin  les  uns  et  les 
autres  étaient  voisins  de   la  mer  Adriatique  :   par 

Brugge  de  ma  carte  ;  mais  il  se  confond  évidemment  avec  la  position 
de  Hiifingen. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  206,  B,  et  p.  3i6,  de  l'édit.  d'Almeloveen  j 
trad.  franc.,  tom.  11.  p.  py. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  75 

conséquent,  on  doit  déjà  présumer  que  Noreja, 
l'ancienne  capitale  du  Noricum,  a  pu  exister  près 
des  Garni,  et  qu'il  n'est  pas  besoin  de  supposer 
l'existence  d'une  ville  de  ce  nom  chez  ces  derniers. 
Or  on  place  avec  raison  les  Taurisci  dans  la  Car- 
niole  supérieure  ou  haute,  et  dans  le  Saltzbourg, 
au  nord  des  Garni ,  qui  occupaient  le  Frioul.  Cette 
portion  de  la  Norique  est  en  eflfet  la  plus  voisine  du 
golfe  Adriatique.  Les  Taurisci  étaient  les  habitans 
des  montagnes  de  la  Norique;  en  effet,  le  mot  taur 
et  taurn,  dans  la  langue  primitive  de  ce  pays,  rem- 
place celui  àe  penn  et  dialp ,  pour  désigner  les  plus 
hautes  élévations  d'une  chaîne  de  montagnes;  il  se 
trouve  joint  à  presque  tous  les  noms  des  montagnes 
qui  séparent  le  Saltzbourg  de  la  haute  Carlnthle ,  et 
l'on  trouve  successivement  Krumler  Taurn,  Felber 
Taurn,  Kalfer-Taurn ,  Rauris -Taurn,  Nassfelâr- 
Taurn  '  ;  et  comme  ces  dénominations  ont  princi- 
palement lieu  dans  l'étendue  du  Saltzbourg,  H  y  a 
lieu  de  croire  que  c'est  dans  cette  partie  qu'il  faut 
placer  les  Taurisci ,  et  la  suite  de  cette  discussion 
achèvera  de  démontrer  que  cette  position  est  exacte. 
En  effet,  Strabon  nous  apprend  encore  «  que  les 
(c  Gaulois  Boii  qui  avaient  passé  en  Italie ,  chassés 
«  des  bords  du  Pô,  s'étaient  emparés  du  pays  des  Tau- 
«  ris  ci ,  et  s'y  étalent  fixés  ".  w  Dans  plusieurs  autres 
endroits  de  son  ouvrage,  il  nomme  toujours  les  Boii 
et  les  7«Mmc/ ensemble,  et,  dans  un  passage  relatif  à 
ces  peuples,  il  dit  que  leur  territoire  atteint  le  plus 

'  Voyez  la  Carte  de  la  Bavière ,  publiée  par  Rheinwald  en  1 806. 
"  Strabo,  lib.  v,  p.  212-326. 


76  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

haut  sommet  des  Alpes,  et  qu'ils  en  occupent  le  re- 
vers du  côté  de  l'Italie. 

Il  résulte  donc  de  tout  ceci  que  les  Boii  dont 
parle  César,  qui  se  joignirent  à  la  ligue  helvétique , 
habitaient  le  pays  des  Taurisci  ou  la  haute  Carniole; 
que  leur  capitale,  Noreja,  doit  être  le  même  que 
celle  des  Taurisci;  que  par  conséquent ,  Noreja  doit 
être  placée  dans  la  haute  Carniole. 

Rapportons  encore  un  passage  de  Strabon ,  qui 
doit  nous  aider  à  déterminer  la  position  de  cette 
ville.  ((  Aquileia,  dit-il,  est  hors  des  limites  des  He- 
K  neti ,  dont  le  pays  est  borné  par  un  fleuve  qui  sort 
«  des  Alpes,  et  que  les  navires  peuvent  remonter — 
«  1 ,  200  stades,  jusqu'à  la  ville  de  Noreja,  près  de  la- 
((  quelle  Cn.  Carbo,  ayant  attaqué  les  Cimbres,  fut 
((  complètement  défait  '.  »  Tous  les  éditeurs  et  com- 
mentateurs de  Strabon  se  sont  aperçus  qu'après  ces 
mots  «peuvent  remonter,  »  il  manquait  quelque  chose 
au  texte.  En  effet,  si  on  mesure  le  cours  du  Taglia- 
mento ,  le  plus  grand  fleuve  qui  se  trouve  entre  le 
territoire  des  J^eneti  et  celui  à'Aquileia,  on  verra 
que  depuis  sa  source  jusqu'à  son  embouchure,  en 
suivant  toutes  les  sinuosités,  on  n'a  qu'une  longueur 
de  72  milles  géographiques,  ou  85o  stades  environ 
de  700  au  degré,  et  seulem.ent  710  stades  de  600, 
ou  stades  olympiques.  Il  y  a  donc  ici  une  erreur  évi- 
dente dans  les  chiffres,  mais  il  n'en  résulte  pas  moins 
que  Noreja  devait  se  trouver  non  loin  des  sources 
du  Tagliamento'*.  Ce  qui  confirme  ceci,  se  sont  les 

'  Strabo ,  lib.  v,  p.  214  ou  328  ;  trad.  franc.,  tom.  11 ,  p.  \i5. 
^  Nos  mesures  sont  prises  sur  la  Carte  du  duché  de  Venise,  en 
quatre  feuilles ,  par  le  baron  de  Zach. 


PARTIE  II,  CHAP.   IV.  77 

détails  de  cette  mémorable  bataille  qui  signale  la  pre- 
mière apparition  des  Cimbres  en  Europe  ,  détails 
précieux  qui  nous  ont  été  transmis  par  Appien  ' .  Nous 
voyons  que  Papirius  Carbo ,  craignant  que  les  Cim- 
bres, qu'il  appelle  Teutons,  ne  pénétrassent  en  Italie, 
et  ayant  appris  qu'ils  avaient  déjà  envahi  le  terri- 
toire des  Norici ,  amis  du  peuple  romain  ,  fit  mar- 
cher son  armée  dans  les  Alpes ,  et  en  occupa  les  dé- 
filés les  plus  étroits.  Ce  fut  après  cette  marche  qu'il 
reçut  leurs  ambassadeurs  ;  et  pendant  qu'il  cherchait 
à  les  amuser  par  de  vaines  négociations,  il  conduisit 
son  armée  par  des  défilés  inconnus  pour  tomber 
à  l'improviste,  et  pendant  la  nuit,  sur  les  Teutons. 
Cette  circonstance,  jointe  h  ce  qui  précède,  démontre 
bien  que  la  bataille  eut  lieu  dans  les  montagnes  des 
Alpes;  et  ce  que  Appien  ajoute,  Tite-Live  le  con- 
firme; car  il  dit  que  les  Teutons,  après  avoir  détruit 
presque  entièrement  l'armée  romaine,  passèrent  en- 
suite dans  la  Gaule.  Cependant  il  ne  paraît  pas  qu'ils 
poussèrent  loin  leurs  conquêtes  ;  et  comme  ils 
a\aient  demandé  seulement  aux  Romains  la  permis- 
sion de  s'établir  sur  le  territoire  des  Norici,  il  est 
probable  qu'ils  y  restèrent. 

Noreja,  suivant  Pline  %  était  déjà  détruite  de  son 
temps ,  cependant  les  restes  de  cette  ville  subsistaient 
encore  bien  long-temps  après ,  puisqu'on  la  retrouve 
dans  la  Table  de  Peutinger.  Les  mesures  qu'elle  nous 
fournit  ^  nous   serviront  à  déterminer   la  position 

'  Appiani  Alex.  Roman,  histor.,  toni.  i,  p.  85,  édit.  de  Schweig- 
haeuser;  Lipsiae,  1785.  —  Tit.  Liv. ,  Hist. ,  tom.  vi,  p.  56,  édit.  de 
Drakenborch. —  Supplem.  Freinshemii. 

•  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  cap.  aS  (19). 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tome  m  de  cet  ouvrage. 


78  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

de  Noreja  d'une  manière  certaine.  Depuis  un  lieu 
nommé  Celeia  y  qui  est  incontestablement  Cilli , 
dans  le  Cillier  Kreis ,  la  Table  ,  sur  une  route  qui 
conduit  au  nord,  vers  le  Danube,  nous  fait  compter 
114  milles  romains  jusqu'à  Noreja.  Sur  la  Carte 
moderne  de  Bavière,  dressée  en  1806,  la  distance 
en  ligne  droite,  entre  Cilli  et  un  lieu  nommé  No- 
ring,  près  de  Gmund,  en  remontant  vers  le  Danube, 
est  de  80  milles  géographiques,  ou  100  milles  ro- 
mains, et  par  la  route  qui  passe  par  Valkenprark  et 
Klagenfurth ,  qui  est  la  plus  courte  et  la  plus  pra- 
ticable, on  mesure  juste  ii4  milles.  La  position 
de  Noreja  à  Nôring  se  trouve  donc  prouvée  par 
l'examen  de  ce  qu'en  ont  dit  les  historiens  et  les 
géographes  de  l'antiquité  ,  par  les  mesures  de  la 
Table ,  et  par  le  nom  moderne  qui  retrace  le  nom 
ancien  '.  En  effet,  Noreja,  ainsi  placée,  est  dans  la 
Norique,  mais  dans  sa  partie  la  plus  méridionale  et 
la  plus  proche  Ôl  Aquileia ,  et  du  golfe  Adriatique  : 
ainsi  que  l'indique  Strabon  %  son  territoire  n'est 
séparé  des  Carni  que  par  les  Alpes  carniques  ou 
juliennes.  Noreja  est  dans  la  partie  occidentale  de 
la  Norique,  ou  la  moins  éloignée  du  lac  Constance, 
c'est-à-dire  la  plus  rapprochée  des  nations  confédé- 
rées avec  les  Helvétiens ,  conformément  au  texte  de 
César  ^.  Enfiii  elle  est  à  la  distance  indiquée  par  la 

'  Ce  lieu  est  nommé  Nahring  sur  la  Carte  du  Saltzburg ,  dans  la 
feuille  intitulée  :  Um^ebungen  von  Gmund  in  Kaernlhen.  Ainsi 
Nôring  serait  dans  la  Carniole  moderne.  La  montagne  qui  est  auprès 
se  nomme  Nahringer  Hohe;  il  y  a  des  mines,  PSahringer  Graben, 
du  même  nom,  et  un  ruisseau  du  même  nom.  Noreja  a  pu  être  placé 
à  Gmund  même.  Sur  presque  toutes  les  cartes  on  lit  Nôring. 

''  Strabo,  loco  citato. 

'  Caesar,  de  Bello  gallico ,  loco  cilato. 


PARTIE  II,  CHAP.   IV.  79 

Table,  et  dans  la  direction  de  la  route  qui  s'y  trou\e 
tracée.  Strabon  '  termine  le  dernier  passage  que  nous 
avons  cité,  et  où  il  indique  la  situation  àeNoreja^  par 
une  circonstance  qui  mérite  une  grande  attention. 
«  Il  y  a,  dit-il,  dans  cet  endroit,  des  mines  d'or 
et  de  fer  faciles  à  exploiter.  »  Il  est  remarquable 
qu'à  côté  de  la  montagne  au  pied  de  laquelle  Nô- 
ring  se  trouve  située ,  il  y  en  a  une  autre  qui  se 
nomme  Gold  Berg  '  ou  montagne  d'Or,  ou  montagne 
aux  Mines-d'Or  ^  ;  le  mot  allemand  pour  les  mines 
d'or  exploitées,  est  goldhergwerk ,  composé  de  trois 
mots  :  or,  montagne,  travail.  Strabon  ne  dit  dans 
cet  endroit  qu'un  mot  sur  ces  mines,  parce  qu'il 
en  a  parlé  précédemment  beaucoup  plus  au  long, 
d'après  Polybe  ^,  qui  rapporte  que,  «  de  son  temps, 
c<  on  trouva  des  mines  peu  éloignées  à'Aquileja , 
((  chez  les  Taurisci-Norici ,  »  ce  qui  démontre  que 
Polybe,  aussi,  regardait  les  Taurisci  et  les  Norici 
comme  le  même  peuple  ,  et  savait  que  ce  peuple 
était  proche  à'Aquileja.  Polybe  ajoutait  qu'on  trou- 
vait dans  ces  mines  de  l'or  natif  en  abondance ,  sur 
lequel  il  n'y  avait  qu'un  huitième  de  déchet,  et  que 
des  Italiens  s'étant  associés  aux  Barbares  pour   les 

'  Strabo  ,  loco  citato. 

'  Nôring  est  au  bas  du  Stang-Alpen  ;  un  peu  à  l'ouest  est  le  Kolben- 
berg ,  et  à  côté,  vers  l'ouest,  est  le  Goldberg.  Marcel  de  Serres  nous 
apprend  qu'il  y  a  des  mines  d'or  dans  le  Goldberg,  et  que  ce  métal 
y  est  mêlé  avec  le  gneiss  :  «  Plusieurs  mines  du  Saltzbourg  paraissent 
«  avoir  été  connues  depuis  une  antiquité  reculée,  et  les  monumens, 
<f  comme  les  traditions  du  pays,  semblent  indiquer  que  les  Romains 
«  avaient  eu  connaissance  des  mines  d'or  de  la  vallée  de  Gastein.  » 
Marcel  de  Serres,  Annales  des  Voyages,  tom.  xx  ,  p.  63  et  -^yS. 

'  Yoyez  la  Carte  de  l'Italie,  en  deux  feuilles ,  par  Zannoni. 

*  Polyb.  apud  Strab. ,  lib.  iv,  p.  uo8  ;  trad.  franc.,  tom.  ir,  p.  lo-i. 


80  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

exploiter,  le  prix  de  l'or  baissa  dans  toute  l'Italie; 
que  les  Taurisci,  s'en  étant  aperçus,  chassèrent  leui's 
collaborateurs  étrangers  et  vendirent  seuls  ce  métal. 
«Aujourd'hui,  dit  Strabon,  ce  sont  les  Romains 
qui  possèdent  toutes  ces  mines.  »  Les  voyagem's 
modernes  confirment  tout  ce  que  nous  dit  Strabon  : 
il  y  a  en  efïet  des  mines  d'or  dans  le  Gold  Berg,  et  à 
l'ouest ,  dans  le  Kolben  Berg ,  ainsi  que  dans  la  vallée 
de  Gastein  :  ce  précieux  métal  y  est  mêlé  avec  le 
gneiss.  Ces  mines  portent  des  traces  évidentes  d'an- 
ciennes exploitations ,  et  la  tradition  du  pays  veut 
qu'elles  aient  été  connues  des  Romains'. 

D'après  l'exactitude  des  mesures ,  la  similitude 
des  noms,  l'accord  des  circonstances  locales,  je  crois 
avoir  démontré  que  Nôring,  près  de  Gmund ,  est 
l'ancienne  ville  de  Noreja,  du  moins  la  Noreja  de 
César  et  de  Strabon. 

Voyons  actuellement  si  la  Noreja  de  Pline  est  la 
même  que  celle  de  ces  deux  auteurs.  Pline,  décrivant 
ristrie  et  les  contrées  voisines,  dit  :  «De  ce  côté, 
«  et  sur  le  rivage,  ont  disparu  Iraniine ,  Pellaon, 
V.  PalsatiuTii;  chez  les  Veneti ,  Atina  et  Cœlina  ; 
«chez  les  Carni ,  Segeste  et  Ocra;  chez  les  Tau- 
«  riscif  Noreja  ".  »  Nous  voyons,  sur-le-champ,  que 
la  Noreja  de  Pline  est  la  même  que  celle  de  César  et 
de  Strabon,  puisqu'elle  était  de  même  située  chez 
les  Taurisci.  Enfin ,  de  même  que  ces  deux  auteurs , 
Pline  place  les  Taurisci  et  leur  capitale ,  Noreja , 

'  Marcel  de  Serres ,  Essai  statistique  sur  le  Saltzbourg ,  Annales 
des  Voyages,  tom.  xx,  p.  38  et  65. 

'  Plin.,  lib.  ïii,  cap.  23(19),  tom.  i,  p.  724,  del'édit.  deFranzius: 
«  In  hoc  situ  interiere  per  oram  Iramine....  Ex  Venetiis,  Atina  et 
«  Caelina  :  Garnis,  Segeste  et  Ocra;  Tauriscis ,  Noreja.» 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  81 

dans  le  voisinage  des  Garni  et  des  Veneti.  Veut-on 
actuellement  une  preuve  bien  directe  que  Pline 
aussi  plaçait  les  Taurisci  dans  la  haute  Carniole ,  et 
qu'il  les  renfermait  dans  la  Norique;  je  la  trouve 
dans  le  passage  même  qui  a  donné  lieu  à  toute  cette 
discussion ,  et  que  voici  traduit  en  entier  :  «  Près  des 
a  Garni,  sont  les  peuples  autrefois  connus  sous  le 
«nom  de  Taurusci ,  et  qu'on  nomme  aujourd'hui 
«  Norici;  ils  sont  voisins  des  PJiœti  et  des  Vinde- 
«  liciiy  et  tous  ces  peuples  sont  divisés  en  plusieurs 
«  cantons  '.  »  Que  l'on  jette  les  jeux  sur  une  carte 
de  l'Empire  romain  et  sur  une  carte  moderne,  on 
verra  qu'il  n'y  a  absolument  que  la  haute  Carniole 
et  le  Saltzbourg  qui  remplissent  ces  trois  conditions, 
d'être  à  la  fois  limitrophe  des  Garni ,  de  la  Rhœtie, 
et  de  la  Pindélicie.  Dupinet,  et  plusieurs  autres, 
avaient  sans  doute  oublié  ce  passage  de  Pline,  lors- 
qu'ils voulaient  placer  les  Taurusci  dans  laCarinthie. 

Ainsi  donc  nous  avons  prouvé  que  Noreja,  l'an- 
cienne capitale  des  Taurisci  norici ,  depuis  devenu 
le  chef-lieu  des  Gaulois  boïens  ,  qui  a  été  men- 
tionnée par  César,  est  la  même  ville  que  Strabon  et 
Pline  ont  désignée  sous  ce  nom ,  et  qu'enfin  elle  était 
située  dans  la  haute  Carniole  ,  à  l'endroit  où  se 
trouve  aujourd'hui  Noring,  près  de  Gmund. 

Avant  de  terminer  cette  discussion,  remarquons 
que  la  haute  et  basse  Carniole  n'ont  jamais  fait 
partie  du  territoire  des  Garni.  La  haute  Carniole 
faisait ,  ainsi  que  nous  venons  de  le  prouver,  partie 

'  Plin. ,  lib.  m,  cap.  20  (24),  tom.  i ,  p.  726  :  «  Juxtaque  Caraos 
«  quoadam  Taurusci  appellati ,  nunc  Norici.  His  contermini  suut 
«  Rhseti  et  Vindelici,  oranes  in  multas  civitates  divisi.  » 

II.  6 


8^  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

du  pays  des  Boii  nommés  Taurisci.  La  basse  Car- 

niole   et    le   Cillier  Kreis  faisaient  aussi  partie  du 

Noricum.   L'ancien  territoire  des  Garni  se  trouve 

aujourd'hui  représenté  par  le  Frioul  vénitien,  par 

le  Goerzer  Kreis ,  et  par  la  Carniole  proprement 

dite. 

On  demandera,  peut-être,  pourquoi  la  ville  de 
Noreja,  détruite  du  temps  de  Pline,  se  retrouve  en- 
core dans  la  Table  ;  je  répondrai  qu'elle  ne  fut  dé- 
truite qu'en  partie  ,  ou  qu'elle  a  été  rétablie  depuis. 
Personne  n'a ,  je  crois,  observé  qu'elle  existait  encore 
au  milieu  du  vi^  siècle,  comme  le  prouve  un  passage 
de  Procope  de  la  Guerre  des  Goths  ^  où  il  est  dit  : 
«(  Que  l'empereur  Justinien  donna  aux  Lombards  la 
«  ville  de  Noreja  et  les  forts  les  plus  considérables  de 
«  la  Pannonie  ' .  »  Den js-le-Périégète  ,  du  temps 
d'Auguste ,  fait  aussi  mention  de  Noricia  ou  Noreja, 
comme  d'une  ville  forte  '. 

^.  II.    Gaule  cisalpine. 

Ces  plaines  fertiles  qu'environnent  l'Apennin,  les 
Alpes  et  les  mers,  ont  été  dessinées  par  la  nature 
avec  des  traits  si  prononcés,  qu'il  s'est  établi  un 
accord  presque  identique  entre  les  différentes  divi- 
sions que  l'histoire,  les  gouvernemens,  et  les  géogra- 
phes, leur  ont  fait  subir  dans  les  différens  temps. 

'  Procop.,  de  Bellis  goihicis,  lib.  iri,  cap.  35. 

*  Yoyez  Dionysius  Perieg.,  v.  Sai  ;  Geogr.  minor.,  to.ni.  i,  p.  24' 
et  tom.  IV,  p.  56,  édit.  Bcrnhardy. — Voy.  Cluverius,  Itaiia  antiqua, 
tora.  T,  p.  ii'i  et  suiv.  —  Cet  auteur  veut  changer  le  mot  ■p«i7c»5 
mais  cette  correction  ne  me  paraît  pas  nécessaire. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  83 

Strabon  '  distingue  dans  la  Gaule  cisalpine  les 
Henetes  ou  les  habitans  de  la  Vénétie ,  d'avec  les 
Liguriens  et  d'avec  les  Celtes.  Il  regarde  ces  der- 
niers comme  la  même  race  d'hommes  que  les  Celtes 
transalpins,  c'est-à-dire  les  Gaulois;  mais  il  paraît 
pencher  pour  le  sentiment  de  ceux  qui  donnent 
aux  Henetes ,  ainsi  qu'aux  Istri,  une  origine  asia- 
tique :  telles  sont  les  divisions  historiques  de  cet 
auteur  ''. 

Quant  aux  divisions  géographiques,  il  sépare  d'a- 
bord entièrement  la  Gaule  de  la  Ligurie.  La  Celtique 
ou  Gaule  cisalpine  est,  dans  Strabon,  la  première 
des  divisions  de  l'Italie;  la  Ligurie  est  la  seconde;  la 
Tyrrhénie  la  troisième,  et  ainsi  de  suite  ^ 

La  Ligurie  n'est  point  sudivisée  ;  mais  la  Celtique 
cisalpine  se  di\ise ,  d'après  Strabon,  en  deux  por- 
tions nommées  transpadane  et  cispadane  ou  en 
Celtique  au-delà  du  Pd,  et  en  Celtique  en  deçà 
du  Pô  4. 

Strabon  comprend  toute  la  Kénétie  et  VIstrie 
dans  la  Celtique  transpadane''^  mais  fidèle  à  sa  divi- 
sion historique,  il  a  soin  de  nous  faire  observer  que 
cette  partie  de  la  Gaule  est  occupée  par  des  Celtes 
et  desHénètes.  Au  nord,  la  transpadane  de  Strabon 
s'étend  jusqu'au  pied  des  Alpes  ;  à  l'est,  jusqu'à  Pola, 
c'est-à-dire  jusqu'au  fleuve  Arsia,  la  rivière  Arsa,  qui 

'  SU"abo,  lib.  V,  p.  211  ;  trad.  fr.,  tom.  11,  p.  214.  Voyez  ci-dessus, 
tom.  1,  p.  I  et  2. 

'  /f/. ,  lib.  V,  p.  212  ;  trad.  fr.,  tom.  11,  p.  ii5. 

'  Id.,  lib.  V,  p.  III. 

*  Id.,  loco  citato. 

^  Id.,  lib.  V,  p.  112  et  2165  trad.  franc.,  tom.  11,  p.  128  et  i5o. 


84  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

est  un  peu  au-delà.  En  effet,  Pline  '  et  Ptolémée  '  s'ac- 
cordent également  à  faire  de  ce  fleuve  la  limite  orien- 
tale de  l'Italie  :  ce  qui  semble  prouver  que  Strabon 
ne  s'exprime  pas  dans  un  sens  rigoureux ,  et  qu'il 
indique  seulement  Pola  comme  la  dernière  ville  de 
l'Italie  de  ce  côté.  Ptolémée  nomme  cependant  en- 
core celle  de  Nesactiim ,  sur  le  fleuve  même  Arsia. 
Peut-être  que  l'Italie,  du  temps  de  Strabon,  ne 
s'étendait  que  jusqu'à Po/a^  et  qu'elle  aura  depuis  été 
prolongée  jusqu'au  fleuve  Arsia.  L'exemple  de  ces 
variations,  dans  les  divisions  établies  par  l'autorité, 
est  fréquent  dans  tous  les  temps  et  dépend  de  cir- 
constances particulières  d'administration  ,  ou  même 
souvent  de  vues  privées  ou  du  caprice  des  gouver- 
nans.  L'histoire  dédaigne  presque  toujours,  mais  à 
tort,  d'en  conserver  le  souvenir;  Strabon  lui-même 
en  fait  la  remarque.  On  doit  observer  encore  que 
Strabon  parle  de  l'Istrie  plutôt  comme  d'une  annexe 
que  comme  d'une  partie  intégrante  de  l'Italie^,  et 
que  Pomponius  Mêla '^,  qui  écrivait  sous  Claude, 
ignorait  encore  que  cette  presqu'île  avait  été  pres- 
qu'en  entier  réunie  à  la  Gaule  cisalpine,  puisqu'il 
termine  dans  son  ouvrage  l'Italie  à  Trieste. 

«  La  Cispadane  (  continue  Strabon  )  ,  se  compose 
«  de  tout  le  pays  renfermé  entre  la  rive  droite  du  Pô, 
((  les  Apennins  et  la  Ligurie,  »  c'est-à-dire  les  Alpes 
jusqu'à  Genua,  Gênes,  et  à  vada  Sabatorum,  Vado. 

Strabon  nous  avait  dit,  en  commençant  sa  descrip- 

•  Plin.,  lib.  m,  cap.  22  (18). 

'  Ptolem.,  Geogr.,  lib.  m,  cap.  i,  p.  65  (70),  édit.  Bert. 

'  Strabo,  lib.  v,  p.  21 5. 

"  Pomponius  Mêla,  lib.  11,  cap.  5,  tom.  i,  p.  5-],  édit.  Tzschuck. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  85 

tion ,  que  la  Cispadane  était  peuplée  par  les  Celtes 
habitans  des  plaines  ,  et  par  les  Ljgiens  ou  Li- 
guriens habitans  des  montagnes;  après  il  observe 
«qu'autrefois  c'étaient  les  Lfgiens ,  les  Boiens ,  les 
(.(  Senones ,  les  Gesates  (c'est-à-dire  les  Celtes  ou 
K  Gaulois  de  la  Gaule  transalpine) ,  qui  en  occupaient 
H  la  plus  grande  partie  ;  mais  que  depuis  l'expulsion 
a  des  Boiiy  et  l'entière  destruction  des  Gesates  ^  il 
«  n'y  reste  que  des  Ljgiens  a^ec  des  colonies  ro- 
«  maines  entremêlées  de  quelques  tribus  d' Ombriens, 
«  et,  en  certains  endroits ,  de  tribus  de  Tjrrhé- 
{(  niens  ' .  n 

Strabon  comprend  aussi  dans  la  Cispadane  toutes 
les  plaines  renfermées  entre  les  montagnes  de  la 
Ligurie  et  le  Pô  jusqu'à  sa  source.  Ceci  se  trouve 
prouvé  par  le  passage  où  il  est  dit  que  Derthon , 
Tortona,  et  Aquœ  Statillœ ,  Aqui,  font  aussi  partie 
de  la  Ligurie. 

Il  est  donc  évident  que  la  Ligurie  de  Strabon,  ou  sa 
seconde  division  de  l'Italie,  se  réduitaux  mon tagnescfui 
s'étendent  depuis  Gênes  ou  Vado  jusqu'au  Var.  Aussi 
Strabon  trouve-t-il  cette  portion  de  l'Italie  si  peu  con- 
sidérable et  si  misérable,  qu'il  dit  qu'elle  ne  mérite  pas 
d'être  décrite  ".  Cependant  Strabon  n'a  point  ignoré 
entièrement  les  véritables  limites  de  la  Ligurie ,  telles 
qu'elles  existaient  de  son  temps ,  puisqu'il  observe 
que  le  territoire  de  Macra,  c'est-à-dire  l'embou- 
chure de  la  Magra,  est,  selon  plus  d'un  auteur,  la  vé- 
ritable limite  de  la  Tyrrhénie  et  de  la  Ligurie  ^  Mais 

'  Strabo,  lib.  v,  p.  212  et  216;  trad.  fraaç.,  tom.  11,  p.  117  et  i3i. 
'  Id.,  lib.  V,  p.  218;  trad.  franc.,  tom.  11,  p.  142. 
^  Id.,  p.  222;  trad.  fr. ,  tom.  11,  p.  i56.  —  Strabon  commet,  dans 
cet  endroit,  une  petite  errem-  dont  j'expliquerai  bientôt  la  cause. 


86  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Slrabon  n'a  eu  égard  dans  ses  divisions  qu'à  l'état 
physique  des  lieux,  au  mouvement  et  à  la  direction 
de  la  côte  :  voilà  pourquoi  il  prolonge  la  Celtique 
cispadane  jusqu'au  fond  du  golfe,  c'est-à-dire  jusqu'à 
Genua  f  et  qu'il  restreint  d'autant  la  Ligurie.  Plu- 
tarque  '  suit  la  division  établie  par  Strabon,  puis- 
que, dans  sa  Vie  de  Marcellus,  il  place  Clastidiuni^ 
Casteggio  '',  dans  la  Gaule ,  tandis  que  Tite  Live , 
et  tous  les  auteurs  latins  %  mettent  ce  lieu  dans  la 
Ligurie. 

Si  on  fait  attention  à  cette  seule  circonstance  de  la 
configuration  des  cotes,  et  qu'on  excuse  la  grande 
inégalité  du  partage,  on  conviendra  que  la  division 
de  Strabon  est  claire,  précise,  et  conforme  à  l'histoire 
et  à  la  géographie  physique;  qu'elle  est  l'ouvrage 
d'un  savant  qui  décrit  d'après  de  bonnes  études  et  de 
bonnes  cartes,  mais  elle  n'est  point  conforme  aux 
idées  des  Romains  de  son  temps ,  et  pour  les  con- 
naître, il  faut  avoir  recours  à  Pline  ,  car  Pomponius 
Mêla  ne  fournit  rien  sur  les  divisions  intérieures  de 
la  Cisalpine. 

Pline  "*  nous  apprend  que  l'empereur  Auguste  avait 
divisé  l'Italie  entière  en  onze  régions;  il  en  donne  le 
détail ,  et  nous  voyons  par  sa  description  que  la 
Gaule  cisalpine  renfermait  quatre  de  ces  régions  qui 
se  suivaient  dans  l'ordre  adopté  par  Auguste,  et  que 
Pline  a  eu  grand  tort  de  changer  pour  les  ranger, 
comme  dans  un  périple,  d'après  leur  situation  res- 
pective le  long  de  la  côte. 

'  Plutarchus,  de  Marcello. 

'  Voyez  ci-dessus,  part,  r,  ch.  vu,  tom.  i,  p.  i55. 
'  Conférez  Cluveriiis,  Italia  antiqua ,  tom.  i ,  p.  79. 
^  Plin.,  lili.  ut,  rap.  6.  tom.  r,  p.  i4,  edit   Hard- 


PARTIE  II,  ClUP.  IV.  87 

D'après  la  division  d'Auguste  ,  la  sixième  région 
de  l'Italie  était  l'Ombi-ie,  Umbria  .,  et  la  campagne 
Gallique  ',  ager  Gallicus;  elle  s'étendait  sur  la  côte 
depuis  Ancona,  Ancône,  jusqu'au  fleuve  Aprusa , 
ou  l'Ausa,  qui  est  à  l'est  de  Rimini.  Elle  avait  été 
autrefois  renfermée  dans  la  Cisalpine,  ou  la  Gaule 
togée;  mais  la  preuve  que  Pline  ne  la  considérait  pas 
comme  en  faisant  partie  de  son  temps,  c'est,  qu'ainsi 
que  Strabon  et  Ptolémee,  il  reconnaît  que  VUmbria, 
cette  sixième  région  d'Auguste,  s'étendait  au  midi 
dans  l'intérieur  des  terres  jusqu'à //zieram/za^  Terni, 
et  au-delà  de  Nar  Jluvius ,  la  rivière  Néra  des  mo- 
dernes, jusqu'à  Ocriculum,  Ocricoli,  par  conséquent 
bien  au-delà  du  territoire  conquis  par  les  Gaulois 
Senonais.  Strabon  *  renferme  aussi  dans  l'Ombrie  la 
campagne  Gauloise  ;  mais  comme  la  partie  de  l'Om- 
brie qui  s'étendait  au-delà  des  Apennins  et  au  midi 
de  cette  chaîne ,  n'a  jamais  été  dans  aucun  temps 
considérée  comme  portion  de  la  Gaule  cisalpine,  il 
s'ensuit  que  cette  sixième  région  cesse  d'appartenir, 
au  moins  en  partie,  au  sujet  que  nous  traitons^. 
La  portion  située  au  nord  des  Apennins ,  ayant 
été  envahie  par  les  Senonais,  ne  cessa  jamais  d'être 
considérée  comme  gauloise,  et  Pline  a  bien  soin  de 

■  Plia.,  lib.  III,  cap.  ig  (i4),  tom.  i,  p.  170,  edit.  Hard.  ;  tom.  11, 
p.  166,  edit.  Lem.  :  «  Jungitur  liic  sexta  regio  Umbriam  coniplexa, 
«  agrumque  Gallicum ,  circa  Ariminum,  Ab  Ancona  gallica  ora 
«  incipit,  togatœ  Galiiae  cognomine.  » 

'  Strabo,  lib.  v,  p.  217,  tom.  11,  p.  iSg,  de  la  Irad.  franc. 

'  Toutes  nos  descriptions  de  limites  sont  faites  sur  la  Carte  de  la 
Lombardie,  en  quatre  feuilles,  par  Zannoni;  sur  la  Carte  de  l'État 
de  Venise,  par  le  baron  de  Zach ,  en  quatre  feuilles ,  et  sur  la  Carte 
du  royaume  d'Étrurie ,  de  Eordigera ,  en  six  feuilles  ,  publiée  à 
Florence,  en  1806. 


88  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

remarquer,  en  parlant  de  cette  sixième  région,  que, 
sur  le  rivage,  la  Gaule  togée  commence  à  Ancône. 

La  huitième  régioîi  d'Auguste  est  donc  réellement 
la  première  de  la  Gaule  cisalpine;  c'est  la  division 
nommée  par  Strabon  Celtique  cispadane,  si  ce  n'est 
qu'Auguste  rétablit  la  Ligurie  dans  ses  véritables  et 
antiques  limites.  «  La  huitième  région,  dit  Pline,  est 
«  terminée  par  la  côte  de  Rimini,  par  le  Pô  et  par 
«  l'Apeiinin  '.  ))  Et  il  dit  qu'elle  renferme,  sur  le  ri- 
vage, la  rivière  ai  Ariminum  et  la  rivière  Aprusa,  la 
Marecchia  et  l'Ausa,  c'est-à-dire  qu'elle  était  bornée 
par  la  côte  de  l'Adriatique  qui  s'étend  depuis  l'Ausa, 
près  de  Rimini,  à  l'est,  jusqu'à  la  principale  embou- 
chure du  Pô,  à  porto  di  Goro;  qu'au  nord  le  Pô, 
jusqu'au  Tidone,  formait  la  limite;  que  le  Tidone,  à 
l'ouest,  séparait  cette  région  de  la  Ligurie,  et  qu'enfin 
les  Apennins,  qui,  à  partir  de  la  INIagra  et  des  sources 
de  la  Secchia,  s'étendent  obliquement  de  l'ouest  à 
l'est,  formaient  par  leurs  plus  hauts  sommets  la  ligne 
de  démarcation  entre  cette  huitième  région  et  la 
sixième  et  la  septième,  ou  l'Étrurie  et  l'Ombrie. 

La  neumème  région,  ou  la  Ligurie  d'Auguste  ', 
s'étendait  depuis  le  Var  jusqu'à  la  Magra  %  et  depuis 
Vado,  au  midi,  jusqu'à  Asta,  Asti,  Augusta  Va- 
giennorum  (  città  di  Benè)  ,  Alla  pompeia  (Alba), 

'  Plin.,  Hisi.  nat.,  lib.  m,  cap.  20  (i5),  tom.  i,  p.  172,  edit.  Hard.  : 
«  Octava  regio  determinatur  Ariminio,  Pado ,  Apennino,  in  ora  flu- 
«  vius  Crustujiiium,  Ariniinum  colouia,  cum  amnibus  Arimiuumet 
«  Aprusa.  »  —  Yoyez  encore  Florus,  lib.  11,  cap.  5. 

'  Plin.,  Hist.  jiat.,  lib.  m,  cap.  7  :  «  Haec  regio  ex  descriptione 
«  Augusti  nona  est.  Patet  ora  Liguriae  inter  amnes  Varum  et  3ia- 
«  cram  ccxxi  m.  p.  » 

'  Plin.,  III,  7,  t,  II,  p. 74,  éd.  Lem.  :  '<  Flumen  Macra,  Liguriae  finis.  » 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  8» 

au  nord.  Cette  division  avait  pour  limite,  au  nord^ 
le  Pô,  depuis  sa  source  au  mont  Viso  jusqu'au  Ti- 
done;  à  l'ouest,  la  chaîne  des  Alpes  à  partir  de  l'em- 
bouchure du  Var  jusqu'au  col  Albingier  et  le  mont 
Viso;  à  l'est,  une  ligne  oblique  tirée  depuis  la  source 
du  Tidone  jusqu'à  celle  de  la  Secchia  ;  au  midi , 
toute  la  côte ,  depuis  l'embouchure  du  Var  jusqu'à 
celle  de  la  Magra  ;  ensuite  la  petite  branche  des  Apen- 
nins, qui  s'étend  depuis  les  rources  de  la  Magra  jus- 
qu'à celles  de  la  Secchia  du  Panaro.  Pline,  en  donnant 
le  fleuve  Macra  pour  limite  commune  à  la  Ligurie  et 
à  l'Etrurie,  ou  à  la  neuvième  et  septième  région, 
accorde  Luna  à  cette  dernière  ;  Strabon  '  et  Pto- 
lémée  '  sont  d'accord  en  cela  avec  Pline,  quoique 
Strabon  commette  plus  bas  une  légère  erreur,  en 
confondant  un  petit  district  à  l'est  de  la  Macra , 
nommé  le  territoire  de  Macra ,  avec  l'embouchure 
même  de  la  Macra.  En  effet,  les  mesures  de  l'Itinéraire 
nous  portent,  pour  Luna,  aux  ruines  mêmes  de  cette 
ville,  nommée  encore  sur  nos  Cartes  Luni  diruta  ^, 
sur  la  rive  gauche  ou  à  l'est  de  la  Magra ,  et  près  des 
carrières  de  Carrare  ^.  Mêla  n'est  point  contraire, 
ainsi  qu'on  l'a  cru,  à  Strabon,  Pline  etPtolémée, 
lorsqu'il  dit  Luna,  ville  des  Ligures,  LunaLigurum. 

'  Strabo,  lib.  v,  p.  222  ;  trad.  franc. ,  tom.  11,  p.  i55. 

'  Ptolemaeus,  lib.  m,  cap.  i,  p.  61  (68),  edit.  Bert. 

'  Sur  civitas  Lunensis,  voyez  une  inscription  de  3Iuratori ,  tom.  11 , 
p.  io55,  n"  3. 

*  Luni  diruta  est  marquée  sur  la  Carte  de  Lonibardie,  en  quatre 
feuilles,  par  Zannoni  ;  lygS,  et  sur  la  feuille  douze  (la  Spezzia)  de 
la  Carte  de  Raymond.  —  Le  savant  Du  Theil ,  dans  ses  Notes  sur 
Strabon,  tom.  n,  p.  i55,  cite  un  Voyage  de  Targioni  Tozzetti,  qui 
a  décrit  les  ruines  de  cette  ville.  ïarg.  Tozz.,  Saggio  del  topogr.fis. 
dellaLunig.,  part.  11,  sect.  3;  Relaz.  d'alcun.  viagg.,  etc.,  t.  x,  p.  4o8. 


90       gêo:;raphte  ancienne  des  gaules 

Luna  pouvait  être  considérée  comme  ville  ligurienne, 
puisqu'elle  devait  son  origine  aux  Ijguriens  ,  et  que, 
immédiatement  avant  la  division  d'Auguste,  elle 
faisait  partie  de  la  Ligurie  qui  s'étendait  jusqu'à 
l'Arno.  Strabon  observe  que  les  Grecs  appellent  le 
port  et  la  ville  de  Luna,  Selene,  ce  qui  n'est  que  le 
nom  latin  traduit  en  grec  '. 

La  Gaule  transpadane  de  Strabon  comprend  la 
dixième  et  la  onzième  région  de  l'Italie ,  selon  la 
division  d'Auguste,  ou  la  troisième  et  la  quatrième 
de  la  Gaule  cisalpine  considérée  à  part. 

La  dixième  région  comprenait  la  Vénétie  et  l'Is- 
trie  \  Cette  région  était  bornée,  à  l'est,  par  la  côte 
de  l'Adriatique  ,  qui  s'étend  depuis  l'embouchure  du 
Pô ,  près  d'Hadria  ,  jusqu'à  l'embouchure  du  fleuve 
jirsia,  la  rivière  Arsa,  et  ensuite  par  le  cours  même 
de  cette  rivière.  Pline  a  bien  soin  d'observer  que 
ce  n'est  que  depuis  peu  de  temps  que  le  fleuve  Arsia 
forme  la  limite  de  l'Italie  :  plus  haut,  il  nous  apprend 
que  cette  limite  se  trouvait  auparavant  restreinte 
au  fleuve  Formio ,  qui  est  à  6  milles  de  Trieste, 
et  à  189  milles  de  Ravenne;  et  j'ai  déjà  remarqué 
que  le  concours  de  ces  deux  mesures  nous  porte  à 
l'embouchure  de  la  rivière  qui  coule  à  Muja  ou  à 
Musa  Vecchia  \  A  l'ouest,  et  dans  l'intérieur,  cette 
dixième  région  s'avançait  jusqu'au  fleuve  Serio,  dont 
le  cours  formait  la  limite  qui  se  trouvait  continuée 

■  Strabo,  lib.  v,  cap.  4,  p-  222,  tom.  11  ;  p.  255,  de  la  trad.  franc. 

'Plin.,  lib.  m,  cap.  22  (18),  tom.  11,  p.  182,  édit.  Lemaire  : 
«  Sequitur  décima  regio  Italise ,  Adriatico  mari  apposita  :  cujus 
'(  Venetia.  » 

'  Conférez  Plin.,  lib.  m,  cap.  xi  et  25  fiS  et  19),  et  ci-dessus, 
part.  I,  cap.  1,  tom.  i,  p..  4- 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  91 

par  l'Adda.  Au  nord,  la  limite  de  cette  région  remon- 
tait, dans  l'intérieur  des  Alpes,  jusqu'à  Tridentum, 
Trente,  et  jusqu'à  Julium,  carnicurriy  aujourd'hui 
Zuglio  ' .   Un  lieu  nommé ,  dans  l'Itinéraire ,   Ha- 
drante^,  à  la  suite  duquel  il  est  écrit  finis  Italiœ , 
fin  de  l'Italie,  nous  prouve,  par  les  mesures  qui  y 
ont  rapport,   que  cette  région  s'étendait  au-delà 
d'JEmona  ou  de  Laybach  et  des  montagnes  qui  bor- 
dent la  Carniole  ;  mais  primitivement ,  ainsi  que  le 
démontre  le  texte  de  Ptolémée,  les  limites  de  l'Italie, 
de  ce  côté,  ont  été  celles  de  la  Carniole  et  les  plus 
hauts  sommets  de  la  chaîne  des  Alpes,  dans  la  direc- 
tion d'Idria  et  de  Lobitsch.  On  voit  que  cette  dixième 
division  étoit  très   étendue,  et  comprenait,  outre 
l'ancienne  J^enetia ,  primitivement  bornée  au  Ba- 
chiglione  Vecchio ,  tout  le  vaste  et  fertile  district  des 
Cenomanni ,  à  la  réserve  de  Bergomum,  toute  l'Is- 
trie  et  une  partie  des  peuples  des  Alpes  situés  au 
nord.  Comme  la  Vénétie  était  la  portion  principale 
de  ce  vaste  département,  on  la  confondit  quelquefois 
avec  lui  ,  et,  dans  la  dernière  division  qui  eut  lieu 
sous  Constantin ,  ce  nom  de  Vénétie  fut  étendu  à 
toute  cette  dixième  région  d'Auguste.  Voilà  pour- 
quoi Servius,  commentateur  de  Virgile  ,  qui  écrivait 
dans  le  sixième  siècle,  dit,  à  l'exemple  de  Pline,  que 
Mantiia,  Mantoue,  est  située  dans  la  Vénétie  ^. 

■  Voyez  V Analyse  dex  Itinéraires ,  tora.  m  de  cet  ouvrage ,  et  le 
détail  des  ruines  trouvées  dans  cet  endroit,  décrites  dans  une  feuille 
in-4''  de  six  pages,  publié  par  Ricchieri,  sous-préfet  de  Tolmezzo, 
avec  Hes  Notes  de  Siauve,  imprimé  à  Udine ,  en  i8o8,  intitulé  . 
Scavi  di  Zuglio  in  Carnia. 

'  Voyez  VAnalyse  des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

^  Servius,  apud  Virgii. 


92  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

La  onzième  région  d'Auguste,  tout  intérieure, 
dit  Pline ,  et  qui  porte  à  la  mer  les  eaux  des  fleuves 
qui  la  fertilisent,  comprenait  le  reste  de  l'Italie  ' 
Transpadane;  elle  avait,  au  midi,  le  Pô,  depuis  sa 
source  jusqu'à  l'embouchure  de  l'Adda;  le  Serio  et 
l'Adda  à  l'est;  à  l'ouest,  les  Alpes  jusqu'à  leurs  plus 
hauts  sommets ,  et  au  nord  ces  mêmes  montagnes 
jusqu'à  la  hauteur  du  Grand-Saint-Bernard  et  l'ex- 
trémité septentrionale  du  lac  Garda. 

Ptolémée  n'adopte  aucune  autre  division  que  celle 
des  peuples  :  on  doit  observer  cependant  qu'il  donne 
à  la  huitième  région  d'Auguste  le  nom  particulier  de 
Gaule  logée  '.  L'on  se  rappelle  qu'en  effet  cette  por- 
tion a  été  la  première  arrachée  par  les  Romains  aux 
Gaulois  ,  et  que  ,  pendant  un  certain  temps  ,  le  nom 
de  Gaule  logée  a  dû  lui  être  exclusivement  attaché. 
On  ne  doit  pas  douter  que  cette  division,  particulière 
à  Ptolémée ,  n'ait  une  origine  très  ancienne  ;  mais ,  du 
temps  du  géographe  grec ,  le  nom  qu'il  lui  donnait 
avait  chez  les  P^omains  une  tout  autre  signification , 
puisqu'il  était  synonyme  de  Gaule  cisalpine. 

Comme ,  en  Italie ,  les  limites  des  peuples  n'ont 
point  été  conservées  dans  la  création  des  diocèses , 
et  ne  se  trouvent  pas  non  plus  représentées  par  les 
comtés  et  autres  petits  États  qui  se  formèrent  dans 
le  moyen  âge ,  nous  devons ,  pour  déterminer  ces 

'  Plin.,  lib.  III,  c.  21  (ij)  :  «  Transpadana  appellatur  ab  eo  regio 
«  undecitna,  tota  in  mediterraneo,  cui  maria  ciincta  fructuoso  alveo 
«  important.  Oppida  :  Yibi  forum ,  Segusio  ,  Colonia  ab  Alpium 
«  radicibus,  Augusta  Toiùnorum  ,  antiqua  l.igurum  stirpe,  inde 
«  navigabili  Pado.  Dein  Salassorum  Augusta  praetoria,  juxta  gemi- 
«  nas  Alpium  fores,  Graias  atque  Penninas.  » 

"  Ptol.,  Geogr..  m,  i,  p. 64  (71,  par  faute  d'impression  69),  ed,  Bert. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  93 

limites  avec  autant  de  précision  qu'il  est  possible , 
donner  la  liste  et  assigner  la  position  des  villes  qui 
sont  attribuées  à  chaque  peuple  par  les  auteurs  an- 
ciens. Nous  ferons  concorder  les  divisions  d'Auguste, 
ou  de  la  carte  d' Agrippa,  avec  celles  de  Strabon  et 
de  Ptolémée. 

La  sixième  région  de  V Italie  d'Auguste  ',  qui  est 
celle  que  Strabon  '  nomme  Omhrie,  n'appartient  pas, 
ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit,  tout  entière  à  notre 
sujet ,  mais  on  peut  y  rapporter  le  territoire  que 
Ptolémée  ^  attribue  aux  Senones  ou  Semnones ,  ce 
qui  répond  à  \ager  Galliciis  ou  campagne  Gauloise 
de  Pline,  qui  faisait,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  observé, 
partie  de  la  Gaule  avant  Jules  César.  Ptolémée  donne 
aux  Semnones ,  dans  l'intérieur  des  terres  : 

SuasŒf  dont  la  position  à  castel  Leone,  à  l'est  de 
Saint-Lorenzo,  se  trouve  déterminée  par  des  inscrip- 
tions trouvées  dans  ce  lieu  ,  qui  font  mention  de 
cette  ancienne  ville  '*.  Castel  Leone  est  situé  sur  la 
rivière  Cesino.  Pline  nomme  SuasaniXes  habitans  de 
Suasa. 

Ostra,  dont  les  habitans  sont  nommés  Ostrani 
par  Pline,  ville  que  l'on  place  à  Cormaldo,  mais 
dont  la  situation  est  inconnue. 

Sur  la  côte ,  Ptolémée  donne  aux  Semnones  : 

Jïsis  ou  JEsis  jiiw.  Ostia.  —  L'embouchure  de 
l'Esino ,  dont  Silius  Italiens  a  parlé  ^,  disant  que  le 

'  Plin.,  lib.  m,  cap.  19  (i4),  tom.  11,  p.  166,  édit.  Lemaire. 
'  Strabo,  Geogi'.,  lib.  v,  p.  227;  trad.  franc.,  tom.  11,  p.  lyS. 
'  Ptolemaeus,  Qeogr.,  lib.  m,  cap.  i,  p.  69  (62). 
■*  Cluverius,  lialia  antiqua,  tom.  i,  p.  620. 

*  Silius  Italicus,  vui,  445,  tom.  i,  p.  5ii,  édit.  Lemaire.  —  La 
Table  corrompt  ce  nom  à^Msis  en  celui  de  Misus. 


94  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 

peuple  qui  habite  ses  bords  a  reçu  le  nom  ôH Asili^ 
d'JEsis^  héros  pélasge  qui  aborda  à  l'embouchure 
du  fleuve  et  lui  donna  son  nom. 

Sena  GalUca.  —  Sinigaglia ,  qui ,  selon  la  remar- 
que de  Siliusltalicus,  a  dû  son  nom  aux  Gaulois  seno- 
nais;  Polybe,  Pline,  Appien,  Strabon ,  Mêla,  Tite 
Live,  ont  aussi  fait  mention  de  ce  lieu  '  ;  il  est  nommé 
une  fois  par  ce  dernier,  simplement  Sena,  et  en- 
suite Senogallia. 

Fanum  Fortunœ.  —  Fano ,  dont  il  est  fait  mention 
dans  César  et  dans  Sidoine  Apollinaire ,  sous  le  seul 
nom  de  Fanum,  mais  auquel  Strabon  et  Tacite  don- 
naient, comme  Ptolémée,  le  nom  de  fanum  For- 
tunœ, et  qui  devint,  sous  Auguste,  colonie  romaine, 
et  reçut  le  nom  de  colonia  Julia  Fanestris  ". 

Pisaurum.  —  Pesaro. 

Ariminum.  —  Ri  mini,  que  nous  avons  déjà  eu 
occasion  de  mentionner,  et  dont  le  nom  se  repré- 
sente si  souvent  dans  Tite  Live,  Velleius,  Paterculus, 
Poljbe,  Strabon,  Appien,  Plutarque  ^. 

Les  positions  de  tous  ces  lieux  se  trouvent  démon- 
trées par  les  mesures  que  fournissent  les  Itinéraires 

'  Polyb. ,  II,  ig. —  Tit.  Liv.,  xxvii,  46  et  suiv.  —  Strabo,  v.  -— 
Plin.,  lib.  m,  cap  g.  —  Silins  Italicus,  xv,  553,  tom.  11,  p.  263, 
édit.  Lemaire.  —  M.  Cramer  (Geogr.  and  hist.  descript.  of  Italy, 
tom.  I,  p.  258)  rapporte  au  Misusjluv.  de  la  Table  la  rivière  Nigola 
qui  coule  à  Sinigaglia;  mais  Misus  est  le  nom  d'jEsis  corrompu. 

»  Caesar,  de  Bello  civili ,  1,8.  —  Sidon.  ApoUin. ,  i,  ep.  i5. — 
Strabo,  v.  —  Tacit.,  m,  00.  —  3Iela,  11,  4-  —  Vitrnv. ,  v,  i.  — 
Front.,  de  Col.,  eh  diverses  inscriptions  par  Gruter,  4i6,  8.  — 
Ptolem.,  p.  6g. 

'  Plin.,  m ,  14.  --  Epit. ,  xv-xxiii ,  5i.  —  Velleius  Paterc,  i ,  i5. 
—  Strabo,  v.  —  Polyb.,  11 ,  25  ;  m  ,  77.  —  Appian.,  de  Bello  civili, 
lib.  IV,  cap.  5.  —  Plolem.,  Geogr.,  lib.  in,  cap   1,  p.  6g  (64). 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  95 

romains ,  pour  la  route  qui  suit  le  rivage  et  qui 
part  à'Jncona,  Ancône,  et  aboutit  à  Ravennaf 
Ravenne  '. 

Strabon,  qui  ne  distingue  pas  YOmbrie  de  Yager 
Gallicus y  place  dans  l'Ombrie  fanum  Fortunœ , 
l'jEsis,  et  Sena  Gallica,  Ptolémée  %  qui  sépare 
rOmbrie,  qu'il  nomme  Olombriej  du  pays  des  Sem- 
nones,  s'accorde  avec  Strabon  en  plaçant  dans  cette 
division  Sentinum  \  qui  est  Sasso  Ferrato,  sur  le  Sen- 
tino  ;  Camerinaj  Camerana  moderne  ;  et  avec  Pline  '', 
pour  TiJernuTYiy  qu'on  rapporte  à  San  Angelo  in 
Vado  sur  le  Teferno;  iponr  forum  Sempronii^ ^  Fos- 
sombrone.  Ptolémée  et  Pline  nomment  encore  plu- 
sieurs autres  lieux  dans  l'Ombrie,  tels  que  Sarsina, 
illustrée  par  la  naissance  de  Plaute,  qui  a  conservé 
le  même  nom  chez  les  modernes  ^;  Mevania  ',  Be- 
vagna ,  célèbre  par  ses  riches  pâturages  et  lieu  de 
la  naissance  de  Properce*;  Sestinates ,  Sestino;  les 
Urhanates  metaurenses ,  qui  paraissent  avoir  occupé 
l'emplacement  d'Urbania ,  tandis  ^u! Urbinum  hor- 
tense  est  la  ville  même  d'Urbino  ^  ;  et  enfin  Ocricu- 
lum,  Ocricoli.  Mais  ces  villes  sont  au  sud  de  l'Apen- 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  toni.  m  de  cet  ouvrage. 

*  Ptolemaeus,  lib.  m,  cap.  i,  p.  65  (72),  edit.  Bert. 

'  Cette  ville  fut  assiégée  par  Auguste.  Dio  Cass.,  xlvui  ,  i3. 

*  Plin.,  Hisi.  nat.,  m,  19  (i4),  tom.  11,  p.  170,  edit.  Lemaire. 

'  Plin.,  m,  19  (i4),  t.  II,  p.  227.  — Strabo,  v,  175,  227, edit.  Lem. 

*Plin.,  ni,  14  —  Polyb.,  u,  24.  — Plaut  ,  MoscelL,  act.  m,  se.  1. 

''  Strabo,  V,  227;  tom.  ii,  p.  177,  de  la  trad.  franc. 

'  Columell.,  ni,  8.  Tit.  Liv.,  ix,  4i.  —  Tacit.',  HisL,  55.  — 
Plin.,  XXXV,  14.  —  Silius  Italiens,  vi,  645  ;  vni,  258.  —  Lucan.,  i , 
475.  -    Propert.,  Elef^.,  lib,  iv,  eleg.  i,  121. 

3  Plin.,  lib.  Mi,  c.  14  —  Tacit.,  Hisi. ,  lib.  ui,  c.  62.  —  Ptoleiu., 
lib.  m,  cap.  1,  p.  72 ,  75(64,  65). 


96  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

iiin,  et  cette  partie  de  l'Ombrie,  ou  de  la  sixième 

division,  n'appartient  pas  à  notre  sujet. 

La  huitième  région  de  V Italie  %  appelée  Gaule 
cispadane  par  Strabon,  et  Gaule  togée  par  Ptolémée, 
renfermait,  suivant  ce  dernier,  les  villes  suivantes, 
dont  les  positions  sont  déterminées  par  les  Itiné- 
raires %  à  la  réserve  de  deux  que  nous  indiquerons  : 

Placentia y  Plaisance,  si  célèbre,  et  dont  le  nom. 
revient  si  souvent  chez  les  historiens  et  les  géographes 
de  l'antiquité  '', 

Fidentia,  Borgo  San  Donino*. 

Brixellum,  Bressello^* 

P  arma  y  Parme. 

Rhegium  Lepidum  colonia,  Reggio. 

Nuceria,  queCluverius°,  Sanson',  et  d'après  eux, 
d'Anville  ^,  placent  à  Luzzara. 

Tannetum,  ou  le  Canetum  des  Itinéraires,  placé 
par  les  mesures  qu'ils  nous  donnent  à  San  Ilario. 
Pline  '°  appelle  les  habitans  Tanetani y  lieu  devenu 
célèbre  par  la  retraite  du  préteur  Manlius ,  battu  par 

'  Plin.  III,  cap.  20  (i5),  tom-  11,  p.  172,  édit.  Lemaire. 

"  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tom.  iij  de  cet  ouvrage. 

5  Polyb.,  III ,  40,  Q^.  —  Tit.  Liv.,  xxi ,  i5  ;  xxvii ,  3g,  56  ;  xxxi ,  10  ; 
XXXIV,  21.  — Velleius  Paterc,  i,  i4. — Appian.,  de  Bellohann.,  7.  — 
Strabo,  V.  —  Tacit.,  Hist.,  11 ,  17.  —  Suet.,  Cœs.,  9. —  Plut.,  Oth. — 
Silius  Italicus,  vin,  5çf>.  —  Cicero,  Or.  in  Pis. 

<  Velleius  Paterc,  11,  28.  —  Tit.  Liv.,  Ëpit.  88. 

'  Voyez  Muratori,  Inscript.,  p.  44i  •,  n°  4  5  P-  io54,  n"'  6  et  7; 
p.  io55,  n°5. 

*  Cluverius,  lialia  anti^jua ,  tom.  1,  p.  281. 
'  Sanson,  Italie,  p.  14. 

*  D'Anville,  Ge'ogr.  anc,  p.  235,  édit.  in-folio  ;  dans  ses  OEuvres, 
tom.  Il,  p.  212. 

9  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.- 
'°  Plin.,  lib.  lii,  c.  20  (i5}.  —  Ptolem.,  lib.  m,  c.  1,  p.  64  (71)- 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  97 

les  Gaulois  Boii.  Polj'be  et  Tite  Live  ont  plusieurs 
fois  nommé  Tanetum  \ 

Bononia,  Bologne,  l'an  tique  i^e/^m«  des  Étrusques, 
dont  le  nom  se  retrouve  si  souvent  dans  les  écrits  des 
anciens  historiens,  géographes,  orateurs  et  poètes, 
et  sur  les  inscriptions  '. 

Claterna,  Quaderna,  qui  offre  encore  quelques 
vestiges  de  la  ville  antique^. 

Forum  Cornelii.  —  Comme  les  lieux  précédens  et 
ceux  qui  suivent,  placé  sur  la  voie  Émilienne ,  et 
déterminé  par  les  mesures  des  Itinéraires  à  Imola 
moderne  ^. 

Cœsena j,Céscne,  dont  le  nom,  dans  l'ordre  où  il  est 
inscrit,  prouve  le  dérangement  que  subissent  les  Itiné- 
raires dans  les  combinaisons  de  Ptolémée,  et  nous  ré- 
vèle la  cause  du  désordre  de  ses  cartes  dans  l'intérieur; 
celte  ville,  étant  la  plus  occidentale  de  cette  division, 
aurait  dû  être  nommée  avant  les  deux  qui  suivent. 

Fm'entia.  — Faenza,  dont  les  habitans  sont  nom- 
més Favenlini  par  Pline,  et  où  l'on  fabriquait  des 
toiles  d'une  éclatante  blancheur^. 

'  Plin.,  III,  20  (i5).  — Polyb.,  m  ,  4o.  —  Tit.  Liv.,  xxi,  25. 

'  Voy.  Muralori,  Inscript.,  io55  et  io54,  n"  i.  —  Plin  ,  m,  20  (i5). 

—  Tit.  Liv.,  xxxiii ,  07  ,  xxxvii,  67.  —  Tacit.,  Hist.,  11,  55.  —  Strabo, 
V,  216. — Cicer. ,  Epist.  ad  fnm.  ,  xi,  i5;  xii,  5.  —  Silius  Italicus, 
vin,  600.  —  Appian.,  iv,  2.  —  Mêla,  11,  4-  —  Pomp.  Fest.,  voc.  Mu- 
nicipium  —  Uio  Cassius,  1,  6.  —  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  12. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itine'raires ,  tom.  111  de  cet  ouvrage. — 
Plin.  III,  i5.  —  Slrabo ,  v,  216.  —  Cicero,  Philos.,  vin,  2.  —  Ad 
fam.,  XII,  5.  —  Plolem.,  lib.  m,  cap.  i,  p.  64  (71). 

*  Voyez  V  Analyse  des  Itinéraires,  loni.  m  de  cet  ouvrage  — 
Strabo,  v,  216.  —  Paul.  Diac,  m,  18.  —  Cicero,  Ad  fam.,  xii,  5. 

—  Procop.,  Goth.  rer.  ii.  —  Martial.,  ni,  5.  —Prudent.,  Hyni.  12. 

*  Plin.,  m,  20  (i5);  XIX,  c.  2.  —  Varr.,  He  rust.,  i,  2, —  Tit.  Liv., 

II.  .7 


98  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Forum  Lwii.  —  Forll ,  mentionné  par  Pline  et  les 
Itinéraires  '. 

Sur  la  côte,  Ptolémée  place  les  Boii,  auxquels 
il  attribue  : 

Rubiconis  jluv.  ostia.  — Embouchure  du  Fiumi- 
cello ,  qui  reçoit  le  Pisciatello,  le  Rubico  dans  l'in- 
térieur. On  voit  par-là  que  Ptolémée  suit  ici  la  division 
antérieure  à  Auguste ,  puisqu'il  termine  la  Gaule 
cisalpine  au  sud-est  par  le  Rubico  '. 

Ravenna.  —  Ravenne,  dont  la  fondation  remonte 
aux  premiers  temps  de  la  colonisation  de  l'Italie,  par 
des  peuples  venus  d'Orient,  qui  fut  par  son  port, 
dans  l'antiquité ,  la  reine  de  l'Adriatique ,  comme 
Venise  chez  les  modernes  ^  ;  comme  elle ,  aussi ,  en- 
tourée de  marais  et  de  lagunes. 

Padi  jiuv.  ostia.  —  L.e  Pô ,  à  son  embouchure 
principale  ,  au  nord  de  laquelle  commençait  la  Ve- 
netia. 

On  voit  d'après  cette  énumération,  où  l'ordre  géo- 
graphique se  trouve  un  peu  dérangé  pour  suivre 
celui  de  Ptolémée,  que  Placentia,  Plaisance,  était 
la  ville  la  plus  occidentale  de  cette  division  de  Ptolé- 
mée, ce  qui  prouve  qu'elle  s'accorde  avec  celle  d'Au- 

Epit.,  88.  —  Yell.  Paterc,  ii,  28.  —  Appian.,  de  Bello  civili,  i,  gi. 

—  Silius  Italicus,  viii,  096. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  toni.  m  de  cet  ouvrage. — 
Plin.,  III,  20  (i5). 

"  Appian. ,  de  Bello  civili ,  11,  i55.  —  Suet. ,  Cœs.,  5o.  —  Plut., 
Cœs.  et  Pomp.  — Strabo,  v,  225.  — Plin.,  m,  i5.  —  Cicer.,  Phil., 
VI,  3.  —  Lucan.,  i,  i83.  —  Ptolera.,  m,  2,  p.  69  (64),  edit.  Bart. 

'  Claudian. ,  vi.  —  Cons.  Hon.,  494-  —  Strabo,  v,  214  et  217.  — 
Plin.,  III,  i5  ;  XIV,  2.  —  Sii.  Ital.,  vin,  602,  —  Mart.,  xiii,  ep.  18. 

—  Sidon.  ApoU.,  cap.  9.  — Procop.,  de  Bello  vandal.,  lib.  i,  cap.  2. 

—  De  Bello  goth..  lib.  i,  cap.  i,  tom.  i,  p.  178  et  ôog. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  99 

guste.  M.  Duiandi  '  a  tort  de  vouloir  conclure, 
d'après  le  fragment  du  marbre  trouvé  à  Autun ,  cité 
de  mémoire ,  que  Placentia  était  hors  des  limites  de 
la  Gaule ,  et  par  conséquent  dans  la  Ligurie;  car  en 
supposant  même  que  l'on  ait  rapporté  exactement 
le  contenu  de  ce  fragment,  les  conséquences  qu'en 
tire  M.  Durandi  seraient  faciles  à  détruire.  Ptolémée 
attribue  aux  Boii  un  territoire  qui ,  selon  le  témoi- 
gnage de  Poljbe ,  avait  été  occupé  par  les  Lingones ; 
mais  comme  dans  ce  dernier  auteur,  et  selon  Tite 
Live ,  les  Boii  et  les  Lingones  se  trouvaient  réunis  et 
formèrent  à  eux  seuls  la  cinquième  et  dernière  inva- 
sion des  Gaulois,  que  ces  peuples  firent  cette  con- 
quête en  commun ,  Ptolémée  a  pu  désigner  cette 
confédération  par  le  peuple  principal  ''. 

Pline  ^  met  Ariminum, ,  Rimini ,  dans  la  huitième 
division  d'Auguste ,  parce  que ,  d'après  cette  division, 
l'Ausa,  \ Aprusa  jiuvius  près  Ariminum,  formait  la 
limite  de  la  sixième  et  de  la  huitième  division,  et  que 
le  Rubicon  ne  formait  plus  la  démarcation  de  la  Gaule 
cisalpine  ;  aussi  Pline  ,  lorsqu'il  mentionne  le  Ru- 
hico ,  a-t-il  soin  de  dire  :  Ruhico ,  quondam  finis 
Italiœ  y  le  Rubicon ,  autrefois  la  borne  de  l'Italie. 
Ptolémée  attribue,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit, 
Ariminum  aux  Senones ,  et  Strabon  met  aussi  cette 
ville  dans  sa  division  de  VOmbrice  :  on  voit  que 
cet  auteur  se  trouvait,  ainsi  que  Pline,  embarrassé 
pom-  classer  le  territoire  des  Senonais,  ou  cette  partie 
de  rOmbrie  qui,  après  avoir  si  long-temps  appartenu 

'  Durandi,  Piemonte  cispadano  antico,  p.  260. 

'  Voyez  ci-dessus,  partie  i,  chap.  5,  tom.  r,  p.  81  à  87. 

'  Plin.,  lib.  m,  cap,  i5. 


100  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
à  la  Gaule,  n'y  était  plus  comprise  selon  les  nou- 
velles divisions;  car,  après  avoir  fait  mention  de 
fanum  Fortunée  y  Strabon  ajoute  :  (f  C'est  vers  ce 
((  lieu  que  se  trouvent  les  bornes  qui ,  du  côté  de  la 
fc  mer  Adriatique,  séparaient  l'ancienne  Italie  delà 
«  Celtique  (Gaule  cisalpine)  ;  il  est  vrai  que  les  limites 
«  de  la  Celtique  ont  pu  changer  plus  d'une  fois,  au 
«  gré  des  chefs  de  l'État,  puisque,  par  exemple,  après 
«  avoir  été  d'abord  fixées  aux  bords  de  Y A!^sù,  elles 
«  ont  été  ensuite  restreintes  à  ce\xx(\{\Riibiconj  deux 
«  fleuves  qui  se  jettent  dans  la  mer  Adriatique,  l'un 
«  entre  Ancona  et  Sena  gallica,  l'autre  entre  Jri- 
u  minum  et  Ravenna.  Mais  aujourd'hui  que  l'Italie 
H  comprend  tout  le  pays  jusqu'aux  Alpes,  il  ne  faut 
«  plus  s'occuper  de  ces  limites  :  et  d'ailleurs,  quelque 
«  différentes  qu'elles  aient  été  à  diverses  époques,  on 
(f  ne  convient  pas  moins  que  Y  Omhrice  doit  s'étendre 
«jusqu'à  Ravenne,  puisque  celte  ville  est  peuplée 
«  à'Ombrici.  »  Ainsi  Strabon  confondait  les  divisions 
ethnographiques  avec  les  divisions  de  géographie 
physique,  et  les  divisions  administratives  :  choses 
qu'il  faut  soigneusement  distinguer  '. 

Aux  villes  mentionnées  par  Ptolémée,,  dans  cette 
huitième  région,  Pline*  ajoute  encore  : 

Forum  P opilii y  ou  \d  forum  PopuliAe  la  Table, 
qui  est  Forimpopoli ,  comme  le  démontrent  les 
mesures  de  l'Ilinéiaire ,  et  le  nom  encore  existant 
presque  sans  altération^.  11  y  avait  deux  autres  villes 

'  Strabo,  Gengraphia ,  lib.  v,  cap.  5;  fora,  ii ,  p.  ijS,  de  la  trad. 
franc.  —  Voyez  ci-dessus,  partie  i ,  eh.  5,  tom.  i,  p.  gS  et94. 
'  Plin. ,  m ,  ao  (i5),  tom.  n ,  p.  172,  édit.  Lemaire. 
'  Voyez  y  Analyse  des  Itinéraires,  tom.  tii  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  101 

de  ce  nom  dans  l'Italie,  l'une  dans  la  Campanie  , 
l'autre  dans  la  Lucanie  ,  mais  une  seule  dans  la  Gaule 
cisalpine. 

Forum  Cloclii,  dont  la  situation  n'est  pas  connue , 
qu'il  faut  se  garder  de  confondre  avec  le  forum 
Clod'ii  que  Ptolcmée  nous  donne  dans  la  Tuscia  " 
ou  l'Étrurie.  Par  une  conjecture  assez  vague,  mais 
fondée  sur  quelques  rapprochemens,  nous  plaçons 
celui  de  la  Gaule  à  Lojano ,  sur  la  route  de  Bologne 
à  Florence. 

Forum  Truentinorum  ou  Brintanorum ,  comme 
le  portent  quelques  manuscrits,  qui  parait  devoir  être 
placé  à  Bertinoro,  entre  Césène  et  Forli,  mais  écarté 
de  la  voie  Émilienne.  Ce  lieu  est  considéré  ,  non  sans 
raison  ,  comme  le  même  que  le  Forodruenliorurrij 
d'une  inscription  rapportée  par  Gruter  \ 

Les  Otesini.  —  Une  inscription  trouvée  près  du 
Panaro  et  du  Pô,  à  Bondeno  ,  sur  la  rive  droite  du 
Panaro ,  porte  Respubllca  Otesinorum. 

Padinates.  C'est  dans  les  environs  de  Bondeno 
qu'il  faut  placer  la  ville  de  Padinum,  non  loin  de 
la  ville  Olesia  ou  des  Otesini,  peut-être  à  Miran- 
dola ,  comme  le  conjecture  Cluverlus  ^. 

hes  Solonates,  dont  la  ville,  Solona,  paraît  devoir 
être  placée  à  Solaria  ou  terra  del  Sole,  sur  la  Mon- 
tone ,  un  peu  au  midi  de  Forli ,  à  l'entrée  des 
Apennins. 

Les  défilés  gaulois  (  saltes  ou  saltus  Galliani  )  , 
et  les  Aquinates.  —  M.  Pasquali  Amati  '♦j  à  très  bien 

•  Ptolem.,  lib.  m,  cap.  i,  p.  62  [ÇtS). 

'  Gruter,  Inscript.,  p.  492,  n°  5  ;  p.  1094,  n"  2. 
'  Cluverius,  Italia  antiqua,  p.  282. 

*  Pasquali  Amati ,  Dissertazione  sopra  il  passagio  deli Apennins 


102  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
prouvé  que  les  saltus  Galliani  devaient  être  placés 
à  Galliata,  sur  l'ancienne  route  d'Arezzo.  Les  Aqui- 
nates  me  semblent  avoir  occupé  les  environs  de 
deux  petites  rivières,  dont  l'une  descend  de  castel 
Alpi,  et  se  nomme  Acqua  Viva,  et  l'autre  découle 
de  San  Benedetto,  se  nomme  Acqua  Cheta.  Ces  deux 
rivières  sont  peu  éloignées  de  Forli.  Cette  position 
n'a  aucun  rapport  avec  celle  ^ Aquinum  de  Ptolé- 
mée,  placée  chez  les  Latins  par  ce  géographe. 

\uesKeliates  '  surnommés  Kecteri.  — Ces  Veliates 
étaient  sur  les  confins  de  la  Ligurie,  et  sont  aussi 
mentionnés  par  Pline  pour  cette  division  :  ils  ne 
paraissent  pas  différens,  quoi  qu'on  en  ait  dit,  des 
Veleiaci  mentionnés  ailleurs  par  Pline  "^ ,  comme 
étant  voisins  de  Plaisance  :  leur  position  entre  Maci- 
nesso,  et  Livela  au  midi  de  Plaisance,  près  de  la  mon- 
tagne de  Bobblo ,  sur  la  rive  droite  de  la  rivière  Nura , 
est  prouvée  par  la  célèbre  inscription  connue  sous  le 
nom  de  Table  alimentaire  de  Trajan  ^,  et  par  les 
ruines  mêmes  qu'on  y  a  découvertes.  Quant  aux 
Regiates,  que  Pline  mentionne  immédiatement  après, 
à  moins  qu'on  n'adopte  la  correction  du  père  Har- 
douin  ^,  qui  lit  Velejates ,  ils  me  sont  inconnus^. 

fatto  da  Annibale ;  Bologna,  l'J'jQ ,  p.  54  et  35.  —  Il  Dante,  nell' 
canto  i6.  —  Morgagni ,  nella  Epistola  emiliana  iv,  n"  6. 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  c.  20  (i5),  tom.  11,  p.  174»  edit.  Lem. 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  vu,  5o,  tom.  m,  p.  191,  edit.  Lem. 

'  Pitarelli,  Tavola  alimentnria  di  Trajano ;  1790,  in-4°.  —  P.  de 
Lame,  Tavola  alimentaria  ;  Velejate,  i8oQ,  in-4°.  —  Cara ,  dei 
Paghi deW agio  Vcllejate  nominati  nella  Tavola  trajana,  Vercelli. 
1788.  — Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  7,  tom.  i,  p.  i54. 

*  Harduini  Plinius  ,  p.  172. 

"^  Hardouin  propose  de  lire  :  cognominc  veteri  Réglâtes  ;  alors 
Regiates  aurait  été  l'ancien  nom  des  Velejales.  —  Voyez  Plin  ,  edit. 
Hard.,  tom.  i,  p,  172. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  103 

Les  Urhanates  ou  Uinhranates  étaient  peut-être  à 
Marano,  sur  le  Panaro.  Strabon  nomme  encore  dans 
cette  division  un  lieu  nommé  Acara,  qui  me  paraît 
devoir  être  placé  à  Casadico,  vers  la  source  de  la 
rivière  nommée  Cara  :  ce  lieu  est  mentionné  dans 
Strabon  '  immédiatement  avant  Rhegimn  lepidum, 
Reggio ,  et  la  rivière  Cara  traverse  aussi  la  route  qui 
conduit  à  Reggio.  C'est  donc  à  tort  que  l'on  a  voulu 
changer  ce  nom  à!  A  cara  en  celui  àiAcerra,  qui  est 
Gherra,  près  de  Pizzighetone,  dans  la  Gaule  transpa- 
dane.  Les  Macri  campi ,  d'après  l'ordre  conservé 
ici  par  Strabon  %  ont  dû  exister  entre  Reggio  et 
Quaderna,  et  s'étendaient  probablement  au  midi  de 
Mutina,  Modène,  et  de  Parnia,  Parme.  Strabon 
nous  apprend  qu'on  y  tenait  chaque  année  une  foire 
célèbre,  et  il  est  probable  que  c'était  une  foire  de 
bestiaux,  d'après  ce  que  dit  Columelle  '\  qui  indique 
très  bien  la  position  des  Macri  campi,  entre  Parme 
et  Modène.  Il  est  aussi  très  souvent  question  de  ces 
plaines  dans  Tite  Live  '*. 

'  Strabo,  Geogr.,  lib.  v,  p.  216;  trad.  franc.,  t.  11,  p.  i32;  t.  i, 
p.  3o5,  de  l'édit.  d'Oxford,  in-folio,  1807;  Carte  de  Bâcler  d'Albe. 

•  Strabo,  Geogr.,  lib.  v,  p.  i32. 

'  Golumella,  de  Re  rustica,  lib.  vu,  cap.  3.  —  Varro,  de  lie 
rustica,  in  Praefatione,  lib.  11.  —  Tit.  Liv.,  lib.  xli,  18;  lib.  xlv,  12  ; 
et  ci-dessus,  partie  i,  ch.  7,  tom.  i,  p.  i58. 

^  Les  récits  de  cet  historien  sont  conûi-més  par  les  paroles  remar- 
quables de  Pline,  qui  termine  ainsi  l'énumération  des  cités  de  cette 
région  :  «  Dans  ces  lieux  périrent  les  Boii,  qui  se  composaient  de  cent 
«  douze  tribus,  selon  Caton,  et  les  Senonais  qui  prirent  Rome. 
«  In  hoc  tractu  interierunt  Boii,  quorum  tribus  cxii  fuisse  auctor 
«  est  Cato  :  item  Senones  qui  cepetant  Romam.  »  —  Plin.,  Hist.  nat., 
lib.  in,  cap.  20  (i5),  tom.  ir,  p.  174,  édit.  Lemaire.  —  Voyez  ci- 
dessus,  part.  I,  chap.  8,  tom.  1,  p.  85  et  88. 


104        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Observons  que  Stiabori,  oubliant  les  limites  exactes 
qu'il  a  données  précédemment  à  la  Cisalpine ,  qu'il  dit 
être  bornée  par  les  monts  Apennins  ',  place  Luca  % 
Luc(jue,  qui  se  trouvait  au  midi  de  cette  chaîne, 
dans  cette  division,  parce  qu'en  effet,  peu  aupara- 
vant, et  du  ttmps  de  César,  cette  ville  avait  fait  partie 
de  la  Gaule  cisalpine:  cependant  quelques  lignes 
après,  Slrabon^  confiime  encore  ce  qu'il  avait  dit 
précédemment,  et  répète  que  la  chaîne  des  Apennins 
forme  les  limites  de  la  Cisalpine;  c'est  que  Strabon 
trace  les  limites  générales  d'après  celles  qu'Auguste 
avait  établies,  et  telles  qu'elles  existaient  de  son 
temps,  et  que,  dans  la  description  des  villes,  il  se 
conforme  à  la  division  qui  a  précédé  celle  d'Au- 
guste. Ces  confusions  d'époques  sont  fi  équentes  dans 
les  géographes  anciens  comme  dans  les  modernes,  et, 
pour  les  bien  comprendre,  il  est  nécessaire  de  distin- 
guer ce  qui  appartient  à  chacune. 

La  neuvième  région  de  V Italie ,  selon  la  division 
d'Auguste,  ou  de  la  Carte  d' A  grippa,  se  composait 
de  la  Ligurie ,  qui  était  pres((ue  le  double  de  la  Li- 
gurie  de  Strabon.  Ce  géographe  a  compris  dans  sa 
Gaule  cispadane  toute  la  Ligurie  orientale,  et  en  cela 
il  se  trouve  en  partie  d'accoid  avec  Ptolémée '^,  qui 
attribue  aussi  aux  Taurini  une  partie  de  la  Ligurie 
située  dans  la  plaine. 

Ptolémée,  après  tous  les  peuples  des  Alpes,  du 
royaume  de  Cottius,  dont  nous  avons  parlé,  indique 

'  Strabo,  Geogr.,  lib.  v,  p.  211  ;  trad.  franc.,  tom.  11,  p.  114. 

'  Id.,  lib.  V,  p.  217  ;  trad.,  p.  i35. 

'  Jd.,  trad.,  p.  iSg. 

*  Ptolemaeus,  Geogr..  lib.  m,  cap.  i,  p.  64  (71),  edit.  Bert. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  105 

d'abord  les  Nenisii,  dont  la  capitale,  Ventium,  est 
Vence  dans  les  Alpes  maritimes  ;  et  diverses  inscrip- 
tions trouvées  sur  les  lieux,  qu'ont  publiées  Scaliger 
et  Spon,  portent  :  marti  vintio,  ordo  vîntensiiim, 
civiTAs  viNTiuM  '  ;  cnsuilc  Ptolémée  nomme  les 
Suectrii ,  qui  sont  les  Suetri  de  Pline,  à  l'ouest  du 
Var  \  Ptolémée  *  leur  donne  pour  capitale6V?/m«'^qui, 
comme  l'avait  dit  Honoré  lîouche  '^,  doit  être  placée 
à  Castellane,  dans  le  diocèse  de  Senez,  non  pas  préci- 
sément dans  l'emplacement  de  la  ville  actuelle,  mais 
un  peu  plus  à  l'occident,  dans  un  quartier  qui  porte 
encore  le  nom  de  Saillon,  et  où  l'on  a  Irouvé  plu- 
sieurs inscriptions  portant  :  civitas  salin. \  11  faut  se 
garder  de  confondre  ces  Suectrii  de  Ptolémée  men- 
tionnés dans  linscription  du  trophée  des  Alpes  , 
rapportée  par  Pline,  avec  les  Suelleri  du  même  au- 
teur, qui  faisaient  partie  de  la  Nar}3onnaise  et  non 
de  l'Italie,  et  qui  habilaient  le  district  qui  porte  le 
nom  de  l'Esferel,  en  Provence^.  Ptolémée  nomme 
encore  les  P^edianti i  (hns  ces  Alpes  maritimes,  et  il 
leur  donne  pour  capitale   Cemenelium'' ,  Cimiers, 

'  Spon,  MiscelL,  p.  V402.  —  Galliœ  antiquœ  quœclam  selecta, 
p.  65.  —  Honoré  Bouche,  tom.  i,  p.  ^83. 

'  Voyez  ci-dessus,  partie  i,  ch.  8,  tom.  i,  p    i83. 

'  Ptolpmaeus,  Geogr.,  lib.  m,  p.  64  (71).  2ot/)iTfic»v  ou  lovKTfimi. 

*  Bouclie,  Hisi  de  Provence,  m  ,  c.  2.  —  Spon ,  MiscelL,  p.  198. 
—  Orell.,  Inscript.,  tom.  r.  p.  10  r.  —  Menard ,  Me'm.  de  [ Académ. , 
tom.  xxviii,  p.  i522.  — Durandi,  Piemunte  aiiticn,  p.  128.  —  Pa- 
pou, Hi.st.  de  Provence,  tom.  i,  p.  192  — D'Anville,  Notice,  p.  168. 
D.  J.  Henri ,  sur  la  Géoç^r.  ancienne  du  de'jjartenicnt  des  Basses- 
Alpes  ;  Forcalquier,  1818,  iu-S",  p.  69-71.  —  Zacharie,  Excursus, 
p.  55. 

^  Voyez  ci-dessus,  partie  i,  ch.  2,  tom.  i,  p.  61  et  62. 

''  \ oyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tome  m  de  cet  ouvrage,  et 
ci-dessus,  part.  1,  ch.  7,  tom.  i,  p.  161  et  162. 


106      Ttéographie  ancienne  des  gaules. 

et  Sanitium ,  Senez,  que  Pline  nous  apprend  avoir 
été  la  capitale  du  peuple  particulier  nommé  Sentii. 

Ptolémée  fait  ensuite  deux  divisions  de  la  Ligurie  : 
l'une  très  petite  ,  intitulée 

Territoire  des  Marseillais ,  auquel  il  attribue  : 

Nicœ  Massiliensium^  j  Nice,  que  Ptolémée  nomme 
encore  ailleurs  comme  une  des  principales  villes  de 
l'Italie  '. 

Herculis  portas  ^ ,  qui  n'est  pas  le  même  lieu  que 
Herculis  Monœci poi tus ,  et  que  les  mesures  de  l'Iti- 
néraire maritime,  et  celles  de  Ptolémée,  portent  à  Eza. 

Trophœa  Augustin  la  Turbia^. 

Monœci portus ,  Monaco^.  Ce  n'est  pas  seulement 
le  texte  de  Ptolémée  et  l'Itinéraire  maritime^  qui 
distinguent  Y  Herculis  portus  du  Monœci  portus  ,  ou 
Monaco.  Pline  fait  encore  cette  distinction,  et  l'on 
trouve  dans  les  anciennes  éditions  et  dans  les  ma- 
nuscrits de  cet  auteur,  portus  Herculis  et  Monœ- 

*  Voyez  ci-dessus,  p.  27-102,  et  Spon,  Miscell.  erudit.,  p.  192. 
—  Strabo,  tom.  iv,  p.  180,  184  — Steph.  Byzant. ,  voy.  N»x*i«. — 
Suidas,  voy.  n/k*»*.  — Tit.  Liv. ,  Epit.  xlvii.  —  Amm.  Marcell., 
XV,  II.  — Spanheim,  de  Usu,  etc.,  tom.  i,  p.  180.  —  Graevius,  Thés, 
ital.,  tom.  IX,  p.  6.  Papou,  Hist.  de  Provence,  tom.  1,  p.  10.  — 
Millin,  Fojages ,  tom.  11,  p.  SSy.  —  Ptolem.,  lib.  m,  cap.  i. 

'  Plolem.,  lib.  m,  cap.  i,  p.  61  (68}  ;  lib.  viii ,  p.  194  (227).  — 
Plin. ,  lib.  III,  cap.  7,  tom.  11,  p.  ya. 

^  Honoré  Bouche,  Clwrographie  de  Provence,  tom.  1,  p.  i55, 
s'est  très  bien  aperçu  qu'il  ne  fallait  pas  confondre  V Herculis  portus 
avec  \e  Moiiœci  portus  ;  Stunica  pensait  de  même.  Voyez  V Analyse 
des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

*  Ptolem.,  Geogr.,  lib.  m,  cap.  i,  p.  61  (68).  —  D'Anville,  Notice, 
p.  660,  et  Millin,  Voyage  en  Italie,  tom   11,  p.  i56. 

'  Voyez  \ Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  — 
Ptolem.,  61  (68). 

*  Itiner.  mnritim.,  dans  Wesseling,  p.  5o5,  et  t.  m  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  107 

eus  '.  Toutes  ces  positions  sont  déterminées  par 
les  mesures  des  Itinéraires. 

L'autre  division  de  Ptolémée  '  comprend  le  reste 
de  la  Ligurie  ou  de  la  neuvième  région ,  selon  la  des- 
cription d'Auguste.  C'est,  dans  Ptolémée,  la  Ligurie 
proprement  dite  :  c'est  celle  qu'il  intitule  Ligustica. 
Elle  comprend  sur  le  rivage  : 

Alhingaunum,  Albenga  %  près  de  laquelle  Xinsula 
Gallinaria,  dont  Varron  vante  les  volailles,  et  qui 
servit  de  retraite  à  Saint-Martin  de  Tours,  retient 
encore  son  ancien  nom  avec  une  légère  altération 
dans  celui  de  Gallinara  ^.  Alhium  intemelium  est 
Vintimille. 

Genuay  Gènes  ^. 

Tigulia,  Trigosa.  Pline  fait  aussi  mention  de  Ti- 
gulia,  et  lui  attribue  Segeste^  Sestri  di  Levante, 
sur  la  côte  ^. 

Entellaflu^.  ost,  probablement  l'embouchure  de 
la  rivière  Lavagna,  qui  coule  à  Chiavi. 

'  Outre  les  auteurs  cités  ci-contre  sur  Monœci  portas ,  voyez 
Tacit.,  Histor.,  lib.  m,  c.  42-  —  Mamertinus,  in  Genethliaco  Maxi- 
miani ^ugusti.  —  Stephanus.  —  Le  passage  d'Ammien,  lib.  i ,  cap.  6, 
paraît  être  relatif  à  VHercuUs  portas,  ainsi  que  celui  de  Julius  Ob- 
sequentius,  in  Prodigiis.  —  Valer.  Maxim.,  i,  6.  —  Silius  Italiens, 
I,  585.  —  Lucan.,  Phars.,  i,  4o5. 

'  Ptolemaeus,  lib.  m,  cap.  i,  p.  6i  (68),  édit.  Bert. 

'  Voyez  ci-dessus,  partie  i,  ch.  6,  tom.  i,  p.  i43.  —  Sti'abo,  iv, 
202.  —  Plin.,  ni,  5. — Pomp.  Mel.,  ii,  4- — Tacit. , /Tw/.,  n,  ï5. — 
Flav.  Vopisc,  Vit.  Procli. 

*  Varro,  de  Re  rustica,  ui ,  4-  —  Columell.,  vi,  2.  —  Sulpicius 
Severus ,  in  Vita  sancti  Martini ,  c.  6. 

'  Voyez  ci-dessus,  partie  i,  ch.  7,  tom.  1,  p.  i65.  —  Pomp.  Mel., 
H,  4.  —  Plin.,  m,  5. —  Val.  Maxim.,  i,  6.  —  Tit.  Liv.,  xxvni,  46; 

XXX,    I. 

^Plin.,  III,  7,  tom.  II,  p.  174,  edit.  Lem. 


108         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Macrajlw.y  la  Magra,  qui  formait  la  limite  à 
l'ouest  auprès  de  son  embouchure.  Ptolémée  men- 
tionne encore  Erj-cis  portus  et  sinus ,  le  porto 
Lerici,  et  le  golfe  de  Spezia,  et  enfin  Veneris  portus, 
porto  Venere  '. 

Dans  l'inlérieur  : 

Sahdta,  Savone  :  c'est  la  ville  nommée  Savo  par 
Tite  Live,  et  qui  était  sur  la  hauteur,  ce  qui  a  causé 
l'erreur  de  Pioicmée,  qui  met  celte  ville  dans  l'inté- 
rieur des  terres.  Le  Vada  de  Cicéi'on  est  Vado  :  et 
Vada,  portus  Sabatorum,  et  vada  Sabalia  dans 
Pline  et  dans  Strabon ,  dans  l'Ilinéraire,  désignent 
tantôt  le  port  de  Savone,  tantôt  le  port  de  Vado 
qui  se  trouvait  auprès  '. 

PoUentia ,  Polenza,  près  Bra,  un  peu  au-dessus 
du  confluent  du  Tanaro  et  de  la  Sture.  Celte  posi- 
tion est  confirmée  par  des  inscriptions  trouvées  dans 
cet  endroit  même ,  et  par  les  ruines  encore  existantes 
de  la  ville  ancienne,  célèbre  par  ses  laines  ^.  Piine,^ 
Suétone,  Orosius  et  Silius  Italicus,  en  font  mention. 
La  position  de  cette  ville  se  trouve  encore  démontrée 
par  les  mesures  de  la  route  tracée  dans  la  Table  de 
Peulinger,  qui  part  de  Turin  ,  et  aboutit  à  Alba 
Pcmpeia,  en  passant  par  PoUentia  ^. 

Jsla  colonia,  Asti.  Sa  position  est  démontrée  par 

'  Ptolem.,  lib.  m,  p.  64  (71). 

'  Sirabo,  iv,  202,  et  lib.  v,  p.  217,  trad.  franc.,  tom.  11,  p.  157.  — 
Tit.  Liv  ,  xxviii,  46.  —  Cicero,  Epist.  ad fani.  —  Pliii.,  m,  5  — 
Ponip.  Mcl. ,  II,  4-  —  •î»l-  Capitol.,  l^ita  Post.  Cliabrol,  Stntist. 
de  Monteiiolte,  t.  ir.  —  Conférez  la  Carte,  beau  travail  géodésiqiie. 

^  Pliu.,  111,  7  (5).  —  Coliini.,  VII,  2.  —  Orosius,  vu,  57  —  Silius 
Italicus,  viii,  599.  —  Claud.,  de  Bello  geiic,  6o5.  —  Cassiodor. , 
Chron. 

*  Voyez  V Analyse  des  Itine'raires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  109 

la  route  romaine  dont  je  \iens  de  parler.  Cette  yillç 
est  aussi  mentionnée  par  Pline  et  Claudlen  '. 

jélba  pompeia,  Alba.  Pline  nomme  ses  habitans 
Àlhenses  pompeiani.  Ce  lieu  est  connu  comme  ajant 
donné  naissance  à  l'empereur  Pertinax'.  La  position 
de  celte  ville,  ainsi  que  celle  de  la  précédente,  se 
trouvent  démontrée  par  la  route  qui  part  ^ /esta. 
Asti  ou  de  Derthona,  Tortone,  et  aboutit  à  Turin, 
en  passant  par  Pollentia.  Alba  doit  son  surnom  au 
grand  Pompée,  comme  le  prouve  une  inscription 
publiée  par  Spon. 

Libaina,  Lavezzara ,  près  de  Declmo ,  aussi  men- 
tionnée par  Pline  ^ 

La  position  de  ces  dififérens  lieux  se  trouve  démon- 
trée par  les  mesures  des  Itinéraires  ^.  Je  dois  seule- 
ment observer  que  le  nombie  de  milles  qui ,  d  uis  la 
Table ,  exprime  les  distances  de  tous  les  lieux  qui  se 
trouvent  entre  Geniia,  Gênes,  et  vada  Sabbat  la  y 
Vado,  est  trois  fois  plus  grand  que  la  distance  réelle  qui 

'  Ptolem.,  p.  64  (71).  —  Plia.,  m,  7  (5).  —  Claud.,  Sextus  consul. 
Hon.,  V.  2o5  : 

....  Hai-tensis  humus  Jlnret  et  Àlhinganus. 

Voyez  Duranfli,  Dissert,  sopra  Erricn  d' Asti ,.tom.  1. —  Mémoires 
de  r Académie  impe'iinle  de  Turin,  lom.  iv,  p.  65o. 

'  Plin.,  m,  7,  loin,  it,  p  76,  édit.  Lemaire.  —  Ploloni.,  lib.  irr, 
cap.  I,  p  (J4  (71):  eclit.  ïîeit.  —  Dio  Cassius,  83.  —  Zon.,  Ann.  11. 

—  Nous  avons  diverses  itisciiptions  jolalivcs  à  Alba  pompeia,  qui 
prouvent  que  cette  ville  avait  le  titre  de  munici|)e.  Voyez  Durandi, 
Piemniite  cispndano,  p  198,  et  Spon,  Miscell.  ant.,  i65. 

'  Plin.,  m,  7,  toni.  m,  p.  76,  édit.  Lemaire. 

*  Voyez  toni.  m  de  cet  ouviage  — Durandi,  Vicmnnte  cispndano 
aniico,  p.  i45,  et  Franchi,  Pont'  deli  antichilà  di  Pollenza,  dans  les 
Me'm-  de  l' Académie  de  Turin  pour  les  années  i8o5  à  1808,  p.  52 1  ; 
Turin,  i8og,  partie  des  beaux-arts  et  de  la  littérature.  Voyez  p.  425. 

—  Cicero,  lib.  x,  epist.  55. 


110  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
existe  entre  ces  deux  points  extrêmes'.  Aussi  tous 
les  auteurs  qui  ont  écrit  avec  le  plus  de  succès  sur  la 
géographie  ancienne  de  ces  contrées  ont  regardé 
comme  entièrement  fautive  cette  partie  de  la  Table , 
et  en  ont  rejeté  les  données  comme  erronées  et  inu- 
tiles '.  Cependant  elles  sont  exactes;  personne  n'a 
vu  qu'il  y  avait  dans  cet  endroit  trois  Itinéraires  mé- 
langés ;  lorsqu'on  les  a  démêlés  et  séparés ,  toutes 
les  distances  se  trouvent  conformes  à  ce  qu'exige  le 
terrain  ;  les  noms  et  les  positions  modernes  corres- 
pondent parfaitement  avec  les  noms  anciens  et  les 
positions  anciennes  ^  ;  et  cette  partie  de  la  Table 
fournit  alors,  plus  qu'aucun  autre  monument,  des 
moyens  de  démontrer  mathématiquement  la  position 
de  tous  les  lieux  anciens  situés  sur  ce  rivage ,  et  dont 
les  historiens  et  les  géographes  de  l'antiquité  ont  fré- 
quemment fait  mention. 

N'oublions  pas  de  remarquer  que,  dans  l'énumé- 
ration  des  villes  de  la  Ligustique  ou  de  la  Ligurie,  Pto- 
lémée  ne  suit  point  l'ordre  indiqué  par  la  géographie 
naturelle;  il  paraît  au  contraire  s'être  laissé  guider 
par  des  origines  historiques ,  lorsque  d'une  part  il 
attribue  aux  Taurini  le  district  d^ Augusta  Vagien- 
norum,  ou  città  di  Benè,  et  ceux  àilria,  Voghera, 
et  de  Derthona,  Tortone  ;  tandis  qu'il  donne  aux 
Ligures  y  Asta,  Asti,  Alha  pompeia,  Alba,  Pol- 
lentia,  Pollenza'*,  c'est-à-dire  toute  la  plaine  qui  sé- 
pare les  Vagienni  et  les   Taurini  du  territoire  de 

•  Tabula  peutin^ci'.,  §.  2,  F;  §.  3,  D. 

'  Durandi,  Piemnnte  cispadano,  p.  97.  — G.  L.  Odorico,  Lettere 
iigusfiche,  p.  56. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

*  Ptolernaeus,  Geogr.,  lib.  m,  cap.  i,  p.  61  (68). 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  111 

Derthona,  Tortone,  et  â^Iria,  Vo£»hera  '.  Cette  di- 
vision de  la  Ligurie,  en  Ligurie  propre,  et  en  terri- 
toire des  Marseillais,  donnée  par  Ptolémée,  se  re- 
trouve aussi  indiquée  dans  Pline.  Cet  auteur  ',  après 
avoir  mentionné  Nicœa,  Nice,  les  peuples  des  Alpes 
nommés  Capillati,  Chevelus,  les  Vediantii,  auxquels 
il  donne  Cemenelion ,  Cimiers,  pour  capitale,  et  le 
portus  HercuUs,  et  le  portus  Monœci,  ajoute  incon- 
tinent Ligustica  ora,  ((  les  rivages  de  la  Ligurie,  » 
indiquant  par-là  que  ces  rivages  ne  commencent  qu'à 
partir  de  ces  lieux,  qui  étaient  à  l'ouest  du  Tropœa 
Augustl ,  et  ceci  est  conforme  à  Ptolémée;  mais 
Pline  ^  mêle  une  division  historique  avec  une  division 
géographique ,  en  faisant  mention  des  Liguriens  les 
plus  célèbres  '*  au-delà  des  Alpes ,  qui  sont  :  les  Sal- 
luvii,  les  Deciates  et  les  Oxyhii,  dont  la  position  est 
reconnue  à  l'ouest  du  Var.  Cependant  ceci  est  encore 
conforme  à  Ptolémée,  et  indique  que  les  limites  de 
la  Gaule  transalpine  et  cisalpine  étaient  mal  détermi- 
nées, indécises,  et  qu'on  continua  long-temps  après 
Auguste  à  renfermer  dans  l'Italie  les  peuples  des 
Alpes.  En  combinant  ce  que  disent  Strabon  et  Pline  ^ 
dans  leur  description  de  l'Italie,  il  résulte  évidem- 

■  Pline  a  bien  soin  de  nous  apprendre  que  les  Taurini  étaient 
d'origine  ligurienne  :  «  Augusta  ïaurinorura  antiqua  Ligurum 
«  stirpe,  M  lib.  m,  cap.  21,  tom.  11,  p.  180,  édit.  Leniaire. 

'  Plin.,  lib.  m ,  cap.  y,  tom.  11 ,  p.  ya,  édit.  Lemaire. 

'  Plin.,  lib.  m,  cap.  y.  —  Sur  Cemenelium ,  voyez  Cluver  ,  Italia 
antiqua,  tom.  i ,  p.  66.  —  La  position  de  Cemenelium  à  Cimiers ,  ou 
Saint-Pons,  est  prouvée,  ainsi  que  je  l'ai  observé,  par  les  mesures 
des  Itinéraires.  —  Sur  les  antiquités  qui  s'y  trouvent  encore ,  con- 
sultez Millin,  Voyage  dans  les  départ,  méridionaux,  tom.  u,  p.  548. 

■*  Yoyez  ci-dessus,  part,  i ,  cli.  2 ,  tom.  1,  p.  56. 

'  Strabo,  lib.  ui,  7,  et  Plinius,  lib.  iv,  p.  202,  et  lib.  v,  p.  218. 


112  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
ment  que  cette  nation  des  Ligures,  qui  autrefois 
avait  habité  avec  les  Ibères  tout  le  rivage  méridional 
de  la  Gaule,  occupait  encore  du  temps  d'Auguste,  et 
dans  le  siècle  qui  suivit,  tout  le  district  moiilagneux 
compris  entre  la  livière  d'Argens,  dans  la  Gaule 
transalpine,  et  les  sources  de  l'Arno  :  division  histo- 
rique qui  comprenait  une  partie  de  la  Province  ro- 
maine ou  de  la  Gaule  narbonnaise,  ainsi  que  toute  la 
Li^urie  et  les  montagnes  qui  appartenaient  à  la  fois 
à  rÉlrurie  et  h  la  Gaule  cispadane  '. 

Mais  nous  ne  nous  occupons  ici  que  de  la  Ligurie 
considérée  comme  division  géographique  et  conte- 
nue ,  ainsi  que  nous  l'avons  prouvé,  entre  le  Var  et 
la  Macra. 

Pline  commence  l'énumération  de  cette  partie  par 
l'intérieur  '  des  terres,  en  conservant  l'ordre  géogra- 
phique et  en  se  dirigeant  d'occident  en  orient;  et 
comme  il  vient  de  mentionner  les  Oxyhii  et  les 
Deciates  au-delà  des  Alpes,  il  ajoute  :  «  Citra  (de  ce 
côté-ci  des  Alpes),  »  sont  : 

Les  T^eneni ,  que  je  crois  devoir  placer,  avec  Du- 
randi  ',  dans  le  val  de  Yinadio,  près  du  val  de  Stura. 

Les  J^agienni,  issus  des  Tarini  ou  Taurini.  Il  y  a 
dans  les  éditions  de  Pline  a  et  Catiirigibas  orti  T'a- 
gicnni ,  »  mais  Catun'gîbas  est  une  conjecture  d'Her- 
molaûs,   et  Hardouin  ^  nous  apprend  que  tous  les 

'  Conférez  ci-dessus,  pnrt  t,  cap.  7,  tom.  i,  p.  iGi.  Suv  Albiutn 
intemeliuni,  la  capitale  des  Inlcnirlii,  dont  \  intiniille  conserve  en- 
core le  nom  et  la  position,  voyez  Mura'.oii,  Inscript.,  p.  10,  21  et  22. 

^  Plin. ,  iib.  iir,  cap.  7  (5),  toni.  ir,  p.  ^5,  edit.  Len). 

'  Durandi ,  Disseitazinne  délie  antiche  ciltà  cli  Pedona,  Ca- 
burrn,  e(c  ;  Torino,  1769. 

^  Hardouin.  apud.  Pliu.,  m,  7.  Conférez  t.  11,  p.  75,  édit.  Lena. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  113 

ïïiailuscrits  portent  ex  Turrls  orti  Vagienni ,  et  il 
faut  corriger  ex  Taurinis  orti  Vagienni.  En  effet, 
Ptolémée  qui,  ainsi  que  je  l'ai  remarqué',  n'admet 
pas  la  division  d'Auguste ,  et  qui  décrit  chaque  peuple 
isolément ,  sépare  les  Taurim,  de  la  Ligurie  propre- 
ment dite;  et  outre  Augusia  Taurinorum,  Turin, 
leur  capitale,  il  leur  attribue  encore  Augusta  fa- 
giennorum,  città  di  Benè;  Iria,  Voghera;  et  Der- 
thonay  Tortone  '  ;  une  communauté  d'origine  a  pu 
seule,  ainsi  que  je  l'ai  dit,  engager  Ptolémée  à  établir 
cette  division  qui  contrarie  l'ordre  géographique  : 
son  texte  confirme  donc  la  remarque  de  Pline,  et 
justifie  la  manière  dont  je  rétablis  le  texte  de  ce 
dernier  auteur. 

La  capitale  des  V^agienni ,  Augusta  Vagienno- 
rura  >  a  été  mal  placée  par  d'Anville  ^  à  Vico ,  près 
Mondovi.  Durandi  à  très  bien  prouvé '^,  d'après  des 
monumens  du  moyen  âge  et  des  débris  d'antiquités 
trouvés  sur  les  lieux,  (\vi  Augusta  T^agiennorum 
occupait  l'emplacement  de  cittk  di  Benè,  un  peu  à 
l'est  de  Fossano.  Dans  le  moyen  âge  ,  au  lieu  di  Au- 
gusta Vagiennorum  j  on  a  dit  Bagiennorum  ;  ce 
nom  s'est  converti  en  celui  de  Bagienna ,  et  depuis , 
par  corruption,  on  a  fait  città  di  Benè.  Il  y  a  peu 
d'exemples  d'un  mot  dont  l'étymologie  soit  mieux 
démontrée ,  et  cependant  plus  éloignée  du  mot  pri- 

'  Voyez  ci-dessus,  p.  109,  et  Ptolem.,  Geogr.,  lib.  m,  cap.  i, 
p.  64(71). 

■  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  eh.  7,  tom.  i,  p.  i65  et  164. 

'  D'Anville,  Geogr.  anc,  p.  48,  édit.  in-folio,  tom.  i,  p.  176,  de 
l'édit.  in-i2. 

■'Durandi,  Dissertazioni  sopra  le  antiche  città  di  Pedona,  etc. , 
p.  81 ,  et  Piemonte  cispadano  antico,  p.  180  et  i8r. 

II.  8 


114         GÉOGRAPHIE  ANCIENI^E  DES  GAULES, 
mitif.  Des  inscriptions  rapportées  par  Durandi  font 
voir  qu'à  une  époque  postérieure  à  Pline ,  et  par- 
conséquent  au  siècle  d'Auguste ,  cette  ville  a  pris  le 
nom  de  Jidia  Augusta  Kagiennorum.  Les  preuves 
de  Durandi,  à  cet  égard,  paraissent  positives;  mais 
l'abbé  Oderico  '  observe  cependant  qu'il  eût  été  à 
souhaiter  que  Durandi  se  fût  donné  la  peine  de  ré- 
futer Holstenius ,  qui  regarde  comme  la  Julia  Au- 
gusta Kagiennorum  la  même  ville  que  celle  dont 
il  est  fait  mention  dans  Hjginus  %  sous  le  nom  de 
colonia  Augusta ,  et  dont  la  situation  entre  ^cw^a^, 
Asti ,  et  Opulentia,  se  trouve  indiquée  par  cet  auteur. 
Holstenius  et  l'abbé  Oderico,  d'après  lui,  pensent 
qu'au  mot  Opulentia  on  doit  substituer  Pollentia. 
11  s'en  suivrait ,  dit  Oderico ,  qvL  Augusta  J^agien- 
noruTïi  ne  serait  ni  à  Saluées,  ni  h  Ostana ,  ni  à  Benè, 
et  serait  situé   entre   H  as  ta ,  Asti,    et   Pollentia  ^ 
PoUenza.  Mais  dans  notre  édition  d'Hjginus  on  ne 
trouve  ni  le  nom  di  Opulentia,  ni  quatre  autres  noms 
géographiques  que  cite  Holstenius  comme  existant 
dans  la  sienne,  et  qu'il  corrige,  selon  nous,  à  tort; 
il  n'a  pas  fait  attention  que  les  lieux  qui  formaient 
les  limites  d'une  commiune  devaient  être  des  lieux 
obscurs,  et  qu'il  n'est  pas  étonnant  de  ne  les  trouver 
mentionnés  nulle  part  ailleurs.  En  effet,  en  con- 
sultant la  neuvième  feuille  de  la  belle  Carte  des  Alpes 
de  M.  Raymond,  nous  trouvons  du  côté  des  mon- 
tagnes, sur  ce  qui  a  dû  former  la  limite  à' Augusta 
Vagiennorum,  ou  citta  di  Benè,  Cisone,  qui  corres- 

'  Oderico,  LeUere  ligustiche,  p.  64  et  65. 
■    '  Hyginus,  de  Limit.   Const.,  p.  166,  édit.  Goez.  —  Holsten., 
Annot.  in  Ital.  ant.,  p.  12.  —  Oderico,  LeUere  Ligustiche,  p.  64. 


PARTIE  IT,  CHAP.  IV.  115 

pond  aux  Cesienses  d'Hjginus;  Mulazzano,  à  mons 
Masuinus ,  Somano,  à  Geminus.  \^e  Jumarus  flu^fius 
est  le  Tanarus  jiuvius ,  comme  le  conjectiue  avec 
raison  Holstenius;  le  mons  Mica  qui  se  trouve  dans 
l'édition  d'Holstenius ,  comme  dans  la  nôtre,  est 
Moncucco,  et  fines  y  iruxentinorum ,  qui  se  trouve 
dans  notre  édition ,  et  n'est  pas  mentionné  par  Hol- 
stenius, sont  les  deux  petits  hameaux  contigus  de  Fre 
et  de  Sciandini  sur  la  rivière  Pelio.  Enfin,  Opulentia 
est  Puloti  ;  mais  si  l'on  préférait  corriger  ce  nom,  et 
lire  Pollentia,  qui  empêche  d'appliquer  ce  nom  au 
Potentia  ou  Polentia  de  certains  manuscrits  de  Pline, 
surnommé  Carrea  ' ,  qui  paraît  devoir  être  placé 
à  Carrù  '?  De  cette  manière,  la  situation  àiAugusta 
Vagiennoruni,  ou  de  la  co/o/^m^w^w^-to,  mentionnée 
par  Hjginus,  à  città  di  Benè,  se  trouve  d'accord  avec 
l'indication  qu'il  nous  donne,  avec  les  monumens 
trouvés  sur  les  lieux,  et  avec  les  textes  de  tous  les  au- 
teurs qui  ont  parlé  de  cette  ville.  Durandi  a  pareille- 
ment très  bien  démontré  '  par  plusieurs  inscriptions 
romaines  trouvées  à  terra  di  Bennette  ou  Benne,  que 
Bagiennœ  ou  V^agiennœ  était  différent  des  Vagien- 
nenses  ou  ^ Augusta  J^agiennorunx.  Cette  terra  di 
Bennette  ou  di  Benne  est  à  l'ouest  de  Cuneo,  et  était 
nommée  dans  plusieurs  actes  Bagienna  superior.  Il 
serait  très  possible  que  ce  lieu,  qui  avait  conservé  le 
nom  du  peuple,  fût  l'ancienne  capitale  des  Vagienni, 
qui  aurait  ensuite  été  effacée  par  la  colonie  romaine 
appelée  Augusta  T^agiennoruni ,  nom  qui  semble 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  cap.  7,  tom.  ir,  p.  ^5,  edit.  Lem. 
'  Durandi,  Piemonte  cispadano  antico,  p.  172,  3i4. 
'  Id.,  p.  172, 


116  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
indiquer  une  fondation  récente.  Tout  le  pays  qui 
était  occupé  par  les  Kagienni  est  nommé  Yiozena 
encore  aujourd'hui ,  et  dans  les  actes  du  xi^  siècle , 
Vigenna  in  Viziennis ,  et  postérieurement  Via- 
%enis  et  Viagena.  Durandi  '  a  donné,  dans  un  grand 
détail,  les  limites  modernes  du  canton  qu'on  nomme 
Viozena  '. 

Parmi  les  lieux  dépendans  des  Vagienni,  on  doit 
citer  trois  "villes  ou  monumens  mentionnés  sur  une 
inscription  trouvée  en  lySo,  dans  la  chapelle  de 
San  Lorenzo,  près  de  Garaglio,  et  publiée  par  Du- 
randi. Ces  trois  lieux  sont  Pedona,  qui  estBorgo, 
di  San  Dalmazzo;  Cahurre ,  qui  est  Cavor,  château 
près  de  Bagnolo,  dans  la  vallée  de  Lucerna  ;  Ger- 
manicia  '*,  qui  est  Caraglio.  A  ces  trois  villes  on  doit 
encore  ajouter  colonia  Bredulensis ,  dont  l'existence 
et  la  position  sont  démontrées  par  une  inscription 
trouvée  à  Brolongo ,  que  l'on  sait  être  le  Bredulum 
du  moyen  âge,  et  avoir  été  la  capitale  du  fameux 
comté  de  ce  nom  ^. 

A  la  suite  de  Pedona  ou  de  borgo  di  San  Dalmazzo, 
il  est  encore  question,  dans  une  inscription  rapportée 
par  Durandi ,  d'un  lieu  nommé  forum  Céréale.  Le 

'  Id.,  Mémoires  de  l Académie  impériale  de  Turin,  lova.,  iv, 
p.  196. 

'  Id. ,  délie  Antiche  contese  di  Pastori,  di  val  Tanaro  e  di  val 
d  Arosio  ;  Mémoires  de  l Académie  des  Sciences  de  Turin  pour 
les  années  1809  et  1810,  littérature,  p.  ig6.  —  D'Anviile,  Gaule, 
p.  2i5.  —  Yoyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  i65. 

'  Id. ,  délie  Antiche  ciiià  di  Pedona,  Caburro,  Germanicia,  etc.  ; 
Torino ,  1 769 ,  p.  3. 

*  Id. ,  Piemonte  cispadano  antico ,  p.  126. 

'  Durandi,  Piemonte  cispadano.,  p.  81. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  117 

savant  géographe  piémontais  place  ce  lieu,  avec  beau- 
coup de  vraisemblance,  entre  Cartignano,  Paglières 
et  Dronero  '. 

Les  T^agienni ,  dont  la  capitale  était  située  dans  la 
plaine,  s'étendaient  donc,  ainsi  qu'on  vient  de  le 
voir,  vers  le  midi,  dans  les  vallées  des  Alpes  ligu- 
riennes; voilà  pourquoi  Silius  Italicus  dit  :  a  Les 
Kagienni  épars  sur  les  flancs  des  rochers  ' .  n 

Suivant  Pline  ^,  ces  peuples  s'étendaient  jusqu'au 
Vesulus  raons  ou  le  mont  Vise ,  célèbre  dans  l'an- 
tiquité comme  renfermant  les  sources  du  Pô.  Pline 
vante  la  vue  de  ces  sources,  et  parait  avoir  connu  le 
petit  lac  qui  est  entre  le  grand  pic  du  Viso  et  le  petit 
pic,  nommé  Visoletto,  c'est  là  le  Padi  fons  de  l'an- 
tiquité; mais  l'existence  de  l'autre  source  du  Pô  ,  ou 
le  petit  lac  qui  est  immédiatement  au  pied  du  grand 
pic ,  et  se  trouve  plus  élevé ,  parait  avoir  été  ignorée 
des  anciens.  Virgile  parle  dans  ses  vers  des  pins  du 
mont  Vésule  ''^  Ceva  ^,  renommée  par  ses  fromages, 
était  située  sur  le  territoire  des  T^agienni ,  ainsi  que 
nous  le  démontrerons  ci-après. 

Les  Statyeïli.  —  Nous  avons  déjà  fait  mention  de 
ce  peuple  et  de  la  destruction  de  son  ancieime  capi- 
tale, Carfstiun,  située  à  Cartosio.  Pline,  dans  l'énu- 
mération  des  villes  de  la  Ligurie  ,  mentionne  la 
nouvelle  capitale,  qui  est  aquœ  Statyellœ ;  la  position 
de  cette  ancienne  ville  est,  ainsi  que  nous  l'avons  dit, 

'  Duraadi,  Piemonte  cispadano ,  p.  ii6. 

'  «  Spai-si  per  saxa  Vagienni,  »  Silius  Italiens,  viii,  607. 

'  Plin.,  III,  -20  (16),  lom.  u,  p.  174,  edit.  Loin. 

*  Viig.,  .Encid.,  X,  708,  tom.  iv,  p.  170,  edit.  Lein. 

'  Plin.,  lib.  XI,  97  (4-?.);  tom.  iv,  p.  56q,  edit.  Lemaiic. 


118         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
déjà    prouvée   par  les   mesures  d'une   route  de  la 
Table  ^  Les  Statfelli  s'étendaient  jusqu'à  la  rivière 
Orba,  et  confinaient  aux  J^cllejati^. 

V^ihelli.  —  D'après  l'ordre  qu'observe  Pline,  nous 
devons  chercher  les  Vibelli  ^  à  la  gauche  des  T^a- 
gienni  et  du  Pô  :  non  loin  de  la  source  de  ce  fleuve, 
nous  trouvons  des  traces  de  leurs  noms  dans  ceux 
de  Bibiana ,  d'Envie  et  de  Revello ,  aux  environs  de 
Saluzzo ,  et  une  inscription  trouvée  à  Revello  et 
rapportée  par  Durandi  '*  détermine  dans  ce  lieu  la 
position  de  Vibii  forum.  Pline  ^  et  Solin  ^  disent  que 
c'est  dans  les  environs  des  Forovihienses  que  le  Pô 
se  cache  sous  terre  et  qu'il  renaît  ensuite;  ce  phéno- 
mène n'a  précisément  lieu,  suivant  Durandi,  qu'aux 
environs  de  Revello.  Tout  porte  à  croire  i\vie  forum 
V^ihii  était  la  capitale  des  Vibelli ,  et  on  doit  con- 
sidérer le  Pô ,  jusqu'à  sa  source ,  comme  formant  la 
limite  de  la  neuvième  et  de  la  onzième  région  :  la 
neuvième  région  remontait  vers  le  nord  par  une 
partie  de  la  bande  des  Alpes  qui  lui  appartenait. 
Vibii  forum  se  trouvant  limitrophe  de  ces  deux 
divisions,  on  ne  doit  pas  s'étonner  de  voir  Pline 
faire  ici  mention  des  Vibelli,  qui  s'étendaient  au 
midi  du  Pô,  et,  parconséquent,  dans  la  neuvième 

'  Tabula,  §.  2  ;  et  V Analyse  des  Itine'r. ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Voyez  Strabo,  lib.  v.  —  Brutus  apud  Gicero,  Epistol.,  lib.  xi. 
—  Plin.,  lib.  XXXI,  cap.  2.  —  Paulus  Diaconus,  Rerum  langobardi- 
lar.,  lib.  11,  cap.  ly. 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  cap.  7.  —  Brottier  a  préféré,  à  tort, 
la  leçon  de  quelques  manuscrits  qui  portent  Bembelli. 

•*  Durandi,  Piemonte  cispadano  anlico,  p.  122. 

^  Plin.,  lib.  m,  cap.  20  (16);  tom.  ii,  p.  170,  edit.  Lem. 

"^  Solinus,  cap.  8. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  119 

l'égion  qu'il  décrit,  tandis  qu'il  mentionne  f^ibii 
forum j  situé  au  nord  du  Pô,  dans  sa  description  de 
Ja  onzième  région  où  elle  se  trouvait  réellement. 
Nous  aurons  occasion  de  remarquer  encore  qu'Au- 
guste, dans  sa  division  de  l'Italie,  a  eu  plutôt  égard 
aux  limites  naturelles  qu'à  celles  des  peuples. 

Après  les  Vibelli ,  Pline  nomme  les  Magelli^ ,  qui 
se  placent  naturellement  aux  environs  de  Macello , 
dans  la  -vallée  de  Pignerol.  Pline  est  le  seul  auteur 
qui  parle  des  Magelli  ^  et  c'est  contredire  son  texte 
que  de  les  placer,  comme  a  fait  d'Anville  %  dans  les 
Apennins  de  l'Étrurie,  dans  le  val  de  Mugello,  au 
nord-est  de  Florence^,  et  d'en  faire  un  peuple  con- 
sidérable'^. Depuis  que  Pline  a  indiqué  par  le  mot 
citra  (de  ce  côté-ci  des  Alpes),  qu'il  repassait  en 
Italie,  il  ne  sort  pas  un  instant ,  dans  sa  description  , 
des  limites  de  la  Ligurie  ;  c'est  donc  d'abord  entre  le 
Var  et  la  Magra  ,  et  ensuite  vers  les  rivières  qui  con- 
tribuent à  former  le  Pô  à  sa  naissance,  que  nous 
devons  chercher  les  Magielli ,  puisque  c'est  entière- 
ment de  ce  côté  que  nous  porte  l'ordre  de  la  des- 
cription de  Pline.  Ainsi  que  nous  l'avons  déjà  ob- 
servé, deux  lieux  très  anciens,  situés  de  ce  côté  dans 
le  val  San  Martino,  nous  font  retrouver  le  nom  et 

'  Plin.,  lib.  m,  cap.  27,  tom.  11,  p.  ^5,  edit.  Lem. 

'  D'Anville,  Gebgr.  ancienne,  p.  5i,  del'édit.  in-folio,  ou  tom.  r, 
p.  i8g,  de  l'édit.  in-12. 

'  Cramer  ( Geogr.  andhist.  Descript.  ofanc.  Italy,  tom.  i,  p.  i84] 
considère  comme  une  corruption  du  mot  de  Magiclli  le  mot  d(; 
Mugialla,  que  l'on  trouve  tlans  Piocope  [de  Bello  gelicn,  iir),  et 
place  ces  peuples,  à  l'exemple  de  d'Anville,  dans  le  val  de  Mugello. 

*  D'Anville,  Gcogr.  anc.  abvc'^e'c,  p.  i5i  de  l'édit.  in-fol.  ;  tom.  11 , 
p.  i5i,  de  ses  œuvres,  publiées  par  de  Manne,  i854,  in-4". 


120        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
la  position  de  ces  peuples.  C'est  Macello  et  Majers, 
nommés  clans  les  chartes  du  ix*  siècle  curie  Magello 
et  loco  Macello  y  et  dans  d'autres,  Mazadelem  et 
Magedellum  \ 

Eburiates  '.  —  Il  a  déjà  été  fait  mention  de  ce 
peuple  dans  une  des  époques  précédentes  %  et  après 
avoir  placé  tous  les  autres ,  il  ne  leur  reste  plus  que 
le  comté  d'Asti  :  le  lieu  nommé  Eburias ,  dans 
le  moyen  âge,  aujourd'hui  Burio,  situé  à  6  milles 
géographiques  au  midi  d'Asti,  convient  à  cette  po- 
sition. 

Les  Casm.onates'*  habitaient  la  partie  inférieure 
de  l'antique  territoire  d'Acqui,  qui  forme  aujourd'hui 
celui  de  la  ville  d'Alexandrie.  Au-dessus  de  cette 
ville ,  entre  la  Bormida  et  l'Orba ,  était  l'ancien  lieu 
appelé  Casmonium  dans  le  moyen  âge,  ensuite  Gas- 
Tnonium,  et  dans  des  temps  plus  modernes,  Gasmun- 
diuiïi;  ù  ce  lieu  a  succédé  celui  de  Castellazzo  ^. 

Au  nord-^est  des  Casmonates  habitaient  les  Marici 
et  lesZcew.  \iÇ,?>Lœviy  étant  au  nord  du  Pô,  font  partie 
de  la  Gaule  transpadane,  mais  les  Marici  qui  ont 
bâti  Ticinurriy  Pavie ,  font  partie  de  la  Ligurie  ^. 
L'antique  lieu  de  Marengo,  nommé  petra  Marazzi, 
près  la  rive  gauche  du  Tanaro,  entre  Pavone  et  Mon- 
castello,  conserve  encore  le  nom  de  ce  peuple,  qui, 
avec  les  Z^w,  occupait  aussi  la  partie  du  diocèse 

'  Durandi ,  Piemonte  cispadano  antico,  p.  46.  —  Notizia  dell'an- 
tico  Piemonte  traspadano ,  p.  22. 

'  Plin.,  Hist.  tiat.,  lib.  m,  cap.  7,  tom.  ir,  p.  74,  édit.  Lem. 
'  Conférez  part,  i,  ch.  7,  tom.  1,  p.  i6i. 

*  Plinius,  lib.  m,  cap.  7,  tom.  11,  p.  74,  édit.  Lem. 
^  Durandi,  Piemonte  cispadano  antico ,  p.  47- 

*  Plin.,  Hist  nnt.,  lib.  m  ,  c.  21  (17).  Voy.  ci-dessus,  t.  i,  p.  127, 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  121 

de  Pavie  qui  s'étendait  à  la  droite  du  Pô,  entre  Casale, 
Alexandrie  et  Tortone. 

Enfin,  les  Vellejates  ou  T^eliaies  '  dont  Pline  fait 
une  seconde  fois  mention  comme  fournissant  des 
exemples  remarquables  de  longévité,  habitaient,  ainsi 
que  nous  l'avons  déjà  dit,  les  collines  et  les  montagnes 
des  Apennins ,  au  midi  de  Piacenza  ,  jusqu'où  s'étend 
le  diocèse  de  cette  ville  et  celui  de  Bobbio.  La  décou- 
verte de  la  Table  alimentaire  Veleiene,  dite  de  Tra- 
jan,  et  les  autres  antiquités  déterrées  en  1760,  prou- 
vent que  le  siège  de  l'antique  Velleja  occupait  le 
même  emplacement  que  le  lieu  moderne  nommé  villa 
Macinesso  \  Mais  nous  reviendrons  encore  sur  ces 
F~ellejates ,  lorsque  nous  serons  arrivés  à  l'époque 
de  Trajan. 

Pline  ajoute  dans  sa  description  de  la  Ligurie 
le  nom  de  plusieurs  villes  que  Ptolémée  n'a  point 
mentionnées,  telles  sont  : 

Segesta,  Sestri  di  Levante;  cette  position  est  dé- 
montrée parles  Itinéraires  %  et  Pline  attribue  cette 
ville  aux  Tigiilli ,  et  dit  :  Segesta  Tigulliorum. 

Barderale ,  dont  la  situation  est  inconnue.  Cluve- 
rius  place  cette  ville  à  Pancrana ,  entre  Voghera  et 
Pavie;  mais  il  n'apporte  aucune  preuve  de  son 
opinion ,  qu'il  propose  même  comme  très  douteuse  '*. 
La    conjecture  de  M.   Mannert  ^  pour  Veriua   ne 

'  Plin.,  Hist.  liât.,  lib.  m,  cap.  7,  tom.  11,  p.  74 ,  edit.  Lem.  ^ 
lib.  VII,  c.  5o,  tom.  m,  p.  igi,  edit.  Lem.,  et  ci-dessus,  1. 1,  p.  \5\. 

'  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  7,  tom.  i,  p.  i54. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itine'rnires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

^  Cluverius,  Italia  antuiun,  tom.  i,  p.  86. 

'Mannert,  Gcogr.  tler  (iricrhrn  und  Rcemci,  Ilalin ,  ut,  (j, 
♦om.  I,  p.  5oo. 


122  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
peut  se  soutenir  :  Barderate,  ainsi  placé,  se  confon- 
drait avec  la  position  à' Industria.  Bardetti,  en  choi- 
sissant Bra,  a  pour  lui  la  ressemblance  du  nom, 
mais  ce  lieu  est  bien  près  de  Pollenda;  c'est  cepen- 
dant encore  la  conjecture  la  plus  probable  '. 

Industria,  nommé  autrefois,  dit  Pline,  Bodin- 
coTiiagiiSy  c'est-à-dire  la  forteresse  située  sur  le  fleuve 
Bodincus  (ou  le  Pô);  c'était  son  nom  gaulois.  La 
position  de  cette  ville  se  trouve  démontrée  par  les  me- 
sures des  Itinéraires,  pour  la  route  qui  part  de  Turin 
et  qui  va  le  long  du  Pô.  On  a  découvert  les  ruines 
de  cette  ville  sur  le  penchant  de  la  colline  du  lieu 
nommé  Monteu  di  Pô,  ou  Montedo  au  midi  du  Pô, 
entre  Yerrua  etChivasso.  Durandi"  a  prouvé  que  dans 
le  commencement  du  xiii"  siècle  ce  lieu  conservait 
encore  des  traces  de  son  ancien  nom,  sous  celui 
A' Allustria y  et  des  pièces  authentiques  démontrent 
que  la  pieve  di  Montedo  ou  di  Monteu,  se  norai- 
mait  encore  dans  le  xiv^  siècle  plehs  Dustricœ.  Clu- 
verius  ^  a  rapporté  une  inscription  relative  à  Bodin- 
comagus,  qui  a  été  trouvée  k  Odolingo,  sur  les  bords 
du  Pô,  dans  le  Montferrat. 

Après  Pollenda  '*,  Pline  nomme  Potentia,  qui  est, 

'  Bardetti,  clclla  Lin^itn  dci  primi  abitatoii  d'Italia,  p.  io8. 

'  Durandi ,  Piemonte.  cispadano  aiitico ,  p.  3i4.  —  Ricolvi  et  Ri- 
vautella,  il  Sito  dcW  antica  città  d^ Industria  scoperio  cd  iUustrato  ; 
Torino,  in-4°. 

'  Claverius,  lialia  anliqua,  tom.  i,  p.  86. 

*  Sur  PoUentia  ,  outre  la  dissertation  de  Franchipont  {Mem.  de 
fAcad.  de  Turin,  i8og,  in-4°,  p.  021  à  5io),  il  faut  consulter  celle 
<le  Du)-andi,  intitulée  dclV  Collegio  degli  antichi  caccintori  Pol- 
Icntini.  —  Sueton.,  in  Tib.,  cap.  57.  —  Cassiodorus,  in  Chron.  — 
Orosius,  lib.  vu,  cap.  ay.  —  Claudian. ,  Cnrm.  de  BcUo  s^oth.,  in 
/*ancg.,  lib.  vi.  —  Paul.  Diac,  lih  v,  c.  07,  et  lib.  vi,  c.  58.  —  La 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  123 

dit-il,  surnommée  Carrea,  —  C'est  Carrù,  à  l'est  de 
Fossano,  près  de  la  jonction  du  Peso  et  du  Tanaro  '  ; 
l'analogie  du  nom  moderne  avec  le  nom  ancien 
n'avait  point  échappé  à  d'Anville  :  il  est  fait  mention 
de  Cairugum  dans  le  xi*"  siècle ,  et  on  y  a  trouvé  une 
inscription  que  Durandl  a  rapportée  ^ 

Foro  Fulvii^  quod  Valentinura.  —  Cluverius  et 
d'Anville  regardent  comme  le  même  lieu  \e  Jbnim 
Fulvii  et  forum  Valentinmn.  Cependant  le  texte  de 
Pline  peut  s'entendre  de  deux  manières,  et  permet 
de  les  considérer  comme  deux  lieux  dlfférens.  Je 
trouve  en  effet  un  petit  lieu  nommé  villa  del  Foro, 
qui  semble  justifier  cette  opinion,  déjà  adoptée  par 
Dellsle.  Ainsi  forum  Fuhii  se  trouverait  placé  à 
villa  del  Foro ,  tandis  que  forum  J^alentinum  occu- 
perait l'emplacement  de  Valenza,  où  le  fixent  la  res- 
semblance du  nom,  et  l'ordre  d'énumération  con- 
servé par  Pline.  Si  cette  opinion  est  exacte ,  la  Table 
de  Peutinger  et  la  Notice  font  aussi  mention  de 
forum  Fulvii y  mais  Pline  est  le  seul  qui  ait  parlé  de 
forum  Valentinum.  Comme  les  chiffres  de  la  route 
où  e&t forum  Fulçii  se  trouvent  omis  dans  la  Table , 
on  ne  peut,  par  son  moyen,  en  déterminer  la  situa- 
tion; mais  on  doit  observer  seulement  que  villa  del 

laine  des  troupeaux  des  environs  de  cette  ville  était  fameuse,  ainsi 
que  nous  l'apprend  Pline,  lib.  viii,  et  Martial,  Epi^ramm.,  lib.  ix. 

'  M.  Cramer  place  ce  lieu  à  Chieri ,  près  de  Turin,  et  cite  M.  Du- 
randi;  je  crois  qu'il  y  a  erreur  de  la  part  de  ce  savant.  Conférez 
a  Geogr.  and  hist.  Descript.  of  ancicnt  Italj;  1826,  in-S",  tom.  t, 
p.  3o,  et  ia  carte  intitulée  :  Italiœ  antiquœ  et  riovœ  pars  septen- 
trionalis.  —  Voyez  ci-dessus,  p.  ii5. 

'  Durandi,  Piemonlc  cispadaiw  antico ,  p.  iy8. 

'  Plin.,  Hisl.  na(.,  lib.  m,  cap.  7,  tom.  11,  p.  75,  edit.  Lcm.  ;  Nol. 
ili^niL  i/npcr.,  p,  184,  odit.  Pane,  in-fol  ,  §.  65;  p.  laD,  edit.  Lelb. 


124         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Foro  se  trouve  exactement  dans   la  direction    des 
deux  points  extrêmes  de  cette  route,  qui  sont  :  Der- 
thoiia,  Tortone,  etAsta,  Asti. 

Pline  ' ,  faisant  l'énumération  des  meilleurs  fro- 
mages, mentionne  celui  de  Ceba,  dans  la  Ligurie 
{cehaniun  hic  Liguria  mittit).  Le  nom  et  la  position 
de  ce  lieu  ancien  se  retrouvent  dans  le  lieu  moderne 
nommé  Çeva ,  sur  les  bords  du  Tanaro ,  et  à  l'em- 
bouchure  du  fleuve  et  du  torrent  de  Cevetta ,  ainsi 
que  nous  avons  déjà  eu  occasion  de  le  dire  '.  Ceva 
était,  dans  le  commencement  du  xii^  siècle,  chef- 
lieu  de  ce  comté  %  et  la  vallée  était  alors  célèbre  par 
ses  fromages  :  ils  se  fabriquaient  principalement  dans 
un  lieu  nommé  Qiiarrgina ,  nommé  aujourd'hui 
Quarrzina,  et  situé  près  d'Olmea.  Quark  ou  Quarrg 
signifie  fromage  en  allemand,  et  ce  rapprochement 
semble  prouver  que  la  population  primitive  de  ces 
contrées  est  d'origine  teutonique^,  ce  que  des  in- 
scriptions confirment  ^. 

■  Plin.,  lib.  XI,  cap.  97  (42),  tom.  iv,  p.  56g,  edit.  Lem. 

^  Voyez  ci-dessus,  p.  ii5. 

'  Durandi,  Picmonte  cixpadano  antico ,  p.  192. 

■'Durandi,  delle  Anliche  contesi  dei  pastori  di  val  Tanaro  e  di 
val  d' Aroica  ;  Mémoires  de  l Académie  de  Turin,  tom.  iv,  p.  19g. 
— Yoyez  aussi  3Iuratori,  Inscriptions,  tom.  11,  io43,  ii°3,  et  to45, 
n°*  4  et  5. 

^  Durandi,  tom.  iv,  de  l'Académie  de  Turin,  p.  198  ,  cite  le  titre 
où  le  seigneur  de  Ceba,  en  1121,  s'exprime  ainsi  :  «  Ab  unaquaque 
«  domo  caseatrica  in  Quargina  sex  formellas  casei  et  totidem  casea- 
«  tas.  »  —  On  a  découvert  en  17 18,  dans  cette  vallée,  une  inscription 
ainsi  conçue  : 

L.  Pacico 

IN     .ETIIERA     SOLUTO 

Adesto  Teutates.  (Dur. ,  ibid.,  p.  24y.  ) 

Cette  insojÉution  prouve  l'identitc  d'origine  des  Ligures,  des 
Gaulois  et  a«r Germains. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  125 

Slrabon  '  nomme  au  nombre  des  ailles  de  la  Lii^u- 
rie,  vada  Sabatia,  le  Savo  de  Tite  Live,  et  la  position 
de  ce  lieu  à  Savone  moderne  est ,  ainsi  que  je  l'ai  dit , 
démontrée  par  les  mesures  des  Itinéraires  anciens , 
quoique  la  combinaison  de  ces  mesures  nous  reporte 
plus  souvent  à  Vado  qu'à  Savone,  pour  vadis  Saha- 
tis.  Vado  est  \eportus  Vadis  de  l'Itinéraire  maritime , 
et  la  réunion  des  noms  de  ces  deux  lieux  en  un  seul , 
nécessaire  pour  faire  distinguer  ce  vadum  ou  gué , 
ou  embouchure  guéable  de  rivière,  si  voisins  l'un  de 
l'autre,  a  occasioné  dans  les  Itinéraires  et  les  auteurs 
anciens  beaucoup  de  confusion  ^.  Pline  parle  dans 
cette  division  de  Derthona  comme  d'une  ville  con- 
sidérable; Velleius  dit  que  la  date  de  sa  colonisation 
est  inconnue.  Plusieurs  inscriptions  nous  prouvent 
qu'elle  reçut  aussi  par  la  suite  le  nom  de  Julia; 
nous  avons  déjà  eu  occasion  de  la  mentionner  comme 
une  des  villes  dont  les  Itinéraires  ^  déterminent  le 
mieux  la  position ,  et  comme  ayant  occupé  l'empla- 
cement de  Tortone  m.oderne.  Il  a  déjà  été  question 
aussi  de  Litubium  et  de  Carystum,  qui  est  la  même 
ville  qui  se  trouve  mentionnée  dans  la  vie  de  Mar- 
cellus,  dePlutarque,  sous  le  nom  de  Cassidio,  sans 
doute  par  erreur  du  copiste.  La  position  de  Libarna, 
de  Pline,  le  Libarnum  des  Itinéraires,  se  trouve  fixée 
à  Lavezzara,  par  la  route  qui  conduit  de  Genua  à 
Derthona,  Tortone,  et9.Aquis,  Acqui.  Durandi  nous 
donne  connaissance,  dans  cette  division,  de  trois  lieux 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  217  ou  i56. 

'  Voyez  ci-dessus,  p.  107,  et  V Analyse  des  Itinéraires ,  toni.  m 
de  cet  ouvrage. 

^  Voy.  VAnal.  des  Itinc'r.,  t.  m  ;  et  ci-dessus,  p.  85  ;  et  1. 1,  p.  iTi. 
—  Conférez  Plin.,  m,  5.  —  Yelleius,  i,  i5.  — Cicero,  Epistol.  ad 
fam.,  XI,  ï5,  •— Steph.  Byzant.  ;  Cassiodorus,  Epist.,  x,  27. 


126  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
anciens  nommés  Sedula,  Testona,  Pedona  :  le  pre- 
mier se  place  avec  assez  de  probabilité  à  pozzo  di  san 
Evasio,  au  sud-est  de  Casai  ;  le  second,  à  Moncaglieri  ; 
la  position  du  troisième  a  déjà  été  indiquée  h  borgo 
di  San  Dalmazzo.  A  l'ouest  était  la  ville  àts  Auriates j 
pi4s  de  Démonte  '. 

Pline,  en  décrivant  le  rivage,  nomme  successive- 
ment Albiwn  intemeliuni,  Vintimille,  et  \^  jiuv. 
Kutuha,  la  rivière  Rotta ,  qui  coule  auprès;  Alhium 
ingannum,  Albinga,  avec  la  vWihre  Merula,  l'Aro- 
soja  des  modernes;  Genua,  et  sa  rivière  Porcifera, 
le  Polcevero  ;  portus  Delphini ,  porto  Fino,  et  sa 
rivière  jiiwias  Feritory  le  Bisagno  des  modernes  ; 
puis  enfin  Tigidlia,  Segesta  Tigidliorum,  etjlumen 
Macra,  Liguriœ  finis ,  c'est-à-dire  les  ruines  de 
Tregosa,  Sestri ,  et  la  rivière  Magra,  si  souvent  men- 
tionnée comme  la  limite  de  la  Ligurie. 

Voilà  toutes  les  villes  de  la  Ligm^e  ou  de  la  neu- 
vième division  d'Auguste ,  nommées  dans  les  géo- 
graphes et  les  historiens  de  l'antiquité,  à  la  réserve 
de  celles  dont  les  noms  ne  se  trouvent  mentionnés 
que  dans  les  Itinéraires,  et  dont  les  positions  sont 
indiquées  dans  l'analyse  que  nous  en  avons  faite ,  et 
qu'on  trouvera  à  la  suite  de  cet  ouvrage  '.  Quant  aux 
Apuani ,  aux  Briniates ,  aux  Friniates ,  et  autres 
peuples  dont  il  a  été  parlé  dans  les  époques  précé- 
dentes ,  lors  de  la  conquête  de  la  Ligurie  par  les  Ro- 
mains ,  et  dont  nous  avons  déterminé  la  position ,  il 
n'en  est  plus  question  dans  les  écrits  des  géographes 

'  Durandi ,  Picmonlc  cispad.  antico ,  p.  107,  019,  552,  Pedona, 
Cahurro ,  etc.  Caburro  est  Cavour,  lieu  situé  au  nord  du  Pô,  et 
dans  la  onzième  région.  —  Voyez  ci-dessus,  p.  114. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  iir  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  127 

et  des  historiens  de  l'antiquité;  soit  qu'ils  aient  été 
détruits  et  dispersés,  soit  qu'ils  aient  été  incorporés 
dans  d'autres  peuples  et  d'autres  divisions  '. 

L'ordre  géographique  me  force  de  décrire  la  on- 
zième région  a^ant  la  dixième,  puisqu'elle  se  trouve 
entre  cette  dernière,  qui  est  laVénétie,  et  laLigurie 
que  nous  venons  de  quitter.  La  onzième  région , 
ainsi  que  nous  l'avons  observé,  est  nommée  Trans- 
padane  dans  Pline  %  mais  elle  ne  formait  que  la 
moitié  de  la  Transpadane  de  Strabon  ^  Comme  elle 
est  entièrement  située  dans  l'intérieur  des  terres , 
la  description  de  cette  portion  de  la  Cisalpine  n'est 
point  séparée  en  deux  parties ,  comme  dans  Plolé- 
mée ,  dont  l'usage  constant  est  de  placer  d'abord  les 
lieux  qui  doivent  dessiner  les  côtes  d'un  pays ,  et  de 
passer  ensuite  dans  l'intérieur. 

Trois  peuples ,  dans  Ptolémée  ,  se  partagent  la 
onzième  région  ou  la  Gaule  transpadane  dans  le 
sens  le  plus  restreint. 

Les  Insuhres ,  qui  sont  à  l'ouest  des  Cenomanni , 
et  dont  les  villes  sont  ^  : 

No^^ariay  Novarre,  bâtie  par  les  Vocontiens,  sur- 
nommée V^ertacomicorii y  selon  Pline.  Tacite  nous 
apprend  que  cette  ville  avait  le  titre  de  municipe  ^  ; 

'  L'abbé  Oderico,  dans  ses  Lettere  ligustiche,  p.  29,  s'éloigne  à 
tort  des  meilleurs  critiques,  relativement  à  Dacuista  et  lelleia  de 
Strabon. 

'  Plin.,  lib.  ui ,  cap.  21  (17) ,  tom.  i,  p.  7i3,  de  l'édit.  de  Franz  : 
«  Transpadana  appellatur  régie  undecima.  » 

'  Strabo,  lib.  v,  p.  212  (254),  edit.  Alm.  ;  tom.  11,  p.  11 4,  trad.  fr. 

*  Voyez  ci-dessus  sur  Milan,  et  Muratori,  Inscript.,  loSj,  n"  5, 
et  io58,  n°  I. 

*  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tom.  ni  de  cet  ouvrage ,  el  ci- 
dessus,  part.  1,  ch.  2,  tom.  i,  p.  Sg,  60,  62.  —  Tacit,  Hist.,  i,  70. 


128        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Mediolanum y  Milan  ',  qui  s'accrut  eu  splendeur 
sous  la  domination  des  Romains ,  de  manière  à  riva- 
liser avec  Rome  elle-même  '^  ; 

Conium,  Come  ^  ; 

Ticinujiiy  Pavie,  bâtie  par  les  Lœ{>i  et  les  Marici, 
suivant  Pline  '*. 

La  position  de  toutes  ces  villes  se  trouve  déter- 
minée par  les  mesures  des  Itinéraires;  on  doit  y 
ajouter  : 

Laude  Pompeia,  Lodi  Vecchio^,  qui  était  bien 
situé  dans  le  territoire  des  Insubres,  selon  que  le 
concevait  Ptolémée ,  et  d'après  les  limites  qui  furent 
déterminées  par  les  Romains,  mais  qui,  selon  Pline, 
a  été  bâti  par  les  Boïens  lors  de  leur  première  in- 
vasion. 

Pline  ^,  qui  parait  avoir  bien  étudié  les  antiquités 
de  la  Gaule  cisalpine,  nous  appiend  que  Comum 
n'appartenait  point  aux  Insubres ,  miais  aux  Orohii, 
auxquels  il  attribue  encore  deux  autres  villes,  qui 
sont  Bergomuniy  Bergame,  et  Licinii  forum  ^  que 
je  crois  être  Lissone,  à  g  milles  géographiques  au 
nord  de  Milan  '.  Nous  avons  déjà  observé  que  Pline 
dit  que  Bergomum  a  succédé  à  Barra ^  ville  plus 
ancienne  et  capitale  primitive  des  Orobii.  Nous  avons 

'  Voyez  V  Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage,  et  ci- 
dessus,  part.  I,  ch.  2,  p.  74- 

*  Conférez  Polyb.,  ii,  34.  — Auson.  — Plut. ,  Vit.  Cl.  Marcell.  — 
Tacit.,  Hist.,  i,  70.  —  Sueton.,  Aug.,  no.  —  Plin.,  Episiol.,  iv,  lO. 
—  Strabo,  v,  210  (526),  edit.  Alm. ;  tom.  11,  p.  118,  delà  trad.  fr. 

^  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  2,  p.  70  et  566. 

*  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  ch.  2,  p.  70  et  71. 

*  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 
'  Plin.,  lib.  III,  cap.  21  (17),  tom.  11,  p.  181,  edit.  Lem. 

'  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  2,  tom.  i,  p.  74. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  129 

découvert  la  position  de  cette  a  111e  antique,  déjà 
détruite  du  temps  de  Pline,  et  qui  se  trouvait  située 
où  est  aujourd'hui  Barra  vico,  entre  Bartesate  et  le 
lago  d'Annone'.  Le  territoire  des  Orohii  a  été  par- 
tagé, par  Ptolémée,  entre  les  Insuhres  et  les  Ceno- 
mani;  il  a  donné  Conium,  Côme ,  aux  premiers,  et 
Bergomura,  Bergame,  aux  seconds.  Mais  Pline,  en 
nous  apprenant  que  Bergomuni,  Bergame,  était  si- 
tuée dans  la  onzième  région ,  et  Brixia  dans  la 
dixième ,  nous  montre  en  même  temps  que  la  rivièie 
Serio  formait ,  à  l'est,  la  limite  des  deux  régions, 
selon  la  division  d'Auguste  ;  par  conséquent ,  pour 
cette  partie,  ces  divisions  ne  correspondent  plus  à 
celles  que  Ptolémée  a  établies  entre  les  peuples  *. 

Pline,  traitant  des  différentes  espèces  de  laine, 
nous  parle  de  la  regio  Alliana,  située  entre  le  Pô 
et  le  Tessin  (  inter  Paduni  Ticinumqiie  amnes^  ,  et 
de  la  laine  nommée  reiovina,  qu'on  recueille  dans 
son  voisinage.  Les  commentateurs,  ne  retrouvant 
pas  cette  région  nommée  Alliana,  ont  proposé  de 
corriger  Pline;  mais  ils  ont  été  arrêtés  par  les  ma- 
nuscrits ^,  qui  tous  leur  ont  présenté  la  même  leçon. 
Durandi  a  très  bien  prouvé  que  le  texte  de  Pline 
était  exact  par  la  découverte  de  plusieurs  titres  du 

'  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  i,  tom.  i,  p.  i6. 

'  Tout  ceci  démontre  combien  est  erronée  l'opinion  du  savant 
Gagliardi  (voyez  Parère  inlorno  ail  aniico  slato  dci  Cenoniani , 
p.  79),  qui  veut  que  Comum,  Côme,  fît  partie  des  Cenomani , 
ainsi  que  le  territoire  des  Orobii,  sous  le  prétexte  que  les  Orobii 
n'étaient  point  un  peuple  particulier,  mais  qu'ils  étaient  les  Ceno- 
manni  montagnards,  ou  Orobii  cenomanni.  Dans  quel  auteur  ancien 
Gagliardi  a-t-il  vu  que  les  Cenomani  aient  été  surnommés  monta- 
gnards ,  orobii  ? 

'  Plin. ,  lib.  XIX,  cap.  2,  tom.  vi,  p.  36,  de  l'édit.  Lemaire. 

n.  9 


130         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
ix^  siècle  ',  qui  constatent  l'existence  d'une  terre 
et  d'un  village  nommés  Allia  ou  Halia,  h  quelques 
milles  au  midi  de  Laumello,  et  non  loin  de  Retovio 
ou  Rebbio,  qui  est  Retonnum  de  Pline  ''. 

Continuons  l'énumération  des  peuples  de  cette 
onzième  région  d'après  Ptolémée;  le  second  des  trois 
peuples  qui ,  dans  cet  auteur,  se  partagent  cette 
onzième  région,  se  nomme 

Les  Salassi^,  et  leurs  villes  sont  : 

Augusta  prœtoria.  —  Aoste,  que  Pline  définit  très 
bien,  lorsqu'il  dit  Augustay  surnommée  prcetoria, 
située  près  des  deux  passages  des  Alpes.  Les  routes 
du  Petit-Saint-Bernard  ,  Alpis  graia^  et  du  Grand- 
Saint-Bernard,  Alpis  pennina ,  se  joignent,  en  effet, 
à  cette  ville.  Strabon  nous  apprend  que  trois  mille 
Romains,  envoyés  par  Auguste,  fondèrent  Augusta 
dans  le  lieu  même  où  Varron  avait  campé  '♦. 

'  Darandi ,  Marca  d'Ivrea,  p.  94  et  gS. 

'  Le  passage  est  curieux  pour  la  géographie  des  deux  Gaules,  et 
nous  le  transcrivons  en  entier  : 

«  Cadurci,  Caleti ,  Ruteni ,  Bituriges,  ultimique  hominum  existi- 
«  mantur  Morini,  immo  vero  Galliœ  universaj  vêla  texunt.... Similiter 
«  in  Ilalia  regionc  AUiana,  inter  Padum  Ticinumque  amnes,  ubi  a 
«  Setabi  tertia  in  Europa  lino  palma  :  secundam  enim  in  vicino  Al- 
«  lianis  capessunt  retovina ,  et  in  jEmilia  via  faventina.  Candore 
«  allianis  seniper  crudis  faventina  praeferuntur;  retovinis  tenuitas 
«  summa  densitasque ,  candor  aeque  ut  faventinis.  » 

Plin.,  lib.  XIX,  cap.  2,  tom.  11,  p.  i55,  edit.  Hard. 

^  Ptolem.,  lib.  m,  cap.  i,  édit.  de  Bertius,  p.  64  (71)  :  il  y  a  69,  par 
faute  d'impression. 

*Strabo,  lib.  iv,  c.  6,  tom.  n,  p.  206.  —  Plin.,  lib.  m,  c.  21  (17), 
tom.  II,  p.  180,  édit.  de  Lemaire.  —  Die  Cassius,  Hist.  rom. , 
lib.  1,  c.  53.  —  Orose,  v,  4-  —  L'espace  occupé  par  la  cité  d' Aoste 
est  au  fond  d'une  vallée  produite  par  la  réunion  du  torrent  impé- 
tueux qu'on  nomme  le  Butier,  avec  la  Doire.  Selon  le  général 
de  Locbes,  l'emplacement  des  portes  de  cette  ville  décèle  un  camp 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  131 

Eporediay  Ivrea.  —  Pline  nous  apprend  que  cette 
ville  fut  bâtie  par  le  peuple  romain  d'après  les  ordres 
des  livres  sybillins ,  et  que  le  nom  qu'elle  porte 
désigne,  en  langue  gauloise,  un  homme  habile  à 
dompter  les  chevaux  '. 

Nous  avons  déjà  vu  que  tous  les  auteurs  anciens , 
et  les  mesures  des  Itinéraires ,  prouvent  d'une  ma- 
nière non  douteuse  la  position  de  ces  deux  villes. 
Les  Taurini ,  qui  ont  pour  capitale  : 
Augusta  Taurinoruni  y  Turin  '.  —  Turin  est  la 
seule  ville ,  mentionnée  par  Ptolémée  chez  les  Tau- 
rini,  qui  appartienne  à  cette  onzième  division  d'Au- 
guste ;  car  Augusta  Batienorum  ou  Vagiennorum , 
qui  est  cittk  di  Benè;  Iria,  qui  est  Voghera ,  et 
Derthona,  Tortone,  qu'il  attribue  aux  Taurini , 
faisaient  aussi  partie  de  la  Ligurie,  ainsi  que  nous 
l'avons  démontré  précédemment  ^.  Pline'*  ajoute  au 

romain.  La  ville  ancieane  paraît  n'avoir  été  que  le  camp  de  Varron 
agrandi.  L'arc  d'Auguste  n'est  pas  la  seule  ruine  que  l'on  voie  à 
Aoste  ;  il  y  a  encore  les  débris  d'uil  amphithéâtre.  Yoyez  Mémoire 
sur  la  vallée  d Aoste ,  dans  le  Recueil  de  l Académie  de  Turin , 
tom.  XXV,  p.  27. 

'  Plin.,  lib.  III,  cap.  21,  p.  714,  ou  tom.  ir,  p.  180,  edit.  Lem.  — 
Eporedia  a  été  successivement  appelée  Eporegium,  Eborea,  Evo- 
reggia  et  Evorea  ;  c'est  sans  doute  d'après  une  de  ces  altérations 
que  Cluvier  a  imaginé  un  lieu  nommé  Lamporeggio,  nom  que  le 
P.  Hardouin  a  adopté  ;  mais  ce  nom  ne  se  retrouve  sur  aucune  carte, 
et  n'a  jamais  été  celui  d'une  ville  de  ce  canton.  —  Voyez  Muratori, 
Inscript. ,  p.  io45,  n°'  4  et  5;  et  tom.  11,  p.  io85,  n°  3.  —  Voyez 
ci-dessus,  tom.  i,  p.  164. 

'Sur  Turin,  voyez  Muratori,  tom.  11,  p.  iigo,  n°  3. —  Voyez 
ci-dessus,  part,  i,  ch.  i,  tom.  i,  p.  18.  —  Tacit.,  Hist.,  11,  66. — 
Appian.,  Hannihal,  c.  5.  — Polyb.,  m,  60. 

'  Conférez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage,  et 
ci-dessus,  part,  i,  ch.  7,  tom.  i,  p.  i63  et  164. 

''  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  c.  21  (17),  tom.  ii,  p.  179,  edit.  Lcm. 


132  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
nombre  des  villes  comprises  dans  cette  région  Se- 
giisio ,  Suse ,  et  Kihi  forum ,  Envie ,  ou  Revello  ' 
selon  Durandi.  Quoique  Suse  appartînt,  du  temps 
d'Auguste,  au  royaume  de  Cottius,  il  n'est  pas  impos- 
sible que  dans  sa  description  de  l'Italie ,  qui  paraît 
avoir  été  entièrement  géographique,  ce  géographe 
empereur  n'ait  reculé  jusqu'au  pied  des  Alpes  les 
limites  de  la  onzième  division;  alors  Segusio,  Suse, 
s'y  trouvait  nécessairement  comprise.  De  même,  si 
le  Pô,  jusque  près  de  sa  source,  formait  la  lim^ite  de 
la  onzième  et  de  la  neuvième  région,  une  partie  des 
Vihelli,  située  au  midi  de  ce  fleuve ,  aura  été  renfer- 
mée dans  la  neuvième  région,  tandis  qu'ainsi  que 
nous  l'avons  observé  %  J^ibi  forum ,  la  capitale  de 
ces  mêmes  Vihelli ,  se  trouvait  dans  la  onzième  ré- 
gion ;  alors  le  Cahurro  de  l'inscription  citée  par 
Durandi  ,  qui  est  Cavour,  tout  près  de  castel 
Fiori ,  où  plusieurs  placent  Vihi  forum ,  appartien- 
drait à  la  onzième  région ,  et  ces  deux  lieux  seraient 
situés  sur  l'extrême  frontière  de  cette  région ,  proche 
des  limites  de  la  neuvième. 

Le  troisième  peuple  de  Ptolémée,  qui  se  parta- 
geait la  onzième  région,  ce  sont 

Les  Libici  j  placés  sous  les  Insubres,  que  Tite 
Live  et  Pline  font  sortir  des  Salyes  ou  Salluvii , 
et  dont  les  villes  sont  : 

Vercellœ,  Verceil ,  que  Tacite  nomme  un  des  plus 
forts  municipes  de  la  région  transpadane. 

Gaumellum,  le  Laumellum,  des  Itinéraires,  ou 
Laumello. 

'  Durandi,  deW Antica  condizione  délie  Vercellese ,  p.  53. 

"  Voyez  ci-dessus,  p.  n 4  et  117,  et  Durandi,  Pedona,  p.  2  et  7. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  133 

Nous  devons  ajouter  encore  le  bourg  des  Ictimuli, 
au  milieu  des  mines  d'or,  bourg  que  Strabon  nous 
apprend  avoir  été,  de  son  temps,  dans  la  dépendance 
de  Verceil ,  et  dont  nous  avons  précédemment  dé- 
montré la  position  au  confluent  du  torrent  de  la 
Vienne  et  de  l'Elvo,  entre  Biella  et  Ivrea  '. 

Reste  la  dixième  région,  qui  est  la  plus  étendue 
de  toutes,  qui  comprenait  la  Vénétie  de  Strabon  et 
une  partie  de  la  Transpadane;  elle  renferme,  dans 
Ptolémée,  cinq  des  divisions  ou  peuples,  savoir  : 

Les  Cenomani ,  limitrophes  des  Insubres  ou  de 
la  onzième  région. 

Ptolémée  '  les  place  sous  les  Veneti ,  et  on  doit 
retrancher  de  leur  territoire  la  première  ville  qu'il 
leur  attribue ,  qui  est  Bergomunif  Bergame.  Nous 
avons  déjà  fait  voir  que  cette  ville  était  la  capitale 
des  Orobii;  mais  Ptolémée ,  qui  ne  connaît  point 
les  Orohii ,  ne  commet  pas  d'inexactitude.  Nous 
voj'ons  seulement,  par  son  texte,  qu'il  renfermait 
le  territoire  de  ces  peuples  dans  celui  des  Cenomani, 
dont  les  autres  villes ,  suivant  lui ,  sont  : 

Forum  Jutuntorum  ou  Diuguntorum ,  dont  la 
position  m'est  inconnue ,  et  que  Cluverius  ^  place  à 
Crema,  sur  la  Serio  et  sur  l'extrême  limite  de  cette 
division;  mais  par  quelle  raison,  on  l'ignore*,  puis- 
qu'on n'a  pour  cette  position  que  les  convenances 
du  sol.  Chiari ,  ou  Urago  sur  l'Adda,  qui  en  sont 
tout  proches,  me  paraissent  devoir  être  préférées. 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  i68.  i 

'  Ptolemaeus,  lib.  m,  cap.  i,  p.  63  (70),  edit.  Bert. 
''  Cluverius,  Italia  antiqua ,  tom.  1,  p.  243. 

*  Sur  la  carte  de  France  des  ponts  et  chaussées,  Grema  {sic)  est 
sur  la  rive  occidentale  de  la  Serio. 


134        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Brixia,  Brescia,  que  Tite  Livc  désigne  comme  la 
capitale  des  Cenomani,  que  Strabon  classe  dans  les 
villes  de  grandeur  moyenne  '. 

Cremona  colonia.  Crémone  ''. 

Kerona,  Vérone,  le  Beron  de  Strabon. 

Mantua^ ,  Mantoue.  — Mantua,  sur  le  Mincius^ 
le  Mincio ,  célèbre  par  les  vers  et  la  naissance  de 
Virgile  ^ ,  que  le  grammairien  Donatus  et  Silius  Ita- 
licus  ^  s'accordent  à  placer ,  près  de  cette  ville ,  au 
village  ai  Andes  ;  mais  la  position  de  cet  ancien  lieu 
est  inconnue  :  une  tradition  incertaine  le  place  au 
village  de  Pietola. 

Tridentuniy  Trente,  que  Pline,  d'après  l'origine 
de  ses  habitans,  classe  au  nombre  des  villes  rhé- 
tiques  :  ces  Tridentini  ont  donné  leur  nom  à  toute 
cette  partie  de  la  chaîne  majestueuse  des  Alpes  ®,  et 
sont  mentionnés,  ainsi  qu'on  l'a  vu,  dans  l'inscrip- 
tion du  Trophée. 

•  Strabo,  v,  Saô,  edit.  Almeloveen  (2i3};  tom.  ir,  p.  ii8,  de  la 
trad.  franc. 

'  Plinius,  lib.  m,  cap.  23  (19).  —  Voyez  plusieurs  inscriptions 
relatives  à  Crémone,  dans  Muratori,  Inscript.,  p.  1042,  n°  2,  et 
p.  1098,  n°  5. 

^  Nous  avons  déjà  observé  que  si  Servius  place  Mantoue  dans  la 
Vénétie ,  c'est  qu'il  confond  le  pays  des  Vénètes  avec  cette  dixième 
région  d'Auguste  dont  la  Yénétie  ne  forme  qu'une  portion,  mais 
qui,  réunie  aux  Cenomanni,  formait  la  province  nommée  Yénétie 
de  son  temps. 

*  Yirgil. ,  Georg. ,  11 ,  198  ;  m ,  10.  —  Mneid. ,  x,  198.  —  Ed. , 
1,  47,  IX,  27. 

'  Sil.  Ital.,  vni ,  594.  —  Mart.,  xiv,  ep.  193.  —  Hieron.,  Chron. — 
Euseb. ,  II.  —  Donati,  Fiia  Firgil.,  tom.  vu,  p.  266,  de  l'édit.  de 
Yirg.  de  Lem. 

^Plin. ,  III,  iZ  (19),  tom.  II,  p.  187,  edit.  Lem.  —  Strabo,  iv, 
p.  3i3  (204),  edit.  Alm.  ;  tom.  11,  p.  92  ,  de  la  trad.  fr.  —  Dio  Cass., 
Liv.  —  Ammian.  Marcell.,  xvi,  10.  —  Voyez  ci-dessus,  p  55,  6j. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  "     135 

Butrium.  —  Très  probablement  le  Bedtiacum 
de  Tacite  ',  que  les  mesures  de  la  Table  déterminent 
à  Casai  Romano  ;  mais  ce  Butrium  n'a  certainement 
aucun  rapport  avec  le  Butrium ,  Butrio  moderne , 
situé  près  de  Raveune.  Si  on  excepte  \q  forum.  Ju- 
tuntorum ,  la  position  de  toutes  les  autres  villes  est 
déterminée  par  les  Itinéraires.  Du  temps  d'Auguste, 
Verona  et  Mantua,  Mantoue,  paraissent  avoir  été  les 
villes  les  plus  considérables  des  Cenomani ,  et  ont 
éclipsé  Brixia,  Brescia ,  l'antique  capitale  de  ces 
peuples.  Catulle,  qui  était  de  Verona,  dit  qu'elle 
tire  son  origine  de  Brixia  : 

....  Brixia ,  Cynœœ  supposita  in  spécula  ; 
Flavus  quam  molli  percurritjlumine  Melo, 
Brixia,  Veronœ  mater  amata  meœ  '. 

Il  est  probable  que  Vérone  dut  seulement  un 
nouvel  accroissement  à  une  colonie  de  Cénomans 
détachés  de  Brixia,  leur  capitale.  Dans  les  vers  que 
je  viens  de  citer,  la  plupart  des  éditeurs  de  Catulle 
ont  substitué  Mêla  à  Melo,  que  portent  les  meilleurs 
manuscrits  ;  ce  qui  a  occasioné  de  longues  discus- 
sions sur  l'exactitude  géographique  de  ce  passage  et 
sur  l'antique  position  de  Brescia  ;  car  le  fleuve 
Mella,  qui  porte  encore  aujourd'hui  le  même  nom, 
ne  passe  pas  à  Brescia,  mais  à  un  mille  à  l'ouest ,  et 

'  Voyez  ci-après. 

'  Voyez  Catulle,  carni.  67,  ad  Januam,  p.  517,  edit.  Naudet.  — 
Toute  cette  élégie  se  trouve  réimprimée  d'après  des  manuscrits,  et 
longuement  commentée  dans  l'excellent  recueil  de  Sambuca,  inti- 
tulé :  Memorie  criiiche  intorno  al  antico  stato  dei  Cenomani ,  p-  1 1, 
21,  102,  io3,  i3i,  336,  337,  420,  677.  —  Voyez  ftiuratori,  Inscript., 
toni.  I,  p.  495,  n°  4;  p.  io34,  n«  6  et  7  ;  p.  io35,  n"  3  ;  p.  44'»  "°  4- 
—  Ces  inscriptions  sont  relatives  à  Brixia ,  et  le  nom  de  cette  ville  y 
est  mentionné. 


136  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
le  percurrit  de  Catulle  ne  laisse  aucun  doute  que  le 
fleuve  dont  il  parle  ne  traversât  la  ville  de  Brescia. 
Toutes  les  difficultés  sont  levées,  lorsqu'on  apprend 
que  le  fiume  Garza ,  qui  passe  à  Brescia,  se  nommait 
Melo  ',  et  est  encore  aujourd'hui  vulgairement  appelé 
Melone  \  Les  copistes,  ignorant  la  topographie  de 
Brescia ,  ont  substitué  Mêla  à  Melo  ^,  et  ont  évi- 
demment confondu  ces  deux  rivières ,  si  proches 
l'une  de  l'autre;  mais  c'est  Mella  qu'il  fallait  écrire, 
et  non  Mêla,  ainsi  que  le  témoignent  ces  vers  de 

Virgile  : 

Tonsis  in  vallihus  illum 

Pastores  et  curva  legunt  propejlumina  MellfE^. 

Servius ,  qui  écrivait  au  vi®  siècle ,  a  fait  sur  ces 
vers  de  Virgile  un  commentaire  ridicule^,  où  l'on 
voit  qu'il  confond  de  même  le  fleuve  Melo  et  le 
Mella,  qu'il  dit  être  aussi  appelé  Amello;  ce  qui 
prouve  que  cette  erreur  est  très  ancienne.  Le  nom 
et  la  position  des  Gottolengi,  in  agro  Brixiano , 
mentionnés  dans  une  inscription  rapportée  par  Mu- 
ra tori,  se  retrouvent  dans  un  petit  lieu  nommé  Go- 
dolazzo  sur  nos  cartes  modernes  ^. 

'  Capreolo,  de  Rébus  hrixian.,  lib.  iv,  p.  20. 

'  Sambuca,  p.  aS  et  129.  —  Comme  on  ne  pouvait  expliquer  les 
vers  de  Catulle,  on  a  prétendu  qu'ils  n'étaient  pas  de  lui. 

^  Gagliardi  [Parère  iiit.  ail.  antico  stato  dei  Cenomani,  Padova, 
1724,  in-12,  p.  148)  cite  cinq  manuscrits  qui  portent  71/e/o  (voyez 
Sambuca,  p.  i3i);  et  p.  20,  il  dit  que  l'édition  princeps  de  1472 
porte  aussi  Melo. 

<  Virgil.,  Georg.,  iv,  278. 

'  Voyez  Servius,  apud  Virgilium,  edit.  Burmanii,  tom.  1 ,  p.  484- 

*  Voyez  Muratori,  Inscript.,  tom.  i ,  p.  480,  n°  i ,  et  la  Carte  de 
la  Lombardie,  par  Zannoni.  Il  place  Godolazzo  à  viugt-six  milles 
géographiques  au  nord  de  Brescia ,  et  sur  la  même  rivière  :  per- 
sonne avant  Gagliardi  n'avait,  ce  me  semble,  remarqué  ni  commenté 
cette  inscription. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  137 

D'après  une  inscription  qui  existait,  et  qui  existe 
peut-être  encore  sur  le  mur  extérieur  de  Vobarno 
ou  Bobarno,  au  nord  de  Brescia ,  et  non  loin  de 
Salo  ',  il  est  évident  que  l'Italie  et  le  territoire  des 
Cenomani  se  terminaient  dans  cet  endroit.  L'in- 
scription fait  mention  de  J^oherna,  injinihus  Italiœ; 
or  le  Vohema  de  l'inscription  est  bien  évidemment 
Vobarno  moderne  :  je  remarque  sur  la  Carte  de  la 
Lombardie  par  Zannoni,  un  peu  au  midi  de  Vobarno, 
un  lieu  nommé  Termini  qui  indique  une  limite". 
Celte  limite  est  encore  celle  qui  est  marquée  sur 
cette  carte  pour  le  Brescian  moderne.  Sous  Auguste, 
à  l'époque  dont  nous  traitons,  les  géographes  englo- 
baient la  plus  grande  partie  des  Alpes  dans  l'Italie  ^  ; 
mais  à  î'époque  plus  rapprochée  de  nous,  quoique 
déjà  fort  ancienne ,  de  l'inscription  romaine  que 
nous  avons  citée,  les  limites  de  l'Italie,  de  ce  côté, 
étaient  les  mêmes  que  celles  du  Brescian  moderne  et 
de  la  république  de  Venise  dans  cette  partie.  D' An- 
ville  a  oublié  sur  sa  Carte  de  l'Italie  ancienne  ce  nom 
important  de  Koherna^ ,  quoiqu'il  n'ait  point  omis 
celui  ôHEdrurriy  qui  ne  nous  est  pareillement  connu 
que  par  une  inscription  qui  fait  mention  des  Edrani^. 
On  retrouve  la  position  et  le  nom  à'Edrum  encore 

'  Voyez  Cluverius,  Italia  antiqua,  tom.  i,  p.  io8.  — Sarabuca, 
p.  119,  174  6t  206. 

'  Zannoni,  Carta  délia  Lombardia,  n"  2,  quatre  feuilles,  et 
Zach,  Duché  de  Venise,  quatre  feuilles. 

'  Voyez  ci-dessus,  p.  21,  i5i,  i35. 

*  Voyez  Italia  antiqua  de  d'Anville.  —  Gagliardi ,  dans  la  petite 
Carte  des  Cenomani,  qui  est  à  la  p.  206  du  recueil  de  Sambuca,  et 
Cluverius,  dans  sa  Carte  (voyez  tom.  1,  p.  1 10,  de  son  Italia  antiqua), 
n'avait  point  omis  Voberna. 

'  Cluverius,  Italia  antiqua,  tom.  1 ,  p.  108. 


138        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
€xistaiit  daiis   Idro  moderne.   D'autres  inscriptions 
nous  font  également  connaître  de  ce  côté  Sabiiim , 
qui  est  Sabio  moderne,  capitale  des  Sabini  ou  du  val 
Sabbia  '  ;  Leuceris,  mentionné  dans  la  Table  théodo- 
sienne,  que  d'Anville  place  à  Lovere  "^  ;  et  enfin  Tuscu- 
lanum,  dont  Toscolano  moderne,  sur  le  lac  Garda, 
conserve  encore  le  nom  et  la  position.  Cluveriusdit, 
avec  raison,  que  cette  dernière  ville  a  dû  être  le  chef- 
lieu  des  BenacenseSy  qui ,  ainsi  c[ue  nous  l'avons  déjà 
observé,  occupaient  tout  le  district  nommé  Riviera, 
le  long  des  côtes  du  lac  Garda  (  ou  Benacus  lacus) , 
dans  lequel  se  trouve  compris  Tusculanum  ou  Tosco- 
lano. Une  inscription  trouvée  à  Brescia  ^  nous  révèle 
encore  l'existence  de  deux  villes  dans  l'intérieui-  des 
Cenomani ,  celle  des  V^ardacatensiuni  et  celle  des 
Dripsinatium.  Vardacatium  doit  être  placée  à  Ga- 
vardo,  au  nord  de  Brescia,  qui  se  nommait  Gavai^- 
dalensiuin  dans  le  moyen  âge.  MafFei  place  Dripsi- 
num  à  Tressino  ;  nous  pencherions  plutôt  pour  De- 
zenzano,  nommée  Decentianum  dans  le  moyen  âge. 
On  a  prétendu  encore  que  le  pagus  Farraticanorum 
d'une  autre  inscription  était  situé  dans  le  lieu  même 
où  cette  inscription  a  été  trouvée ,  c'est-à-dire  dans 
la  terra  di  Pedergnaga,  dans  le  Brescian ,  à  quatre  ou 
cinq  milles  de  l'Oglio  ,  et  que  près  de  là  était  \ejines 

'  CeUe  vallée ,  nommée  ainsi  sur  la  carte  de  Bâcler  d'Albe ,  est 
nommée  sur  d'autres  cartes  val  di  Sabbio  et  val  Savallo.  —  Voyez 
Cluverius,  Italia  antiqua,  toni.  i,  p.  io8.  —  D'Anville  a  omis  le  nom 
(les  Sabini  sur  sa  Carte,  comme  celui  des  Bcnacenses. 

'  Au-dessus  du  lac  d'iseo;  mais  voyez  V Analyse  des  Itinéraires , 
lom.  III  de  cet  ouvrage. 

'  Sambuca,  p.  i4,  ï'-^o  et  244-  —  Gai^liardi,  Padova,  1724,  p  122. 
—  MafFei,  Vaona  illustrata  ,  liv.  i. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  139 

Cremonensiuni  ou  les  limites  du  territoire  de  Cré- 
mone '  ;  mais  on  ne  trouve  aucune  trace  du  nom 
dans  les  environs.  Si  cette  inscription  porte  civibus^ 
comme  le  dit  Gruter,  au  lieu  àefinibus  qu'on  y  sub- 
stitue, alors  \q  Farraticanus  pagus  est,  suivant  nous, 
la  terra  di  Farra ,  h  la  gauche  de  l' Adige ,  ou  Farra 
d'Alpajo  dans  le  Frioul ,  près  du  lac  de  Santa  Croce. 
Au  sud  de  Brescia,  Brixia^  entre  cette  ville  et  Cre^ 
monaj  on  prétend  que  des  inscriptions  ont  été  trou- 
vées au  village  de  Manerbio,  qui  assurent  à  ce  lieu 
la  dénomination  antique  de  Minervium  '. 

L'auteur  des  Observations  sur  la  Verona  illustrata, 
de  Mafïei ,  s'efforce  de  prouver,  contre  le  témoignage 
de  Tite  Live  ^,  de  Pline  '^,  de  Ptolémée  ^,  de  Justin  ^, 
que  Vérone  n'était  pas  sur  le  territoire  des  Ceno- 
mani ;  mais  ses  raisons  sont  si  futiles,  qu'on  ne 
peut  sans  impatience  en  achever  la  lecture  '  :  il  y  a 
une  classe  d'érudits  qui ,  trouvant  trop  difficile  de 
débrouiller  ce  qui  est  obscur,  passent  leur  vie  à 
embrouiller  ce  qui  est  clair.  Le  territoire  propre  de 
Vérone  s'étendait  jusqu'au  Pô ,  ainsi  que  semble  le 
prouver  un  passage  de  Tacite  ^,  qui  paraît  placer 
Hostilia  dans  ce  territoire  :  «  Hostiliam ,  vicum 
((  Veronensium.  »  Mais  peut-être  que  Tacite  nous 

'  Sambuca,  p.  122. 

'  Cramer,  Ancient  Ilàly,  t.  i ,  p.  64.  Il  cite  Ital.  ant.,  t.  1 ,  p.  295. 

^  Tit.  Liv.,  V,  35,  t.  II,  p.  190,  edit.  Leni.,  et  ci-dessus,  1. 1,  p.  %Ç). 

*  Plinius,  lib.  m,  cap.  23  (19),  tom.  11,  p.  167,  edit.  Lem. 

'  Ptolemaeus,  lib.  i,  cap.  i,  p.  63  (70),  edit.  Bert. 

^  Justinus,  XX,  4,  p.  337,  edit.  Lem.  —  Voy.  ci-de.ssus,  1. 1,  p.  Ç^. 

'  Il  a  été,  d'ailleurs,  très  bien  réfuté  par  Gagliardi  et  par  l'abbé 
Lazzarini. — Voyez  le  Recueil  de  Sambuca ,  p.  75  et  197  —  Conférez 
Maffci,  Verona  illustrata. 

'  Tacit.,  Hist.,  lib.  m  ,  cap.  9. 


140  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
apprend  seulement,  par  ces  mots,  que  Hostilia  avait 
été  fondé  par  les  habitans  de  Vérone,  et  leur  appar- 
tenait autrefois.  Les  mesures  des  Itinéraires,  pour 
la  route  qui  conduit  de  Verona ,  Vérone,  h  Mu- 
tina y  Modène ,  déterminent  la  position  dH Hostilia 
à  Ostiglia  moderne;  et  d'Anville  même,  qui  met 
Vérone  dans  la  Vénélie,  place  Hostilia  chez  les 
Cenomani  \  On  lit  dans  Pline  '  que  Vérone  a  été 
fondée  par  les  Rhœti  et  les  Euganei  :  c<  Rhœtorum 
«  et  Euganeorum  Verona.  »  Or,  comme  Pline  était 
de  Vérone,  et  qu'il  se  montre  très  savant  sur  l'his- 
toire et  la  géographie  de  la  Gaule  cisalpine,  son 
autorité  pour  cette  partie  est  très  imposante;  aussi 
beaucoup  de  ceux  qui  ont  écrit  sur  les  antiquités  ^  de 
ce  pays  ont  bâti  sur  ce  peu  de  mots  de  grands  sys- 
tèmes. Il  semble,  avec  raison,  extraordinaire  que 
Pline  donne  une  ville  h  deux  peuples  différens  ; 
d'ailleurs  Tite  Live,  qui  était  de  Padoue,  et  qui, 
pour  la  Gaule  cisalpine,  ne  mérite  pas  moins  de 
confiance  que  Pline ,  attribue  la  fondation  de  Ve- 
rona,  Vérone,  ainsi  que  celle  de  Brixia,  aux  Ceno- 
mani :  «  V2fi  jiunc  Brixia  et  Verona  urbes  sunt 
K  locos  tenuere'*.  »  Ptolémée,  ainsi  que  nous  venons 
de  le  voir^,  s'accorde  avec  Tite  Live,  et  attribue 
aussi  Vérone  aux  Cenomanni ,  et  non  aux  Rhœti 
ou  aux  Euganei  j  mais  dans  les  premières  éditions  de 
Pline,  imprimées  à  Spire,  en  1469  et  en  1476,  on  lit  : 
«  Fertinij  Tridentini,  Bervenses ,  Rhœtica  oppida. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 
'  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  ni,  c.  23  (19),  toni.  11,  p.  187,  edit.  Leni. 
'  Voyez  le  Recueil  de  Sambuca,  p.  21.2. 
*  Tit.  Liv.,  lib.  v,  cap.  56,  et  ci-dessus,  lom.  i,  p.  66. 
Ptolem.,  lib.  m,  cap.  i,  p.  63  (70),  et  ci-dessus,  p,  i34- 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  141 

((  Rhœtorum  et  Euganeorum.  T^erona.  Julienses 
((  Camorum .  »  En  faisant  disparaître,  dans  les  éditions 
subséquentes,  le  point  qui  doit  exister  avant  Verona, 
les  éditeurs  ont  changé  le  sens  de  Pline.  Le  savant 
abbé  Lazzarini  '  a  le  premier,  je  crois,  indiqué  cette 
rectification ,  et  interprété  avec  raison  ainsi  ce  pas- 
sage :  (f  Fertini  y  Tridentini ,  Berceuses ,  Rhœtica 
«  oppida.  [^Oppida^  Rhœtorum  et  Euganeoriim. 
«  J^erona.  Julienses  Camorum.  -»  Ainsi  Pline,  Tite 
Live,  Ptolémée,  n'offrent  point  de  contradiction  re- 
lativement à  Veronay  comme  on  se  l'était  imaginé. 
La  première  traduction  italienne  de  Pline,  faite  par 
Landino,  donne  aussi  à  ce  passage  la  même  inter- 
prétation ,  et  le  savant  Baïtelli  ' ,  qui  a  discuté  ce 
point  avec  érudition  et  sagacité,  s'est  aussi  rangé  du 
même  avis;  il  cite  nombre  d'exemples  de  tournures 
semblables  dans  Pline ,  sur  lesquelles  les  éditions  et 
les  manuscrits  sont  d'accord  ^ 

En  attribuant  Tridentum,  Trente,  et  P^erona , 
Vérone,  aux  Cenomani y  il  est  évident  que  Ptolé- 
mée ^  recule  les  limites  de  ces  peuples  au  moins 
jusqu'à  l'Adige ,  et  restreint  d'autant  celles  de  .'a 
Vénétie.  Cette  division  est  entièrement  conforme  à 
l'histoire  ,  et  se  trouve  d'accord ,  ainsi  que  nous 
l'avons  vu  précédemment  dans  la  deuxième  période  ^, 
avec  ce  que  disent  Tite  Live  et  Justin,  que  les  Ce- 
nomani  étaient  au  moins  les  seconds  fondateurs  de 

'  Lazzarini,  dans  le  Recueil  de  Sambuca,  p.  21 3. 
"  Baïtelli,  dans  Sambuca,  p.  273. 

'  Yoyez  dans  Muratori,  Inscript.,  tom.  11,  p.  iog3,  une  inscription 
curieuse,  x-elative  à  Vérone. 

*  Ptolemaeus,  lib.  m,  cap.  i,  p.  63  (70). 

*  Voyez  ci -dessus,  part,  i,  cb.  2,  tom.  i,  p.  66  et  68. 


142  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Vérone  et  de  Trente;  il  est  évident,  d'après  cela, 
que  les  Cenoniani  s'étendaient,  vers  l'est,  jusqu'au 
pied  des  monts  Euganéens ,  et  que  le  torrent  de  la 
Gua ,  ou  mieux  le  Bachiglione  vecchio  (  près  duquel 
je  trouve  un  petit  lieu  nommé  Finali ,  au  nord-ouest 
d'Esté),  traçait  leurs  limites  à  l'est.  Ce  Bachiglione 
vecchio  est  nommé  Reteno  vers  sa  source  '  ;  c'est  le 
même  fleuve  que  YEretenus  d'jï^lien  ",  et  qui ,  dès  le 
temps  de  Scylax ,  sous  le  nom  à'Eridanus^  formait 
déjà  la  limite  des  Celtes  (c'est-à-dire  des  Gaulois 
cénomans)  et  des  Vénètes^.  Tous  les  géographes  et 
tous  les  auteurs  anciens  sont  contraires  à  d'Anville, 
qui ,  dans  l'intérieur,  avance  les  limites  de  la  Véné- 
tie,  vers  l'ouest,  jusqu'au  fleuve  Tartaro  (  Tartarus 
fluvius) ,  et  comprend,  par  conséquent,  J^erona 
dans  cette  division ,  contre  le  témoignage  si  formel 
de  toute  l'antiquité.  D'Anville  aura  peut-être  été 
induit  en  erreur  par  une  remarque  de  Servius,  dans 
Virgile,  au  sujet  de  YAthesis,  l'Adige,  où  ce  com- 
mentateur dit  que  n  V Athesis  est  un  fleuve  de  la 
«  Vénétie,  qui  coule  à  Vérone,  et  qui  se  décharge 
«  dans  le  Pô  '^;  »  mais  qui  ne  sait  que,  d'après  la 
division  de  Constantin ,  et  dans  les  derniers  temps 

'  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  2,  tom.  i,  p.  7  et  3i. 
'  Il  est  question  de  ce  fleuve  sous  le  nom  de  Retenus ,  dès  le  vii°  siè- 
cle, dans  la  F^ie  de  saint  Martin,  lib.  iv,  par  Fortunatus  : 

Si  Patavina  tibi  pateat  l'ia,  pergis  ad  urbem. 

Hic  tihi  Brinta  flueiis  iter  est  Retenusque  secundus , 

Ingrediens  Athesin 

Voyez  Cluverius,  Italia  antiqua,  tom.  i,  p.  \^i  et  142. 

5  Scylax,  19,  tom.  i,  p.  9.45,  des  Geograph.  minor. ,  edit.  Gail; 
tom.  I,  p.  6,  edit.  Huds. 

'*  Servius  (apud  Virgil.,  Mneid.^  lib.  ix)  :  «  Athesis  fluvius  est, 
M  Veronam  civitatem  ambiens  et  in  Padum  cadens.  » 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  143 

(Je  l'Empire  romain,  la  province  qui  prit  le  nom  de 
Venetiay  bien  différente  de  la  Venetia  proprement 
dite,  ou  de  la  Venetia  des  auteurs  classiques,  s'éten- 
dit jusqu'à  l'Adda  '?  Par  conséquent,  Servius  avait 
raison  de  dire  que  l'Adige  était  un  fleuve  de  la  Vé- 
nétie,  considérée  comme  province,  parce  qu'il  en 
était  ainsi  de  son  temps;  mais  dans  aucun  temps  les 
limites  de  la  Vénétie  antique  n'ont  été  telles  que  les 
trace  d'Anville.  Cluverius  était  trop  versé  dans  la 
lecture  des  anciens  pour  commettre  cette  faute; 
aussi  ses  cartes  n'en  offrent-elles  aucune  trace,  et 
c'est  l'Adige  qu'il  prend  pour  limite  des  V^eneti,  des 
Cenomani  et  des  Euganei  \  Mais  Vérone,  ville  des 
Cénomans,  se  trouve  coupée  en  deux  par  l'Adige  ;  et 
le  Retenus  ou  Bachiglione ,  ou  plutôt  les  monts  Eu- 
ganéens,  forment  une  limite  qui  diffère  peu  de  celle 
de  Cluverius,  mais  qui  s'accorde  mieux  avec  les  in- 
dications des  auteurs  anciens,  à  commencer  par 
Scylax,  et  avec  la  topographie  du  pays  et  la  géo- 
graphie naturelle,  sur  laquelle  Cluverius  ne  pouvait 
avoir  des  renseignemens  très  exacts ,  parce  que  les 
cartes  étaient  encore  trop  imparfaites  de  son  temps. 
N'oublions  pas  d'observer  qn'en  attribuant  Tri- 
dentam  aux    Cenomani ,   Ptolémée  se   conforme  à 

'  Paulus  Diaconus,  Lan^ohard.  rcr.,  lib.  ii,  cap.  i4  :  «  Venetise 
n  terminus  a  Panaoniae  finibus  usque  Adduani  fluvium  protelatur.  » 
—  Voyez  ci-après ,  troisième  partie  de  cet  ouvrage ,  où  nous  mon- 
trons l'influence  qu'eurent  ces  divisions  d'Auguste.  Il  est  évident  que 
la  Vénétie  du  moyen  âge  n'est  autre  chose  que  la  dixième  région 
d'Auguste;  nous  avons  déjà  observé  que  c'est  par  cette  raison  que 
Sen'ius  met  Mantua  dans  la  Vénétie. 

'  Voyez  sa  Carte  intitulée  :  Vcnetiœ ,  Hisirice  et  Canilci  agri  des- 
crlptio,  et  dans  son  Italia  anliqua,  t.  i ,  p.  124  ;  celle  de  Rbétie,  etc., 
p.  iio,  et  Summœ  Italiœ  descripiio,  p.  i. 


144  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
l'origine  historique.  Du  temps  de  Ptolémée,  et  à 
l'époque  dont  nous  traitons,  Tridentum,  ainsi  que 
nous  l'apprend  Pline,  n'était  pas  positivement  ren- 
fermiée  dans  les  limites  des  Cenomani ,  mais  elle 
était  la  capitale  des  Trldentini ,  qui  formaient  un 
district  séparé;  de  même  que  les  Bechuni ,  dont 
Ptolémée  fait  mention  à  la  suite  des  Cenomani j  et 
qui ,  ainsi  que  nous  allons  le  prouver,  étaient  préci- 
sément situés  entre  les  Cenomani  et  les  Tridentini, 
preuve  évidente  que  ces  derniers  n'appartenaient 
pas  aux  Cenomani  y  dont  la  limite  septentrionale 
doit  être  fixée  par  une  ligne  tirée  au  nord  du  lac 
Garda  et  du  lac  Iseo. 

Au  midi  des  Tridentini ^  deux  inscriptions  nous 
révèlent  l'existence  des  Arusnates  dans  le  val  Puli- 
cella,  dans  lequel  ces  inscriptions  ont  été  trouvées  : 
ces  Arusnates  ne  formaient  qu'un  pagus  ou  un 
canton  des  Euganei.  On  a  observé  que  le  nom  des 
Arusnates  rappelle  l'ancien  nom  des  Etrusques, 
qu'on  sait  avoir  pénétré  de  ce  côté  dans  la  Rhétie , 
lorsqu'ils  furent  chassés  de  leur  pajs  par  les  Gaulois. 
L«  Arusnates  étaient  renfermés  dans  les  limites  du 
territoire  des  Cenomani  et  des  Euganei,  puisqu'ils 
se  trouvaient  dans  les  montacnes  immédiatement  au 
nord  de  Vérone.  L'une  des  inscriptions  relatives  aux 
Arusnates  a  été  trouvée  à  peu  de  distance  de  Fu- 
mane,  petit  lieu  qui  est  h  moins  de  deux  milles  géo- 
graphiques, à  l'est  de  l' Adige  et  de  Vobarno  ;  l'autre 
a  été  découverte  à  Sant  Ambrogio  '.  Une  inscription 
trouvée  à  Caldelio  nous  prouve  (  comme  le  nom 
moderne  l'aurait  fait  présumer)  l'existence  des  eaux 

'  Sambuca,  p.  33  et  i45. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  145 

minérales  dans  ce  lieu ,  qui  portait  le  nom  dUaquœ 
Junonis  ou  Junonis  fontes  ' . 

Après  les  Cenomani ^  Ptolémée  nomme  ■  : 
Les  Bechuni,  à  l'ouest  des  Veneti.  —  Il  est  douteux 
que  ce  nom  appartienne  à  la  période  de  temps  dont 
nous  traitons;  il  paraît  avoir  remplacé  en  partie,  du 
temps  de  Ptolémée,  celui  à'Euganeij  encore  en  usage 
dans  le  siècle  d'Auguste,  et  qu'on  ne  retrouve  pas 
dans  Ptolémée.  D'après  les  villes  que  cet  auteur  donne 
aux  Bechuni,  il  est  évident  qu'ils  habitaient  la  vallée 
au  nord  du  lac  de  Garda,  formée  par  la  Sarca  et  le 
val  Lazarina,  ainsi  que  le  val  di  Non.  Ils  avaient,  à 
l'ouest,  les  Stoni,  aux  environs  de  Stenico,  et  à  l'est 
les  Tridentini  ;  ils  comprenaient  aussi  les  peuples 
nommés  Genaunes  dans  Pline  et  autres  auteurs  clas- 
siques ,  que  nous  avons  prouvé  être  les  mêmes  que 
les  Senones  de  Florus  ^.  Voici  les  villes  que  Ptolémée 
indique  comme  étant  situées  chez  les  Bechuni  : 

Vannia  ou  T^aunia ,  qui  m.e  paraît  être  le  même 
lieu  que  le  T^ennum  de  la  Table  ^ ,  se  trouve  dé- 
terminé par  les  mesures  anciennes  à  Lavezine;  ce 
T^annia  n'a  aucun  rapport  avec  les  Vanienses  de 
Pline  ^.  Comme  on  a  trouvé  des  restes  d'antiquités  à 
Cividado ,  dans  le  val  Camunica ,  Cluverius  y  a  placé 
Vannia,  mais  à  tort,  suivant  nous  ;  d'Anville  a  suivi 
Cluverius,  et  place  Vannia  à  Brena. 

'  Il  n'y  a  dans  l'inscription  que  Junonis  fontes.  —  Voyez  Cluve- 
rius, Italia  antiqua,  tom.  i,  p.  117. 

'  Ptolemaeus,  Geogr.,  lib.  m,  cap.  i,  p.  63  (70). 

'  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  cap.  7,  tom.  i,  p.  170  et  171. 

■*  Tab.  peuting.,  m,  C,  et  V Analyse  des  Itiner.,  tom.  m  de  cet 
ouvrage. 

*  Voyez  ci-dessus,  p.  68,  et  Plin.,  lib.  m,  cap.  23  (tp). 
II.  10 


146        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Carraca  ou  Sarraca ,  à  Sarche  ou  Sarcha ,  sur  la 
Sarraca,  près  du  lac  Tobliiio. 

Bretina,  à  Brentonico,  à  l'est  du  lac  Garda. 

Anonimn  ou  Aunonium ,  castel  di  Nan,  dans  le 
val  di  Non.  —  Le  castel  Nan  est  nommé  Anagnis , 
et  le  \al  di  Non  Anaunia,  dans  les  actes  du  moyen 
âge  '.  Anoniiuiiy  ainsi  que  nous  l'avons  démontré, 
était  le  chef-lieu  des  Genaunes  ou  Senones  '. 

Les  V^ettiani,  à  Vezzano,  Tuhlinatiuni  j  à  castel 
Toblino,  et  castellum  F eivassium ,  à  Vervo  ^,  nous 
sont  connus  par  des  inscriptions  trouvées  sur  les 
lieux  mêmes,  dans  le  val  di  Non  ^;  ils  étaient  situés  chez 
lesBechunîy  selon  la  division  de  Ptolémée,  qui  réunit, 
en  général ,  de  plus  grandes  masses  sous  une  même 
dénomination ,  et  qui  ne  donne  pas ,  comme  Pline , 
à  un  seul  canton,  à  une  seule  ville ,  le  nom  et  l'im- 
portance d'un  peuple.  On  voit,  d'après  les  limites 
assignées  aux  Bechuni  par  Ptolémée,  qu'au  nord  de 
la  Vénétie  la  Cisalpine  s'étendait  jusque  dans  les 
montagnes  des  Alpes;  et  Pline  attribue  aussi  à  la 
dixième  région  d'Auguste  les  Fertini,  les  Tridentini, 
les  Berunenses  ^ ,  et  les  autres  petits  peuples  nommés 
Alutrenses  y  Asseriates ,  Flamonienses ,  Vaniensès 
et  les  Culiciy  dont  nous  avons  précédemment  fixé  la 
position  ^.  Tout  concourt  donc  à  prouver  que  la 
Cisalpine  comprenait,  de  ce  côté,  le  "^"entin ,  le 
Feltrin,  le  Bellunese  et  le  Cador,  et  était  limitée  par 
les  montagnes  qui  bornent  ces  districts  au  nord. 

»  Tartarotti,  Memorie  antiche  di  Rovereto ,  p.  7,  8  et  Sa. 

*  Voyez  ci-dessus,  p.  Si. 

'  Tartai'Otti,  Mcm.  aiit.  di  Rovei:,  p.  11,  5i  et  Sa. 

*  Plin.,  lib.  III,  cap.  20  (19),  tora.  n,  p.  187,  edit.  Lein. 
'  Voyez  ci-dessus,  p.  67  à  69. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  W 

Ainsi  la  Carte  de  l'Italie  ancienne  de  d'Anville,  qui 
exclut  de  la  Cisalpine  ces  trois  derniers  districts,  ne 
s'accorde  pas  avec  les  descriptions  des  historiens  et 
des  géographes  de  l'antiquité. 

Ptolémée  '  nomme  encore ,  dans  cette  région  : 

Les  Veneti y  dont  les  villes  dans  l'intérieur  des 
terres  sont  ; 

Vicentia,  Vicence  '  Viceda  de  Pline. 

Belunum,  Belluno  ^ 

Aceduniy  Azolo.  —  C'est  évidemment  YAceJum 
de  Pline  ^  et  de  Paul  Diacre  ^. 

Opitergium ,  Oderzo^.  —  Strabon  '  nomme  cette 
ville  Epiterpwn  ^. 

Atestey  Este.  —  Colonie  romaine  dont  Pline  et 
Tacite  ont  fait  mention,  et  dont  les  habitans  sont 
nommés  Atestini  par  Martial  9. 

Pataviuni,  Padoue  '°,  qu'illustraient  sa  nombreuse 

*  Ptolemaeus,  lib.  m,  cap.  i,  p.  63  (70). 

'  Voyez  Muratori,  Inscript.,  tom.  ii,  p.  iog4,  n»  5.  —  Strabo, 
lib.  IV;  V,  2i4-  —  jElian.,  xiv,  8. —  Tacit.,  m,  8.  —  Plin.,  m,  25  (ig). 
'  Plia.,  III,  20  (19),  tom.  ir,  p.  186,  edit.  Lem. 

*  Id.,  lib.  m,  cap.  25  (19). 

'  Paul.  Diac,  Reruni  laiigobardicar.,  lib.  m,  cap.  26. 

^  Vojez  une  inscription  relative  à  Opitergium,  Aquileia  et  He- 
mona,  dans  Siauve,  Lettera  sopra  l'iscrizione  del  console  Muciano, 
in-8°,  Verona,  181 1,  p.  i5.  —  Wesseling,  liiner.,  p.  280,  et  Tit. 
Liv.,  Epitome,  lib.  ex.  —  Lucan.,  iib.  iv.  —  Florus,  lib.  iv,  cap.  2. 
—  Plin.,  lib.  ni,  cap.  25  (19).  —  Silvestri,  Paludi  Adriane,  p.  198. 

1  Strabo,  lib.  v,  p.  528  (214),  edit.  Al.  ;  1. 11,  p.  i23,  de  la  trad.  fr. 

*  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  — 
Wesseling,  Itiner.  roman.,  p.  281.  —  Voyez  Muratori,  p.  1029, 
n"  9,  pour  une  inscription  relative  à  Ateste. 

*  Plin.,  m,  aS  (19);  xvii,  17.  —  Tacit.,  m,  6.  —  Mart.  x,  96, 
tom.  II,  p.  566,  edit.  Lem. 

'"  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  — 
Mêla,  lib.  11,  cap.  4.  — Solia.,  cap.  8.  — iElian.,  Hist.  anim.,  lib.  xiv. 


148        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

et  riche  population ,  ses  manufactures  de  drap  et  de 

laine,  et  son  antique  origine. 

Altininn,  Altino  '.  —  L'émule  de  Baies  par  les 
agrémens  de  son  séjour,  si  l'on  en  croit  Martial ,  et 
dont  Strabon,  Pline  et  Vitruve  ont  parlé. 

Atria,  Hadria,  Hatri  sur  les  médailles,  Adria 
moderne  %  dont  nous  avons  fait  ressortir  la  haute 
antiquité. 

Ainsi,  le  Vicentin  et  le  Bellunese,  dont  la  capitale 
est  Belluno,  faisaient  partie  de  la  Vénétie,  et  par 
conséquent  de  la  Gaule  cisalpine;  ce  qui  confirme  ce 
que  je  viens  de  dire  sur  les  limites  de  cette  grande 
division.  A  la  réserve  à'Acedum  et  de  Belunurrif 
dont  les  positions  paraissent  suffisamment  prouvées 
par  la  ressemblance  des  noms  anciens  et  des  noms 
modernes,  celles  de  toutes  les  autres  villes  se  trou- 
vent encore  déterminées  par  les  mesures  des  Itiné- 
raires. Près  de  Pataviuni,  Padoue,  était  le  bourg 
à' Aponus,  célèbre  par  ses  fontaines  d'eau  minérale, 
nommé  par  Pline  Patavinœ  aquœ  '  :  ce  lieu   est 

cap.  8.  — Senec. ,  Consolât,  ad  Helviam^  cap.  7 Tit.  Liv.,  lib.  1. 

—  Virgil.,  ^neid.,  i,  242.  —  Martial.,  xi,  17;  xiv,  i43. 

'  Sur  Altinum,  voyez  Wesseling,  Itinei.,  p.  126,  128.  —  Plin., 
Jib.  m,  cap.  22  (i8);  lib.  xxxii,  cap.  55.  —  Slrabo,  lib.  v.  — Vitruvius, 
lib.  I,  cap.  4,  tom.  i,  p.  ig,  edit.  Schneider.  — Velleius  Paterculus, 
lib.  11,  76.  —  Martial.,  Epigr.,  lib.  xiv,  epigr.  i55;  Aurelius  Victor., 
Eutrop.,  Cassiod.  —  Voyez  Muratori,  Inscript.,  p.  1022,  n°  6. 

"  Voyez  les  Itinéraires ,  t.  m  de  cet  ouvrage.  — Justinus,  lib.  xx. 

—  Strab.,  lib.  v. — Varro,  de  Lingua  latina,  lib.  iv.  —  Plin.,  lib.  m, 
cap.  16.  —  Horatius,  lib.  i ,  od.  3.  —  Tit.  Liv.,  lib.  v.  —  Stepbanus 
Byzantinus.  —  Silvestri,  délie  antiche  Paludi  Adriane,  p.  io5.  — 
Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  5.  —  Ferro,  Ist.  di  Comacchio,  p.  55. 

'  Plin.,  lib.  II,  cap.  106  ;  lib.  xxxi,  cap.  02.  —  Silius,  lib.  xir.  — 
Lucan.,  lib.  vu.  —  Claudian.,  8.  —  H  y  a  une  belle  et  longue  des- 
cription des  Aponi  fontes,  dans  une  lettre  de  Cassiodore,  au  nom 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  149 

mentionné  par  Suétone  ',  dans  la  vie  de  Tibère, 
sous  le  nom  ^  Aponus  fons ^  c'est  aujourd'hui  Abano 
ou  Ebeno ,  et  les  sources  minérales  portent  encore 
le  nom  de  bagni  d'Albano.  Une  inscription  trouvée 
non  loin  de  Rome  parle  de  Tarvisium ,  qui  est  Tre- 
viso,  au  nord-ouest  d'Altino  \ 

C'est  dans  la  Venetia  qu'étaient  placés  les  Me- 
doaciy  dont  parle  Strabon  ^  D'après  la  description 
de  ce  géographe  et  le  nom  qu'ils  portaient,  ils  ont 
dû  habiter  dans  la  plaine  située  à  l'est  de  Vicence, 
entre  la  Brenta ,  qui  est  le  Medoacus  jluvius  majora 
et  le  Bachiglione,  qui  est  le  Medoacus  jluvius  minor. 
D'Anville,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  observé,  a 
placé  ces  peuples  beaucoup  trop  au  nord. 

Pline  '^  mentionne  encore  au  nombre  des  villes  de 
la  Vénétie  détruites  de  son  temps  Atina  et  Cœlina. 
Cluverius  ^  a  placé  cette  dernière  à  monte  Regale,  où 
l'on  a  trouvé  des  antiquités  au  passage  d'une  rivière 
qu'il  nomme  Celina,  et  qui  est  nommée  Zelline  sur  la 
belle  Carte  des  États  de  Venise,  par  Zach.  D'Anville 
a  suivi  l'opinion  de  Cluverius,  et  cette  opinion  est 
assez  vraisemblable.  Quant  au  Liquentice  portas ^ 
que  Pline  place  à  l'embouchure  de  la  rivière  Liquen- 

du  roi  Théodoric.  —  Cassiodorus,  in  Variar. ,  lib.  ii,  epist.  5g.  — 
Voyez  ci-dessus,  part,  i ,  ch.  i ,  tom.  i,  p.  7. 

'  Suetonius,  in  Tiberio ,  cap.  14,  tom.  i,  p.  ByS,  edit.  Hase.  — 
Conférez  Cluverius,  Italia  antiqua,  tom.  i,  p.  iSa. 

"  Procop. ,  lib.  u.  —  Fortunatus,  de  Viia  S.  Martini,  lib.  iv,  et 
Paul  Diacre,  font  mention  de  Tarvisium,  Trevigi.  —  Voyez  Cluve- 
rius, Italia  antiqua,  tom.  i,  p.  162. 

'  Strab.,  lib.  v,  527-35o  (2i3-2i6),  edit.  Al.,  tom.  11,  p.  120,  i3o. 

<  Plin.,  lib  m,  c.  23  (ig),  tom.  11,  p.  188,  edit.  Lem.,  lisez  Atina, 
au  lieu  à^Atia. 

'Cluverius,  Italia  antiqua,  tom.  i,  p.  166. 


150  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
tia  %  comme  cette  dernière,  que  Pline  fait  sm-gir  des 
collines  près  d'Oderzo,  ex  montibus  Opiterginis,  est 
évidemment  la  Livenza,  il  est  certain  que  Liquentiœ 
portas  doit  être  porto  di  Margharita,  ou  porto  di 
Falconera,  qui  est  auprès.  Une  inscription  qui,  selon 
Siauve,  a  été  mal  lue  par  Maffei,  semble  démontrer 
aussi  que  Merano,  sur  l'Adige,  existait  du  temps  des 
Romains  sous  le  nom  de  Maiensis  '.  Outre  les  Arus- 
nati  ou  Arusnates  f  dans  le  val  Pulicella,  dont  nous 
avons  déjà  parlé,  Maffei  nous  fait  connaître  par  des 
inscriptions  les  Dripsinati,  qu'on  doit  placer  à  Tris- 
sino,  dans  les  collines  du  Vicentin  ^. 

D'après  les  limites  assignées  par  Ptolémée  à  la 
Vénétie,  les  Fertini  et  les  Berunenses ,  mentionnés 
par  Pline  *,  doivent  avoir  été  renfermés  dans  cette 
circonscription,  sur  laquelle,  d'ailleurs,  ces  deux 
auteurs  sont  d'accord. 

J'ai  observé  précédemment  que  le  nom  de  T^enetla 
fut,  par  la  suite,  appliqué  non  seulement  au  teiTi- 
toire  des  Veneti ,  mais  encore  à  celui  des  Cenomaniy 
et  que  la  province  nommée  Venetia  eut  pour  limite 
l'Adda ,  à  l'ouest  :  ce  qui  veut  dire ,  en  d'autres 
termes ,  que  la  dixième  région  d'Auguste  prit  le  nom 
de  V^enetia.  L'empereur  Julien  observe  très  bien  ^  que 
la  Henetia  ne  fut  nommée  Venetia  que  depuis  que  les 
Romains  s'en  furent  emparés,  et  qu'en  transportant 
ce  nom  du  grec  en  latin,  ils  ont  changé  Y  H  en  V. 

'  Plin.,  lib.  III,  cap.  22  (18),  tom.  11,  p.  i85,  cdit.  Lem. 
'  Siauve ,  Lettera  sopra  /'  iscrizione  del  console  Muciano  ;  Verona , 
în-8°,  181 1,  p.  6. 

'  Maffei,  Verona  illustrata.  Voyez  ci-dessus,  p.  i44- 

*  Plin.,  lib.  III,  cap.  23  (19),  tom.  11,  p.  187,  edit.  Lem. 

*  Julien,  dans  son  Oraison  sur  Constantin. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  151 

A  côté  des  Veneti  Ptolémée  place,  avec  raison  : 

Les  Cami ,  dont  les  -villes  sont  : 

Forum  Julium  colonia,  Cividale  ou  città  di  Friuli. 

Il  faut  bien  se  garder  de  confondre  ce  Forum,  qui 
répond  à  Cividale  ou  città  di  Friuli,  avec  Julium 
carnicum  '^  dont  la  position  à  'Zuglio  moderne  se 
trouve  déterminée  par  les  mesures  des  Itinéraires 
romains  qui  en  font  mention,  et  par  les  antiquités 
qui  s'y  trouvent'.  Ptolémée^  a  connu  les  deux;  il 
mentionne  le  Julium  des  Itinéraires  sous  le  nom  de 
Julium  carnicum,  et  dit  qu'il  est  situé  entre  la 
Norique  et  l'Italie,  ne  l'attribuant  en  quelque  sorte 
à  aucune  de  ces  grandes  divisions.  Pline  ^  distingue 
aussi  les  habitans  de  ces  deux  villes;  il  appelle  ceux 
de  Julium,  carnicum,  Julienses  Carnorum;  et  ceux 
àe  forum  Julium,  Foro julienses  cognomine  trans- 
padani ,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  observé.  Quoique  les 
Itinéraires  ne  fassent  pas  mention  Aç^  forum  Julii , 
cependant  la  position  de  cette  ville  à  Cividale,  ou 
città  di  Friuli,  n'en  est  pas  moins  démontrée,  avec 
certitude,  par  une  suite  de  monumens  historiques. 
Paul  Diacre  ^  parle  de  forum  Julii  comme  d'une 
ville  encore  existante  dans  le  vn^  siècle,  et  il  en 

'  Je  me  serais  dispensé  de  faire  cette  remarque,  si  le  bulletin  des 
fouilles  faites  au  village  de  Zuglio,  dont  la  Notice  a  été  dressée  par 
M.  Siauve,  qui  a  publié  quelques  écrits  intéressans  sur  des  insci'ip- 
tions,  ne  tendait  pas  à  établir  cette  confusion.  —  Voyez  Scavi  di 
Zuglio,  p.  5  et  6. 

'  Voyez  V Analyse  des  liiue'raires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Ptolemaîus,  lib.  m,  cap.  i,  p.  63  (70).  —  Id.,  lib.  ri,  cap.  i4, 
p.  57  (62). 

''  Plinius,  lib.  iii,  cap.  25  (19),  toni.  11,  p.  187,  edit.  Lem. 

'  Paul,  Diac,  lib.  iv,  cap.  58;  lib.  v,  cap.  25;  lib.  vi,  cap.  5. 


152  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
indique  la  position  près  du  Natiso  et  près  dUAqui- 
leia ,  ainsi  que  de  plusieurs  autres  lieux  qu'il 
nomme,  et  dont  une  partie  subsiste  encore  sous  les 
mêmes  noms,  aux  environs  de  Cividale,  ou  città  di 
Friuli  '.  Cassiodore  '  dit  que  Forojuliensis  était,  de 
son  temps,  simplement  nommée  Cwitas ;  de  là  le 
nom  de  Cividale  qu'elle  prit  depuis,  parce  que  les 
premiers  souverains  de  ce  pays  y  fixèrent  leur  rési- 
dence j  et  l'on  sait  assez  que  c'est  du  nom  même 
de  cette  \i\\e ,  Jhrum  Julii ^  qu'est  dérivé,  par  con- 
traction, celui  de  Frioul.  Si  Cividale  offre  moins 
de  débris  d'antiquités  romaines  que  Zuglio ,  c'est 
que  cette  dernière,  étant  située  dans  les  montagnes, 
a  éprouvé  moins  d'altérations  et  de  révolutions  de 
tous  genres  '.  On  doit  remarquer  que  sur  nos  cartes 
modernes  le  district  aux  environs  de  Zuglio  se  nomme 
Cargna,  évidemment  dérivé  de  Carnicum;  les  autres 
villes  des  Garni  sont,  selon  Ptolémée  : 

Concordia  colonia.  —  Concordia,  à  un  peu  plus 
d'un  mille  au  midi  de  porto  Gruero;  lieu  qui  dut 
à  sa  colonie  le  nom  de  Julia  ^. 

Aquileia.  —  Aquilée,  la  neuvième  ville  de  l'empire 
romain,  selon  Ausone,  mise  au  nombre  des  villes 
principales  d'Italie  dans  Ptolémée.  Poljbe,  cité  par 
Strabon ,  place  des  mines  d'or  dans  son  voisinage  : 
son  nom,  comme  le  prétend  Eustathe,  dans  son  Com- 
mentaire sur  Denys-le-Périégète ,  vient  âHAquila; 

'  Giornale  Avcad.  di  Borna.  —  Litter.  Gazette,  Lond.,  janv.  1824. 

'  Cassiodor.,  Vavior.,  lib.  xii,  epist.  26. 

'  Voyez,  sur  les  révolntions  qu'a  éprouvées  Cividale,  Quverius, 
lom.  I.  p.  201  et  202. 

<  Plin. ,  lib.  III,  cap.  22  (18).  —  Silvestri,  délie  anliche  Paliidi 
Adtiane ,  p.  198. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  153 

mais  alors  cette  \ille,  dit-on,  fondée  par  les  Gaulois, 
avant  d'avoir  reçu  une  colonie  romaine,  devait  por- 
ter un  autre  nom  '.  Toutes  ces  villes  ont  conservé 
leurs  noms  jusqu'à  nos  jours,  et  l'exactitude  des 
mesures  des  Itinéraires  "  anciens ,  qui  en  font  men- 
tion ,  sur  la  route  qui  part  de  Tergeste ,  Trieste ,  et 
qui  aboutit  à  Patavium,  Padoue,  prouve  que  l'iden- 
tité des  noms  s'accorde  avec  celle  des  positions. 

Strabon  ^  s'accorde  aussi  avec  Ptolémée,  et  ob- 
serve très  bien  (\a  Acjleia  (^Aquileia) ,  entrepôt  du 
commerce  des  Romains  avec  les  peuples  d'Illyrie, 
est  hors  des  limites  des  Heneti  ou  des  Vénètes  :  donc 
Acfleia  ou  Aquileia  se  trouvait  chez  les  Garni. 
Pline  compte  aussi  ses  mesures  de  l'Italie  à  partir 
ai  Aquileia  ;  mais  Strabon  dit  qu'après  le  Timavum  ^, 
qui  est  le  Timavo,  près  de  castelDuino,  commence 
la  côte  des  Istriij  ce  qui  s'accorde  parfaitement  avec 
Ptolémée  ^,  lequel ,  un  peu  plus  haut ,  décrivant  la 
côte  des  Garni,  nomme  en  dernier  lieu,  vers  l'orient, 
Natisonis  jluvii  ostia^  ou  l'embouchure  de  l'Isonzo. 
Sur  le  rivage  des  Veneti ,  Ptolémée  n'indique  que 
l'embouchure  de  \ Atrianus  fluvius  qui  ,  de  son 
temps,  était  à  Hadria,  Adria.  \J Atrianus  flui^ius  Ae 
Ptolémée  paraît  être  le  même  que  le  Tartarus  des 

'  Tit.  Liv. ,  XXXIX,  22,  45,  54;  xl,  54-  —  Vell.  Paterc,  i,  i5. — 
Strabo,  208.  —  Eustath. ,  Comment,  in  Dion.  Pcrieg.  ■ — Auspn. , 
de  Clar.  urb.  Elle  conserva  sa  prééminence  dans  le  moyen  âge.  — 
Silvestri,  délie  antiche  Paludi  Adriane,  p.  180. 

'  Voyez  M  Analyse  des  Itinéraires,  tome  m  de  cet  ouvrage. 

'Strabo,  lib.  II,  p.  i25  (i85);  lib.  iv,  p.  207  (3i8);  lib.  v,  p.  214 
(328),  edit.  Alm. ;  tom.  11,  p.  i23  et  124,  de  la  trad.  franc. 

<  Strabo,  p.  214  (328),  tom.  11,  p.  128,  de  la  trad.  franc.  —  Voyez 
ci-dessus,  p.  70  et  76. 

'  Ptolemseus,  lib.  ni,  cap.  1  ;  lib.  viii,  p.  63  (70)  et  194  (227). 


154  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
autres  auteurs,  le  Taitaro  des  modernes  '.  Sur  la 
côte  des  Garni ,  Ptolémée  n'indique  que  l'embou- 
chure du  Tïlavempd  fluv.  ou  du  Tagliamento.  — 
Les  sources  chaudes  que  Pline  place  dans  une  île 
près  du  Timavo  sont  les  bagni  di  Monfalcone. 

Pline,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  remarqué, 
nomme  encore  sur  ce  rivage  différentes  villes  dont 
il  paraît  difficile  de  déterminer  les  positions,  puis- 
qu'elles étaient  détruites  de  son  temps  :  telles  sont 
Segeste ,  Ocra  ,  Iramine ,  Pellaon  ,  Palsatiiim  '  ; 
cette  dernière  pourrait  être  placée  cependant,  avec 
quelque  degré  de  vraisemblance,  à  Pallaziola,  sur 
la  via  Appia,  au  passage  de  la  Stella  ;  peut-être 
est-ce  aussi  le  Palatium  de  l'Itinéraire  et  de  la  Table, 
situé  sur  la  route  de  Trieste  ^.  Strabon  ^  mentionne 
VOcra  mons  comme  la  partie  la  plus  basse  des  Alpes 
voisine  des  Alhii  montes  :  la  ville  d' Ocra  devait  donc 
être  située  au  passage  des  Alpes  juliennes  ou  car- 
niques,  et  sur  la  route  qui  conduisait  au  Danube;  et 
comme  un  lieu  nommé  Alben  nous  donne  la  position 
des  Alhii  montes,  près  du  lac  Cirknitz,  \Ocra  mons 
doit  se  trouver  dans  le  voisinage,  près  de  Rackig  ou 
de  Planna,  sur  la  route  de  Laybach;  c'est  là  qu'il 
convient  de  placer  la  ville  ^Ocra. 

Pline  ^  fait  ensuite  une  longue  énumération  de 
plusieurs  villes  ou  peuples  déjà  nommés  dans  notre 
descriplion  des  Alpes,  mais  dont  nous  devons  ré- 

'  Silvestri,  dclle  anticlie  PahuU  Adrinnc ,  p.  129. 
"  Plin  ,  III,  23  (19),  t.  II,  p.  188,  edit.  Lem.,  et  ci-dessus,  p.  80. 
'  Voyez  V Analyse  des  Ilinéraives,  toni.  m  de  cet  ouvrage. 
*  Strabo,  lib.  vu,  p.  l\%-i..  Si  la  ville  d'Ocra  était  dans  ce  voisi- 
nage, aloi's  elle  était  située  chez  les  Garni. 
^  Plinius,  lib.  m,  cap.  22  (t8). 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  155 

péter  ici  les  noms,  parce  qu'ils  servent  à  déterminer 
les  limites  des  Carni,  dans  l'intériem^  desquels  ils  se 
trouvaient  renfermés.  Ce  sont  les  Alutrenses ^  aux 
environs  d'Ala  et  de  la  rivière  de  ce  nom;  les  Asse- 
nâtes, dans  le  val  d'Arsa  et  les  environs  d'Arseria  ; 
les  Flainonenses  à  Falmassons,  aux  sources  de  la 
Stella;  les  Vanienses  à  Venzone,  ou  dans  la  campagna 
d'Aviano  ;  les  Culici,  les  Foretani,  aux  environs  de 
Forforcano,  sur  leTagliamento,  à  l'est  de  Cordavado; 
les  Vidinates ,  à  Udine;  les  Qaarquines ,  à  Quer; 
les  Tawisani,  à  Tarvis ,  sur  la  route  de  Willach , 
dans  les  Alpes  carniques;  les  Togrmses  à  Torsa,  près 
de  la  Stella  ;  les  Varf>>ani  à  Valvasone. 

D'après  la  description  que  Pline  '  fait  des  fleuves 
qui  coulent  chez  les  Carni ,  son  Romatinus  fliwius 
doit  être  le  fiume  Lumino ,  et  par  conséquent  le 
Romatinum  portus  doit  être  porto  di  Caorle  ou  di 
Falconera,  vers  l'orient. 

L'Itinéraire  de  Bordeaux  '  à  Jérusalemi  nous  marque 
avec  exactitude  quelles  étaient,  à  l'orient  des  Carni, 
les  limites  de  l'Italie  dans  les  derniers  temps  de  l'em- 
pire d'Occident.  En  décrivant  une  route  qui  aboutis- 
sait à  Celeia ,  après  avoir  mentionné  Hœmona  ou 
j/^mona,  que  les  mesures  portent  à  Lajbach,  l'Itiné- 
raire, à  25  milles  plus  loin,  indique  mansio  Hadrante, 
finis  Italiœ  etNorici.  Ainsi ,  d'après  cette  indication, 
les  limites  de  l'Italie  ,  de  la  Norique ,  de  la  Pannonie , 
étaient  fixées  à  Hadrante.  Ceci  s'accorde  très  bien 

'  Plinius,  lib.  m,  cap.  11  (18).  —  Silvestri,  délie  antiche  Palucli 
Adriaiie ,  p.  igg. 

'  Iliner.  hierosoljmitanum ,  Wesseling,  p.  56o  j  et  V Analyse  des 
Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 


156  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
avec  Hérodien  '  (historien  peu  éloigné  de  l'époque 
de  l'Itinéraire),  cjni,  décrivant  la  marche  de  l'em- 
pereur Maximin,  qui  venait  d'orient  en  Italie,  dit  ; 
((  Il  parvint  à  la  ville  d'Italie  située  au  pied  des  Alpes, 
'(  que  les  habitans  nomment Ejjiona.»  Ptolémée  com- 
prend la  ville  d'Emona  dans  sa  description  de  la  Pan- 
nonie,  et  non  dans  celle  de  l'Italie  ';  mais  il  s'exprime 
à  l'égard  de  cette  ville  d'une  manière  remarquable. 
((  Entre  l'Italie,  ^it-il,  est  la  Norique ,  et,  appartenant 
«  à  la  Pannonie,  est  Emona.  n  On  voit  par-là,  que 
de  son  temps ,  qui  est  antérieur  d'un  siècle  à  celui  de 
l'Itinéraire,  ^<Tmo/za  était  considérée  comme  un  lieu 
limitrophe  entre  l'Italie,  la  Norique  et  la  Pannonie. 
Il  est  évident,  d'après  cela,  qyi  Hœmona  ou  Laybach 
n'a  jamais  fait  partie  des  Carni ,  et  les  textes  de 
Ptolémée  et  de  Pline ,  réunis ,  concourent  à  prouver 
qu'au  moins,  avant  la  conquête  et  la  soumission  de 
l'Illyrie  et  de  la  Pannonie  ,  sous  Auguste ,  les  limites 
de  l'Italie  étaient  les  mêmes  que  celles  des  Garni, 
c'est-à-dire  les  plus  hauts  sommets  des  Alpes  qui  sont 
à  l'ouest  d^ Hœmona  ou  de  Laybach ,  dans  la  ligne 
d'Idria  et  de  Lobitsch. 

La  dernière  contrée  de  la  Cisalpine  dont  nous 
ajions  à  parler  est  l'Istrie,  que  Ptolémée  ""  décrit  de 
la  manière  suivante  : 

Histria.  — Après  la  sinuosité,  dit-il,  que  forme  le 
fond  du  golfe  Adriatique,  on  trouve  sur  la  cote  : 

Tergestum  colonia.  —  Trieste  '^,   qui   reçut  une 

'  Herodian.,  Hist.,  lib.  viu,  p.  437,  edit.  Bas.,  1781. 

*  Ptolemaeus,  lib.  n ,  cap.  i5,  p.  07  (63). 
'  Ptolemaeus,  lib.  m,  cap.  1,  p.  63  (70). 

*  \oyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage,  et 
Muratori,  p.  1086,  n"  1  (  Tergeste  civit.  ).  — ^Plin.  m,  18.  —  Vell. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  157 

colonie  romaine ,  donna  son  nom  au  golfe  où  elle  se 
trouve  située,  et  eut  beaucoup  à  souffrir  des  incur- 
sions des  Japides  ,  peuple  Uljrien ,  difficilement 
dompté  par  Auguste. 

Formionis  fluv.  Ostia ,  remarquable  pour  avoir 
été  primitiA^ement  la  limite  de  l'Italie,  et  dont  nous 
avons  déterminé  la  position,  par  les  mesures  de  Pline, 
à  la  petite  rivière  de  Muja  '. 

Parentium.  —  Parenzo  %  port  de  mer  sur  la  côte 
occidentale  de  la  presqu'île ,  dont  la  position  est  dé- 
terminée par  les  mesures  de  la  Table  ^.  Une  inscription 
relative  à  Parentium  ^  trouvée  à  Parenzo  ,  donne  à 
cette  ville  le  titre  de  colonie  '♦. 

Pola.  —  Pola,  que  Pline  nous  apprend  avoir  été 
nommé  de  son  temps ,  Pietas  Julia  ;  mais  les  ha- 
bitans,  ainsi  que  le  témioigne  une  inscription,  furent 
toujours  nommés  Polenses.  Nous  avons  déjà  vu  que 
l'antiquité  de  cette  ville  remonte  même  jusqu'au 
temps  des  fables  ^.  Les  îles  Brioni ,  Conversara  et 
SanNicolo,  près  de  Pola,  sont  les  insulœ  Pullariœ 
de  Pline  ^,  etStrabon  en  fait  mention  comme  donnant 
un  refuge  assuré  aux  vaisseaux. 

Paterc,  ii,  no.  —  Mêla,  ii,  4-  —  Strabo,  v,  2i5  (33o) ,  et  vu, 
3i4  (482).  —  Csesar,  de  Bell.  gall. ,  viii,  24.  —  Appian.,  Illyr.,  1%. 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  74- 

'  Plin.,  III,  20  (19).  —  Stephanus  Byzantinus,  de  Urbib.  et  Popul.^ 
p.  627,  edit.  Berkel.  Voce  Parentium,  p.  SaS,  edit.  Pinedo. 

^  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

^Siauve,  Lettera  sopra  l'iscrizione  del  console  Muciano ,  p.  i5 
€t  21,  iti-8'^;  Verona,  1811. 

*  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  2. —  Plusieurs  auteurs  ont  fait  men- 
tion de  Pola  ;  tels  sont  :  Strabon,  Mêla,  Pline,  Ptolémée,  Ammieu 
Marcellin,  Stephanus  Byzantinus,  et  un  grand  nombre  d'inscrip- 
tions. Tous  ces  textes  ont  été  rassemblés  et  transcrits  en  entier  par 
Cluverius,  Italia  antiqua,  tom.  i,  p.  211. 

''  Plin.,  III,  5o.  —Strabo,  v,  2x5  (33o);  tom.  11,  p.  129,  trad.  fr. 


158        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Nesactum  ou  Nesactium,  que  l'on  place  avec  quel- 
que probabilité  à  castel  Nuovo,  à  l'embouchure  de  la 
rivière  Arsa  \ 

Arsia Jluvius j  finis  Italiœ.  —  Arsa,  rivière;  limite 
de  l'Italie. 

Pline  '  nomme  les  mêmes  villes  ;  il  les  nomme 
dans  le  même  ordre ,  et  termine  de  même  l'Italie 
au  fleuve  Arsia.  a  P arentium ,  colonia  Pola,  mox 
«  oppidum  JVesactium  j  et  nunc  finis  Italiœ  filuvius 
«  Arsia.  »  Ainsi  l'Istrie,  chez  les  anciens,  ne  com- 
prenait pas  toute  la  presqu'île  que  nous  désignons 
sous  ce  nom.  L'Istrie  des  anciens  commençait  au 
Timave,  près  de  castel  Duino,  et  se  terminait  à  la 
rivière  Arsa.  Toutes  les  villes  que  nous  venons  de 
mentionner  sont  situées  sur  la  côte,  et  leurs  posi- 
tions, indépendamment  des  rapports  de  noms,  sont 
prouvées  par  les  Itinéraires  et  par  des  monumens 
historiques;  il  n'en  est  pas  de  même  de  celles  de 
l'intérieur  nommées  par  Ptolémée,  savoir  : 

Pucinwn.  —  Ce  lieu  est  Pisino  vecchio  ^,  au  midi 
et  sur  la  route  même  que  Piiiguente  ^.  Ce  lieu  ne  me 
paraît  pas  différent  du  castellum  Pucinum  dont  Pline 
fait  mention  après  le  Timave,  et  avant  Tergeste,  ce 
qui  l'a  fait  placer  au  castel  Duino  des  modernes ,  sur 
la  côte.  Pline  nous  apprend  que  c'est  à  l'excellent  vin 
s^ui  croissait  dans  les  environs  de  Pucinum,  que 
Julia  Augusta  dut  le  pouvoir  de  prolonger  sa  vie 
jusqu'à  l'âge  de  quatre-vingt-deux  ans. 

'  Conférez  Tit.  Liv.,  xli,  ii  (i5),  tom.  vu,  p.  SS6,  edit.  Lem.  — 
Piin.,  III,  25  (ig). 

*  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  cap.  23  (19). 

'  Voyez  la  Carte  de  l'Istrie,  par  Capellari. 

"  Plin.,  lib.  m,  cap.  18;  lib.  xiv,  c.  6.  —  Ploleni.,  lib.  m,  cap.  1, 
p.  65.  (70). 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  169 

Piquentuni,  qu'on  place  avec  raison  à  Pinguente, 
sur  la  route  qui  traverse  le  milieu  de  la  presqu'île  du 
nord  au  sud. 

AhuTïi  nous  paraît  être  Albona,  situé  à  peu  de 
distance  de  la  rivière  Arsa,  et  par  conséquent  hors 
de  la  limite  de  l'Italie;  mais  par  une  erreur  bien  lé- 
gère, comparativement  à  celles  que  présentent  la 
plupart  de  ses  positions  dans  l'IntéiMeur,  Ptolémée 
place  Alçuni  à  l'ouest  de  XArsiaflinneriy  et  par  con- 
séquent en  Italie. 

Pline  ne  nomme  aucune  de  ces  deux  dernières  villes, 
mais  il  mentionne  JEgidia,  qui  a  été  placée  par  Clu- 
verius  et  par  d'Anville,  d'après  Gluverius,  à  Capo 
d'Istria,  uniquement  parce  qu'on  a  trouvé  dans  ce 
lieu  une  inscription  ^  qui  constate  qu'il  occupe  le 
même  emplacement  que  la  ville  romaine  nommée 
Justinopolis y  et  qu'on  a  présumé  que  cette  ville  se 
nommait  jEgida  avant  l'époque  de  l'inscription,  qui 
ne  remonte  pas  évidemment  au-delà  de  l'empereur 
Justlnien. 

Tels  sont  les  peuples,  les  villes  et  les  divisions  de 
la  Gaule  cisalpine  avant  la  dernière  de  toutes  les  di- 
visions qui  eurent  Heu  sous  l'âge  romain,  c'est-à-dire 
avant  celle  que  l'on  trouve  dans  la  Notice  des  pro- 
vinces de  l'Empire,  et  dont  on  croit  que  Constantin 
est  l'auteur. 

On  a  observé,  avec  raison,  que  cette  division  de 
l'Italie ,  par  Auguste ,  en  onze  réglons,  ne  paraît  pas 
avoir  duré  long-temps,  ni  avoir  été  d'un  usage  univer- 
sel, puisqu'on  ne  la  trouve  mentionnée  que  par 
Pline.  Je  suis  porté  à  croire  qu'elle  n'avait  aucun 

'  Voyez  Cluveriiis,  Itnlia  autiqiia ,  toni.  i,  p.  210. 


160  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
rapport  avec  l'administration  et  le  gouvernement, 
mais  qu'elle  était  entièrement  scientifique ,  et  basée 
sur  la  géographie  naturelle;  qu'elle  fut  adoptée  par 
Auguste ,  pour  plus  de  précision  et  de  clarté ,  dans 
une  description  géographique  qu'il  avait  publiée 
de  l'Italie,  d'après  les  Mémoires  d'Aggrippa.  Ce  qui 
me  confirme  dans  cette  opinon,  c'est  l'espèce  d'éga- 
lité qui  règne  dans  ces  onze  divisions,  et  l'ordre 
qu'on  j  trouve  lorsqu'on  rétablit  celui  que  Pline  a 
dérangé;  ce  sont  enfin  les  expressions  mêmes  de  Pline 
qui  ne  semblent  laisser  aucun  doute  à  cet  égard.  «  11 
«  est  nécessaire  (dit-il  en  commençant  sa  description 
«  de  l'Italie),  de  choisir  pour  auteur  le  divin  Auguste, 
((  et  de  se  conformer  à  la  description  qu'il  a  faite  de 
«l'Italie  en  onze  régions'.  »  Cependant  cette  divi- 
sion d'Auguste  eut  certainement  quelque  influence 
sur  celle  qui  fut  établie  depuis ,  puisque ,  ainsi  que 
nous  l'avons  déjà  dit,  la  province  nommée  Venetia 
reçut  les  mêmes  limites  que  celles  qui  avaient  été 
assignées  par  Auguste  à  sa  dixième  région. 

Néanmoins  les  seules  grandes  diA'isions  que  l'on 
trouve  employées  dans  les  historiens  anciens  sont 
celles  de  Ligurie,  de  Gaule  cisalpine  ou  de  Gaule 
logée  y  et  de  Vénétie. 

Le  mot  de  Ligurie ,  dans  les  auteurs  grecs,  se 
trouve  souvent  employé  dans  le  sens  restreint  de 
Strabon  ,  c'est-à-dire  comme  ne  s'étendant  que  jus- 
qu'à Gênes,  et  nous  en  avons  cité  un  exemple  dans 
Plutarque  ;    mais    les  auteurs  latins ,   plus    exacts , 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  cap.  6  (5)  :  «  Qua  in  re  praefari  neces- 
«  sarium  est ,  auctorem  nos  Divum  Aiigustum  secuturos ,  descrip- 
«  tionemque  ab  eo  factara  ItaMae  totius  in  regiones  xi,  »  tom.  ri, 
p.  71  et  72,  edit.  Leni. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  161 

entendent  toujours,  par  Ligurie,  la  région  comprise 
entre  le  Var  et  la  Magra,  dont  nous  avons  tracé  les 
limites  '. 

La  Venetia,  proprement  dite,  était,  ainsi  que  nous 
l'avons  vu,  la  dixième  région  d'Auguste,  en  retran- 
chant les  Cenomani.  On  appelait  plus  particulière- 
ment Gallia  cisalpina  ou  togata,  toutes  ces  vastes 
plaines  tant  en  deçà  qu'au-delà  du  Pô ,  qui  n'appar- 
tenaient ni  à  la  Vénétie,  ni  à  la  Ligurie.  Cependant 
on  doit  remarquer  que  des  écrivains  grecs,  et  entre 
autres  Ptolémée ,  désignent,  plus  particulièrement, 
sous  le  nom  de  Gaule  togée,  la  Gaule  togée  cispadane  ". 

Lorsqu'on  voulait  avoir  recours  à  des  divisions 
moins  générales,  on  se  servait  des  divisions  par  peu- 
ples, que  Ptolémée  ^  range  selon  l'ordre  suivant,  qui 
est  parfaitement  géographique;  Semnones  (Senones), 
Boii,  Histri,  Carni,  T^enetia,  Cenomani ,  Bechuni, 
InsubreSy  Salassi,  Taurini,  Libici;  ensuite  dans  les 
Alpes  grecques  et  cottiennes,  où  il  place  les  Centrones, 
les  Lepontii,  les  Catariges ,  les  Segusiani;  et,  dans  les 
Alpes  maritimes,  \es  Nei-usii ,  les  S iicirii  (S uelriî^  , 
les  J^ediantiiy-  et,  dans  la  descriplion  des  côtes,  qui 
toujours  dans  cet  auteur  précède  celle  de  l'intérieur, 
Massiliensium  territorium,  Liguria^,  et  enfin  Gallia 
togata ,  qui  ne  comprend  que  la  Gaule  togée  cispa- 
dane. 

Telles  sont  les  divisions  que  Ptolémée  admet,  non 
seulement  dans  la  Gaule  cisalpine ,  mais  dans  tout  le 
nord  de  l'Italie,  qui,  avant  lui ,  et  de  son  temps, 

'  Voyez  Plin.,  lib.  m,  cap.  5.  — Florus,  lib.  ii,  cap.  3. 

^  Voyez  ci-dessus,  p.  92. 

'  Ptolemaeus,  Geogi-. ,  lib.  iir,  cap.  i,  p.  65  (70). 

II.  II 


162  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
comprenait  une  partie  de  la  chaîne  des  Alpes,  depuis 
réunie  à  la  Gaule  transalpine.  Nous  ayons  déterminé 
les  limites  de  ces  divisions  de  Ptolémée ,  et  assigné 
la  position  des  villes  qu'il  y  renferme;  mais  il  était 
nécessaire  de  faire  connaître  aussi  Tordre  selon  lequel 
ce  géographe  les  a  présentées  dans  son  ouvrage. 

§.  III.   Gaule  transalpine. 
Première  division  sous  Auguste.  — Agrandissement  de  l'Aquitaine. 

Après  avoir  réuni  à  l'Empire  romain  les  peuples 
des  Gaules  que  César  n'avait  pas  eu  le  temps  de  sou- 
mettre ',  Auguste  voulut  régler  le  gouvernement  de 
cette  importante  province  de  son  vaste  empire.  Il 
se  transporta  à  Narbonne  l'an  2y  avant  J.-C,  et 
ii  y  tint  les  états  de  la  Gaule.  Il  changea  les  grandes 
divisions  de  cette  contrée ,  et  établit  entre  elles  plus 
d'égalité  relativement  à  l'étendue  de  leurs  territoires 
respectifs  ;  ce  fait  important  est  attesté  par  Strabon  % 
et  Dion  Cassius  '  ;  mais  Strabon  est  le  seul  auteur 
qui  en  ait  parlé  en  détail. 

Il  nous  apprend  qu'Auguste  détacha  plusieurs  peu- 
ples de  la  Celtique  (ou  Gaule)  pour  les  réunir  à 
l'Aquitaine ,  et  qu'il  étendit  jusqu'à  la  Loire  cette 
dernière  portion  de  la  Gaule,  autrefois  si  resserrée, 
tellement  qu'elle  renferma  désormais  tout  le  pays 

'  Aurclius  Yictor,  de  Cœsaribus ,  cap.  i,  p.  5o8,  edit.  Arntz.  — 
Eutrop. ,  lib.  vu,  cap.  g,  p.  45o,  edit.  Tzscbuck.  —  Appianus, 
(le  Bellis  civil.,  cap.  75,  tom.  11,  p.  81 1,  edit.  Schweigh.  —  Tibull., 
lib.  I,  eleg.  7,  p.  80,  edit.  Golbery. 

^  Strabo,  lib.  iv,  p.  177  à  180  (267  à  270)  t.  ir,  p.  5,  de  la  trad.  fr. 

^  Dio  Cassius,  lib.  lui,  c.  22,  p.  717,  edit.  Reim.  —  Il  est  aussi  fait 
mention  de  ce  fait  dans  VEpitomc  de  Tit.  Liv.,  pour  le  livre  cxxxiv. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  163 

compris  entre  la  mer,  les  Pyrénées,  les  Cévennes 
et  la  Loire,  depuis  sa  somxe  jusqu'à  son  embouchure, 
sauf  cependant  les  irrégularités  produites  par  les 
différentes  limites  des  peuples,  qui  furent  conservées 
par  Auguste  dans  toute  leur  intégrité ,  et  qui  firent 
que  les  frontières  de  la  Celtique  s'étendirent  souvent 
au-delà  de  la  Loire,  tandis  que  celles  de  l'Aquitaine 
atteignirent  quelquefois  les  rives  de  ce  fleuve,  mais  ne 
les  franchirent  jamais. 

Auguste  donna  à  la  Province  romaine  le  nom  de 
la  capitale  ou  du  chef-lieu  du  gouvernement  où  il 
tint  les  états  de  la  Gaule,  et  elle  fut  désormais  ap- 
pelée Gaule  narbonnaise,  Gallia  narhonensis ,  au 
lieu  de  Gaule-à-Braies  ,  ou  Gallia  braccata;  les 
termes  de  Mêla  et  de  Pline  sont  formels  à  cet  égard  '. 

Comme  tout  ce  qui  n'était  pas  proprementBelgique 
ou  Aquitaine  était  appelé  Celtique  par  les  Grecs , 
ce  changement,  dans  les  dénominations  de  la  C^//iC« 
braccata  j  a  fait  dire  à  Strabon ,  par  une  confusion 
d'idées  peu  excusable,  qu'Auguste  avait  réuni  la 
Celtique  à  la  Narbonnaise;  mais  celte  erreur  de 
Strabon ,  et  quelques  autres  semblables,  n'infirment 
pas  son  autorité  ^  sur  les  divisions  de  la  Gaule,  par 

'  Mêla,  lib.  m,  cap. 2  :  «  Pars  (Galliae)  nostro  maii  apposita,  fuit 
«  aliquando  Braccata  nunc  Narbonensis.  »  — Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4)  : 
«  Narbonensis  provincia,  Braccata  antea  dicta.»  —  Mandajors,  Hist. 
crit.  de  la  Gaule  narbonnaise,  p.  470,  cite  deux  passages  de  Cicéron 
{Epistol.  ad  Faniil.,  x,  26  et  53,  tom.  r,  p.  517  et  555,  edit.  Lem) 
pour  prouver  que  cet  usage  commençait  à  s'établir;  mais  il  n'est 
question  dans  ces  passages  que  du  district  de  Narbonne. 

*  Il  fait  même  (lib.  iv,  p.  189,  tom.  11,  p.  57,  de  la  trad.  franc.) 
une  remarque  très  juste  sur  cette  province  narbonnaise  :  «  Les  ha- 
«  bilans  de  la  Narbonnaise  (dit-il)  se  nommaient  autrefois  Celtes, 
«  et  je  présume  que  les  Grecs  n'ont  été  portés  à  donner  à  tous  les 


164  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Auguste  ,  <]u'il  a  très  bien  connues.  Nous  devons 
nous  attacher  à  lui  comme  à  l'auteur  qui  nous  four- 
nit le  plus  de  détails  sur  cet  objet ,  et  aussi  parce 
qu'il  a  écrit  à  une  époque  plus  rapprochée  du  temps 
où  ces  divisions  ont  été  établies  :  rapportons  donc 
ses  propres  paroles  : 

1°.  «Auguste,  ditStrabon  ',  en  divisant  les  Gaules 
«en  quatre  parties,  réunit  d'abord  les  Celtes  à  la 
«  Narbonnaise.  »  Ceci  veut  dire  que  la  Celtique , 
nommée  par  Auguste  Narbonnaise ,  est  la  première 
des  quatre  divisions  des  Gaules  formées  par  cet  em- 
pereur. 

2°.  «Auguste,  continue  Strabon ,  compte  ensuite 
«  pour  deuxième  partie  l'Aquitaine,  en  lui  conser- 
«  vant  le  même  nom.  sous  lequel  César  l'avait  fait 
«  connaître,  si  ce  n'est  qu'il  en  recule  les  limites  en 
«  y  ajoutant  les  cantons  de  dix  (quatorze)  peuples 
«  situés  entre  la  Garonne  et  la  Loire.  « 

"5°.  «  Quant  au  reste  de  la  Gaule,  il  le  divise  en 
«  deux  parties  :  l'une  s'étend  jusqu'au  Rhin ,  il  la  met 
«  sous  la  dépendance  de  Lyon.  »  C'est  la  Celtique. 

4°.  «  Il  assigne  l'autre  aux  Belges.  »  C'est  la  Bel- 
gique. 

On  volt  par-là  qu'Auguste  ne  fit  d'autres  change- 

«  Gaulois  le  nom  de  Celtes,  que  par  la  célébrité  de  ce  dernier  peu- 
«  pie  :  le  voisinage  des  Marseillais  peut  y  avoir  aussi  contribué.  »  En 
effet ,  le  nom  de  Celtes  a  dû  être  donné  d'abord  par  les  Grecs  aux 
habitans  de  la  côte  qu'ils  avaient  découverte  en  premier,  et  la  signi- 
fication de  ce  nom  s'est  étendue  à  proportion  du  progrès  des  décou- 
vertes; il  s'ensuit  que  le  basque  a  plus  de  titres  pour  être  considéré 
comme  l'ancienne  langue  celtique  que  le  dialecte  de  la  Basse-Bre- 
tagne, contrée  entièrement  inconnue  aux  premiers  auteurs  qui  ont 
parlé  des  Celtes. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  177  (268),  edit.  Alm.  ;  tom.  n,  p.  3,  trad.  fr. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  165 

inens  considérables  à  la  division  établie  dans  les 
Gaules ,  lors  de  la  conquête  de  César,  que  d'agrandir 
l'Aquitaine ,  de  changer  le  nom  de  la  Province  ro- 
maine, et  d'établir  comme  capitales,  pour  deux  pro- 
vinces ,  la  Narbonnaise  et  la  Celtique,  deux  villes 
d'origine  récente ,  fondées  et  peuplées  principale- 
ment par  des  Romains,  savoir  :  Narbonne  et  Ljon. 
Cependant  on  trouve  dans  Pline  '  et  dans  Ptolé- 
mée  '  que  le  vaste  territoire  des  Sequani  y  et  celui 
des  Lingones ,  faisaient  de  leur  temps  partie  de  la 
Belgique;  or,  comme  il  est  bien  certain  que  du  temps 
de  César  les  Sequani  et  les  Lùigones  appartenaient  à  la 
Celtique^  presque  tous  les  auteurs  modernes,  y  com- 
pris d'Anville  et  Valois ,  ont  attribué  aussi  ce  chan- 
gement à  Auguste,  et  ont  dit  qu'il  avait  réuni  les 
Sequani  et  les  Lingones  à  la  Belgique  :  mais  com- 
ment Strabon  ,  qui  détaille  avec  tant  de  soin  les  re- 
trancheraens  faits  à  la  Celtique  par  Auguste ,  au- 
rait-il oublié  le  plus  important  de  tous?  Auguste  qui 
voulait  favoriser  l'accroissement  de  Lyon ,  où  il 
réunit  une  assemblée  des  députés  des  différens  peuples 
de  la  Gaule  %  après  avoir  ôté  à  la  Celtique  ou  à  la 
partie  de  la  Gaule  dont  Lyon  était  la  capitale ,  la 
moitié  de  son  ancien  territoire ,  pour  le  réunir  à 
l'Aquitaine,  aurait-il  encore  retranché  les  Sequani 
pour  les  annexer  aux  Belges?  les  Sequani ^  le  peuple 
le  plus  voisin  de  Lyon  !  Aurait-il  tout  à  coup  rendu 
la  Celtique  la  plus  petite  division  de  la  Gaule,  tan- 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  3i  (17),  tom.  11,  p,  364,  edit,.  Lem. 

'  Ptolemseus,  lib.  11 ,  cap.  4,  p.  5o  (54),  edit.  Bert. 

'  Strabo ,  lib.  iv,  p.  192  (292),  edit.  Alm.  ;  tom.  11,  p.  4^,  de  la 
trad.  franc.  —  Tit.  Liv.,  Epitomc,  lib.  cxxxvit.  —  Sueton.,  in  Tiber. 
Cîaud.  Cœsare,  cap.  2,  tom.  11,  p.  80,  edit.  Lem. 


166  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES.  GAULES, 
dis  qu'auparavant  elle  se  trouvait  de  beaucoup  la 
plus  étendue?  Non  seulement  Strabon  garde  le 
silence  sur  ce  grand  changement,  mais  son  texte  dit 
précisément  le  contraire;  car  il  a  bien  soin  d'observer 
que  la  Celtique  s'étend  jusqu'au  Rhin  '  :  donc  les 
Sequani  s'j  trouvaient  compris  ;  donc  la  Celtique 
conservait  de  ce  côté  les  limites  qu'elle  avait  du 
temps  de  César. 

Ceux  qui  ont  soutenu  le  contraire  ont  été  obligés 
de  rejeter  l'autorité  de  Strabon ,  qui  est  ici  la  plus 
décisive.  Le  savant  Sclioepflin ,  qui  a  bien  compris 
l'importance  de  ce  que  dit  ici  Strabon,  est  tombé 
dans  un  excès  contraire ,  et ,  rejetant  le  témoignage 
réuni  de  Pline  et  de  Ptolémée,  il  a  nié  que  les  Se- 
quani et  les  Lingones  eussent  jamais  été  réunis  à  la 
Belgique  :  ils  l'ont  certainement  été,  mais  à  une 
époque  postérieure  à  celle  dont  nous  traitons.  Au- 
guste ne  changea  rien  à  la  Belgique  de  César.  En 
effet,  Pomponius  Mêla  %  qui  vivait  sous  Claude, 
semble  ne  pas  s'écarter  de  la  division  de  César,  et  dit 
que  les  Celtes  s'étendaient  jusqu'à  la  Seine.  Tacite, 
en  racontant  les  événemens  qui  eurent  lieu  après  la 
mort  d'Auguste,  dit  ^  que  (c  Germanicus  fit  prêter, 
a  en  faveur  de  Tibère ,  le  serment  aux  Belges,  et  aux 
«  Sequani  qui  en  étaient  voisins  ;  »  preuve  évidente 
qu'après  la  raiort  d'Auguste  les  Sequani  ne  faisaient 
pas  partie  de  la  Belgique.  Le  même  autem-,  en  ra- 
contant la  révolte  des  ^duens  et  de  Sacrovir,  dit 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  ijy  ;  trad.  fr.,  tom.  ii,  p.  5. 
'  Mêla,  lib.  m,  cap.  2  :  «  Ab  eo  (Aquitani)  ad  Sequanam  Celtae.  » 
'Tacit. ,  Annal.,  lib.  i,  cap.  54,  tom.  i,  p.  78,  édit.  Lemaire  : 
«  Sequanos  proximos  et  Belgarum  civitates  in  verba  ejus  adigit.  « 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  167 

que  le  général  romain  SIlius  dévasta  les  cantons  des 
Sequaniy  limitrophes  des  yË'c/ai ,  qui  s'étaient  alliés 
avec  ces  derniers,  et  avaient  aussi  pris  les  armes  ;  or 
Tacite  '  nous  apprend  peu  auparavant  que  ce  furent 
les  Andecavi  et  les  Turonii  que  Sacrovir  entraîna  les 
premiers  dans  sa  révolte  ;  c'est-à-dire  les  Celtes , 
Gaulois,  ou  peuples  de  la  province  lyonnaise  d'Au- 
guste. Il  nous  dit  aussi  que  Florus  avait  de  son  côté 
fait  révolter  les  Belges ,  tandis  que  Sacrovir  «  avait 
«  soulevé  les  Gaulois  les  plus  voisins  des  Belges  *.  »  11 
est  évident  que,  par  ces  derniers,  l'historien  désigne 
précisément  les  Sequani.  On  ne  saurait  fournir  de 
plus  forte  preuve  qu'alors,  c'est-à-dire  vingt  et  un  ans 
après  la  naissance  de  J.-C,  les  S equajii  n'étaient 
pas  encore  réunis  aux  Belges. 

Après  avoir  déterminé  les  grandes  divisions  de  la 
Gaule  sous  Auguste,  il  ne  nous  reste  plus  qu'à  passer 
en  revue  les  peuples  qui  faisaient  partie  de  chacune 
de  ces  divisions,  en  nous  arrêtant  seulement  à  ceux 
dont  nous  n'avons  pas  eu  occasion  de  faire  connaître 
l'étendue  et  les  limites. 

I.  Gallia  narhonensis  on  Narbonensis  pro(^incia, 
précédemment  nommée  proi^inciaRomana  ou  Gallia 
braccata. 

Deux  peuples  paraissent  avoir  été  enlevés  par  Au- 
guste à  la  Province  romaine  pour  agrandir  l'Aqui- 
taine ;  ce  sont  les  Convenœ  ou  une  partie  des  Conso- 
rajini,  ou  les  habitans  du  diocèse  de  Saint-Bertrand- 
de-Comminges  et  les  Helm,  dont  la  capitale  était 

'  Tacit.,  Annal.,  lib.  m,  cap.  45,  loni.  i,  p.  545,  edit.  Lem. 
*  Tacit.,  Annal.,  lib.  m,  cap.  lo,  tora.  i,  p.  54o,  ëdit.  Lemaire  ; 
«  Florus  Belgas,  Sacrovir  propiores  Gallos  concire.  » 


168  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
ALhaHehiorum ,  Apt.  Ces  derniers  furent  ensuite 
restitués  à  la  Province  romaine;  car  Pline  '  et  Pto- 
lémée  '  les  y  placent;  ce  qui  a  fait  croire  qu'ils  n'en 
avaient  jamais  été  détachés.  Mais  je  ne  vois  aucune 
raison  pour  accuser  ici  d'erreur  Strabon  :  il  com- 
mence précisément  son  énumération  des  peuples 
réunis  à  l'Aquitaine  par  les  Helvii  ■',  et,  ainsi  que  je 
l'ai  déjà  dit,  il  est  le  seul  auteur  ancien  qui  nous  ait 
fourni  des  détails  circonstanciés  sur  ce  partage  fait 
par  Auguste.  J'observe  que  Strabon  dit  d'abord 
qu'Auguste  avait  réuni  dix  peuples  à  l'Aquitaine;  et 
lorsqu'il  en  vient  à  cette  description  de  la  Gaule,  il 
porte  ce  nombre  à  quatorze,  mais  il  oublie  évidem- 
ment les  Bituriges  mvisci ,  qu'il  dit  lui-même  un 
peu  auparavant  avoir  été  étrangers  à  l'Aquitaine  ;  il 
s'ensuit  que  les  Helvii  sont  nécessaires  pour  jus- 
tifier ce  nombre  de  quatorze,  que  Strabon  comprend 
dans  son  énumération.  Ainsi  que  nous  l'avons  dé- 
montré "* ,  les  Elicoci  de  Ptolémée  sont  le  même 
peuple  que  les  Helvii  des  autres  auteurs.  Ptolémée 
nomme  leur  capitale  Alhaugusta,  et  Pline  Alha 
Helvioruni  et  Alba  hehia;  il  nous  apprend  que  son 
canton  était  célèbre  pour  une  espèce  particulière  de 
vigne  ^. 

Dans  le  nombre  des  peuples  réunis  à  l'Aquitaine, 
Strabon  nomme  les  Ruteni  ^;  mais  il  s'élève  la  ques- 

'  Plin.,  lib.  III,  cap.  5  (4),  tosî.  ii,  p.  6i,  edit.  Lem. 
'  Ptolem.,  lib.  u,  cap.  5,  p.  5i  (55),  Albaugusta  Elicoci. 
'  Strabo,  lib.  iv,  p.  igo;  tom.  ii,  p.  4i,  de  la  trad.  franc. 
■*  Voyez  ci-dessus,  part,  ii,  ch.  2,  tom.  i,  p.  2^5  à  2y6,  et  Strabo, 
lib.  IV,  p.  lyy  et  189;  tom.  11,  p.  5  et  38,  de  la  trad.  franc. 
*  Plin.,  lib.  XIV,  cap.  4  (3)»  tom.  v,  p.  297,  edit.  Lem. 
^  Strabon,  lib.  iv,  p.  190;  trad.  franc.,  tom.  11,  p.  4i' 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  169 

tlon  de  savoir  si  les  Ruteni  prouîncîales  ou  ceux  du 
diocèse  d'Albi,  qui  antérieurement  à  cette  époque 
faisaient,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  ',  partie  de  la 
Province  romaine,  furent  aussi  réunis  à  l'Aquitaine. 
Si  on  en  croit  Pline,  ils  continuèrent  à  rester  en- 
clavés dans  la  Province  romaine;  car  cet  auteur 
nomme  des  Ruteni  dans  la  Narbonnaise,  mais  il  les 
nomme  aussi  au  nombre  des  peuples  de  l'Aquitaine. 
Mais  si  l'on  remarque  que  les  Ruteni  provinciales 
étaient  au  nord  des  Cévennes;  que  ni  Ptolémée,  ni 
aucun  autre  auteur,  ne  font  plus  mention  des  Ru- 
teni dans  la  Narbonnaise,  mais  que  tous  les  placent 
unanimement  dans  l'Aquitaine,*  qu'Albi  ou  civitas 
Alhiensium y  capitale  des  Ruteni  provinciales ,  fait 
aussi  partie  de  l'Aquitaine,  dans  la  Notice  de  l'Em- 
pire, on  demeure  persuadé  que  Pline  %  entraîné  par 
la  rapidité  de  son  énumération ,  a  fait  un  double 
emploi,  et  que  l'ancienne  existence  des  Ruteni  pro- 
vinciales dans  la  Narbonnaise  a  causé  son  erreur, 
d'autant  plus  que  Pline  mêle  souvent,  dans  la  des- 
cription de  la  Gaule,  la  division  du  temps  de  César 
avec  celle  du  temps  d'Auguste,  et  qu'il  semble  flotter 
entre  les  deux.  Pline  offre,  d'ailleurs,  une  répétition 
semblable  relativement  aux  Canibolectri ,  qu'il  place 
aussi  dans  la  Province  romaine  et  dans  l'Aquitaine. 
Ainsi ,  en  retranchant  de  la  Province  romaine ,  au 
temps  de  César,  les  Helvii  et  les  Convenœ ,  compre- 
nant une  partie  des  Consoranni ,  on  a  les  limites  de 

'  Voyez  part,  i,  ch.  8,  tom.  i ,  p.  igo;  et  part,  n,  ch.  2,  tom.  1 , 
p.  25o  et  358. 

'  Plia,,  111,  5;  IV,  53;  xix,  2,  tom.  n,  p.  &b  et  SjS,  et  tom.  vi, 
p.  36o,  edit.  Lem. 


170        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
la  promicia  Narbonensis  telles  qu'Auguste  les  dé- 
termina. 

Nous  avons  vu  que  la  prospérité  de  Narbonne 
avait  amené  quelques  changemens  dans  les  limites 
respectives  des  Volcœ  tectosages  et  des  Volcœ 
arecornici  :  examinons  donc  de  quelle  manière  ces 
peuples  se  trouvent  décrits  dans  Strabon,  Pline  et 
Ptolémée  '.  Ce  dernier  nous  dit  : 

((  T^olcœ  tectosages  ,  dont  les  villes  sont  dans 
«  l'intérieur  des  terres  : 

c(  Illiberris  ;  »  cette  ville  fut  depuis  nommée  He- 
lena,  aujourd'hui  Elne. 

a  Rhuscihum  y  »  Castel-Roussillon. 

Voilà  toutes  les  villes  mentionnées  par  Ptolémée 
qui,  à  l'époque  dont  nous  traitons,  appartenaient 
aux  Tectosages  :  à  la  vérité,  il  leur  donne  encore 
Tolosa  colonia ,  Toulouse;  Carcaso ,  Carcassonne; 
Cessero,  Saint -Thyberj;  Betirœ ,  Béziers  ;  Narbo 
colonia,  Narbonne;  et  sur  le  rivage,  Agatha,  Agde; 
mais,  ainsi  que  nous  l'avons  observé,  plusieurs  de 
ces  villes  formaient  un  district  séparé  qui  composait 
le  territoire  de  Narbonne. 

Pline  %  Mêla  ^  et  Festus  Avienus  '^,  nous  font  con- 
naître, comme  une  subdivision  de  cette  grande  divi- 
sion de  Ptolémée ,  les  Sordones  dont  nous  avons 
déjà  eu  occasion  de  parler  ^ .  Il  faut  leur  attribuer 
Illiberris  ou  TIelena,  qui  paraît  être  la  même  ville 

'  Ptolemaeus,  lib.  ii,  cap.  5,  p.  5i  i^^)-,  edit.  Bert. 

"  Plin. ,  Hist.  nat.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  tora.  ii,  p.  5-2,  edit.  Leni. 

'  Mêla,  lib.  n,  cap.  5,  totn.  i,  p.  65,  edit.  Tzschuck. 

*  Festus  Avienus,  Ora  marit.,  vers.  568,  570,  574,  toiii.  v,  p.  472 , 
edit.  Leni. 

*  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  iv  et  vi ,  p.  108,  log  et  i3i. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  171 

que  Festus  Avlenus  nomme  Pyrene.  On  ne  voit  pas 
pomxjuoi  tous  les  éditeurs  de  Pline  se  sont  obstinés 
à  écrire  Sardonura,  au  lieu  de  Sordonum  que  por- 
tent les  meilleurs  manuscrits ,  ainsi  que  l'avoue  le 
père  Hardouin.  Dans  les  meilleurs  manuscrits  de 
Mêla ,  le  plus  ancien  auteur  qui  ait  fait  mention  de 
ce  peuple,  il  y  a  aussi  Sordonum ,  et  c'est  la  leçon 
que  le  dernier  et  savant  éditeur  a  choisie  '  ;  c'est 
aussi  sous  le  nom  de  Sordi  que  Festus  Avienus 
désigne  ce  peuple.  Enfin  Julien  de  Tolède  fait  men- 
tion d'un  château  nommé  Sordonum ^  entre  Clau- 
suras  et  Narbonne ,  qui  est  peut-être  Sournia, 
dans  le  district  de  Prades  '.  Tant  d'autorités  réunies 
auraient  bien  dû  empêcher  d'Anville,  et  plusieurs 
autres,  de  défigurer  le  nom  des  Sordoiws.  Mêla  ^  a 
clairement  indiqué  la  position  de  ce  peuple  sur  le 
rivage  ;  mais  comme  Ptolémée  n'en  a  point  fait  men- 
tion, il  est  douteux  qu'il  s'étendît  autant  dans  l'in- 
térieur, et  occupât  un  territoire  aussi  considérable 
que  celui  que  d'Anville  lui  attribue  dans  sa  Carte  de 
l'ancienne  Gaule  ;  du  temps  de  Mêla  ,  c'est-à-dire 
sous  l'empereur  Claude ,  Illiherri ,  si  célèbre  dès  le 

'  Tzschuck,  édit.  de  Mêla,  tom.  ii,  p.  4o6. 

"  Ce  district  des  Soi'dones  subsista  jusqu'à  la  fin  du  xv'  siècle.  Je 
trouve  dans  le  procès-verbal  manuscrit  des  états  -  généraux  tenus 
sous  Charles  VIII,  en  i485  (Bibliothèque  du  Roi,  collection  de 
Dupuy,  n°  52i,  folio  17) ,  la  Laiiguc-d' Oc  et  les  provinces  adjacentes 
désignées  ainsi  :  «  Quinta  fuit  portionum  Lingua  occitana  cum  suis 
«  senescalliis,  eique  adhserentes  fuerunt  Delfinatua  provincia,  Rus- 
(t  silio  et  Sardinia.  »  Sardinia  est  évidemment  une  faute  de  copiste, 
et  est  mis  pour  Sardonia  ou  Sordonia. 

^  Mêla,  lib.  1,  cap.  5;  tom.  i,  p.  3o5,  édit.  de  Tzschuck  :  «  Inde  a 
«  Salsutae  fonte  est  ora  Sordonum,  et  parva  flumina  Tetis  et  Tichis 
«  ubique  accrevere  persœva.  » 


172  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
temps  d'Annibal,  et  autrefois  une  grande  \ille,  n'était 
plus  qu'un  simple  village.  «  Viens  Illiherri  ',  magnœ 
«  quondam  urbis  et  magnarum  opum  tenue  vesti- 
ii  gium.  »  Pline  s'exprime,  à  ce  sujet,  en  termes  si 
semblables^  qu'il  paraît  avoir  copié  JNIela  dans  cet 
endroit;  la  position  ai  Illiherri ,  Elneya  ou  Elne,  est 
démontrée  par  les  mesures  de  la  route  romaine  qui 
y  passe,  et  qui  se  rattachent  d'une  part  à  Narho , 
Narbonne ,  et  de  l'autre  à  Empinia ,  Empurias. 
Le  nom  dUHelena  fut  donné  à  Illiherri  lorsque 
Helena,  mère  de  Constantin ,  la  rétablit.  C'est  sous 
ce  nom  que  cette  ville  est  mentionnée  dans  l'Epi- 
tome  d'Aurelius  Victor  ^ ,  dans  Eutrope  ,  Saint- 
Jérôme,  Orose^  et  Zosjme  '^.  D'Anville  a  donc  tort  de 
croire  qu'elle  conserva  toujours  son  ancien  nom 
d^ Illiherri  y  parce  qu'elle  est  ainsi  nommée  dans  la 
Table  théodosienne.  Il  aurait  dû  se  rappeler  que 
l'auteur  de  cette  carte  nomme  presque  toutes  les 
capitales  des  peuples  par  l'ancien  nom  qu'elles  por- 
taient non  seulement  avant  Constantin  ,  mais  quel- 
quefois avant  Auguste;  soit  par  système,  pour  mon- 
trer son  érudition,  soit  que  réellement  cette  partie 
de  sa  carte  ait  été  puisée  dans  des  ouvrages  antérieurs 
à  ces  deux  empereurs. 

'  Mêla,  lib.  ii ,  cap.  6,  tom.  i,  p.  65,  edit.  Tzsch.  Les  meilleurs 
manuscrits  de  Mêla  et  de  Pline  portent  Illiherri;  on  doit  donc  bien 
se  garder  de  latiniser  ce  nom  qui  est  national,  puisque,  encore  au- 
jourd'hui, le  mot  berri,  en  langue  basc[ue,  signifie  ville.  —  Voyez 
encore  Tit.  Liv.,  lib.  xxxi,  §.  22,  —  Strabo,  lib.  iv,  p.  182. 

'  Aurelius  Victor,  de  Vita  et  morib.  imperat.,  cap.  lii,  p.  576, 
edit.  Arntz. 

'  Paul.  Oros.,  lib.  vu,  cap.  29,  p.  543,  edit.  Havers.  —  Eutrop., 
lib.  X,  cap.  9  (5). 

^  Zosyni.,  lib.  11,  cap.  42,  p.  T72. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  173 

L'Itinéraire  d'Antonin  fait  mention  de  Ruscino  ', 
et  la  mesure  porte  juste  à  Castel-Roussillon ,  où  l'on 
sait  qu'était  cette  ville ,  qui  fut  détruite  par  les  Nor- 
mands peu  de  temps  après  Louis-le-Débonnaire.  Pline 
dit':  H  Ruscino  LatinoruTïiy  »  cest-li-dire  Ruscino 
jouissant  des  droits  des  villes  latines;  et  cependant 
on  trouve  dans  Mêla  colonia  Ruscino  %  ce  qui 
prouve  que  Ruscino  avait  reçu  une  colonie  romaine. 
On  ne  doit  donc  pas  s'étonner  de  voir  souvent  dans 
des  inscriptions  des  villes  qualifiées  de  colonies  qui , 
dans  Pline ,  ne  figurent  que  comme  villes  latines. 
Une  inscription  qui  a  été  rapportée  par  P.  de  Marca, 
et  qu'on  a  trouvée  à  Perpignan,  semble  nous  ap- 
prendre que  cette  ville  ,  qui  a  succédé  à  Ruscino , 
était  connue  des  Romains  sous  le  nom  de  Flavium 
Ebusum.^.  Ménard  conjecture^  qiiEbusum  prit  le 
nom  de  Flavium,  en  reconnaissance  de  quelques 
bienfaits  reçus  de  Vespasien  ;  mais  Muratori  ^  observe 
très  bien  que  cette  inscription  a  pu  être  apportée 
d'Ebusus  insula  ou  de  l'île  d'Iviza  à  Perpignan. 
Ce  qu'il  y  a  de  certain  ,  c'est  que  l'histoire  ne  nous 
fournit  aucun  document  relatif  à  Perpignan,  anté- 
rieurement au  commencement  du  xi*  siècle. 

Le  Cervaria  locus ,  que  Mêla  '  indique  chez  les 
Sordones j  devait  être  situé  près  de  Cervera  qui  en 

'  Yoyez  Wesseling,  Itiner.,  p.  Sgy,  et  V Analyse  des  Itinéraires , 
lom.  III  de  cet  ouvrage. 
'  Plin.,  lib.  III,  cap.  5  (4). 

^  Mêla,  lib.  ii,  cap.  5,  tom.  i,  p.  65,  edit.  Tzschuck. 
*  Marca,  Marca  hispanica,  p.  20. 

°  IMenard,  Me'moires  de  l'Acad.  des  Inscript.,  toni.  xxv,  p.  77. 
^  Muratori,  Inscript.,  n°  1107. 
'  Mêla,  lib.  n,  cap.  5,  lom.  11,  p.  65. 


174         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
conserve  encore  le  nom;  c'était  à  la  fois  l'extrémité 
méridionale  de  la  Gaule  et  celle  des  Sordones.  Le 
portus  Veneris y  du  même  auteur,  aussi  mentionné 
par  Ptolémée,  est  Port- Vendre. 

On  doit  regarder  encore  comme  une  sous-di\ision 
renfermée  dans  les  limites  des  Tectosages  les  Tas- 
ct)«ï  que  Pline'  indique  près  de  l'Aquitaine,  et  dont 
le  nom  se  retrouve  dans  celui  d'une  petite  rivière 
nommée  Tescon  et  TascGjium,  en  latin,  ainsi  qu'il 
est  écrit  dans  la  Vie  de  saint  Théodard,  archevêque 
de  Montauban ,  publiée  par  Catel.  Cette  petite  rivière 
en  reçoit  une  autre  nommée  Tesconnet,  laquelle  se 
rend  dans  le  Tarn  ,  près  de  Montauban  '. 

Quant  aux  Taracunonienses ,  ou,  selon  d'autres 
éditions,  les  Zûjrw.yco/îïV/î.jej' du  même  auteur,  d' An- 
ville  les  place,  avec  quelque  degré  de  vraisemblance , 
dans  le  comté  de  Foix ,  aux  environs  d'un  lieu  nommé 
dans  les  titres  du  moyen  âge  castram  Tarasco  ^ . 
Alors  ils  formaient  un  petit  canton  à  l'extrémité 
méridionale  des  Tectosages ,  et  près  des  frontières, 
et  anticipant  même  sur  le  territoire  des  Consoraniii. 
Ces  derniers,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  sont  mentionnés 
dans  Pline  comme  appartenant  à  l'Aquitaine,  ainsi 
que  dans  la  description  de  la  Narbonnaise.  P.  de 
Marca  et  Astruc  ont  voulu  distinguer  les  Consuarani 
des  Consoranni ,  mais  leur  opinion  n'a  aucune  base 
solide,  et  ils  ont  été  bien  réfutés  par  d'Anville, 
qui  observe  qu'on  ne  saurait  considérer  ces  peuples 

'  Plia.,  lib.  III,  cap.  5  (4),  tom.  ii,  p.  64,  cdit.  Lem.  —  Hardouin 
cite  cinq  manuscrits  pour  cette  leçon. 

"  D'Anville,  Notice  de  la  Gaule,  p.  655. 

'  Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  tom.  ii,  p.  64-  —  D'Anville,  Notice 
de  l  ancienne  Gaule ,  p.  654- 


PARTIE  IT,  CHAP.  IV.  175 

comme  étant  renfermés  dans  l'Aquitaine  avant  l'ar- 
rangement fait  par  Auguste,  et  qu'une  partie  même 
de  leur  territoire  a  du  rester  à  la  Narbonnaise. 

L'ancienne  capitale  des  Tolcœ  tectosages  ^  était 
Tolosa ,  Toulouse,  ville  dont  la  juridiction  était, 
par  cette  raison,  fort  étendue;  c'est  ce  qui  a  porté 
Pline  à  considérer  encore  comme  une  sous-division 
des  Tectosages  le  territoire  de  cette  ville  :  u  Tolo- 
'.(  sani  Teciosagum,  Aquitaniœ  conterinini ;  ))  mais 
il  ne  faut  pas  oublier  que  les  Tolosani  ne  sont  que  la 
partie  principale  des  Tectosages  ;  qu'ils  ne  forment 
point  un  peuple  distinct;  tandis  que  les  Sordones , 
qui  sont  dans  l'intérieur  des  montagnes,  paraissent 
avoir  eu  une  origine  différente,  et  qu'ils  ont  peut- 
être  précédé  dans  ce  pays  les  Voicce  tectosages. 

On  ne  sait  où  placer  les  JJmhranici-,  dont  le  nom 
paraît  pour  la  première  fois  dans  Pline  ',  et  dont  l'exis- 
tence est  confirmée  par  la  Table  de  Peutinger  %  où 
on  lit  XJmhranicia.  D'Anville,  d'après  de  très  légers 
indices,  leur  attribue  la  partie  méridionale  du  dio- 
cèse d'Albi.  Cette  position  serait  probable  si  on  pou- 
vait s'en  rapporter  à  l'indication  de  la  Table;  mais 
comme  presque  tous  les  autres  peuples  dont  elle  fait 
mention  sont  hors  de  leurs  places,  il  en  résulte  que 
cette  indication  contribue  faiblement  à  diminuer  nos 
incertitudes  ^. 

IjC  district  de  Narbonne,  ou  des  Atacini,  se  trouve 
représenté  par  la   province  ecclésiastique  de  Nar- 

'  Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  toni.  ii,  p.  65,  edit.  Lein. 

'  Tabula  peutinger.,  §.  i.  F. 

*  C'est  aussi  le  sentiment  de  d'Anville  ;  voyez  Notice  de  l'ancienne 
Gaule,  p.  yi'i. 


176        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
JDonne  ,   et  renfermait   les  villes    suivantes ,  selon 
Ptolémée  '  : 

Carcaso ,  Carcassonne. 

Betirœ,  Béziers". 

Narbon  colojiia ,  Narbonne. 

Agatha ,  Agde. 

Cette  division  ne  se  trouve  pas  précisément  expri- 
mée dans  Ptolémée,  ni  même  dans  Pline  et  dans 
Strabon;  mais  elle  est  indiquée  par  Mela^,  et  elle 
résulte  nécessairement  de  la  trop  grande  extension 
que  Strabon  donne  au  territoire  des  Arecomici , 
auxquels  il  adjuge  ce  district  àç,sAtacim^ ,  tandis  que 
Pline  et  Ptolémée  ^  le  donnent  aux  Teciosnges.  La 
position  de  toutes  les  villes  ici  mentionnées  se 
trouve  démontrée  par  les  mesm^es  des  Itinéraires 
et  par  les  monumens  de  Thistoire. 

Nous  avons  déjà  eu  occasion  de  parler  de  Nar- 
bonne ^  ;  nous  observerons  seulement  ici  que  Strabon 
a  raison  de  dire  que  «  Narbonne  est  située  au-dessus 
del'embouchure  de  l'Ataxetdel'étangNarbonnais;  » 
alors  le  cours  de  l'Aude  était  différent  de  ce  qu'il 

'  Ptolem.,  lib.  ii,  cap.  lo,  p.  5i  {55). 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  iio. 

^Mela,  Geogi-.,  lib.  ii ,  cap.  5.  — Cette  division  du  district  de 
IVarbonne  me  paraît  aussi  clairement  désignée  par  Asinius  PoUion, 
qui,  en  écrivant  à  Cicéron  (Cicero,  Epist. ,  lib.  x,  epist.  53),  se  sert 
du  mot  Narbone  pour  exprimer  tout  le  district  de  Narbonne;  et 
par  Cicéron  {Epist.,  lib.  x,  epist.  26),  qui,  écrivant  à  Furnius,  se 
sert  du  mot  Narbonenses ,  non  pour  désigner  les  habitans  de  Nar- 
bonne seule,  mais  tous  ceux  du  district  de  Narbonne.  — Voyez 
Blandajors,  Hist.  critique  de  la  Gaule  narhonnaise,  p.  l^-jb. 

*  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  i4o,  192  et  igS. 

'  Plin.,  lib.  III,  cap.  5  (4),  tom.  u,  p.  54,  edit.  Lem.  —  Ptolem., 
lib.  II,  cap.  10,  p.  5i  {55);  lib.  viii,  p.  192  (225). 

"  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  109,  i4o,  197. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  177 

est  aujourd'hui.   Ce  fleuve    traversait  le  Rubresus 
laciis  de  Mêla  et  de  Pline,  qui  est  l'étang  Narbon- 
nais  de  Strabon  et  d'Etienne  de  Bjzance.  L'ancien 
cours  de  l'Aude  se  trouve  représenté  par  le  cours 
d'eau  que  l'on  nomme  le  canal  de  la  Roubine,  qui 
se  rend  dans  les  étangs  de  Gruissan,  de  Bages  ou  de 
Sigean ,  et  dont  l'entrée  est  encore  fort  resserrée, 
comme  du  temps  de  Mêla.  Sur  la  grande  Carte  du 
diocèse  de  Narbonne ,  comme  sur  celle  de  Cassini , 
on  mesure  exactement,  depuis  cette  entrée  jusqu'à 
Narbonne,  12  milles  romains  de  760  toises  chacun; 
ce  qui  s'accorde  avec  Pline,  qui  dit  que  Narbonne 
est  à  12  mille  pas  de  la  mer  :  la  mesure  doit  être 
prise  du  fort  de  La  Nouvelle,  où  était  l'embouchure  de 
l'Aude  du  temps  des  Romains.  On  a  découvert  les 
restes  d'un  canal  et  de  deux  fortes  levées  en  pierres 
qu'ils  avaient  construits  '.  Le  Rubresus  lacus  est 
donc  l'étang  de  Sigean  '  ou  de  Bages  ;  ceci  prouve 
que  depuis  les  anciens  il  n'y  a  pas  eu  d'atterrissemens 
de  ce  côté ,  tandis  qu'il  y  en  a  eu  d'assez  considéra- 
bles à  l'orient  du  golfe,  depuis  Agde  jusqu'au  Rhône. 
Tous  les  étangs  de  cette  côte  faisaient  autrefois  partie 
de  la  mer.  Stiabon  observe  aussi,  avec  raison,  que 
VAtax ,  l'Aude,  VObrisy  l'Orbe,  et  le  Rauraris  ou 
Arauris ,  l'Hérault,  sont  trois  fleuves  qui  viennent 
des  Cévennes,  et  se  jettent  dans  la  mer;  que  VOrobis, 
rOrbe,  passe  à  Bœterray  Béziers,  place  forte;  et 
que  YArauiis  arrose  la  ville  d'Agde.  Les  Romains 
avaient  assuré,  par  la  construction  d'un  canal  large 

'  Mémoires  de  l'Académie  des  Inscriptions,  tom.  11,  p.  68. 
'  On  doit  écrire  Sigean  j  le  nom  latin  du  village  de  Sigean,  dans 
le  moyen  âge,  est  Signa. 

II.  12 


178         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
d'environ   loo  pas  et  long  de  2,000  ',  dont  on  a 
retrouvé  les  vestiges ,   la  navigation  de  l'Aude  de- 
puis la  ville  de  Narbonne  jusqu'à  la  mer.  Le  ter- 
ritoire  d'Agde   s'étendait  jusque  sur  les  bords  de 
l'étang  de  Tau,  où  Mêla  mentionne  un  lieu  nommé 
Mesua  ,   qu'un   capitulaire   de  Charles -le -Chauve 
nomme  castriun  de  Mesoa  in  pago  Agathense.  Ce 
lieu  n'a  jamais  formé  une  ile ,  comme  le  prétend 
d'AnvîUe,  d'après  Astruc  \  Le  passage  de  Mêla  est 
mal  ponctué  dans  toutes  les  éditions,  même  dans 
celle  de  Tzschuck  %  et  a  été  mal  interprété.  Le  mot 
collis  doit  être  détaché  de  Mesua,  et  ne  s'y  rap- 
porte pas  comme  on  l'a  cru;  on  doit  lire  :  u  ZTltra 
((  sunt  stagna  T^olcarum  ;  Ledunijlumen ;  castellwii 
((  Latera;  Mesua ^  coUis  incinctus  mari  pœne  un- 
((  dique ,  ac ,  nisi  quod  angusio  aggere  continent i 
(f  adnectitur,  insula.  n  Cette  collis  incinctus,  si  bien 
décrite  par  Mêla,  est  le  Setius  mojis  dont  parlent 
aussi  Strabon  et  Ptolémée,  qui  est  nommé  Sita  dans 
un  diplôme  de  Louis-le-Débonnaire,  de  l'an  SSy  ;  c'est 
aujourd'hui  Sete.  Cette  colline,  qui  a  donné  son  nom 
à  la  ville  de  Cette,  bâtie  en  1666,  formait  à  l'orient 
la  limite  du  territoire  de  Narbonne  ;   le  castelhun 
Latera  était  entièrement  chez  les  J^olcœ  arecomici. 
Pline  dif*  :  Agatha,   quondam  Massiliensium  , 
Agde  ,    appartenant  autrefois  aux  Marseillais,    En 

■  Sb'abon,  lib.  iv,  p.  182  (276),  tom.  11,  p.  17,  de  la  trad.  frauç. 
—  Georgest,  Mémoire  sur  la  Salubrité  de  la  ville  de  Narbonne 
dans  les  temps  anciens,  p.  9  et  lo. 

'  D'Anville,  Notice,  p.  459.  —  Astruc,  Hist.  nat.  du  Languedoc . 
p.  56. 

^Voyez  Mêla,  lib.  it,  cap.  5,  p  64,  édit.  de  Tzschuck. 

*Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  toni.  11,  p.  54,  edit.  Lem. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  179 

effet,  parmi  les  villes  qu'ils  avaient  fondées  sur  toute 
l'étendue  de  ce  rivage,  Strabon  nomme  Rhode  (le 
Rhoda  Rhodiorum  de  Pline),  Agatha ,  Tauroen- 
tium,  Antipolis  et  Nicœa.  Mais  César  dépouilla  les 
Marseillais  d'une  partie  de  la  jurisdiclion  que  le  sénat 
romain  leur  avait  laissée  sur  ces  antiques  colonies, 
parce  qu'ils  s'étaient  déclarés  du  parti  de  Pompée  '. 
Scymnus  de  Chio  fait  aussi  mention  ^Agathe  '.  Le 
lieu  nommé  Piscenœ ,  dans  Pline,  doit  être  évidem- 
ment placé  à  Pesenas,  et  fait  partie  du  district  inter- 
médiaire qui  se  trouvait  placé  entre  les  Tectosages 
et  les  Arecomici.  Pesenas  est  un  lieu  ancien  qui,  dans 
les  titres  du  mojen  âge,  est  nommé  Pesenatium.  La 
petite  rivière  qui  coule  à  Pesenas  se  nomme  Pesne, 
et  prend  sa  source  près  d'un  lieu  nommé  Pezène; 
dans  ce  dernier  lieu  on  trouve  encore  cette  espèce 
de  laine  qui  ressemble  à  du  poil,  dont  parle  Pline, 
qui  ajoute  qu'elle  se  trouve  aussi  en  Istrie  et  en 
Liburnie  ^  C'est  à  une  époque  postérieure  à  celle 
dont  nous  traitons ,  et  dans  les  lettres  de  Sidoine 
Apollinaire  '^y  qu'il  est  fait  mention  de  Liviana,  situé 
dans  ce  district,  dont  les  mesures  des  Itinéraires  dé- 
terminent la  position  à  Cassendou  ^ . 

'  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  180  ("272)  ;  tom.  11,  p.  1 1,  ti-ad.  fr. 
.  '  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  2,  tom.  1,  p.  27.  —  Scymn.  Cli., 
Perieg.,  v.  207,  tom.  ir,  p.  i3  ,  des  Geogr.  min.,  éd.  Hudson.  —  Au 
tom.  I,  p.  28,  note  4,  j'ai  cité  d'Anville,  sans  avertir  qu'il  cite  à 
tort,  pour  Agde,  Denys-le-Périégète,  qui  n'a  point  parlé  de  cette 
ville. 

'  Plin  ,  lib.  ni,  cap.  5  (4);  li^-  ^'"'»  cap.  j3  (48),  tora.  11,  p.  64, 
et  tom.  III,  p.  SuS,  edit.  Lem. 

''  Sidou.  ApoUin.,  lib.  vni,  epistol.  5. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 


180         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Volcœ  arecomici,  province  ecclésiastique  de  Nî- 
mes. Ptolémée  '  ne  nomme  dans  ce  district  que  deux 
villes,  T^indoînagus  et  Nemaiisus. 

Je  place  par  conjecture  Tindornagus  à  Vendé- 
miase ,  à  8  kilomètres  de  Gigna ,  département  de 
l'Hérault.  Cette  position  me  paraît  préférable  à  toutes 
celles  que  l'on  a  proposées  jusqu'à  présent  "". 

Quant  à  Nemausus,  sa  position  à  Nîmes  moderne 
non  seulement  se  trouve  prouvée  par  l'histoire  et 
par  les  Itinéraires  de  la  route  qui  part  à' Arelate , 
Arles,  et  qui  aboutit  à  Narho,  Narbonne,  mais  nulle 
autre  ville  en  France,  excepté  peut-être  Arles,  ne 
conserve  des  restes  aussi  magnifiques  de  la  grandeur 
romaine  \  Les  immenses  travaux  exécutés  par  les 
Romains ,  pour  amener  les  eaux  des  sources  de 
l'Airan  et  de  l'Eure,  sont  démontrés  par  ce  pro- 
digieux aqueduc  ,  encore  subsistant ,  qu'on  nomme 
le  pont  du  Gard  :  cette  majestueuse  construction 
frappe  d'admiration  tous  ceux  qui  visitent  le  solitaire 
vallon  où  elle  est  placée.  L'ancien  nom  de  la  source  de 

'  Ptolemaeus,  Geogr.,  lib.  ii,  cap.  lo,  p.  5o(55),  edit.  Bert. 

'  Jean  Poldo  d'Albenas,  antiquités  rie  Nîmes,  veut  placer  Vindo- 
mngus  à  Saint-Thibery,  qui  est  bien  certainement  Cessero.  —  Catel, 
Mémoires  sur  l'histoire  du  Languedoc ,  p.  3i,  place  Vindomagus  à 
Yigan,  et  d'Anville  a  adopté  son  sentiment;  mais  Catel  et  Hadrien 
de  Valois  ont  aussi  proposé  Saint-Gilles  ou  Usez,  —  Astruc  veut  que 
ce  soit  la  ville  de  Sausse  ;  voyez  Mémoires  sur  l'histoire  naturelle  du 
Languedoc.  — D'Anville,  Notice,  p.  708 ,  place  ce  lieu  à  Vigan,  qui 
se  nommait  Vicanus  dans  le  moyen  âge.  — ■  Menard,  Hist.  de  Nîmes, 
tom.  1,  p.  17,  place  Yindomagus  au  village  de  Londres.  —  D.  Vais- 
sette  rapporte  Findomagus  à  Vindargius,  à  deux  lieues  de  Mont- 
pellier. {Hist.  ge'ne'rale  du  Languedoc,  tom.  v,  p.  662.) 

'  Conférez  Clerisseau,  dans  l'ouvrage  intitulé  :  Antiquités  de  la 
France,  in-folio;  Paris,  1778.  —  J.-C.  Vincent,  Topographie  de 
Nîmes,  in-4°  ;  1802  ,  p.  8. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  181 

l'Eure,  Urœjons,  nous  est  donné  par  un  aulel  dédié 
aux  lares  d'Auguste;  cette  inscription,  ainsi  que  les 
vestiges  des  conduits  qu'on  a  trouvés,  prouvent  que 
c'est  cette  source  qui,  après  avoir  reçu  celle  d'Airan, 
versait  ses  eaux  dans  l'aquéduc  du  Gard  ',  d'où  elles 
étaient  conduites  jusqu'à  Nîmes  par  d'autres  aque- 
ducs, en  faisant,  à  partir  des  sources,  un  trajet  de 
sept  lieues,  à  cause  des  détours  nécessités  par  les  acci- 
dens  du  terrain.  Avant  d'arriver  au  pont  du  Gard, 
ces  aqueducs  passaient  par  le  village  de  Saint-Maxi- 
min,  près  d'Usez;  par  celui  de  Vers;  et  après,  par 
le  pont  du  Gard;  par  Saint-Bonnet;  ensuite  près  de 
Fargnac ,  entre  les  villages  de  Besousse  et  de  Saint- 
Gervasi  ;  et  enfin  sur  les  collines  où  l'on  a  bâti  les 
aqueducs  de  Saint-Gervasi  '.  Les  médailles  de  Nîmes  % 
les  nombreuses  inscriptions  et  les  monumens  trouvés 
dans  cette  ville  ,  ceux  qui  y  subsistent  encore ,  sont 
connus  de  tout  le  monde,  et  ont  été  souvent  gravés, 
quoique  toujours  imparfaitement  ou  mal  '^.  Pline  et 
Strabon  nous  apprennent  que  Nîmes,  qui  avait  le 
titre  de  colonie,  dominait  sui^  vingt-quatre  villes  ou 
bourgades  qui  jouissaient  du  droit  de  villes  latines. 

'  Lettre  de  M.  M.  Artaud  à  M.  Miilia,  Magasin  eiicjclope'dique , 
juiD  1818. 

'Menard,  Hist.  de  Nîmes,  tom.  vu,  p.  i52. 

'  Mionnet,  Descripl.  des  Médailles,  tom.  i,  p.  77.  —  Supplément, 
tom.  I,  p.  i44- 

''  Il  faut  cependant  excepter  l'ouvrage  de  Clerisseau  sur  la  Maison - 
Carrée,  Antiquités  de  Nîmes  ;  1778,  in-folio.  —  Conférez  encore 
Caylus,  Antiquités ,  tom.  m,  PI.  90,  91  et  9a,  p.  332;  et  tom.  v, 
PI.  98,  p.  273.  —  Muratori,  Inscript.,  tom.  u,  p.  1062;  p.  1112, 
n°8.  —  Gruter,  Inscript.  ,  p.  325,  6;  467,  3.—  Millin,  f^ojages, 
tom.  IV,  p.  212  à  25o;  et  tom.  i  et  vu  de  VHist.  de  Nime^ ,  ])ar 
Menavd,  —  Vincent,  Topogr,  de  Nîmes,  in-4'';  1802,  p.  8. 


182         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Nous  allons  tâcher,  d'après  les  auteurs  et  les  mônu- 

raens,  d'en  retrouver  au  moins  une  partie. 

Le  castellum  Latera ,  mentionné  par  Mêla'  comme 
un  lieu  situé  sur  le  rivage ,  devait  être  de  ce  nombre. 
Son  nom  se  retrouve  dans  le  castrum  de  Lotis  y 
du  xiii"  siècle,  nommé  depuis  tour  des  Lates;  il  est 
aussi  appelé  dans  les  titres  du  moyen  âge  ,  castrum 
de  Palude ,  et  était  situé  près  de  l'embouchure  de 
l'étang  de  Lez,  dans  l'étang  de  Maguelonne  ou  de 
Perols.  L'étang  voisin  est  le  stagniim  Latera  de 
Pline  %  qu'il  indique  bien  dans  la  province  Narbon- 
naise  et  dans  le  district  de  Nimes  :  selon  lui,  les 
hommes,  dans  ce  merveilleux  étang,  péchaient  des 
poissons  en  société  avec  les  dauphins.  Mais  la  ville 
la  plus  considérable ,  après  l^indomagus  et  Ne- 
mausus ,  a  dû  être  Luteifa^  qui,  depuis,  a  formé 
un  évêché  particulier,  et  qui ,  de  tout  temps ,  a  dû 
appartenir  aux  Volcœ  areconiici.  Pline,  suivant  son 
usage,  en  fait  mention  par  son  ethnique  au  pluriel. 
Une  route  de  la  Table ,  qui  conduit  ai  Jgatha,  Agde, 
à  Sigodunum,  Rhodez,  détermine  la  position  de 
Luteva  à  Lodève  moderne  *.  Pline  dit  :  Lutevani,  qui 
et  Foroneronienses .  Astruc  a  cru  qu'il  était  ici  ques- 
tion au  Joruni  Neronis  des  Merrdni,  mentionné  par 
Ptolémée,  ce  qui  n'est  guère  présumable.  Au  reste, 
si  on  doit  rapporter  ces  deux  lieux  à  une  même  posi- 
tion qui  ne  soit  ni  Carpentoracte ,  ni  Luteva ^  cette 
position  est  entièrement  inconnue.  Une  inscription 

■  Mêla,  lib.  ii,  cap.  5,  p.  64,  edit.  Tzschuck. 
'  Plin.,  lib.  IX,  cap.  9,  tom.  iv,  p.  22,  edit.  Lem. 
'  Plin.,  lib.  III,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  64,  edit.  Lem.  —  Voyez 
\ Analyse  des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  183 

trouvée  à  Ledemon  ,  près  de  Nîmes,  semble  indiquer 
dans  cet  emplacement  l'existence  d'ufie  petite  cité 
dite  des  Lettinones  ' . 

Une  autre  inscription  romaine  trouvée  à  An- 
duse%  qui  paraît  avoir  été  une  sorte  d'Itinéraire 
gravé  sur  une  borne  milliaire  %  non  seulement  nous 
indique  dans  cet  endroit  même  un  lieu  romain  nommé 
j/indusia ,  mais  nous  révèle  encore  les  noms  de  neuf 
autres  lieux  qui  étaient  dans  la  dépendance  des 
Arecomici.  11  est  encore  question  ai  jlndusia  dans 
une  charte  du  ix"  siècle  '.  Dans  cette  inscription 
figurent,  en  plus  gros  caractères  et  au  génitif,  Ugerni 
et  Ucetiœ.  Les  mesures  des  Itinéraires,  aussi  bien 
que  l'histoire  ,  démontrent  la  position  ^Ugernum 
à  Beaucaire,  et  ^Ucetia  h  Uzez  ^  ;  cette  dernière 
ville  se  trouve  aussi  mentionnée  dans  la  Notice  de  la 
Gaule,  quoiqu'elle  ne  soit  qualifiée  que  de  castriim; 
elle  est  cependant  devenue  le  siège  d'un  évéché. 
La  position  de  Sextantio  aux  ruines  romaines  près 
de  Castelnau,  non  loin  de  Montpellier,  et  nommées 
Sostentio,  se  trouve  fixée  par  les  monumens  de  l'his- 
toire et  par  les  mesures  des  Itinéraires  :  ce  lieu  est 

■  Orelli,  Inscript,  sélect.,  tom.  i ,  p.  loo.  —  SpoQ,  MiscelL,  p.  80, 
17;  Reines.,  j).  1007,  2. 

*  Menard,  Histoire  de  Nîmes,  tom.  i ,  p.  i-i ,  notes. 

'  Cette  conjecture  devient  bien  vraisemblable  depuis  la  découverte 
de  la  pierre  de  Tongres,  en  1817,  qui  contient  un  pareil  Itinéraire. 

*  Astruc,  Hist.  nat.  du  Languedoc ,  tom.  i ,  p.  55.  —  On  a,  dil-on, 
découvert  près  de  Narbonne  et  d'Auch  des  inscriptions  qui  sont  des 
e.r  XH^to  à  Hercule  ,  avec  le  surnom  iX'Aiulosso  et  ({'Andosc.  —  Voyez 
les  Me'in.  de  la  Socie'lc  nrclie'olos^iqur  du  midi  de  In  France  ;  i834, 
in-4°,  p.  "^86. 

^  Voyez  X Analyse  des  Ilinc'rnircs.  tom.  m  de  cet  ouvrage. 


184  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
aussi  mentionne  dans  cette  inscription  ' .  Brugetiaj 
qu'on  j  trouve  aussi ,  me  parait  devoir  être  placé  à 
Brugnière,  dans  le  diocèse  d'Usez,  nommé  Brugeria 
dans  les  titres  du  xiv^  siècle  \  Le  nom  de  Tedusia, 
qui  suit  immédiatement  celui  de  Brugetia,  se  re- 
trouve dans  celui  de  la  Tede  ou  la  Taida ,  près 
Saint-Jean-de-Gardonenque,  où  l'on  a  découvert  des 
antiquités.  Vatrute  est  peut-être  Valleraugue  ,  à 
l'ouest  d'Anduze.  Briginn  est  fixé  par  Menard  ^  à 
Brignon ,  sur  le  Gardon ,  à  quatre  petites  lieues  à 
l'occident  d'Uzez  ^  ;  ce  lieu  est  nommé  Brienne  ou 
Brinnonus  dans  les  titres  du  xiv^  siècle.  On  y  a  trouvé 
d'ailleurs  des  médailles,  des  statues  et  des  inscriptions 
romaines^.  Le  nom  et  la  position  de  Statumœ  me  pa- 
raissent se  retrouver  dans  Sumènes  moderne,  au  midi 
de  Valleraugue,  et  un  peu  au  nord  de  G  anges.  Le  nom 
de  T^irinn  se  reproduit  pareillement  avec  peu  d'altéra- 
tion dans  la  petite  rivière  de  Virinque  ou  Virenque , 
qui  forme  la  limite  moderne  du  district  de  Vigan  (dé- 
partement du  Gard),  et  de  celui  de  Lodève  (départe- 
ment de  l'Hérault).  L'ancien  Virinn  doit  avoir  été 
Luc  ou  Vissée,  situés  sur  cette  rivière.  Je  ne  puis 
retrouver  Seguston  qui  se  trouve  à  la  suite  ô^Ucetiœ, 
mais  je  crois  que  ce  lieu ,  renfermé  comme  les  autres 
dans  le  territoire  de  Nîmes,  n'a  point  de  rapport 
avec  Segusterone  ou  Sisteron,  qui  est  beaucoup  trop 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  — 
Menard,  Histoire  de  Nîmes,  tom.  i,  p.  4  et  8,  et  p.  22  des  notes. 

'  Menard,  Histoire  de  Nîmes,  tom.  vu,  p.  227;  et  tom.  m,  p., 
p.  82,  col.  2. 

^  Menard,  Hist.  de  Nîmes,  tom.  1 ,  p.  24  ;  et  tom.  vu,  p.  228. 

*  Tout  près  de  Boucairan. 

*  Menard,  tom.  m,  Preuves,  p.  82. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  185 

éloigné  :  peut-être  ce  lieu  est-il  Sagriers,  au  midi 
d'Usez  '.  Trevidon ,  dont  il  est  fait  mention  dans 
Sidoine  Apollinaire  ',  était,  ainsi  que  nous  l'avons 
dit^,  à  Saint-Laurent-de-Trèves ,  canton  de  Florac , 
chez  les  Gabali;  mais  les  deux  autres  maisons  de 
plaisance  que  le  même  auteur  nomme  dans  le  même 
passage  paraissent  avoir  été  situées  sur  les  bords  du 
Gardon  ou  Vardo ,  et  se  trouvaient  par  cons'iquent 
chez  les  Volcœ  arecomici.  On  place,  avec  beaucoup 
de  vraisemblance ,  la  première ,  nommée  Vorincus  , 
à  Brocen,  le  Brocincus  des  titres  du  moyen  âge; 
c'est  aujourd'hui  une  paroisse  inhabitée  à  200  pas 
d'Alais  :  la  seconde  ,  Prusianum ,  seroit  un  lieu 
nommé  Bresium  dans  le  moyen  âge,  aujourd'hui 
Bresis  :   ces  deux   positions  sont  proches  l'une  de 

'  D'Anville  n'a  fait  emploi ,  ni  dans  sa  Notice ,  ni  dans  sa  Carte , 
d'aucun  des  lieux  mentionnés  dans  cette  curieuse  inscription,  si  ce 
n'est  d'Andusia.  Voici  comme  les  noms  se  suivent  dans  l'inscription  : 

Andusia. 

Brugctia. 

Tedusia. 

Vairute. 

•Ugerni. 

Sextantio. 

Briginn. 

Statumœ. 

Virinn. 

.UCKTI.C 

Seguston. 

—  Menard  rapporte  Seguston  à  Sostelle,  près  d'Alais,  Vatrute  à 
Cruviers,  Virinn  à  Vesenobre,  Brugetia  à  Brugnière,  Tedusia  à 
Thesiers,  et  cela  sur  les  seuls  rapports  des  noms  :  il  n'y  a  que  les 
deux  derniers  où  ces  rapports  existent.  Voyez  Menard,  Hist.  de 
Nîmes,  tom.  vu,  p.  6&j. 

"  Sidonius  ApoUinaris,  Carmen  24.  —  Hist.  de  Fr.,  p.  814. 

'  Vovcz  ci-dessus,  part.  11,  ch.  2,  tom  i,  p.  35o. 


186         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
l'autre,  ainsi  que  le  veut  le  texte  de  Sidoine  Apol- 
linaire '. 

Ce  qui  restait  des  Volcœ  areconiici ,  après  en 
avoir  retranché  le  district  de  Narbonne,  avait,  du 
temps  d'Auguste,  la  faculté  de  se  gouverner  par  ses 
propres  lois;  Nîmes  et  les  vingt-quatre  bourgades  qui 
en  dépendaient  n'étaient  point  soumises  aux  gouvei'- 
neurs  envoyés  de  Rome ,  et  formaient  une  enclave 
dans  la  Province  romaine.  Cette  particularité,  qui 
nous  est  enseignée  par  Strabon  %  démontre  l'exacti- 
tude de  la  classification  que  nous  avons  établie;  mais 
continuons  l'examen  du  texte  de  Ptolémée  \ 

Les  Anatili ,  aux  embouchures  du  Rhône. 

Leurs  villes  sont  : 

Maritima  colonia,  à  l'embouchure  du  Rhône,  dit 
le  Vieux-Rhône. 

Cœni  flui>.  ostia. —  Le  texte  grec  signifie  nou- 
velle embouchure  du  Rhône;  par-là  Ptolémée,  ainsi 
que  le  prouvent  ses  mesures,  désignait  le  canal  ou 
l'étang  de  Ligagnan,  le  Gras-de-Foz.  Les  traducteurs 
latins  en  ont  fait  le  Cœnus  fliwius  '*;  mais,  ainsi  que 
je  l'ai  déjà  remarqué  ^,  la  découverte  d'une  médaille 
publiée  par  M.  le  marquis  deLagoy*^  semble  justifier 

'  Mandajors,  Mémoires  de  l'Acad,  des  Inscript.,  toni.  m,  p  ■l'èo. 

'  Strabon,  lib.  iv,  p.  i86  et  187  (285);  tom.  11,  p.  5o,  de  la  trad. 

'  Ptoleniaeus,  lib.  11,  cap.  10,  p.  55. 

*  Je  croyais  être  le  seul  qui  eût  fait  cette  remarque;  mais  le  sens 
de  cette  pbrase  de  Ptolémée  n'avait  échappé  ni  à  Monet,  ni  à  Honoré 
Bouche;  voyez  Choros^rapliic  de  Provence,  in-folio,  tom.  1,  p.  166. 

'  Voyez  ci-dessus,  t.  i,  p.  281,  et  dans  le  t.  m  de  cet  ouvrage, 
V Analyse  des  côtes  méridionales  de  la  Gaule.,  par  M.  Gossellin. 

^  Descriptions  de  qucUiues  Médailles  inédites  de  Massilia ,  de 
(ilaniim,  des  Ccniccnscs  cl  des  Awtci ;  Aix,  i834,  in-4",  par  M.  le 
marquis  de  Lagoy. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  187 

le  texte  latin  de  Ptolémce,  qui  est  peut-être  plus 
ancien  que  les  textes  grecs  que  nous  possédons,  et 
ce  texte  nous  révèle  l'existence  d'une  cité  ou  d'un 
peuple  nommé  KMNlKHTfiN ,  qui  a  pu  se  trouver 
dans  les  environs  du  fleuve  Cœnus ,  et  qu'on  peut 
rapporter  aux  Cenicenses  ou  Cœnicenses  '  de  Pline 
ou  aux  Secoani  d'Artéraidore,  donnés  par  cet  auteur 
comme  une  nation  qui  habitait  les  bords  du  fleuve 
Secoojius,  et  qui  était  dans  la  dépendance  des  Mar- 
seillais'. Cette  médaille,  trouvée  parmi  beaucoup 
d'autres  de  Marseille,  porte  une  tête  jeune  de  Bacchus, 
à  droite,  avec  une  corne  de  bélier  près  de  l'oreille 
et  des  pampres  dans  les  cheveux.  Au  revers,  Kaïni- 
ketouj  une  hyène  ou  un  loup  rugissant,  à  droite,  la 
queue  entre  les  jambes  :  sous  le  ventre,  un  mono- 
gramme. Cette  médaille  justifie  en  partie  l'opinion 
d'Hardouin ,  rejetée  par  d'Anville ,  qui  tend  à  placer 
les  Cenicenses  à  cette  embouchure  du  Rhône  qui 
portait  le  nom  de  Cœnus. 

Les  mesures  de  Ptolémée  ^  pour  Maritima  colonia 
fixent  donc  les  Anatili  (dont  cette  ville  était  la  ca- 
pitale) entre  les  embouchures  du  Rhône.  Pline  '^ 
parle  aussi  d'une  région  des  Jnatili ,  et  son  énumé- 
ration  rapide  lui  assigne  le  même  emplacement  que 
Ptolémée  attribue  h  ce  peuple;  en  effet,  après  avoir 

'  Plin.,  Hist.  tiat.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  6;  tom.  i,  p.  65,  de  l'édit. 
de  Lemaire. 

'  Stephanus  Byzant. ,  edit.  Berkelii;  1694,  in-folio,  p.  665  :  edit. 
Pinedo  ;  1678 ,  p.  594.  —  Lagoy»  P-  ^5  à  29. 

^  Voyez  Gossellin,  Analyse  des  côtes  méridionales  de  la  Gaule  , 
tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Plin.,  lib.  III,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  5^,  edit.  Leni.  —  Mêla, 
lib.  11,  cap.  5,  p.  65,  edit,  Tzschuck. 


188  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
mentionné  les  ccimpi  Lapidei  ou  la  plaine  de  la  Craii, 
en  procédant  de  l'orient  à  l'occident,  Pline  ajoute  : 
Regio  Anatiliorimij  et  intus  Desu^fiatium,  Cavarum- 
que;  ce  qui  prouve  que  les  jénatili  étaient  k  l'ouest  de 
la  branche  orientale  du  Rhin  et  près  du  rivage.  Ptolé- 
mée  '  qui,  au  contraire,  procède  d'occident  en  orient, 
dit  :  ((  Après  le  Rhône ,  et  sur  le  rivage  de  la  mer, 
«  sont  les  Anaiili  et  leur  ville,  Maritima  colonia.  » 
Il  s'accorde  donc  avec  Pline  pour  placer  les  Anatili  à 
l'ouest  de  la  branche  principale  du  Rhône.  Mais  il  se 
présente  ici  une  difficulté  :  Pline  attribue  Maritima 
colonia  à  un  peuple  particulier,  nommé  Avatici,  dont 
Ptolémée  ne  fait  pas  mention  :  Oppidum  Maiitima 
Avaticorum  ;  et  Mêla  s'accorde  avec  Pline ,  et  fixe 
même  l'emplacement  de  Maritima  avec  précision  ; 
car ,  après  voir  parlé  de  Marseille ,  il  dit  :  «  Entre 
u  cette  ville  et  le  Rhône  est  Maritima ,  sur  les  bords 
((  de  l'étang  des  Avatici.  ))  C'est  d'après  cette  indi- 
cation de  Mêla  que  d'Anville  %  dans  sa  Notice  de  la 
Gaule,  a  placé  Maritima  à  Martigues,  guidé  par  le 
rapport  du  nom  ancien  et  du  nom  moderne;  mais 
on  n'a  jamais  trouvé  dans  ce  lieu  le  moindre  débris 
d'antiquités.  Honoré  Bouche,  dans  sa  Chorographic 
de  Provence,  a  proposé  Berre  ou  Marignane  *  ;  Papou 
veut  que  ce  soit  Cap-d'OEil  '^,  entre  l'cmbouchuie  de 
l'Arc  et  de  la  Durance,  où  ou  a  trouvé  un  grand 
nombre  d'antiquités  ^.  La  circulation  de  la  route  de 
l'Itinéraire  à  l'entour  de  l'étang  de  Bcrre  et  le  beau 

•  Ptolemaeus,  lib.  ii,  cap.  lo,  p.  5o  [55),  cdit.  Bert. 

"  D'Anville,  Notice,  p.  65. 

'  Bouche,  C/iorogrnphie  de  Provence- 

'<  Papon,  Histoire  générale  de  Provence,  loin,  i  ,  p.  87. 

-  Vovez  ci-dessus,  loni.  i,  p.  118. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  189 

monument  qui  existe  au  passage  de  la  Touloubre  ', 
près  Saint-Chamas,  viennent  aussi  à  l'appui  de  l'opi- 
nion qui  veut  reconnaître  une  ville  dans  cet  empla- 
cement; mais  il  est  certain  que,  d'après  Mêla  et 
Festus  Avienus,  Mastramela,  autre  ville,  que  Pline 
nomme  Astromela ,  doit  aussi  avoir  été  située  sur 
les  bords  de  l'étang  de  Berre  ;  et  puisqu'on  a  trouvé 
à  Citis  ou  Saint-Biaise,  sur  les  bords  de  ce  même 
étang,  une  inscription  relative  au  curator  Maritimœ 
Avaticorum ,  qui  détermine  dans  cet  emplacement 
Maritiina  Avaticorum  de  Pline,  c'est  à  Cap-d'OEil 
qu'il  convient,  ainsi  que  nous  l'avons  dit,  de  placer 
Mastramela  d'Artémidore  ou  \ Astromela  de  Pline. 
Maridnia  colonia  de  Ptolémée  nous  paraît  diffé- 
rente de  Maritima  Açaticorum  de  Pline  ',  puisque 
cet  auteur  distingue  les  deux  peuples  ou  cités,  ou 
les  nomme  toutes  deux  :  il  nous  semble  donc  qu'il 
ne  reste  plus  sur  cette  côte,  où  les  villes  étaient  très 
voisines  les  unes  des  autres,  h  cause  du  grand  com- 
merce qui  s'y  faisait,  qu'à  nous  confier  aux  me- 
sures que  Ptolémée  nous  donne  pour  Maritima 
colonia  y  et  à  distinguer,  à  l'exemple  des  anciens, 
deux  ports  :  l'un,  colonie  romaine,  ou  port  des  Ana- 
tili;  l'autre,  le  port  des  Avatici.  Quant  à  l'inscrip- 
tion relative  aux  Anatili,  trouvée  h  Saint-Gilles,  et 
sur  laquelle  d'Anville^  s'étend  si  complaisamment, 
elle  a  depuis  long-temps  été  prouvée  fausse  par  les 
savans  ''.  Au  reste,  11  me  paraît  évident,  d'après  cette 

•  Marquis  de  Caumont ,  Mém.  de  ï Acad.  des  Inscriyt. ,  Hist. , 
tom.  xu,  p.  a53,  et  Y  Analyse  des  Itine'r.,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Conférez  ci-dessus,  tom  i,  p.  ii8  ;  et  Statistique  des  Bouches- 
du-Rhône,  tom.  ii,  p.  i88,  225  et  296,  et  Steph.  Byzant.,  p.  54o. 

'  D'Anville,  Notice,  p.  65. 

^  Voyez  Durandi,  dcll'Antico  stato  d'Italia,  p.  211. 


190  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
discussion,  que  nous  devons  attribuer  aux  Ânatili 
tout  l'espace  compris  dans  le  delta  du  Rhône,  depuis 
son  embouchure  occidentale  ,  qui  était  à  Aigues- 
Mortes,  jusqu'au  canal  de  Marins  ou  le  Graz-de-Foz, 
et  qu'il  faut  donner  aux  Açatici  les  environs  de 
l'étang  de  Berre.  Soit  que  l'on  admette  ou  non  de 
ce  côté  deux  villes  avec  le  surnom  de  Maritima, 
je  serais  assez  porté  à  croire  que  la  Maritima  colonia 
de  Ptolémée  est  l'ancienne  ville  ai  Heraclea ,  que 
Pline  dit  avoir  existé  à  l'embouchure  du  Rhône , 
et  qui,  entre  le  temps  de  Pline  et  de  Ptolémée,  aura 
reçu  une  colonie  romaine;  de  sorte  que  la  cité  des 
Anatili  aura  éclipsé  celle  des  Açatici  par  l'impor- 
tance de  son  commerce,  et  reçu  comme  elle  le  nom 
de  Maritima ,  comme  étant  le  port  principal  de  cette 
côte.  J'ai  déjà  parlé  de  Rodanusia  ou  Rhoda,  dont 
Scjmnus  de  Chio,  Strabon  et  Etienne  de  Bjzance 
font  mention  ',  ainsi  que  Pline,  qui  nous  dit  qu'elle 
était  détruite  de  son  temps;  j'ai  observé  qu'il  ne 
restait  plus  d'autre  emplacement  pour  cette  ville  que 
l'embouchure  la  plus  occidentale  du  Rhône,  selon 
Ptolémée,  à  Aigues-Mortes. 

Ptolémée  %  en  continuant  sa  description  des  rivages 
de  la  Gaule,  nous  fait  connaître  une  autre  grande 
division  ;  c'est  celle  des 

Commoni y  dont  les  villes  sont,  suivant  lui  : 

Massilia ,  Marseille; 

Tauroentium y  Taurenti  (ruines); 

Olhia,  qu'à  l'exemple  de  d'Anville  j'ai  placé  pré- 
cédemment à  Eoube ,  mais  que  les  mesures  de  la 

■  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  aS,  27,  ii8  et  220.  —  Plin.,  lib.  m, 
cap.  5  (4)i  tom.  II,  p.  54,  edit.  Lem.  —  Steph.  Byzaut.,  p.  654- 
^  Ptolemaeus,  lib.  11,  cap.  10,  p.  5i  (55),  edit.  Bert. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  191 

Carte  do  Ptoléraée  mettent  à  Saint-Vincent-de-Car- 
(juairanne,  et  toujours  dans  le  voisinage  de  Hyères  '. 

Forum  JuliuTYi  colonia ,  Fréjus. 

Comme  on  ne  connaît  les  Commoni  que  par  la 
mention  qu'en  a  faite  Ptolémée,  on  a  voulu  corriger 
Ceiiomani,  que  Caton ,  au  rapport  de  Pline  ',  disait 
avoir  habité  près  de  Marseille  et  chez  les  Volcœ  : 
mais  rien  ne  peut  autoriser  à  faire  ce  changement. 
D'Anville,  en  admettant  les  Commoni  sur  sa  Carte 
de  l'ancienne  Gaule,  ne  leur  a  point  donné  toute 
l'extension  qu'ils  doivent  avoir.  Le  district  des  Com- 
moni me  paraît  être  synonyme  de  celui  de  Grœcia 
(Gretia) ,  donné  dans  la  Table  de  Peutinger  %  et  de- 
voir être  appliqué  à  toute  la  côte  voisine  de  Mar- 
seille; parce  qu'en  eifet  elle  se  trouvait  peuplée  par 
des  Grecs  '^. 

Dans  cet  espace  se  trouve  comprise  la  regio  Ca- 
m-atidlicorum  de  Pline,  c[ue  l'on  place  à  Ramatuelle, 
et  les  Bormanni  ^  du  même  auteur,  dont  la  position 
à  Bormes  moderne  n'est  de  même  basée  que  sur  la 
ressemblance  des  noms  ^.  Parmi  les  villes  que  Ptolé- 
mée indique  dans  le  district  des  Commoni^  Massilia, 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  24,  27,  184,  186,  et  ci -après,  V  Ana- 
lyse des  côtes  méridionales  de  In  Gaule ,  par  M.  Gossellin,  tom.  m 
tic  cet  ouvrage. 

'  Cato,  apud  Plinium,  lib.  m,  c.  20  (ig),  t.  11,  p.  187,  edit.  Lem. 

'  Voyez  Tabula  Peutinger.,  §.  2,  D. 

^  Voyez  ci-dessus,  part.  11,  ch.  2 ,  tom.  i,  p.  24  et  279. 

'  Plin  ,  lib.  III,  cap.  5  (4J,  p-  5g. 

*D'Anville,  Notice,  p.  171  et  ig4.  —  Je  trouve  dans  Honoré 
lîouche,  tom.  1,  p.  54o ,  cpie  dans  l'énumération  des  lieux  du  dio- 
cèse de  Toulon,  faite  en  1200,  il  est  question  du  castrum  de  Borma 
ou  de  Bormctta  dans  la  viguerie  d'Hyères. 


192  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Marseille,  çX  forum  Julii,  Fréjus,  ont  déjà  été  sufli- 
samment  signalées  comme  des  positions  déterminées 
par  les  mesures  des  Itinéraires,  par  l'histoire,  et  par 
les  antiquités  romaines  qui  s'y  trouvent  encore. 
Strabon,  après  avoir  décrit,  très  en  détail,  la  consti- 
tution de  Marseille ,  nous  apprend  que  de  son  temps , 
c'est-à-dire  du  temps  d'Auguste  et  de  Tibère,  les 
Marseillais  avaient  conservé  leurs  anciennes  lois;  u  de 
«  manière  ,  dit-il  ',  que  ni  Marseille  ni  les  villes  qui 
«  en  dépendent  ne  sont  soumises  aux  gouverneur» 
«  que  Rome  envoie  dans  la  Narbonnaise.  »  Et  Stra- 
bon nous  apprend  ailleurs  que  les  villes  bâties  par 
les  Marseillais  étaient  Rhoda,  à  l'embouchure  du 
Rhône ,  ^dgatha ,  Agde  ,  Tauroentium ,  Taurenti , 
Olbia,  Saint -Vincent- de -Carquairanne,  près  de 
Hjères.  Ainsi  les  territoires  de  ces  villes  formaient, 
au  siècle  d'Auguste  et  antérieurement ,  autant  de 
petits  districts  particuliers ,  qui  ressortissaient  à  la 
juridiction  de  Marseille.  Je  ne  nomme  point  ici 
Antipolis,  Antibes  ',  quoique  Strabon  l'ait  mise  au 
nombre  des  villes  bâties  par  les  Marseillais,  parce 
que  lui-même  observe  peu  après  «  q\i  Antipolis  avait 
«  été  mise  au  nombre  des  villes  italiennes,  et  affran- 
((  chie  de  la  domination  des  Marseillais  par  un  juge- 
ce  ment  rendu  contre  eux  ^.  »  Mais  il  paraîtrait, 
d'après  Pline,  qu'il  faut  ajouter  à  la  liste  de  Strabon 
Atlienopolisy  puisque  Pline  dit  :  «  Athenopolis  Mas- 

'  Strabo,  Gengr..  lib.  iv,  p.  i8i  (274))  edit.  Alm.,  tom.  11,  p.  i5, 
de  la  trad.  franc. 

"  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  8,  tom.  1,  p.  i85. 

^  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  184  (281),  edit.  Alm.;  tom.  u,  p.  23, 
de  la  trad.  franc. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  193 

siliensiuDi  '  ;  et  que  d'un  autre  côté ,  du  temps  du 
naturaliste  romain,  A^atha,  Agde,  de  même  i\<£ An- 
tipolis,  avaient  été  enlevées  à  la  juridiction  des  Mar- 
seillais ,  puisqu'il  dit  :  a  Agatha,  quondani  Massi- 
«  liensiiun.  »  Nous  apprenons  par  Mêla  que  le  port  de 
Marseille  se  distinguait  par  le  nom  particulier  de 
Lacfdon;  ce  qui  est  confirmé  par  Eustathe,  dans 
ses  Commentaires  sur  Denjs-le-Périégète ,  et  par  les 
médailles.  Strabon  remarque  l'entrée  de  ce  port  tour- 
née au  midi  ',  tandis  que  l'ouvertm^e  du  port  mo- 
derne est  à  louest ^.  La  vieille  ville  paraît  répondre  à 
la  description  de  Strabon.  Mêla,  aussi  bien  que  Pline, 
font  mention  à'Athenopolis  ^^  que  nous  avons  placée 
précédemment  à  Saint-Tropez.  Quant  à  Olbia  et 
Tauroentium  *,  leurs  positions  se  trouvent  déter- 
minées par  les  mesures  de  Ptolémée  et  de  l'Itinéraire 
maritime  ^  :  l'une ,  à  Saint-Vincent-de-Carquairanne 
ou  à  Giens,  près  Hjères;  l'autre,  aux  ruines  dites 
Taurenti.  Mêla  fait  mention  d' Olbia,  mais  non  pas  de 
Tauroentum;  quoiqu'on  trouve  ce  nom,  ou  celui  de 
Glanum,  dans  plusieurs  des  éditions  de  cet  auteur,  il 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  198,  et  Plin.,  ILb.  ni,  cap.  5  (4); 
tom.  Il,  p.  5g,  edit.  Lem. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  179  (270) ,  edit.  Alm.  ;  tom.  11,  p.  9,  de  la  trad. 
franc.,  et  ci-dessus,  tom.  i,  p.  277.  —  Statistique  des  Bouches-du- 
Rhône ,  tom.  11,  p.  Q08. 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  1,  p.  9.5,  186,  et  277  à  279. 

*  Le  port  d'Agai ,  appelé  Agathon  dans  le  récit  du  martyre  de 
saint  Porcaire ,  abbé  de  Lei'ins ,  en  700,  ne  correspond  pas  à  la  posi- 
tion indiquée  pour  Athenopolis,  ainsi  que  le  veulent  d'Anville  et 
Papou ,  tom.  I,  p.  79.  —  Voyez  ci-dessus,  tom.  i ,  p.  i55. 

*  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  i85,  186,  188,  189,  279. 

^  Analyse  des  côtes  méridionales  de  la  Gaule ,  par  M.  Gossellin , 
et  V Analyse  des  Itinéraires  maritimes,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

II.  i3 


194  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
n'a  fait  mention  ni  de  l'un  ni  de  l'autre  de  ces  lieux; 
il  y  a  Laurion  ou  Laureon  dans  tous  les  manuscrits  de 
cet  ancien.  «  Après  Athenopolis ,  dit  Mêla,  et  Olhia, 
«  et  Laurion  (ou  Laureon),  et  Cytharisten,  est  Lacy- 
«  don,  port  de  Marseille  '.  »  Les  commentateurs  *  et 
les  éditeurs  ont  substitué  les  uns  Glanum,  les  autres 
Tauroin  :  on  n'a  pas  fait  attention  que  Strabon  fait 
aussi  mention  de  Laurion^  en  décrivant  la  Ligjstique 
ou  Ligurie,  et  les  limites  du  pays  des  Salyes.  «  A  tout 
«  ce  pays,  dit  Strabon,  appartenant  aux  Marseillais, 
«  les  anciens  Grecs  donnèrent  le  nom  de  Ligystique, 
<f  et  aux  Salyes  celui  de  Ligyes.  Dans  la  suite,  ils  les 
«  nommèrent  Celtoligfes ,  et  leur  assignèrent  toute 
((  la  plaine  qui  s'étend  jusqu'à  Louerion  et  jusqu'au 
{(  Rhône  \  ))  Les  commentateurs  et  les  éditeurs  de 
Strabon  ont  aussi  voulu  substituer  Douerion  à  Loue- 
rion ^  ;  mais  il  résulte  évidemment  des  passages  de 
Mêla  et  de  Strabon  rapprochés,  qu'il  existait  sur  les 
côtes  de  la  Provence  moderne  un  lieu  ancien  nommé 
Louerion  ou  Laurion;  et  comme  sur  cette  côte  les 
positions  se  pressent,  en  quelque  sorte,  on  aperçoit 
d'abord  qu'il  ne  reste  que  Toulon,  ou  ses  environs, 
pour  l'emplacement  du  Louerion  de  Strabon,  ou  du 
Laurion  de  Mêla.  Or  je  trouve  précisément  à  3,ooo 
toises,  ou  à  une  lieue  et  demie  de  Toulon  au  nord, 
un  lieu  nommé  Lauron.  entre  les  monts  Faron  et 

'  n  Tura  post  Athenopolim,  et  Olbiam,  et  Laurion  (sive  Laureon), 
«  et  Citharisten,  est  Lacydon  Massiliensium  portus,  et  in  eo  ipsa 
«  Massilia.  »  Mêla. 

'  Voyez  Tzschuck,  dans  Mêla,  vol.  ii,  part,  «i,  p.  38i. 

^  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  ao3  (3i  i);  tora.  ii,  p.  89,  trad.  franc. 

*  Mannert  (  (ïeogj-.  der  Ali.,  tom.  1,  p.  85)  propose  de  lire 
Avenion. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  195 

Caounii  '  :  c'est  là,  suivant  nous,  qu'il  faut  placer 
l'ancienne  Laurion.  Il  est  probable  que  le  port  de 
cette  ville  était  Toulon  ,*  car  ce  n'est  que  long-temps 
après  Strabon  et  Mêla,  dans  l'Itinéraire  maritime  et 
la  Notice  de  l'Empire,  que  l'on  trouve  la  première 
mention  de  Telo  martius  ou  Toulon.  Or,  est-il  pro- 
bable que  l'on  eût  négligé  jusqu'alors  la  position  la 
plus  sûre  et  la  plus  avantageuse  de  toute  cette  côte? 
Il  résulte  aussi  de  ce  passage  de  Strabon  que  les  Salyes 
ou  Sallimi  occupaient  primitivement  tout  le  pays 
situé  entre  le  Rhône,  la  Durance  et  la  côte,  depuis 
l'embouchure  orientale  du  Rhône  jusqu'à  Telo  mar- 
tius ou  Toulon  :  ce  qui  est  d'accord  avec  toutes  les 
indications  de  l'antiquité  sur  ce  peuple. 

Quant  à  Tauroentium  ou  Tauroentum,  le  Tauroïs 
de  Scyranus  de  Chio  " ,  nous  avons  déterminé  sa 
position  à  Tarento.  Le  peu  de  grandeur  des  ruines  et 
des  constructions  qu'on  y  a  découvertes  n'est  pas  une 
objection  suffisante  contre  l'exactitude  des  mesures, 
qui  est  confirmée  par  la  ressemblance  du  nom  actuel  : 
d'ailleurs  César  ^  nous  apprend  que,  de  son  temps, 
Tauroenta  n'était  qu'un  simple  castellum,  et  rien 
n'indique  ensuite  qu'il  ait  acquis  plus  d'importance  ^. 

'  Voyez  la  carte  intitulée  :  Geometrical  survey  of  the  environs  qf 
Toulon.  Cette  carte  est  très  rare,  et  a  été  publiée  par  les  Anglais, 
qui  l'ont  prise  dans  les  archives  de  Toulon.  Elle  est  sur  une  plus 
grande  échelle  et  plus  exacte  que  la  feuille  de  la  Carte  de  Cassini  qui 
concerne  Toulon,  laquelle  paraît  avoir  été  faite,  à  dessein,  d'une 
manière  inexacte. 

'  Voyez  ci -dessus,  tom.  i,  p.  27,  186  et  277.  —  Scymn.,  v.  214. 
Cccsar,  de  Btllo  civili,  lib.  11,  cap.  4,  tom.  11,  p.  12g,  edit.  Lem. 

*  Voyez,  sur  les  ruines  de  ce  lieu,  Millin,  Foyage,  tom.  m, 
p.  067.  —  Thibaudeau,  tom.  m  des  Mémoires  de  l'Académie  de 
Marseille.  —  Marin,  Mémoire  sur  l'ancienne  ville  de  Tauroentum. 
—  Id.,  Journal  des  savans ;  1782,  tom.  i,  p.  34  et  suiv. 


196        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Citharistes  promontorium.  Nous  avons  placé  le 
port  nommé  Citharisten,  dans  Mêla,  à  la  Ciotat,  près 
de  Ceireste;  mais  le  promontoire  de  ce  nom  men- 
tionné par  Ptolémée  est  le  cap  Cepet ,  à  l'entrée  de 
la  £»rande  rade  de  Toulon,  ainsi  que  le  prouvent  les 
mesures  de  l'Itinéraire  maritime  '. 

Nous  avons  déjà  eu  occasion  de  parler  de  Forum 
Juin  ou  de  Fréjus  ;  Pline  '  le  nomme  Forum  Julii 
octai^anoruvfi  colonia,  quœ  Pacensis  appellatur  clas- 
sica.  Nous  voyons  par-là  que  la  huitième  légion  y 
avait  établi  une  colonie ,  et  Mêla  ^  confirme  ce  sur- 
nom ai  octavanorum  colonia.  Strabon  ^  donne  à 
Forum  Julii  le  nom  de  port  d'Auguste;  il  dit  que 
cette  ville  est  située  entre  Olhia  et  Antipolis,  à  la 
distance  d'environ  600  stades  de  Marseille.  La  dis- 
tance en  ligne  directe  de  Fréjus  à  Marseille  est  en 
effet  juste  de  60  milles  géographiques,  ou  600  stades 
olympiques  ^ . 

D'Anville,  conduit  par  la  ressemblance  du  nom, 
place,  avec  quelque  degré  de  vraisemblance,  Pergan- 
tium,  ville  des  Ligures  selon  Etienne  de  Byzance^,  à 
Breganson ,  petite  île  avec  un  château ,  qui  est  sépa- 

'  Voyez  Mêla,  lib.  11,  cap.  5.  —  Ptolem.,  lib.  ii,  cap.  5,  p.  5o  (55), 
et  Marin,  Hist.  de  Vilbt  de  dotai;  Avignon,  1782,  p.  174  *  181. 
'  Plin.,  lib.  III,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  59,  edit.  Lem. 
^  Mêla,  lib.  11,  cap.  5,  tom.  i,  p.  63,  edit.  Tzschuck. 

*  Strabo,  lib.  iv,  p.  289  (184),  edit.  Alm.  ;  tom,  11,  p.  22,  de  la 
trad.  franc. 

*  Pour  les  antiquités  romaines  trouvées  à  Fréjus,  voyez  Girardin, 
Histoire  de  la  ville  de  Fréjus,  i  vol.  in-12;  1779.  —  Millin,  F'oyage 
dans  les  de'partcmcns  méridionaux  de  la  France,  tom.  11,  p.  477- — 
MafFei,  Galliœ  anliquitates ,  p.  i53.  —  Muratori,  tom.  i,  p.  461, 
n°  3  ;  p.  642 ,  n"  6.  —  Bouche ,  Chorogr.  de  Provence ,  tom.  i,  p.  247 • 

*  Steph.  Byzant.,  p.  656,  edit.  Berkel.,  ou  p.  542,  edit.  Pinedo. 
—  D'Anville,  Notice,  p.  5 14. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  197 

i-ée  par  un  canal  étroit  d'une  pointe  du  continent  qui 
regarde  Mèse  et  Port-Croz ,  l'une  des  Stœchades  ou 
des  îles  d'Hières.  Si  la  \ille  des  Gaules  nommée  Jon- 
tora  dans  un  fragment  de  Diodore  de  Sicile  '  doit 
être,  comme  je  le  crois,  placé  à  Jonquières,  près  de 
Brignole,  département  du  Var,  elle  faisait  aussi  partie 
des  Commoni. 

Au  nord  des  Communi  et  des  Camatullici ,  Pline 
indique  les  Sueltri ,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec 
les  Suetriy  que  le  même  auteur  nomme  quelques 
lignes  après,  et  qu'il  mentionne  une  seconde  fois 
dans  l'inscription  du  trophée  des  Alpes.  Ces  derniers 
sont,  ainsi  que  je  l'ai  dit,  les  Suetni de  Ptolémée, 
qui  les  place  en  Italie;  ils  font  partie  des  peuples  des 
Alpes.  Nous  avons  déjà  déterminé  l'emplacement  des 
Suelteri  dans  le  district  de  l'Esterel  ^.  ((  Dein  Suelteri, 
«dit  Pline  ^,  supraque  P  errucini.  n  Les  ferrucini 
étaient  donc  immédiatement  au  nord  des  Suelteri;  ils 
ont  dû  occuper  les  bords  du  Verdon  et  les  environs 
de  Castellane  et  de  Senez.  C'est  à  tort ,  ainsi  que  je 
l'ai  déjà  observé,  qu'en  altérant  le  texte  d'Etienne 
de  Bjzance ,  on  a  voulu  transporter  en  Gaule  le 
Trœzenida  regio,  qu'il  place  en  Italie.  Le  Massalia 
dont  il  est  question  dans  ce  passage  est  Marsallia , 
près  de  Bobbio,  mentionné  aussi  par  Poljbe;  le 
Trœzenida  regio  est  donc  le  district  même  de  Bob- 
bio'*. Tretz,  où  l'on  a  voulu  placer  le  Trœzenida 
regio,  était  connu  des   Romains  sous  le   nom  de 

'  Diodore  de  Sicile,  toni.  m  ,  p.  607.  —  Peut-être  pourrait-on  placer 
Jontora  à  Jort,  département  du  Tarn,  district  de  Castres. 
"  Voyez  ci-dessus,  tom.  i ,  p.  62  et  255,  et  tom.  11,  p.  45. 
'  Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  59,  edit.  Leni. 
<  Voyez  ci-dessus,  part,  i,  ch.  5,  tom.  i,  p.  128. 


198         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Trittia  ou  Trittis ,  ainsi  que  le  prouve  une  inscrip- 
tion publiée  par  Spon  ' . 

Mais  continuons  la  description  du  rivage  de  la 
Gaule.  Nous  avons  déjà  vu  qu'à  l'orient  de  Fréjus  les 
peuples  de  l'intérieur  des  terres  faisaient,  du  temps 
d'Auguste,  et  postérieurement,  partie  des  peuples  des 
Alpes ,  et  étaient  censés  appartenir  plutôt  à  l'Italie 
qu'à  la  Gaule,  mais  que  tout  le  bord  de  la  mer  jus- 
qu'au Var  appartenait  à  cette  dernière  contrée;  aussi 
tout  le  district  maritime  situé  entre  Fréjus  et  le  Var, 
Ptolémée  l'attribue  aux 

Dédales ,  et  il  leur  donne  pour  capitale  , 

Antipolis ,  Antibes. 

La  position  à' Antipolis  à  Antibes  est  démontrée 
par  les  mesures  et  par  l'histoire  '.  Nous  avons  déjà 
vu  que  Pline  et  Strabon  ,  ainsi  que  Polybe,  placent 
concurremment  sur  cette  côte  les  Deciates  et  les 
Oxfbii  :  les  premiers  à  l'orient ,  les  seconds  à  l'oc- 
cident d' Antipolis ,  depuis  les  hauteurs  de  Grasse 
jusqu'à  Agaye ,  qui  est ,  ainsi  que  nous  l'avons 
dit,  VEgftnopolis  de  Poljbe;  de  même  qu'Oppio 
est  VOxjbiiun  civilas  d'Etienne  de  Byzance^.  Au- 
dessus  de  la  regio  Oxybiorum ,  c'est-à-dire  dans  les 
environs  de  Saint- Vallier,  Pline  '♦  place  les  Ligauni. 
J'ai  parlé  des  Albiœci  et  de  leur  ancienne  capitale 

'  Voyez  Papon,  Hi.st.  de  Provence,  tom.  i.  —  Le  monument  où 
se  trouve  cette  inscription  a  été  retrouvé  en  1819.  Voyez  Toulouzan, 
Statistique  des  Bouches-du-Iihône ,  tom.  n,  p.  253  et  209. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  —  Sur 
les  monumens  trouvés  à  Antibes,  voyez  Muratori ,  Inscript.,  tom.  11 , 
p.  1025,  n°  5;  et  Honoré  Bouche,  tom.  i,  p.  288.  —  Millin,  Foyage 
dans  les  departemens  méridionaux  de  la  France,  p.  Sog  et  5i  i . 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  1,  p.  182,  186. 

*Plin.,  lib.  ni,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  60,  edit.  Lem. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  199 

Albiosc,  ainsi  que  de  leur  nouvelle,  Reii,  Rez;  j'ai 
aussi  fait  mention  des  Nerusiiy  dont  la  capitale  était 
Vintium ,  Vence  '.  J'ai  pareillement  fixé  la  position 
des  autres  peuples  des  Alpes  de  ce  côté,  qui,  à 
l'époque  dont  nous  traitons,  formaient  une  division 
à  part  ou  étaient  compris  dans  l'Italie  \  Le  Ligirrus 
paguSy  où  était  situé  le  dwus  Navalis ,  selon  une 
inscription  publiée  par  Spon  %  a  été  placé  dans  les 
environs  de  R^.yrolles,  où  l'on  trouve  des  collines 
qui  portent ,  dit-on  ,  le  nom  de  Ljgourets  ^ ,  et  cette 
position  rattachait  le  viens  Navalu  à  la  Gaule 
transalpine;  mais  il  est  bien  plus  probable  que  le 
vicus  Navalis  est  le  même  lieu  dont  il  est  fait 
mention  dans  la  Table  ^,  sous  le  nom  de  Navalia, 
et  dont  les  mesures  de  la  Table  déterminent  la  po- 
sition à  Noli  moderne  :  c'est  donc  dans  les  environs 
de  Noli,  au  sud  de  Savone  et  dans  la  Gaule  cisalpine, 
qu'il  faut  placer  le  Ligirrus,  ou  plutôt  Ligyris 
pagus,  dont  le  territoire  devait  se  terminer  à  Finale, 
nom  qui  indique  une  ancienne  limite. 

Les  2>icom  qui  touchent  aux  peuples  des  Alpes  , 
et  qui  même  sont  rangés  parmi  ces  derniers  par 
Strabon,  doivent  de  nouveau  nous  arrêter.  Nous 
avons  déjà  vu  que  la  route  d'Annibal ,  telle  qu'elle  est 
décrite  par  Tite  Live  ^,  plaçait  les  Tricorii  au  midi 
de  l'énorme  montagne  nommée  Devoluy,  et  dans 
le  val  Goldemard.  Strabon  ',  qui  place  les  Tricorii 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  i83. 

"  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  256  à  258. 

'  Spon,  Miscellanea  erudit.,  p.  igi. 

*  Toulouzan,  Statistique  des  £ouches-du-RJiône,  tom.  ii,  p.  iç\{. 
Voyez  V Analyse  des  Itinéraires  anciens,  t.  m  de  cet  ouvrage. 

*  Voyez  ci-dessus ,  part,  i,  ch.  7,  tom.  i,  p.  iSjct  i58. 
'  Strabon,  lib.  iv,  p.  i85 ,  2o5  (282,  3i2),  edit.  Alm. 


200  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
au  nord  des  Vocontii  et  en  se  dirigeant  vers  les 
Medulli ,  ou  la  Maurienne,  s'accorde  parfaitement 
avec  cette  position.  Strabon  mentionne  deux  fois 
les  Tricorii ,  mais  la  première  fois  • ,  selon  un  ordre 
parfaitement  géographique.  «  Au-dessus  des  Ca- 
V ares  y  dit- il,  on  trouve  les  Vocontii,  les  Tri- 
corii j  les  Iconii  et  les  Medulli ,  »  et  ensuite  ' , 
«  après  les  Vocontii ,  viennent  les  Iconii ,  les 
Tricorii  et  les  Medulli,  »  Un  tel  concours  d'au- 
torités ne  peut  être  troublé  par  une  expression 
ambiguë  ^  de  Pline,  qui  nous  force  à  placer,  sur  de 
légers  indices ,  les  Tricolli  qu'il  mentionne  à  la  suite 
des  Tricorii.  Comme  Segustero ,  Sisteron,  n'est  at- 
tribuée à  aucun  peuple,  et  qu'il  se  trouve  près  de  là 
un  lieu  nommé  Treschoux,  j'y  placerais  les  Tricolli 
de  Pline,  faute  d'une  indication  plus  précise. 

Nous  avons  déjà  déterminé  les  limites  des  Vo- 
contii et  des  Allobroges  ^y  celles  des  divers  peuples 
situés  sur  la  rive  orientale  du  Rhône  demandent 
une  discussion  particulière  :  ces  peuples  sont  les 
C avares ,  les  Segalauni  et  les   Tricastini. 

J'ai  déjà  observé  ^  que,  dans  la  Province  romaine 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  i85  (282),  edit.  Aliu. 

""  Id.,  lib.  IV,  p.  2o5  (3i2) ,  edit.  Alm. 

^  M.  Menard,  dans  les  Me'm.  de  l'Acad.  des  Belles-LcUres,  t.  xxvu, 
p.  129,  prétend  que  ces  expressions  de  Pline  :  rursus  a  mari,  signi- 
fient plus  loin  de  la  mer  ;  c'est  le  sens  contraire  qu'on  leur  attribue 
ordinaii'ement.  Je  crois  en  effet  que  cela  est  ainsi,  mais  qu'il  y  a 
un  mot  omis  par  les  copistes  ;  alors  la  position  respective  des  Tri- 
corii et  des  Tricolli  se  trouve  d'accord  avec  le  texte  de  Pline,  lib.  u , 
cap.  5  (4),  tom.  u,  p.  58,  edit.  Lem.,  ainsi  interprété  :  «  Rursus  a 
«  mari  Tricorium  et  intus  Tricollorum ,  Vocontiorum ,  et  Segau- 
(f  vellanorum ,  mox  AUobrogura.  « 

*  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  258  à  275. 

*  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  240. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  201 

de  même  que  dans  la  Cisalpine,  les  Romains,  ayant 
éprouvé  de  grandes  difficultés  dans  la  conquête, 
s'étaient  comportés  en  vainqueurs.  Ils  envoyèrent 
dans  cette  contrée  de  nombreuses  colonies;  et  dans 
leurs  lois  comme  dans  leurs  divisions  administratives, 
ils  respectèrent  peu  les  droits  des  peuples  et  l'intégrité 
de  leur  territoire.  De  sorte  que  les  anciens  diocèses 
ne  nous  représentent  qu'imparfaitement  les  nations 
primitives  de  cette  portion  de  la  Gaule,  et  nous  indi- 
quent peu  exactement  l'étendue  de  leur  territoire,  et 
les  villes  qui  lem-  appartiennent.  L'Itinéraire  et  la 
Table  sont  des  monumens  romains,  qui  nous  four- 
nissent avec  le  plus  grand  degré  de  certitude  le 
plus  de  noms  de  lieux  ;  mais  seuls  ils  ne  peuvent 
être  d'aucun  secours,  parce  qu'ils  ne  disent  point  à 
quel  peuple,  mais  seulement  à  quelle  route,  appar- 
tiennent les  noms  des  villes  et  des  lieux  dont  ils 
font  mention.  C'est  Ptolémée  ' ,  qui  donne  à  cet  égard 
les  renseignemens  les  plus  détaillés,  et  qui  les  pré- 
sente dans  le  meilleur  ordre.  Voici  son  texte  : 

((  Ensuite ,  à  l'orient  du  Rhône ,  sont  les  Allo- 
hrygesy  dont  la  ville  est  V^ienna,  Vienne; 

«  Et  sous  eux,  et  plus  vers  l'occident,  sont  les  Sega- 
launiy  dont  la  ville  est  Valentia  colonia,  Valence.  » 

11  résulte  de  ceci  que  Ptolémée,  qui  oriente  les 
peuples  d'après  les  capitales,  a  su  que  Valentia, 
Valence,  était  un  peu  plus  à  l'occident  que  la  ville 
de  Vienne.  La  position  de  Valentiay  à  Valence  mo- 
derne ,  est  démontrée  par  les  mesures  des  Itinéraires 
romains  ,    pour   les    routes    qui    se    rattachent    à 

'  Ptoleraœus,  lib.  ii,  cap.  5,  p.  5i  [^^),  cdit  Berl. 


202  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Viennay  Vienne^  At^enio ^  Avignon,  etDiay  Die  '. 
Elle  l'est  encore  par  les  monumens  de  l'histoire  :  le 
diocèse  de  Valence ,  qui  n'a  point  subi  d'altération , 
parait  même  représenter  dans  toute  son  intégrité 
l'ancien  territoire  des  Segalauni  '  :  ce  peuple  est 
aussi  mentionné  dans  Pline  ^,  sous  le  nom  de  Sego- 
i^ellauni;  mais  il  n'est  pas  certain  que  cet  auteur 
attribue  T^ale?itia  aux  Cavares,  comme  on  pourrait 
le  croire  d'après  ses  éditeurs.  Et  on  peut  croire  qu'il 
y  a ,  ainsi  que  l'a  très  bien  observé  avant  moi  d' An- 
ville  '* ,  un  défaut  de  ponctuation  dans  le  texte  im- 
primé de  Pline,  et  qu'on  doit  placer  la  virgule  immé- 
diatement avant  Kalentia ,  et  lire  :  Arausio  secun- 
danorwn  in  agro  Cai^aram,  Valentia,  etc.  Ammien 
Marcellin  %  et  la  Notice  de  l'Empire,  font  aussi 
mention  de  Valentia  :  mais  continuons  l'examen  du 
texte  de  Ptolémée.  Après  Valentia  colonia,  il  dit  : 

«  Plus  à  l'orient  sont  les  Tricastini,  dont  la  ville 
est  Nœomagus.  » 

Ici  se  présente  une  difficulté  qu'il  est  important  de 
résoudre. 

Aucun  auteur  n'a  hésité  à  placer  les   Tricastini 

'  Voyez  VAnalj$e  des  Itin&'raires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  — 
Wesseling,  p.  558,  Tabula  Peut.,  §.  ii,  D. 

*  Ptolemaeus,  lib.  ii,  cap.  lo,  p.  5i  [55). 

^  Plin.,  lib.  iii,  cap.  5  (4),  tom.  n,  p.  56,  edit.  Lem. 

*  D'Anville,  Notice  de  la  Gaule,  p.  669;  je  ti'ouve  que  Cellarius, 
que  d'Anville  n'a  point  cité,  avait  aussi  fait  cette  remarque  avant  lui  ; 
mais  il  est  possible  cependant  de  justifier,  à  cet  égard ,  les  éditeurs 
de  Pline.  Voyez  ci-après,  p.  219. 

*  Ammian.  Marcell.,  lib.  xiv,  cap.  10,  et  lib.  xv,  cap.  11.  —  Papou, 
Leonis  Epist. ,  Hist.  de  Fr.,  p.  777.  —  Prosper  Tiro ,  Chron.  hist 
de  Fr.,  tom.  1 ,  p.  658. 

*  Voyez  ci- dessus,  tom.  i,  p.  272. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  203 

dans  le  Trlcastin  moderne  ',  sans  autre  preuve  que 
l'identité  du  nom  ancien  et  du  nom  moderne,  et 
comme  le  chef-lieu  de  ce  district  est  Saint-Paul-Trois- 
Châteaux,  on  l'a  considéré  comme  le  Nœoniagus 
de  Ptolémée  :  d'un  autre  côté ,  comme  Pline  nomme 
Aiigusta  Tricastinorum  y  la  capitale  des  Tricastini , 
on  a  dit  aussi  que  Saint-Paul-Trois-Châteaux  était  Au- 
gusta  Tricastinorum.  Cependant  Valois  était  trop 
instruit  sur  l'histoire  et  la  géographie  de  son  pays, 
pour  ignorer  l'illustration  moderne,  et  postérieure  à 
l'âge  romain,  de  Saint-Paul-Trois-Châteaux'.  Il  savait 
qu'il  n'y  a  aucun  monument  historique  qui  constate 
que  cette  ville  ait  jamais  été  appelée  ni  Augusta  , 
ni  Noemagus.  D'Anville ,  pour  donner  à  cette  po- 
sition l'appui  des  mesures ,  a  supposé  que  le  lieu 
nommé  Senomagus  dans  la  Table  était  le  même 
que  le  Nœomagus  de  Ptolémée  ^.  On  ne  pouvait  être 
plus  malheureux  dans  le  choix  de  sa  preuve;  car 
c'est  précisément  l'analyse  de  cette  partie  de  la 
Table  qui  démontre  que  non  seulement  Nœo- 
magus n'est  pas  la  même  ville  que  Senom,agus , 
mais  que  la  voie  romaine  ne  passait  pas  par  Saint- 
Paul-Trois-Châteaux.  Nous  renvoyons  à  cet  égard 
le  lecteur  à  notre  analyse  des  Itinéraires ,  qui  se 
trouve  dans  le  tome  m  de  cet  ouvrage  ;  mais 
nous  croyons,  pour  que  l'ensemble  des  preuves  sur 
ce  sujet  important  se  trouve  réuni  ici,  devoir  pré- 
senter un  extrait  de  cet  Itinéraire,  concernant  la 
route  àe,  Arausio ,  Orange,  à  Valentiay  Valence. 

'  Conférez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  i38  et  255. 
»  Voyez  Valesii  Notitia  Galliœ,  p.  60. 

'  D'Anville,  Notice  de  la  Gaule,  p.  lao.  Par  cette  vaison ,  Seno- 
magus se  trouve  supprimé  de  son  Dictionnaire  et  de  sa  Carte. 


204         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 


TABLE   DE   PEOTINGER. 

MILLES 

ROMAINS. 

CARIES   DE   CASSINI, 
NOS  8(),  go,  92,  120  et  122. 

MILLES 

ROMAINS. 

Arciusionc  ■            .... 

i5 
18 

12 

19 

Oran<''e 

i5 

18 
12 

19 

Senomagus 

Acunum 

Saint-Pierre-de-Senos.  .  . 

Ancône  :  jonction  de  la 
route  d' Ancône  à  Mon- 

Batiana 

Bancs ,  vis-à-vis  Baix.  .  . 
Valence 

Valentia 

Ainsi  la  position  de  Senomagus ,  qui  jusqu'ici 
était  restée  inconnue  ' ,  est  déterminée  avec  pré- 
cision ;  et  comme  toutes  les  mesures ,  qui  sont 
presqu'en  lignes  droites,  se  trouveraient  dérangées 
si  l'on  passait  par  Saint-Paul-Trois-Cliâteaux ,  il 
s'ensuit  bien  évidemment  que  jamais  la  route  ro- 
maine n'a  passé  par  cette  ville  :  donc  ce  n'était  point 
une  capitale  du  temps  des  Romains,  et  elle  ne  peut 
être  ni  V Âugusta  Tricastinorum  de  Pline  ,  ni  le 
Nœomagus  de  Ptolémée. 

\Jj4ugusta  Tricastinorum  de  Pline  est  la  ville 
nommée  aussi  Augusta  dans  l'Itinéraire  et  dans  la 
Table,  et  les  m.esures  anciennes  en  déterminent  la 
position  à  Aoste ,  sur  la  route  de  Die  à  Valence. 

'  Il  est  vraiment  étonnant  que ,  dans  le  grand  nombre  d'auteurs 
c|ui  ont  écrit  sur  le  comtat  d'Avignon  et  pays  voisins,  et  qui  ont 
cherché  à  en  éclaircir  la  géographie  ancienne,  il  n'y  en  ait  aucun 
qui  ait  trouvé  cette  position  par  le  seul  rapprochement  des  noms 
Sonos,  Scno-magus.  Je  les  ai  en  vain  tous  feuilletés  avec  attention. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  205 

On  sait  que  le  nom  ôHAoste,  à'Aoust  oucVjéugst, 
est  celui  àAugustus,  différemment  abrégé  ' .  Ainsi  la 
capitale  des  Tricastini  était  dans  le  district  moderne 
de  Crest,  et  non  dans  celui  qu'on  nomme  aujour- 
d'hui Tricastin,  et  elle  porte  encore  le  nom  qu'elle 
avait  autrefois.  Si  Augusta  n'est  pas  la  même  ville 
que  Nœomagus  de  Ptolémée,  alors  l'existence  très 
ancienne  d'un  évôché  à  Saint-Paul-Trois-Châteaux, 
les  vestiges  d'antiquités  qu'on  y  a  trouvés ,  pour- 
raient nous  autoriser  à  y  placer  le  Nœomagus  de  Pto- 
lémée, et  nous  donner  à  penser  qu'entre  le  temps 
de  Pline  et  celui  de  Ptolémée,  la  capitale  des  Tji- 
castini  avait  changé  d'emplacement  ;  mais  non  seu- 
lement ,  au  temps  de  Pline ,  les  Tricastini  n'occu- 
paient point  le  Tricastin  moderne,  mais  le  dis- 
trict de  Crest  est  le  seul  qui,  dans  le  moyen  âge, 
ait  porté  le  nom  de  Tricastinum  j  mal  à  propos 
appliqué  depuis  au  district  de  Trois-Châteaux ,  qui 
se  nommait  Tricastrum.  J'en  tire  la  preuve  de  la 
Chronique  de  Robert,  qui,  à  la  lin  du  xii""  siècle  % 

'  M.  Ai'taud  a  vu  à  Aoste,  qui  n'est  qu'un  bourg,  une  inscription 
romaine,  qu'il  rapporte.  Voyez  F'oyage  à  Die,  dans  le  Magasin, 
cncjclop-  pour  1818,  tom.  i,  p.  178. 

'  Le  manuscrit  de  cette  Chronique  de  Robert  existe  encore  dans 
la  bibliothèque  publique  d'Auxerre  (voyez  Alillin,  F'ojage  dans  les 
départ,  du  Midi,  tom.  i,  p.  164).  On  nomme  ordinairement  l'auteur 
Robert  de  Saint-Mai'ien ,  parce  qu'il  est  l'auteur  de  la  chronique 
de  ce  nom.  Son  nom  de  famille  était  Abolniiz;  il  était  chanoine  et 
lecteur  de  Saint-Étienne  d'Auxerre  ;  il  vivait  vers  la  fin  du  xu'  siècle 
et  le  commencement  du  xiii^  (voyez  Lebeuf,  Mémoires  concernant 
l'histoire  ecclésiastique  et  civile  d' Auxerre ,  tom.  ir,  p.  490  )•  Abo- 
lanz  était  très  instruit  pour  le  temps  où  il  a  vécuj  il  avait  une  des 
plus  belles  bibliothèques  alors  existantes,  et  formée  par  Milon,  abbé 
do  Saint-Marien ,  dont  il  a  dit  :  «  Insignem  confecit  bibliothecam , 
«  quaesitis  undecunque  voluniinibus  cumulatam.  »  Lebeuf,  dans  ses 


206  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
attribue  cwitatem  Tricastinum  à  la  province  de 
Vienne ,  et  un  lieu  nommé  Tricastrum  à  la  province 
d'Arles.  Ainsi  le  Tricastina  urhs  des  lettres  de 
Sidoine  Apollinaire  '  <ist  bien  véritablement  X Au- 
gusta  de  l'Itinéraire ,  comme  l'avait  dit  Savaron  , 
que  Valois  critique  à  tort  à  ce  sujet;  et  il  est  très 
étonnant  que  Valois  ,  qui  a  connu  ce  passage  de 
Robert  '  ,  et  qui  le  cite,  se  soit  contenté  d'accuser 
d'erreur  son  auteur,  et  n'ait  pas  été  éclairé  par  une 
distinction  aussi  lumineuse  ,  aussi  précise.  11  est 
bien  évident  en  efFet  que  le  civitas  Tricastinum  de 
Robert  est  \Augusta  de  Pline;  c'est  Aoste,  la  capitale 
des  Tricastins ,  qui  se  trouvait  située  dans  le  diocèse 
de  Vienne ,  tandis  que  le  lieu  nommé  Tricastrum , 
ou  Saint-Paul-Trois-Châteaux,  était  aloi's  un  des 
quatre  évéchcs  de  la  province  d'Arles.  Une  monnaie 
des  évêques  de  Saint-Paul-Trois-Châteaux,  qui  a  été 
publiée  par  M.  Saint-Vincent,  et  porte  Tricastrini, 
et  non  Tricastini ,  confirme  encore  le  passage  de  la 
Chronique  de  Robert  ^ . 

Preuves  de  l'histoire  d' Auxerre ,  tom.  ii,  p.  36,  a  donné  le  testa- 
ment de  ce  Robert. 

'  Sidonins  Apollinaris,  lib.  vi,  epist.  12.  J'observerai  que  Durandi, 
dans  son  Stato  antico  d'Italia,  p.  218  et  21g,  se  trompe  beaucoup 
lorsqu'il  veut  faire  considérer  l'Augusta  de  Pline  comme  la  même 
ville  que  l'Alba  Augusta. 

'  Valesii  Notifia,  p.  60  :  «  Robertus  in  Chronico  civitatem  Tri- 
«  castinum  provinciae  Viennensi  attribuit,  et  iterum  Arelatensi  pro- 
«  vinciœ  Tricastrum,  ita  ut  ex  una  duas  urbes  Tricastinum  et  Tri- 
«  castrum  facere  videatur.  » 

*  Lorsque  l'examen  attentif  des  indications  qu'on  trouve  dans  les 
monumens  de  l'antiquité  eut  formé  mon  opinion  sur  l'emplacement 
des  Tricastini,  j'ignorais  que  cette  même  opinion  avait  été  proposée, 
plutôt  que  prouvée,  par  les  hommes  qui  avaient  le  plus  approfondi 
l'histoire  ancienne  du  Dauphiné.  «  Les  géographes  (  dit  Longuerue , 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  207 

Actuellement  qu'il  est  prouvé  que  les  Tricastini 

occupaient  les  environs  d'Aoust  ou  d'Aoste  en  Diais, 

qu'il  me  soit  permis  de  revenir  sur  un  passage  de  Tite 

«  Descript.  hist.  de  la  France  anc.  et  moderne,  tom.  i,  p.  334)  veu- 
«  lent  communément  que  cette  ancienne  ville ,  Augusta ,  soit  la 
«  même  que  celle  de  Saint-Paul-Trois-Châteaux.  D'autres,  qui  ont 
«  recherché  en  Dauphine'  les  antiquités  du  pays,  ne  veulent  pas 
«  que  Saint-Paul  soit  une  ville  si  ancienne ,  soutenant  qu'elle  doit 
«  son  origine  à  l'église  où  est  le  tombeau  de  saint  Paul ,  évêque  des 
«  Tricastins.  Chorier  veut,  dans  l'Histoii'e  du  Dauphine,  (\\i^  Augusta 
«  soit  la  même  bourgade  qu'Aoste  près  de  Crest ,  se  fondant  sur  ce 

«  que  ce  mot  Aoste  signifie  la  même  chose  qu'^ wg«^/a Mais  ces 

«  conjectures  ne  sont  pas  des  démonstrations  ;  et  ce  qui  rend  celle 
«  de  Chorier  absurde,  c'est  qu'Aoste  a  toujours  été  du  diocèse  de 
"  Die ,  et  fait  par  conséquent  partie  des  Voconticns ,  distingués  des 
«  Tricastins.  »  Nous  venons  de  voir  que  c'est  précisément  parce 
que  Aoste  est  du  diocèse  de  Die,  ou  de  la  province  ecclésiastique  de 
Vienne,  qu'il  est  démontré  que  c'est  la  civitatem  Tricastinum  dont 
parle  Atolanz,  et  VAugusta  Tricastinorum  de  Pline.  Jamais  les 
Tricastins,  dans  quelque  lieu  qu'on  les  place,  et  d'après  les  limites 
assignées  aux  peuples  qui  les  environnent,  n'ont  pu  être  un  peuple 
fort  étendu  :  jamais  ils  n'ont  pu  former  un  diocèse  particulier.  Les 
Vocontiens  s'étant  trouvé  divisés  en  deux  diocèses,  pour  égaler  à 
l'autre  celui  de  Die,  qui  a  été  le  dernier  formé,  on  conçoit  qu'on  a 
dû  être  naturellement  porté  à  y  adjoindre  le  petit  peuple  des  Tri- 
castini. Cependant  Saint-Paul-Trois-Châteaux,  d'après  l'histoire  de 
son  évêché,  doit  remonter  aux  derniers  temps  de  l'âge  romain.  Denys 
de  Sainte-Marthe,  dans  le  Gallia  christiana,  tom.  i,  p.  704,  indique 
des  ruines  et  des  restes  d'antiquités  qui  démontrent  que  c'était  une 
ville  romaine.  Voici  comment  il  s'exprime  :  «  Urbs  Tricastinorum 
«  olim  fuit  ampla  et  celeberiima ,  cujus  antiquitatem  demonstrant 
«  rudera  amphitheatri,  circi  formarum,  hoc  est  aquae-ductum,  nec 
'(  non  statuse,  numismata,  ui'na?,  et  alia  similia,  quae  olira  et  nuper 
«  quoque  eruta  sunt  et  effossa.  In  urbe  adhuc  duse  sunt  portae  quarum 
«  unavocaturde  Fan-Jou  a  fano  Jovishac  in  parte  urbis  olim  condito, 
«  altéra  Puy-Jou  quasi  dicerelur  podium  Jovis.  »  ■ —  Il  est  singulier, 
d'après  des  assertions  aussi  positives  et  aussi  détaillées,  que  je  n'aie 
pu  trouver  aucune  mention  de  ces  antiquités  dans  les  descriptions 
de  France  les  plus  amples,  telles  que  celles  de  Piganiol  de  La  Force, 
en  i5  vol.  in-12.  Voici  ce  que  dit  Louis  Anselme  Royer  de  Sainte- 


208  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Live  qui  a  toujours  paru  inexplicable.  Cet  historien, 
en  racontant  le  retour  d'Annibal  après  son  expédi- 
tion chez  les  Allobroges ,  dit  :  «  Il  prit  sur  la  gauche 
(c  et  entra  chez  les  Tricastins ,  il  marcha  ensuite 
u  à  l'extrémité  du  territoire  du  pays  des  Vocon- 
((  tiens,  et  parvint  à  la  Durance ,  qui  prend  sa  source 
«  dans  les  Alpes  '.  ))  Tout  cela  s'accorde  parfaite- 
ment avec  la  position  que  nous  venons  d'assigner 
aux  Tricastini y  ainsi  qu'avec  la  marche  précédente 
du  général  carthaginois  ,  qui  retourna  au  midi ,  et 
conduisit  son  armée  le  long  du  Rhône.  En  faisant 
un  détour  ,  «  pour  éviter,  dit  Tite  Live,  de  passer 
((  sur  le  territoire  des  Allobroges.  »  Mais  ce  passage 
de  Tite  Live  devient  inexplicable ,  si  l'on  place  les 
Tricastini  dans  le  Tricastin  moderne.  Plutarque  et 
Silius  Italiens  '  font  aussi  mention  des  Tricastini 
à  propos  de  la  route  d'Annibal.  Le  Tricastin  mo- 
derne ou  le  district  de  Saint-Paul-Trois-Châteaux 
appartenait  aux  Cavares,  ainsi  que  je  vais  bientôt  le 
démontrer. 

Marthe,  dans  l'Histoire  de  l'église  cathédrale  de  Saint-Paul-Trois- 
Châteaux;  Avignon,  in-4°,  1710  :  «  On  ne  peut  rien  dii-e  de  cer- 
«  tain  là- dessus;  ce  que  nous  sçavons,  et  qu'on  voyait  il  n'y  a  pas 
«  long -temps,  c'est  quelque  vieux  reste  d'un  amphithéâtre  assez 
«  proche  du  palais  épiscopal ,  et  quelques  masures  d'un  cirque  qui 
'(  paraissent  encore  au  quartier  qu'on  appelle  Saint-Jean.  Mais  ce 
«  qui  fait  mieux  connaître  l'ancienne  splendeur  de  cette  cité,  est 
«  qu'en  creusant  la  terre  on  a  trouvé,  et  on  trouve  encore  de  temps 
«  en  temps,  des  statues  de  bronze  et  de  marbre,  des  urnes  et  des 
«  tombeaux,  des  aqueducs  et  des  lampes,  des  inscriptions  et  des 
«  médailles  de  tout  métail  et  de  tous  les  empereurs,  plusieurs  grands 
«  pavés  à  la  mosaïque.  » 

'  Titus  Livius,  lib.  xxi,  c.  3i.  —  Amm.  Marcell.,  lib.  xv,  c.  10. 

^  Silius  Italiens,  Punicor.,  lib.  m,  vers.  466,  tom.  i,  p.  201, 
edit.  Lem. 


PARTIE  ir,  CHAP.  IV.  209 

Quoique ,  dans  les  Tables  de  Ptolémée ,  les  Tri- 
castini  se  trouvent  placés  beaucoup  trop  au  nord- 
est,  cependant  ils  sont,  comme  la  description  de  cet 
auteur  le  dit,  à  l'orient  des  Segalauni.  L'emplace- 
ment que  nous  assignons  aux  Tricastini  est  conforme 
au  texte  de  Ptolémée  ;  la  position  de  Saint-Paul- 
Trois-Châteaux  y  est  tout-à-fait  contraire.  Conti- 
nuons de  transcrire  ce  texte  '. 

«  Sous  les  Segalauni  y  dit  Ptolémée,  sont  les  Ca- 
vares,  dont  les  villes  dans  l'intérieur  des  terres  sont  : 

((  Aciisiorum  colonia;  »  c'est  V  Acusiensis  ecclesia 
du  moyen  âge,  ou  Notre -Dame -d'Aigu,  près  de 
Montélimart. 

a  Aveniorum  colonia  y  Avignon. 

«  Arausio ,  Orange. 

«  Gabellio  colonia j  »  Cavaillon  *. 

Aucun  itinéraire ,  aucun  auteur  ou  monument 
ancien,  excepté  Ptolémée,  ne  fait  mention  de  civitas 
Acusorimn.  Lucas  Holstenius  et  d'Anville^  veulent 
confondi-e  cette  ville  avec  VAcunum  de  l'Itinéraire 
et  de  la  Table,  que  les  mesures  anciennes  nous 
apprennent  avoir  été  situé  à  Anconne.  Cette  con- 
jecture n'est  appuyée  que  sur  la  ressemblance  des 
noms  ,  et  il  est  d'autant  plus  étonnant  que  d'Anville 
l'ait  adoptée,  qu'elle  contrarie  la  position  qu'il  assi- 
gnait aux  Tricastini. 

La  position  de  cii>itas  Acusiorum  de  Ptolémée 
se  démontre  par  les  monumens  du  moyen  âge.  Je 
fus  informé,  par  une  lettre  de  M.  Faujas  de  Saint- 

'  Ptolemaeus,  lib.  u,  cap.  lo,  p.  5i  {55). 

'  Voyez  ci-dessus,  sur  Cabellio,  tom.  i,  p.  187. 

^  D'Anville,  Notice,  p.  5i.  —  Holsten.,  Annot.  in  Ortel.,  p.  5. 

II.  i4 


210  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Fond  ',  qu'il  existait  à  l'ancien  greffe  de  Montélimart, 
sa  ville  natale,  une  inscription  sur  une  grande  pierre 
portant  donation  d'une  rente  de  la  part  de  François, 
duc  de  Lesdiguières,  en  faveur  de  l'église  de  Monté- 
limart.  Cette  église  j  est  qualifiée  à' ecclesiam  Acu- 
siensem,  et  paraît  bien  évidemment  la  même  que 
celle  dont  on  voit  encore  les  ruines,  «  à  cent  pas  du 
((  nouveau  pont,  dans  la  partie  au-delà  du  Roubion 
(c  et  du  Jabron ,  en  se  dirigeant  vers  Orange ,  sur  une 
«  éminence,  à  35o  pas  hors  de  la  ville.  »  Cette  église, 
dont  les  débris  sont  connus  sous  le  nom  de  Notre- 
Dame -d'Aigu,  existait  encore  au  xii"  siècle;  en 
fouillant  dans  ses  ruines  on  trouva,  d'une  seule  fois, 
un  très  grand  nombre  de  médailles  impériales  en 
moyen  et  petit  bronze,  depuis  Gallien  jusqu'aux 
enfans  de  Constantin;  des  tombeaux  romains,  des 
fragmens  d'inscriptions,  des  urnes  sépulcrales.  Avant 
que  je  fusse  instruit  de  ces  curieuses  particularités  , 
l'analyse  des  Itinéraires  m'avait  démontré  que  la 
route  ancienne  passait  par  Montélimart.  «  On  voit, 
(c  dit  M.  Faujas,  à  la  poste  de  La  Paillasse,  la  pierre 
u  milliaire  marquée  vi ,  qui  fut  découverte  en  con- 
u  struisant  la  nouvelle  route  '....  Or  la  ligne  droite 
«  de  cette  route  se  dirige  sur  Montélimart,  où  était 
((  une  autre  pierre  milliaire  contre  l'angle  du  jardin 
((  des  anciens  récollets  ;  elle  a  été  transportée  auclief- 

'  Faujas  de  Saint-Fond ,  Lettres  en  date  du  \"  et  2  mai  1810. 

"  CeUe  pierre  fut  découverte  en  1757,  ainsi  que  nous  l'apprend 
QAyÏMS  { Antiquités ,  tom.  m,  p.  555),  à  800  toises  de  la  poste  de 
Paillasse.  Du  côté  de  Valence,  la  voie  romaine  est  encore  connue 
sous  le  nom  de  P^icmagne.  Nous  avons  parcouru  toute  cette  route 
en  i855,  vérifié,  et  reconnu  exactes,  toutes  les  informations  don- 
nées par  M.  Faujas.  —  Voy.  Chalieu,  Mc'm.  sur  la  Drôme,  p.  86. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  211 

fc  lieu  du  département  de  la  Drôme.  En  jetant  les 
«  fondations  de  plusieurs  maisons  dans  la  rue  prin- 
((  cipale  qui  traverse  en  entier  la  ville  de  Monté- 
«  limart ,  on  a  retrouvé  des  portions  de  la  voie 
((  romaine,  des  médailles  antiques,  des  poteries,  etc. 
«  La  porte  ancienne  de  la  ville  actuelle,  qui  a  été 
((  démolie  pour  en  refaire  une  moderne  ,  portait 
«  comme  elle  porte  encore  aujourd'hui,  en  langue 
«  provençale,  le  nom  d'aigu.  » 

Il  est  facile  de  voir  combien  la  position  que  nous 
avons  assignée  aux  Tricastini ,  s'accorde  avec  le  texte 
de  Ptolémée  ,  qui  attribue  ^cusiorum  colonia,  aux 
Cavares.  Cette  ville,  située  à  Montélimart,  eût  été 
séparée  des  Cavares,  par  toute  l'étendue  du  terri- 
toire des  Tricastini y  si  ces  derniers  avaient  occupé 
le  district  de  Saint-Paul-Trois-Châteaux;  et  il  en  eût 
été  de  même  si  Acusioriun  colonia  avait  été  Acunum 
ou  Anconne ,  comme  le  voulait  d'Anville,  dont 
l'opinion  se  trouvait  ainsi  directement  contraire  à 
Ptolémée,  seul  auteur  cependant  qui  ait  parlé d'^^cz^- 
siorum  colonia;  et  comme  ce  géographe  nous  ap- 
prend que  les  Cavares  étaient  situés  immédiatement 
sous  les  Segalauni y  les  Tricastini  ne  peuvent  trou- 
ver de  place  entre  ces  deux  peuples  :  tout  confirme 
donc  la  position  que  nous  leur  avons  assignée. 

Avenio ,  dont  la  position  à  Avignon  moderne  est 
démontrée  par  les  monumens  de  l'histoire  et  par  les 
mesures  de  la  route  ancienne  de  Kalentia  à  Are- 
laie  ' ,  est  mise  au  nombre  des  villes  latines  par 
Pline  ,  quoique  Ptolémée  lui  donne  le  titre  de  colo- 
nie. Etienne  de  Byzance  l'attribue  aux  Marseillais , 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 


212  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
ainsi  que  Cahallio ,  et  il  y  a  peu  de  doute,  en  effet, 
que  dans  le  temps  de  leur  puissance  et  de  leur  indé- 
pendance ,  ils  n'occupassent  ces  villes  et  plusieurs  au- 
tres qui  leur  servaient  d'entrepôts  le  long  du  Rhône  ' . 
Avenio  est  du  nombre  des  villes  dont  nous  avons  des 
médailles  '. 

Arausio  est  aussi  mentionnée  par  Strabon  ^  , 
Pline'*  et  Mela^.  Ces  deux  derniers  auteurs  lui  don- 
nent l'épithète  de  secundanorum ,  surnom  qu'elle 
doit  à  quelques  milices  romaines  qui  y  faisaient  leur 
résidence.  C'est  ainsi  que  l'épithète  de  sextanorum 
est  jointe  à  Arles ,  et  celle  de  septimanorum  à 
Beterrœ.  Une  inscription  trouvée  à  Orange  semble 
prouver  que  cette  ville  avait  le  surnom  de  colonia 
Julia  secundanorum  ^.  Menard  conjecture,  avec 
beaucoup  de  vraisemblance,  que  ce  surnom  de  Julia 
vient  de  Jules  César,  lorsque  ce  conquérant,  de  retour 
à  Rome,  après  avoir  formé  de  ses  nouvelles  conquêtes 
la  province  des  Gaules ,  en  donna  le  gouvernement 
à  Claude  Tibère  Néron,  père  de  l'empereur  Tibère  ^ 
Jules  César  avait  donné  ordre  à  Claude  Tibère  de 

"  Caylus,  Antiquités ,  tom.  vu,  p.  268,  a  publié  une  inscription 
relative  à  Avennio.  —  Voyez  encore  Millin,  Voyage  dans  les  départ, 
méridionaux,  tom.  iv,  cap.  112,  p.  255. 

'  Mionnet,  Descript.  des  Me'd.,  tom.  i,  p.  Q5 ,  et  Supplément , 
tom.  I,  p.  ibi. 

3  Strabo,  lib.  iv,  p.  i85  (283),  edit.  Bert.  ;  tom.  11,  p.  26,  de  la 
trad.  franc. 

*  Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  61,  edit.  Lem. 

'  Mêla,  lib.  u,  cap.  5,  tom.  i,  p.  62,  edit,  Tzschuck. 

«  Maffei,  Galliœ  antiquitates,  in-4.°,  1733,  p.  142  et  157.— Menard, 
Me'm.  de  T Acade'm. ,  tom.  xxvi,  p.  345  et  349. 

^  Voyez  Sueton. ,  in  Tiher.,  cap.  4,  tom.  i,  p.  56o,  édit.  Hase.  — 
Voyez  ci-dessus,  tom.  1 ,  p.  278. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  •  2l3 

conduire  en  même  temps  diverses  colonies  dans  les 
Gaules;  Narbonne,  et  Arles  qui  fut  nommée  Julia^  en 
reçurent  ;  il  est  probable  qu'à  cette  époque  Araitsio 
en  reçut  une  aussi ,  et  de  là  sera  provenu  le  surnom 
de  Julia  qui  lui  fut  donné.  L'arc  de  triomphe  qui 
subsiste  encore  à  Orange  a  été  souvent  décrit  '  ;  mais 
les  ruines  de  son  théâtre ,  quoique  moins  connues , 
méritent  encore  plus  l'attention  des  archéologues  '  ;  les 
mesures  de  la  Table  et  de  l'Itinéraire  de  Jérusalem 
constatent  d'une  manière  plus  certaine  l'identité  de 
position  d'Orange  moderne  et  de  l'antique  Arausio. 
Les  mesures  de  la  route  romaine- qui  conduisait 
à'Apta  Julia  à  Arelate ,  Arles,  déterminent  aussi  la 
position  de  Cabellio  à  Cavaillon  moderne  ^,  où  l'on 
a  trouvé  aussi  de  beaux  restes  d'antiquités  romaines. 
Pline  met  Cabellio ,  déjà  connu  au  temps  d'Arté- 
midore ,  au  nombre  des  villes  latines  ;  Strabon  et 
Etienne  de  Bjzance  nomment  aussi  cette  ville. 

Strabon'*,  Pline  ^,  ApoUodore  ^  et  Etienne  de 
Bjzance  font  mention  ô^Aeria  comme  d'une  ville 
des  CavareSj  et  nous  avons  déjà  observé  que  l'opinion 
qui  place  ce  lieu  au  château  de  Lers,  près  duquel 
se  trouve  un  lieu  nommé  Auriac,  est  celle  qui  s'ac- 

'  Menard,  Mtm.  de  l'Académ.,  tom.  xxvi,  p.  345-349-  —  Millin, 
Voyage  dans  les  de'partemens  méridionaux,  tom.  ii,  p.  i3i,  cli.  45, 
PL  29,  fig.  3. 

'  INous  les  avons  visitées  en  i853;  le  théâtre  a  été  bien  décrit  par 
Maffei,  Galliœ  antiquitates ,  p.  i4o,  PI.  8  et  9. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage,  et 
Strabo,  lib.  iv,  p.  i85  (282).  — Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4).  —  Steph. 
Byzant.,  p.  434.  —  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  lyS  et  187,  et  ci- 
après,  tom.  11,  p.  219, 

*  /fi.,  lib.  IV,  p.  i85  (283)  ;  tom,  11,  p.  26,  de  la  trad.  franc. 

*  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  tom.  !i,  p.  62,  edit.  Lem 
®  Apollod.,  lib.  IV,  in  Steph.  Byzant.,  p.  3g. 


214         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
corde  le  mieux  avec  le  peu  d'indications  que  les  an- 
ciens nous  ont  laissées  à  ce  sujet  \ 

Ptolémée ,  conservant  toujours  le  même  ordre 
géographique,  mentionne  les  Saljes,  qu'il  nomme 
Salices ,  après  les  Cavares. 

«  Sous  les  Cavares  se  trouvent,  dit-il,  les  Salices, 
dont  les  villes  sont  : 

«  Taruscum ,  Tarascon. 

«  Glanum,  Saint-Remy. 

«  Arelatuni  colonia ,  Arles. 

w  Aqiice  Sextiœ  colonia,  Aix. 

«  Ernaginum ,  Saint-Gabriel.  « 

Strabon  fait  aussi  mention  de  Tarascon  ;  l'iden- 
tité de  nom  et  les  monumens  historiques  ne  laissent 
aucun  doute  sur  la  position  de  ce  lieu  ancien  à  Ta- 
rascon moderne  ,  malgré  les  erreurs  de  mesures 
qu'offre  dans  cet  endroit  le  texte  de  Strabon  ". 

La  position  de  Glaniun  à  mille  toises  au  midi  du 
village  actuel  de  Sain  t- Rem j,  près  de  l'endroit  où 
existent  encore  parfaitement  conservés  un  mausolée 
et  un  arc  de  triomphe  antiques  des  Romains,  se  trouve 
démontrée  par  les  mesures  des  Itinéraires  ^,  dont  les 

'  Conférez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  187,  et  Fortia  d'Urban,  Hist. 
d'Avignon,  p.  200.  —  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  187. 

*  Ptolera.,  lib.  11,  c.  10,  p.  5i  (55).  —  Strabo,  lib.  iv,  p.  178  (270), 
edit.  Alm.;  tom.  11,  p.  7,  de  la  trad.  franc.  —  La  mesure  générale  de 
Strabon  est  juste  dans  son  ensemble ,  mais  inexacte  dans  le  détail 
particulier  des  lieux,  ainsi  que  je  l'ai  démontré  dans  un  Mémoire 
particulier. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  — Le 
mausolée  et  l'arc  de  triomphe,  que  nous  avons  visités  en  i853,  sont 
gravés  dans  divers  ouvrages,  voyez  Mc'ni.  de  l'Acad.,  tom.  vu, 
p.  260.  — M.  Millin,  dans  son  F'oyage  dans  les  de'partem.  méridio- 
naux,  tom.  111,  p.  094,  PI.  65,  fig.  I,  a  décrit  et  figuré  ce  mausolée. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  215 

résultats  sont  encore  confirmés  par  une  inscription 
qu'on  y  a  trouvée,  qui  porte  le  nom  de  Glanum  \ 
Pline  donne  à  ce  lieu  le  surnom  de  Lwii  (  Glanum 
Lmi).  Menard  prouve  assez  bien  que  ce  surnom  est 
dû  à  Livius  Drusus ,  qui,  vers  l'an  j5o  de  Rome, 
établit  dans  ce  lieu  une  colonie  '. 

La  position  diErnaginum  à  Saint  -  Gabriel  est 
aussi  démontrée  par  les  mesures  des  Itinéraires  de  la 
route  qui  est  relative  à  Glanum,  et  qui  conduit 
ai  Apta  Julia,  Apt,  h.  Arelatense ,  Arles.  Ces  me- 
sures se  trouvent  encore  confirmées  par  une  inscrip- 
tion qu'on  y  a  trouvée,  et  sur  laquelle  on  lit  le  nom 
à' Ernaginenses .  Ernaginum  est  aussi  évidemment  le 
locus  Arnaginensis  mentionné  dans  la  Vie  de  saint 
Césaire  ^ 

Dans  le  petit  district  qui  se  trouve  au  confluent 
du  Rhône  et  de  la  Durance ,  et  qui  comprenait  ces 
trois  villes,  Tarasco ,  Glanum  et  Ernaginum, 
Pline  "^  paraît  placer  les  Desuviates ,  qui  étaient  par 
conséquent  enclavés  dans  le  territoire  des  Salyes , 
et  formaient  comme  une  sous-division  de  ces  peuples. 
Pline,  au  reste,  ne  fait  que  les  indiquer  au-dessus 
des  Anatilii  :  u  regio  Anatiliorum ,  et  intus  De- 
suviatium,  Cavarumque.  n  Oi',  com.meAi'eîiWj,  Avi- 
li indique  comme  la  meilleure  Ggure  celle  de  l'abbé  Lamy,  1787,  et 
ensuite  celle  de  Montfaucon,  Antiq.  expliquée  ,  tom.  v,  part,  i, 
p.  i52 ,  et  SiippL,  tom.  iv,  p.  34. 

'  Caylus,  Antiquités,  t.  vu,  p.  265,  et  IMillin,  F'oyage,  t.  m,  p.  407. 

'  Menard,  Méni.  de  VAcad.,  édit.  iu-4°,  tom.  xxxu,  p.  600,  et  dans 
l'édit.  in-i2,  tom.  ux,  p.  242. 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  281  ,  pour  ce  qui  concerne  les 
Samnages,  et  Statistique  des  Bouches-du-Rhôtic ,  tom.  11. 

*  Plia.,  lib.  IV,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  57,  edit.  Lem.  —  Honoré 
Bouche,  Chowgraphie  de  Provence,  1. 1.  —  Gruter,  p.  4j5>  n°  4- 


216        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
gnon,  apppartenait  aux  Cavares ,  il  ne  reste  aux 
Desuviates  que  l'emplacement  qu'on  leur  assigne. 

Le  détail  des  villes  attribuées  par  Ptolémée  aux 
SafyeSj  Salliwii  ou  Salices,  détermine  avec  assez  de 
précision  les  limites  de  ces  peuples,  et  elles  s'accordent 
avec  celles  que  nous  avons  assignées  aux  Coniinoni , 
aux  Suelteri  ou  Reiij  aux  Cavares  et  autres  peuples 
environnans  ;  mais  lorsque  le  nom  des  Saljes  fut 
tombé  en  désuétude ,  on  lui  substitua  celui  de  la 
ville  principale,  Arelate ,  Arles,  et  tout  le  territoire 
autrefois  attribué  aux  Saljes  fut  regardé  comme 
une  dépendance  de  cette  ville.  Ceci  se  prouve  par 
une  inscription  rapportée  dans  Gruter  '  et  antérieure 
au  temps  où  l'on  a  distingué  une  province  d'Arles  , 
dans  le  même  sens  qu'on  distinguait  la  Narbonnaise 
et  la  Viennaise  avant  qu'on  eût  érigé  ces  districts 
en  provinces  distinctes.  On  lit  dans  cette  inscription: 
pronncia  Arelatensis  y  et  à  Guarguiez ,  paroisse  de 
Gemenos,  au-delà  d'Aubagne ,  à  l'égard  de  Marseille , 
on  a  trouvé  une  inscription  romaine  où  ce  lieu  est 
nommé   lociis    Gargarius  '  et  est  indiqué  comme 
situé   i?i  finibiis   Arelatensiiuiiy  sur   les   frontières 
d'Arles.  Il  n'y  pas  de  doute  que  les  Arelatenses  ne 
remplacent    ici   les    Salyes ,   et    la   découverte   du 
lociis  Gargarius  nous  donne  une  position  qui  dé- 
termine de  ce  côté  les  limites  respectives  des  Salyes 

'  Gruter,  p.  426,  n°  6,  et  p.  495,  n»  4.  —  Voyez  encore  pour 
d'autres  inscriptions  relatives  à  Arles ,  Muratori,  Insaipt.,  tom.  11, 
p.  iiog,  n°  9.  — Caylus,  Antiquités ,  tom.  m,  pi.  89,  n°  16. — 
Honoré  Bouche,  tom.  i,  p.  007  et  55o.  —  Voyez  tome  i,  p.  62,  191. 

'  Spon,  p.  164,  Statistique  des  Bouclies-du-Rliône ,  tom.  xxiii, 
et  297.  —  Papon,  Hist.  de  Provence,  tom.  i.  —  Bouche,  Chorogi: 
de  Prov.,  tom.  i,  p.  354.  —  Sirmond.,  Concil.  galliœ ,  tom.  i,  p.  27. 
—  Recueil  des  Hist,  de  Fiance ,  tom.  i ,  p.  775. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  217 

et  des  Commoni.  Un  cippe  de  pierre  trouvé  au 
pied  du  mont  de  Sainte-Victoire,  à  deux  lieues  à 
l'orient  d'Aix  %  et  sur  lequel  était  fin.  arel.  (Fines 
^relatentium),  détermine  de  même  les  limites  du 
district  des  Saljes  de  ce  côté  ;  et  on  ne  doit  pas 
s'étonner  de  trouver  sur  le  même  cippe  et  du  côté 
d'Aix  AQ.  FINES  (^Aquensium  Fines);  car  Aix, 
comme  colonie  romaine ,  a  du  avoir  un  territoire 
particulier  '  qui  avait  aussi  ses  limites,  et  qui  for- 
mait comme  une  enclave  dans  le  grand  district  des 
Arelatenses  ou  des  Saljes.  On  conçoit  sans  peine 
que  la  même  pierre  pouvait  servir  à  déterminer 
la  limite  de  la  division  générale  des  Arelatenses ,  et 
aussi  celle  plus  particulière  des  Aquenses,  ou  habi- 
tans  d'Aix,  que  Ptolémée  a  inscrits  parmi  les  Salyes 
ou  Arelatenses .  Arles,  dans  les  derniers  temps  de  la 
puissance  romaine ,  devint  tellement  considérable 
que  le  poète  Ausone  l'appelle  la  Rome  gauloise. 

Ainsi  que  j'ai  déjà  eu  l'occasion  de  le  remarquer, 
d'après  une  conjecture  assez  probable  de  Papon, 
relativement  à  une  inscription  contenant  l'ex-voto 
d'un  certain  Vibius  Longus,  \  la  déesse  Trittia,  le 
lieu  nommé  Tretz  existait  du  temps  des  Romains, 
sous  le  nom  de  cette  déesse.  Ce  village  est  nommé 
Triais  dans  les  titres  du  xi®  siècle.  Près  de  là  est 
une  montagne  nommée  Olympe,  et  en  provençal 
Oljsse  ^.  Tretz  est  situé  entre  Saint-Maximin  et  Aix. 

"  Voyez  Papon,  Ilisl.  de  Provence,  tom.  i. 

'  Voyez  Muratori,  Inscript.,  tom.  ii ,  n"  i.  —  Bochat,  Hist.  anc. 
de  la  Suisse,  tom.  ii,  p.  479-  —  Gruter,  Inscript.,  p.  356,  n°  5, 
p.  4o3,  no5,  p.  4i3,  n"  4,  p.  469,  n''  i.  Ibid,  n°  5,  et  546,  n°  6. 

^  Papon,  Hist.  ge'ne'r.  de  Provence,  tom.  i,  p.  96.  —  Millin  , 
Voyage  en  France,  tom.  iii,  p.  ii5.—  Statistique  du  département 
des  Bouches-du-Rhônc ,  tom.  n,  p.  235,  et  ci-dessus,  p.  197. 


218        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Les  autres  peuples  que  Ptolémée  nomme  dans 
la  Narbonnaise  ,  sont  les  Mimeni,  les  Vocontii ,  les 
Elicocii  (ou  Helvii)  et  les  Sentii  :  mais  l'ordre 
géographique,  si  bien  conservé  jusque-là,  se  trouve 
bouleversé  dans  le  reste  de  sa  description ,  puisqu'il 
place  les  Elicoci  et  les  Helvii  chez  les  Vocontii  : 
nous  devons  donc  ne  nous  attacher  qu'aux  villes 
capitales  pour  retrouver  la  position  de  ces  peuples. 

Ptolémée  attribue  forum  A^eronis  slux  Mimeni^,  et 
comme  lui  seul  fait  mention  de  ce  lieu,  nous  n'avons 
aucun  mojen  pour  en  déterminer  la  situation  ;  car 
les  longitudes  et  les  latitudes  qu'il  donne  pour  l'inté- 
rieur sont  toutes  erronées,  et  on  n'a  jusqu'ici  aucun 
moyen  de  les  rectifier.  Un  faux  rapport  de  nom  a  fait 
placer /brwm  Neronis  à  Forcalquier,  mais  l'étymo- 
logie  de  ce  dernier  nom  n'a  point  de  rapport  avec 
celui  àe.  forum  Neronis  ';  cette  position  contrarierait 
les  documens  plus  certains  que  nous  donne  sur  ce 
peuple  Pline,  qui  dit  '  Carpentoracte  Mimenorum  : 
donc  les  Mimeni  habitaient  les  environs  de  Carpen- 
tras ,  et  à  l'orient  de  cette  ville  est  un  lieu  appelé 
Metamis,  dont  le  nom  a  une  forte  ressemblance  avec 
celui  de  Mimeni.  Qu'on  ne  dise  pas ,  avec  d' An- 
ville  ^^  que  cette  position  des 7l/mz^7Zi  resserrerait  trop 
le  territoire  des  Cavares ;  car  il  est  prouvé,  ainsi 
que  nous  l'avons  observé,  que  les  Cathares  avaient 
sous  leur  dépendance  tous  les  peuples  compris 
entre  le  Rhône  ,  les  Allobroges  et  les  Voconces , 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  i85.  —  Ptolem.,  lib.  n,  cap.  lo, 
p.  5i  [55)^  edit.  Bert. 

'  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  cap.  5  [Q ,  tom.  ii,  p.  65,  edit.  Lem., 
et  lib.  xvm,  cap.  20  (8),  tom.  vi,  p.  2i5,  edit.  Lem. 

'  D'Anville,  Notice,  p.  2o5et  457,  au  mot  Carpentoracte. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  *      219 

c'est-à-dire  les  Segalauni ,  les  Tricastini  et  les 
Mimeni.  «  Au-dessus  des  Saliens,  dit  Strabon,  on 
((  traverse  la  Durance  avec  un  bac  pour  se  rendre 
((  a.  Cavaillon,  où  commence  le  territoire  des  Cavares, 
((  qui  s'étend  jusqu'à  la  jonction  du  Rhône  et  de 
«  l'Isère  ' .  n  Donc  Strabon  comprenait  aussi  les 
Segalauni  dans  les  Cavares ,  et  c'est  peut-être  par 
cette  raison  que  Pline  dit  in  agro  Cavarum  Vd-' 
lentia  '.  Alors  les  éditions  de  cet  auteur  seraient 
exactes ,  et  il  ne  faudrait  pas  les  corriger  en  plaçant 
le  point  avant  Valentia,  ainsi  que  nous  l'avons 
proposé  plus  haut^.  Pline  est  le  seul  auteur  ancien 
qui  fasse  mention  de  Carpentoracte  y  mais  il  est 
prouvé  que,  l'an  5i8,  cette  ville  portait  en  effet  le 
nom  que  lui  donne  Pline ,  et  on  y  trouve  encore 
de  beaux  raonumens  romains  ^.  Quant  à  forum 
Neronis  y  la  conjecture  qui  tend  à  placer  ce  lieu 
ancien  à  Mornas  nous  paraît  encore  préférable  à 
celle  qui  le  met  à  Forcalquier  ^ . 

Pline,  se  conformant  à  l'ordre  géographique,  men- 
tionne après  Carpentoracte  les  Cenicenses ,  qu'un 
de  ses  commentateurs,  d'après  la  seule  ressemblance 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  184,  et  tom.  11,  p.  24,  de  la  trad.  franc. 

'  Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4). 

^  D'après  Cellarius  et  d'Anville,  voyez  p.  202. 

*  Yoyez  Menard,  Mémoires  de  l'Acad.,  tom.  xxxïi,  p.  ^Sg.  — 
Les  ruines  de  Vénasques,  qui  est  à  deux  lieues  au  midi  de  Car- 
pentras,  paraissent  être  les  restes  tl'un  temple  dédié  à  Vénus.  Ibid, 
tom.  xxxii ,  p.  779.  —  Sur  d'auti'es  antiquités  trouvées  à  Carpen- 
tras,  voyez  Caylus,  tom.  viii,  p.  252,  PI.  72. 

*  Voyez  ci- dessus ,  tom.  i,  p.  281 ,  et  tom.  11,  p.  35.  —  De  La- 
goy,  Descript.  de  quelques  Médailles  inédites  ;  Aix,  i854,  in-4°, 
p.  58.  — Calvet,  dans  les  LeUres  inédites  de  plusieurs  personnages 
célèbres,  p.  338.  — Voyez  ci-dessus,  tom.  11,  p.  45. 


220  "GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
de  nom ,  veut  placer  à  Salnt-Cerni  ;  mais  déjà  nous 
avons  remarqué  que  les  Cenicenses,  dont  l'existence 
paraît  démontrée  par  les  médailles  antiques ,  de- 
vaient se  placer  vers  l'embouchure  du  Rhône  nom- 
mée Cœnus fliwius  \  Pline  nomme  ensuite  les  Cam- 
bolectrij  qu'un  lieu  nommé  Camhonujn ,  dans  l'Iti- 
néraire de  Jérusalem,  fixé  par  les  mesures  de  la  route 
de  Dea^  Die,  à  Vapincuni ,  Gap,  me  porte  à  pla- 
cer dans  les  environs  de  Lacombe  '.  Pline  donne  à 
ces  Camholectri  le  surnom  àH Atlantici  pour  les  dis- 
tinguer d'autres  Camholectri  qui  se  trouvaient  dans 
l'Aquitaine,  peuple  distinct  des  AgesinateS:,  auxquels 
on  a  voulu  les  joindre.  De  ce  que  Festus  Avienus 
désigne  les  embouchures  du  Rhône  par  cette  même 
épithète  poétique  Ôl  Atlanticos  ^ ,  dom  Martin  ^  a 
voulu  y  voir  une  allusion  aux  Cainholectri ,  et  les 
placer  à  l'embouchure  du  Rhône;  mais  il  ne  fait  pas 
attention  que  Pline  a  déjà  mis  dans  cet  endroit  les 
Anatili ,  en  décrivant  les  côtes,  et  qu'il  s'occupe  ici 
*  de  l'intérieur.  Les  Cambolectri ,  d'après  la  position 
que  je  leur  assigne ,  se  trouvent  placés  entre  les 
T^oconces  et  les  Tricorii. 

Pline  ^  détermine  avec  précision  la  position  des 
Vulgientes ,  lorsqu'il  nous  apprend  c^'Apta  Julia 
était  leur  capitale.  Les  mesures  des  Itinéraires  ro- 
mains pour  la  route   qui    conduit   de  Segustero  , 

'  Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  tom.  ii,  p.  65.  —  Voyez  tom.  i,  p.  281. 

"  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Festus  Avienus,  Ora  marit.,  v.  678,  tom.  iv,  p.  18,  des  Geogr. 
gr.  min.  Huds. ,  ou  v.  ô-jG,  tom.  v,  p.  487,  des  Poetœ  latin,  min., 
edit.  Lem. 

*  Dom  J.  Martin,  Hisl.  des  Gaules,  tom.  11,  p.  i56. 
Plin.,  lib.  III,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  61,  edit.  Lera. 


PARTIE  II,  CHAP.  lY.  m 

Slsteron,  h  Arelate,  Arles,  fixent  la  position  de  cette 
dernière  yille  à  Apt,  où  l'on  a  trouvé,  d'ailleuis, 
des  inscriptions  avec  le  nom  ^Apta  ',  qui,  d'accord 
avec  Sidoine  Apollinaire  %  lui  donnent  le  titre  de 
colonie  %  tandis  que  Pline  ne  la  met  qu'au  nombre 
des  villes  latines  :  ainsi  la  viguerie  d'Apt  paraît  devoir 
nous  représenter  l'étendue  et  les  limites  des  Kul- 
gientes ;  car  ces  divisions  en  vigueries  ou  vicariats , 
qui  existaient  en  Provence  avant  les  divisions  par 
départemens,  remontent  à  une  très  haute  antiquité. 
Une  inscription  trouvée  à  Apt  constate  aussi  l'exis- 
tence d'une  ville  ou  d'un  peuple  nommé  Vordenses  ^f 
que  l'on  place  avec  assez  de  vraisemblance  à  Gordes, 
dans  le  diocèse  de  Cavaillon ,  du  côté  d'Apt.  D' An- 
ville  ^  observe  avec  raison  que  le  changement  du  V 
en  G  est  commun  dans  ces  cantons  :  ainsi  de  T^ardo 
on  a  fait  Gardon,  et  de  F apinciun ,  Gap.  Papon^  a 
aussi  rapporté  une  inscription  trouvée  à  Cadenet , 
qui,  si  elle  est  authentique,  nous  révèle  dans  ce  lieu 
l'existence  et  la  position  d'un  peuple  nommé  Cau- 
dellenses  j  sur  les  rives  de  la  Durance,  qui  avait 
au  midi  les  Salyes ,  à  l'est  les  Reii ^  à  l'ouest  les 
CavareSj  et  au  nord  les  Vulgientes . 
J'ai  déjà  déterminé  la  position  et  les  limites  des 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  27g. 

'  Sidon.  Apollia,  ix,  Epist.  g.  —  Muratori ,  Inscript.,  tom.  11, 
p.  iiog,  n"  5.  —  Caylus,  Antiquités ,  tom.  vu,  p.  63. 

'  Millin,  Voyages,  tom.  m,  p.  8g.  —  Orelli,  Inscript.,  tom.  i, 
p.  100.  —  Papon,  Hist.  de  Provence ,  tom.  i,  p,  67. 

*  Spon,  Miscell.  erud.  antiq.,  p.  164. 

*  D'Anville,  Notice  sur  la  Gaule,  p.  71g. 

"*  Papon,  Hist.  de  Provence,  tom.  i,  p.  128.  —  Journal  des  Sa- 
vons, mois  d'août  1770.  —  Voyez  ci-dessus,  tom.  11,  p.  45. 


222  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Elicoci  ou  des  HeLvii  '  et  des  Vocontii^;  j'observerai 
seulement  que  Pline  ^  indique  un  Heu  de  la  Province 
romaine  nommée  Coniaciiia ,  qne  je  crois  avoir  été 
placé  sur  les  rives  de  la  petite  rivière  Comane,  et 
par  conséquent  chez  les  Koconces. 

En  attribuant  D'inia ,  Digne,  aux  Sentii ,  Ptolé- 
mée  semble  contrarier  Pline,  qui  donne  cette  ville 
aux  Avantici  et  aux  Bodiontici  qu'il  place  dans 
la  Narbonnaise.  D'Anville  observe  que  Ptolémée 
d'un  autre  côté  accorde  Cemenelium ,  Cimiers , 
aux  Vediantii,  et  qu'il  paraît  étendre  beaucoup  trop 
à  l'ouest  les  limites  de  ce  peuple,  qu'il  place  en 
Italie.  D'Anville  ne  fait  pas  attention  qu'en 
plaçant  les  Suetri  ou  Suetrii  en  Italie,  Ptolémée  a 
prouvé  qu'il  étendait  au  moins  jusqu'à  Senez  les 
limites  de  cette  contrée.  D'Anville  dit  que  Sanitium 
est  Senez ,  et  cela  parait  exacf*  ;  mais  il  ne  s'ensuit 
pas  de  là,  comme  d'Anville  le  prétend,  que  Sanitium 
doive  être ,  contre  le  texte  même  de  l'auteur  qui  seul 
en  a  fait  mention,  attribué  aux  Sejitii ,  et  enlevé 
aux  J^edianti.  Il  faudrait  pour  cela  supposer  que* 
Ptolémée  aurait  parlé  du  peuple  dans  sa  description 
de  la  Gaule  ,  et  ensuite  qu'il  aurait  transporté  sa 
capitale,  non  seulement  chez  un  autre  peuple,  mais 
dans  une  autre  contrée,  c'est-à-dire  en  Italie  ^.  C'est 
prêter  à  cet  auteur  deux  erreurs  bien  grossières  :  on 
n'a  pas  encore,  je  crois,  remarqué  qu'il  existe,  sous 
un  point  de  vue,  une  exacte  conformité  entre  le  texte 

'  Yoyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  l'jS  et  2j6.  — Ptol.,  ii,  lo,  p.  5o. 

'  Yoyez  ci-dessus ,  tom.  i ,  p.  258  à  261 ,  et  p.  272. 

'  Plin.,  lib.  III,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  63,  edit.  Lem. 

«  D'Anville,  Notice,  p.  475. 

'  Ptolem.,  lib.  ir,  cap.  10,  p.  5i  (56);  lib.  m,  cap.  i,  p.  64  (6g). 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  223 

de  Ptoléraée  et  celui  de  Pline  pour  cette  partie.  En 
effet,  Pline  '  termine  sa  description  de  la  Narbon- 
naise  par  un  peuple  auquel  il  attribue  Dinia,  Digne, 
et  Ptolémée  termine  de  même  sa  description  de  la 
Narbonnaise  par  mi  peuple  auquel  il  attribue  Dinia; 
donc  les  Avantici  et  les  Bodiontici  de  Pline,  dont 
les  uns  possédaient  Digne  et  les  autres  Sejne,  se 
trouvent  remplacés  dans  Ptolémée  par  les  Sentii , 
et  le  nom  de  ces  derniers  se  retrouve  avec  un  peu 
d'altération  dans  celui  de  Seyne,  qui  est  du  diocèse 
de  Digne,  et  après  Digne  le  lieu  le  plus  considérable  : 
il  ne  s'agit  donc  que  de  distinguer  les  époques, 
et  on  peut  bien  présumer  que  Sentii,  nom  d'une  des 
capitales  des  Avantici  et  des  Bodiontici ,  aura  suc- 
cédé ,  du  temps  de  Ptolémée,  aux  noms  de  ces  deux 
peuples  en  usage  du  temps  de  Pline. 

Quant  au  diocèse  de  Senez,  il  représente  les  J^e- 
diantii  de  Ptolémée  %  qui  leur  donne  Cenieneliuniy 
Cimiers  près  Nice,  et  Saniiium.  Le  nom  de  civitas 
Sanitiensiwn  se  retrouve  dans  la  Notice.  Valois  re- 
marque qu'on  a  écrit  Sanesium  dans  le  moyen  âge, 
c'est  ce  qui  aura  fait  introduire  le  nom  de  Sanagiense 
dans  le  texte  de  Pline  ^,  qu'on  a  cru  reconnaître  dans 
\e?>  Sanitiensiwn  de  la  Notice^;  mais  l'édition  prin- 
ceps,  justifiée  par  une  médaille  trouvée  à  Saint-Remy, 
prouve  que,  dans  un  autre  endroit  de  Pline,  il  est 
question  d'une  ville  nommée  Samnages  dans  le  ter- 
ritoire des  Salluvii.  Le  texte  de  Pline,  au  sujet  des 

'  Plin.,  Uist.  nat.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  tom.  ii,  p.  66^  edit.  Lem. 
'  Ptolem.,  Geogr.,  lib.  m,  c.  i,  p.  64  (70),  de  l'édit.  de  Beitius. 
^  Plin.,  lib.  III,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  65,  edit.  Lem. 
<  Guérai-d,  Essai,  p.  53.  —  Hist.  de  Fr.,  tom.  i,  p.  12a,  —  Con- 
férez ci-dessus,  p.  42,  et  tom.  1,  p.  ■2^-?.,  555. 


224  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Vediantii,  s'accorde  d'autant  mieux  avec  le  texte  de 
Ptolémée,  que  tous  deux  leur  attribuent  Cemenelium, 
Cimiers,  et  que  si  Ptolémée  place  en  Italie  Cemene- 
liiun  et  Sanitium ,  Pline  de  son  côté  place  dans  la 
Narbonnalse  et  aussi  dans  l'Italie  les  Suetri ,  quand 
il  donne  la  liste  des  peuples  du  Trophée  des  Alpes. 
La  capitale  de  ces  peuples  était,  ainsi  que  nous  l'a- 
vons déjà  dit,  Salinœ y  Salernes  ,  au  midi  d'Apt'. 
De  tous  temps ,  dans  les  hautes  montagnes ,  les  li- 
mites des  contrées  ont  été  plus  ou  moins  indécises , 
par  la  difficulté  qu'on  éprouve  h  les  déterminer  avec 
précision  ;  cependant  il  résulte  clairement  des  textes 
combinés  de  Pline  et  de  Ptolémée,  qu'avant  que  les 
peuples  de  cette  partie  des  Alpes  eussent  été  réunis  à 
la  Gaule,  pour  former  une  province  particulière  sous 
le  nom.  d'Alpes  maritimes,  les  diocèses  de  Digne  et  de 
Senez,  qui  depuis  firent  partie  de  cette  province,  ap- 
partenaient auparavant  à  la  Narbonnaise,  et  reculaient 
vers  l'orient ,  de  toute  l'étendue  de  leur  territoire, 
les  limites  de  cette  province.  Observons  seulement 
qu'à  l'époque  dont  nous  traitons,  on  doit  placer  les 
Avantici ,  les  Bodiontici  et  Sanitium ,  mais  qu'il 
n'est  pas  encore  question  des  Sentii ,  connus  seule- 
ment au  temps  de  Ptolémée.  J'ai  déjà  observé  qu'une 
inscription  qui  se  trouve  à  Saint-Geniez,  au  nord- 
est  de  Sisteron ,  nous  révèle  l'existence  et  la  position 
d'un  lieu  nommé  Theopolis.  Il  n'existe  que  l'empla- 
cement de  ce  lieu  ancien,  mais  cet  emplacement  porte 
encore  aujourd'hui  le  nom  de  Théon  ".  Quant  aux 

'  Voyez  ci-dessus,  p.  6Q  et  io5. 

*  Millin ,  Voyages  dans  les  departemens  méridionaux ,  tom.  lu, 
p.  67  et  70. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV  225 

Samnages  de  Pline  ' ,  nous  avons  fixé  leur  position 
à  Senas  '. 

Avant  de  passer  à  l'Aquitaine,  je  crois  devoir  dire 
un  mot  sur  les  petites  iles  semées  sur  les  côtes  méri- 
dionales de  la  Gaule.  D'Anville  me  paraît  avoir  mal 
appliqué  ce  que  les  anciens  ont  dit  sur  ce  sujet. 

Strabon  ^  est  le  premier  auteur  ancien,  parmi  ceux 
qui  nous  restent,  qui  ait  fait  mention  de  ces  îles;  il  , 
les  nomme  Stoechades ,  et  les  distingue  en  grandes 
et  petites.  Etienne  de  Bjzance  leur  donne  le  surnom 
àtLigfstideSf  Liguriennes^.  Agathémère,  géographe 
grec,  qui  écrivait  deux  siècles  après  Strabon,  dit  ^  : 
«  Les  Stoechades,  ainsi  nommées  parce  qu'elles  sont 
«  rangées  sur  une  même  ligne.  Elles  sont  vis-à-vis 
((  les  villes  possédées  par  les  Marseillais;  il  y  en  a 
(("trois  grandes  et  deux  petites  :  ces  deux  dernières 
((  sont  proches  de  la  ville  de  Marseille.  »  On  voit  sur- 
le-champ,  en  jetant  les  yeux  sur  une  carte  de  France, 
que  les  grandes  Stoechades  sont  les  îles  d'Hyères,  et 
les  petites  Stoechades  les  îles  qui  sont  vis-à-vis  Mar- 
seille. Ptolémée,  avant  Agathémère ,  outre  l'île  Lero 
qu'il  indique  à  l'embouchure  du  Var,  fait  aussi  men- 
tion de  cinq  îles  Stoechades,  qu'il  place  sous  le  pro- 
montoire Citharistes ,  qui  est  le  cap  Cepet^.  Ce  cap 
est  en  effet  intermédiaire  entre  les  grandes  et  les 

'  Plin.,  é(Jit.  priaceps  de  1469,  Hist.^  lib.  m,  v  (iv),  6.  Dansl'édit. 
de  1490»  on  a  substitué  Santia^enscs ,  et  dans  les  édit.  postérieures 
Sanagenses ,  pour  en  faire  Senez.  —  De  Lagoy,  Méd.  ine'd.,  p.  38. 

^  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  282. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  184  ("281),  edit.  Alm.,  et  tom.  11,  p.  24,  de 
la  trad.  franc. 

"  Stephan.  Byzant.,  p.  680. 

*  Agathem.,  Geogr.  grœc.  min.,  c.  5,  tom.  11,  p.  i3,  edit.  Huds. 

®  Ptolem.,  Gcngr.,  lib.  11,  cap.  10,  p.  5i  (55),  edit.  Bert. 

II.  i5 


226        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
petites  Stœchades .  A  la  suite  des  Stœchades  Strabon 
nomme  les  îles  Lero  et  Planasia. 

Mais  Pline  est  l'autem^  qui  s'explique  sur  cet  ar- 
ticle avec  le  plus  de  détail ,  et  celui  par  conséquent 
auquel  nous  devons  nous  attacher  de  préférence.  Il 
ne  connaît  que  trois  îles  Stœchades  proprement 
dites ,  et  nous  donne  les  noms  de  chacune  d'elles  : 
il  nomme  ensuite  deux  autres  îles  Lero  et  Lerina , 
vis'à-vis  Antipolis.  Voici  comment  il  s'exprime  '  : 
((  Il  y  a  plusieurs  îles  sur  les  rivages  de  la  Gaule  ;  à 
((  l'embouchure  du  Rhône ,  est  Metina;  ensuite 
«  celle  qu'on  nomme  Blascon;  puis  les  trois  Stœ- 
«  chades ,  ainsi  appelées  des  Marseillais  qui  en  sont 
((  voisins ,  à  cause  qu'elles  sont  rangées  par  ordre  *  ; 
«  mais  ces  mêmes  Marseillais  donnent  à  chacune 
M  d'elle  les  noms  particuliers,  de  Proten,  de  Mesen, 
((  (  que  l'on  appelle  aussi  Pompeiana  )  ;  la  troi- 
«  sième  se  nomme  Hjpea  /  après  les  Stœchades  , 
((  sont  Sturium,  Phenice  et  Phila  ;  et  enfin,  vis-à-vis 
«  Antipolis ,  sont  les  îles  Lero  et  L^erina  ;  dans 
i<  cette  dernière  se  trouve  la  ville  nommée  Ver- 
«  soanum  ^ .  » 

Je  pense  d'abord,  avec  Astruc  ^ ,  que  Metina  in- 
sula  n'est  autre  que  celle  qu'on  voit  aujourd'hui  à 

•  Plin.,  Hist.  liât.,  lib.  m,  cap.  ii,  p.  112,  edit.  Leni. 

*  «  A  viciais  Massiliensibus  dictae  propter  ordinem;  »  le  mot 
c-Tor;toç,  en  grec,  a  cette  signification. 

^  «  Galliae  autem  ora,  in  Rhodani  ostio  Metina  :  mox  quae  Blascon 
«  vocatur  :  très  Stœchades  a  vicinis  Massiliensibus  dictae  propter  or- 
«  dineni,  quas  item  nominant  singulis  vocabulis,  Proten  et  Mesen 
.f  quae  et  Pompeiana  vocatur  :  tertia  Hypea.  Ab  his  Sturium,  Phœ- 
<(  nice,  Pbila  :  Lero  et  Lerina  adversum  Anlipolim,  in  qua  Vergoani 
«  oppidi  memoria.  »  Plin.,  lib.  m,  c.  11,  tom,  11,  p.  1 12,  edit.  Lem. 

^  Astruc,  Hist.  tiat.  du  Languedoc. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  227 

l'embouchure  du  Rhône ,  qui  se  trouve  divisé  en 
deux,  et  qu'on  nomme  Tey-de-Bericle  sur  le  grand 
plan  des  Bouches-du-Fihôné  de  la  Compagnie  de  la 
Camargue  '. 

La  position  de  Blascon  insula  à  Brescou  est  par- 
faitement bien  démontrée  par  Strabon  %  qui  en  fait 
mention,  et  qui  la  place  près  du  mont  Sitium,  c'est- 
à-dire  le  promontoire  de  Sette.  Festus  Avienus  ^ 
décrit  aussi  très  bien  la  forme  ronde  de  cet  îlot  : 
«  Blasco  insula  est,  teretique  forma  cespes  editiir 
((  salo.  »  Ptolémée'^  indique  encore  de  ce  côté  une 
autre  île  près  de  Brescou  sous  le  nom  ^ Agalha, 
Agde,  avec  une  ville  du  même  nom;  mais  c'est  un 
double  emploi  d'autant  plus  évident,  que  cette  ville 
est  sous  le  même  méridien  que  Blascon  j  et  en  effet 
la  ville  d'Agde,  la  véritable  Agatha ,  est  aussi  sous 
le  même  méridien  que  Brescou. 

Il  paraît  aussi  évident,  d'après  le  texte  de  Pline, 
que  les  noms  des  trois  Stœchades  s'appliquent  aux 
îles  qui  sont  vis-à-vis  Marseille,  et  qui  forment  un 
petit  groupe,  au  nombre  de  trois.  Il  est  très  facile  de 
concevoir  qu'Agathémère  aura  négligé  la  plus  petite 
et  n'en  n'aura  compté  que  deux.  C'est  à  tort  qu'on  a 
changé,  dans  le  texte  de  Pline,  le  nom  de  Pompeiana 
en  celui  de  Pomponiana ,  parce  qu'on  a  trouvé  un 
port  nommé  Pompoiiianis  dans  l'Itinéraire  mari- 

'  Sur  d'autres  cartes  ces  deux  îles  sont  nommées  Tines  ou  Tignes. 

'  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  i8i  (274),  edit.  Alm.  ;  tom.  11,  p.  i5, 
de  la  trad.  franc. 

'  Festus  Avienus,  Ora  maritima,  vers.  600,  601,  tom.  iv,  p.  16, 
des  Geogr.  min.,  edit.Huds.;  tom.  v,  vers.  699  et  600,  dans  les  Poet. 
latin,  min.,  edit.  Lem. 

*■  Ptolem.,  lib.  11,  cap.  10,  p.  5i  (56),  edit.  de  Bert. 


228  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
tlme  '  ,  lieu  qui  se  trouve  fixé  par  les  mesures  à  la 
presqu'île  de  Gien  ,  qu'on  a  convertie  en  île  pour  y 
appliquer  le  nom  de  Pômponiana  insula.  Les  plus 
anciens  manuscrits  de  Pline  portent  Pompeiana, 
et  il  est  évident  que  ce  nom  aura  été  appliqué  par 
les  Marseillais  à  une  des  Stœchades  y  en  l'honneur 
de  Pompée  qui  fut  leur  bienfaiteur,  et  dont  ils  embras- 
sèrent le  parti.  Mesen  était  alors  l'ancien  nom  grec 
de  l'île,  et  Pompeiana  un  surnom  latin  nouveau.  On 
en  retrouve  des  traces  dans  le  nom  de  Pomègue  '  que 
porte  une  des  lies  que  j'ai  désignées,  et  quelquefois 
ce  nom  de  Pomègue  a  été  appliqué  à  tout  le  groupe, 
qui ,  sur  plusieurs  cartes ,  se  trouve  désigné  sous 
le  nom  d'îles  Pomègues.  Pomègue  paraît  donc  être 
Pompeiana  ou  Mese.  On  peut  rapporter  Hypea  a 
l'île  d'Yf  ;  alors  la  troisième  île,  qui  se  nomme  Rato- 
neau  sur  nos  cartes  modernes,  sera  nécessairement 
Proten. 

Quant  aux  trois  autres  îles  mentionnées  par  Pline, 
nous  les  retrouvons  facilement  dans  les  trois  gran- 
des Stœchades  d' Agathémère  ;  et  si  Pline  a  conservé 
dans  son  énumération  l'ordre  géographique,  Stiirium 
sera  Porquerolles ,  Phenice^  Porteroz  ,  et  Phila , 
l'île  du  Vent  ou  l'île  du  Titan.  Il  est  assez  singulier 
que  d'Anville  %  qui  critique  si  vivement  Valois, 
ne  fasse  pas  dans  sa  Notice  la  moindre  mention  de 
ces  trois  dernières  îles  ,  quoiqu'il  se  livre  à  ce  sujet 
a  une  longue  discussion. 

'  Itiner.  maritim.^  p.  io5,  edit.  Wessel. 

'  Valois  a  fait  la  même  conjecture  sur  Pomègue.  —  Valesii , 
Notifia  Calliœ,  p.  535. 

^  D'Anville,  Notice  de  la  Gaiil^.  p.  617. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  229 

Les  petites  îles  intermédiaires  entre  les  petites  et 
les  grandes  Stœchades  ont  évidemment  été  né- 
gligées, toutes  les  fois  qu'il  a  été  question  de  décrire 
les  groupes  particuliers,  ou  de  donner  des  noms  in- 
dividuels ;  mais  ces  îles  intermédiaires  sont  cause 
que  Mêla  et  d'autres  anciens  parlent  des  Stœchades 
sans  fixer  leur  nombre,  et  qu'ils  les  représentent 
comme  semées  sur  les  côtes  de  la  Ligurie  jusqu'à 
Marseille  '.  Or  il  y  a  sur  cette  côte  plus  de  qua- 
rante petites  îles  ou  îlots. 

Cependant  la  plupart  des  auteurs  anciens  s'accor- 
dent avec  Pline  pour  désigner ,  sous  le  nom  de 
Stœchades  plus  particulièrement,  les  Stœchades  voi- 
sines de  Marseille ,  ou  les  petites  Stœchades  d'Aga- 
tlîémère.  jEthicus  ou  Orosius  '^  (car  on  ne  sait  lequel 
est  le  plagiaire  )  dit  :  «  Les  Stœchades  sont  situées 
«  près  de  l'embouchure  du  Rhône.  »  Tacite^  donne 
les  Stœchades  aux  Marseillais  :  «  Stœchadas ,  Mas- 
siliensiuTïi  insulas.»  Suétone'^,  en  parlant  du  voyage 
de  l'empereur  Claude  dans  la  Grande-Bretagne,  dit 
que  <■(  cet  empereur  fut  poussé  par  un  vent  violent 
«  près  de  la  Ligurie  jusqu'à  la  côte  des  îles  Stœ~ 
«  chades ,  et  que  c'est  par  cette  raison  qu'il  aborda 
((  à  Marseille,  et  qu'il  continua  entièrement  sa  route 
«  par  terre  jusqu'à  Gesoriacuin.  »  Lucain^  s'exprime 
encore  d'une  manière  plus  précise  en  parlant  de 

'  Mêla,  Geogr.,  lib.  ii,  cap.  -j,  tom.  i,  p.  yS,  edit.  Tzschuck  ; 
(  In  Gallia,  solœ  sunt  Stœchades,  ab  ora  Ligurum  ad  Massiliain 
<'  usque  dispersae.  »  ^ 

'  Orosius,  lib.  i,  cap.  2,  p.  25,  edit.  Haverc. 

3  Tacit.,  Hist.,  lib.  m,  cap.  43,  tom.  111,  p.  5i5,  edit.  Leni. 

*  Suetonius,  in  Claudio,  cap.  17,  tom.  i,  p.  104,  edit.  Hase. 

'  Lucanus,  lib.  tu,  vers.  5i6,  tom.  1,  p.  5i5,  edit,  Lcni. 


230        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Brutus,  préfet  de  la  flotte  de  César,  qui,  ayant  fait 
descendre  le  Rhône  à  des  vaisseaux  construits  à  Arles, 
prit  position  dans  les  îles  Stœchades  pour  assiéger 
Marseille. 

JEt  jam ,  turrigeram  Bruti  comitata  carinani , 
Vtnerat  injluctus,  Rliodani  cum  gurgite  cîassis , 
Stoechados  arva  tenens. 

C'est-à-dire  qu'il  s'empara  d'une  des  îles  Stœchades 
pour  assiéger  Marseille.  Donc  Lucain  désigne,  de 
même  que  Pline,  sous  le  nom  de  Stœchades  y  les 
îles  qui  sont  vis-à-vis  Marseille,  et  non  les  îles 
d'Hyères.  Les  Mémoires  de  César  confirment  le  ré- 
cit du  poète  :  a  Ceux  que  commandait  Brutus  , 
«  dit  César  *,  prirent  station  à  l'île  qui  est  vis-à-vis 
a  Marseille.  »  Il  est  vraisemblable  que  le  voisinage 
de  Marseille  aura  donné  aux  petites  Stœchades  une 
plus  grande  célébrité,  et  que  ce  fut  par  cette  raison 
que  le  nom  de  Stœchades ,  qui  d'abord  était  gé- 
néral pour  toutes  les  îles  de  la  côte,  fut  restreint 
aux  seules  Stœchades  voisines  de  Marseille.  Je  crois 
du  moins  avoir  bien  démontré,  contre  le  sentiment 
de  d'Anville,  que  les  noms  des  trois  Stœchades 
de  Pline  ne  peuvent  en  aucune  manière  s'appliquer 
aux  îles  d'Hyères.  Martien  Capella ,  qui  ordinai- 
rement, dans  son  mince  Traité  de  géographie,  se 
contente  de  copier  Pline,  diffère  cependant  avec  lui 
pour  le  nom  qu'il  donne  à  la  première  des  Stœchades, 
qui,  chez  lui,  ne  se  nomme  ^^s  Proten,  mais  The- 
mista.  Mais  il  paraît  que  toutes  ces  îles  avaient  un 
double  nom  ,  et  que  Themista  était  le  prénom  de 
Proten  y  comme  Pompeiana,  de  Mesen.  Du  reste, 

'  Csesar,  de  Bello  civili,  lib.  i,  cap.  56,  toni.  i,  p.  85,  edit,  Lem. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  231 

Martien  Capella  n'indique  que  trois  Stœcliades 
proprement  dites;  mais  il  en  nomme  cependant 
d'autres  plus  petites  vers  Antibes.  «  Très  Stœchades 
a  quarum  hœc  sunt  nomina  singularum  :  prima 
«  Themistay  secunda  Pompeiana,  tertia  Hfpea,  cœ- 
«  terasque  exiguas  adi^ersumu4ntipoli?n.))  Ces  petitea 
îles  qu'indique  Martien  Capella  vis-à-vis  Antibes 
sont  évidemment  l'île  Lero  de  Pline,  ou  Lerone  de 
Ptolémëe,  Sainte-Marguerite,  etLerma^  ou  Planasia 
de  Strabon,  Saint-Honorat,  où  était  la  ville  nommée 
V^ergoanum  '. 

Gallia  comata  (Gaule  chevelue). 

Dans  Mêla  et  dans  Pline  %  le  reste  de  la  Gaule  est 
décrit  sous  le  nom  de  Gallia  comata,  ou  Gaule  che- 
velue ,  séparément  de  la  Narbonnaise,  et  après  l'Es- 
pagne. Strabon  et  Ptolémée  ^  n'établissent  pas  cette 
distinction,  et  décrivent  de  suite  les  quatre  portions 
de  la  Gaule.  Parmi  les  trois  portions  qui  nous  restent 
encore  à  faire  connaître,  la  première  dont  nous  de- 
vions nous  occuper  est  l'Aquitaine. 

Aquitania  (l'Aquitaine). 

Pour  connaître  l'étendue  de  l'Aquitaine  au  temp& 
d'Auguste ,  il  faut  d'abord  observer  que  cet  empe- 
reur, après  avoir  soumis  en  entier  ce  pays ,  s'atta- 
cha ensuite  à  dompter  les  peuples  des  Pyrénées.  Les 
Pyrénées  forment  une  limite  naturelle  entre  la  Gaule 

■  ATartian.  Capella,  lib.  vi,  p.  206.  —  Ptol.,  lib.  11,  c.  10,  p.  5i  {S&)t 
'  Mêla,  lib.  m,  cap.  2,  tom.  i,  p.  85,  edit.  Tzschuck.  —  Plin., 

Hist.  nat.,  lib.  iv,  cap.  3i  (17),  tom.  11,  p.  358,  edit.  Lem. 

'  Su-abon,  lib.  iv.  —  Ptolem.,  lib.  ii,  cap.  7,  8,  9  et  10,  p.  45  à  5i 

(46  à  56),  edit.  Bert.  — Conférez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  282. 


232  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
et  l'Espagne,  et  projettent,  à  leur  extrémité  orien- 
tale ,  le  cap  Creuz ,  promontorium  Pyreneum,  qui , 
dans  tous  les  temps,  a  dû  être  regardé  comme  la  limite 
entre  les  deux  pays;  mais  du  côté  de  l'occident  les 
Pjrénées,  au  lieu  de  continuer  jusqu'au  golfe  de  Fon- 
tarabie,  où  la  côte  semble  déterminer  par  son  resser- 
rement les  limites  naturelles  de  la  péninsule  Hispa-- 
nique,  abaissent  leurs  sommets  et  disparaissent,  au 
contraire,  dans  cet  endroit,  pour  se  diriger  ensuite 
parallèlement  à  la  côte  d'Espagne,  en  traversant  la 
Biscaye  et  les  Asturies.  Il  paraît  démontré  que,  du 
moins  après  la  soumission  entière  de  l'Aquitaine  et 
des  peuples  des  Pyrénées,  sous  Auguste,  les  limites 
de  la  Gaule  furent,  à  l'occident  de  même  qu'à  l'orient, 
déterminées  sur  la  côte  au  promontoire  le  plus 
avancé,  et  non  dans  le  point  le  plus  enfoncé  des 
deux  golfes  voisins  des  Pyrénées.  Nous  avons  déjà 
vu  que  l'extension  du  diocèse  de  Bayonne  jusqu'à 
Saint- Sébastien  prouve  que  les  limites  de  la  Gaule 
franchissaient  sur  la  côte  le  détour  du  golfe  et  l'ali- 
gnement de  la  grande  chaîne  des  Pyrénées.  Ptolémée 
fait  commencer  la  Gaule  à  V  OEaso  promontorium , 
que  ses  mesures  font  correspondre  au  cap  Machi- 
caco',  près  duquel  se  trouve  encore  aujourd'hui  un 
lieu  nommé  Ea.  Cette  position  s'accorde  parfaite- 
ment avec  le  texte  de  Mêla,  qui  place  un  lieu  nommé 
OEaso  bien  avant  les  Pyrénées  ;  cependant  ces  mon- 
tagnes sont  considérées  par  lui,  et  par  tous  les  anciens, 
sous  un  point  de  vue  général,  comme  la  limite  de  la. 
Gaule  et  de  l'Espagne.  Mais  il  résulte  évidemment 

'  Voyez  Gossellin,  Recherches  sur  la  Géographie  s-ystc'matiquc 
cl  positive  des  Anciens ,  tom.  iv,  p.  i56  et  iSy. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  233 

de  tout  ce  que  nous  avons  dit,  que  les  limites  de  la 
Gaule  étaient  les  mêmes  que  celles  de  l'ancien  diocèse 
de  Bayonne,  c'est-à-dire  qu'elles  s'étendaient  jusqu'à 
Saint-Sébastien  \ 

Dans  l'intérieur,  les  limites  de  l'Aquitaine  éprou- 
vèrent encore,  sous  Auguste ,  des  changemens  bien 
plus  considérables ,  puisque  cet  empereur  y  incor- 
pora une  grande  partie  des  peuples  de  la  Celtique  de 
César.  Strabon  estl'auteur  qui  a  parlé  le  plus  en  détail 
de  cette  nouvelle  division. 

((  Les  peuples  situés  entre  la  Garonne  et  la  Loire , 
(f  dit-il,  qu'on  a  réunis  à  l'Aquitaine,  sont  les 
((  Hehii ,  qui  commencent  au  Rhône.  Après  eux  , 
«  sont  les  Vellaï  (ou  Villaoi)  ,  qui  autrefois  fai- 
«  saient  partie  des  Arvemi ,  mais  qui,  aujourd'hui  , 
(c  forment  un  peuple  séparé.  Viennent  ensuite  ces 
K  mêmes  Jrvemi ,  les  Lemonces  et  les  Petrocorii  ; 
«  les  Nitiobriges y  les  Cadiirci  et  les  Bituriges  ,  sur- 
it nommés  Cubi.  Le  long  de  l'Océan ,  on  trouve  les 
«  Santones  et  les  Pictones  ,  ceux-ci  près  de  la  Loire  , 
((et  ceux-là  près  de  la  Garonne ,  ainsi  que  je  l'ai 
K  déjà  dit  ;  et  enfin  ,  dans  le  voisinage  de  la  Nar- 
((  bonnaise  ,  sont  les  Ruteni  et  les  Gabali  ". 

Ce  passage  de  Strabon  nous  prouve  que  ,  pour  ce 
qui  concerne  l'Aquitaine,  cet  auteur  avait  puisé  dans 
des  matériaux  authentiques  et  récens,  à  l'époque  où 
il  écrivait  ;  et  comme  il  était  contemporain  d'Au- 
guste, il  mérite  ici  la  plus  grande  confiance.  On  ne  doit 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  599,  et  Oïhenart,  Nolitia  Vasconiœ , 
p.  172  et  1^5. 

^  Strabo,  Gcns^r.,  lib,  iv,  p.  190  (289),  cdit.  Alm.;  toin.  ir,  p.  /(i , 
de  la  trad.  tVanc. 


234  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
donc  pas  supposer  qu'il  se  soit  trompé  en  nommant 
les  Helçii  au  nombre  des  peuples  réunis  à  l'Aqui- 
taine ;  d'autant  plus  que  c'est  par-là  qu'il  commence 
son  énumération  ,  et  qu'au  lieu  de  se  contenter  de 
nommer  simplement  ces  Hehii ,  il  remarque  aussi 
leur  situation  au  bord  du  Rhône;  enfin  il  ajoute  qu'ils 
étaient  limitrophes  des  J^ellaïow.  Veliavi.  D'un  antre 
côté,  comme  nous  savons  par  César  que  les  Helvii 
faisaient  partie  de  la  Province  romaine,  et  que  nous 
les  voyons  encore  faire  partie  de  la  Narbonnaise  dans 
Pline  et  dans  Ptolémée,  nous  ne  devons  pas  douter 
qu'après  avoir  été  enlevés  à  la  Province  romaine, 
ils  ne  lui  aient  été  ensuite  restitués.  Si  l'on  fait  atten- 
tion que ,  de  ce  côté ,  les  Arverni  se  prolongent 
jusque  sur  les  bords  du  Rhône,  on  concevra  facile- 
ment comment  des  considérations  fondées  sur  la 
géographie  naturelle  et  sur  la  clarté  des  limites 
ont  fait  comprendre  les  Helvii  tantôt  dans  la  Pro- 
vince romaine ,  et  tantôt  dans  l'Aquitaine.  D'ail- 
leurs Auguste ,  qui  céda  la  Narbonnaise  au  sénat  et 
au  peuple  romain ,  put  avoir  des  raisons  politiques 
pour  restreindre  les  limites  de  cette  province ,  et  en 
retrancher  le  Vivarais.  11  suffisait  pour  cela  qu'il  eût 
besoin  d'y  tenir  des  troupes  en  station ,  afin  de  con- 
tenir les  montagnards  ;  il  ne  cédait  au  peuple  romain 
que  les  provinces  entièrement  pacifiées ,  et  qui  n'a- 
vaient plus  besoin,  pour  rester  en  paix,  de  la  force 
militaire  '. 

'  Voyez  Dio,  lib.  i.iii,  cap.  22,  p.  717,  et  lib.  liv,  cap.  4,  P-  7^5, 
edit.  Reim.  —  Mandajois,  Hist.  critique  de  la  Gaule  narbonnaise  ; 
Paris,  in-i2,  1735,  p.  084.  —  Conférez  ci-dessus,  toni.  1,  p.  275  et 
274  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  235 

Comme  Strabon  ne  parle  ici  que  des  peuples  situés 
entre  la  Loire  et  la  Garonne ,  il  ne  nomme  ni  les 
Çonvenœ  ni  les  Bituriges  mvisci ,  qui  furent  aussi 
réunis  à  l'Aquitaine  par  Auguste,  et  qui  complè- 
tent le  nombre  de  quatorze,  auquel  Strabon  lui- 
même  nous  apprend  que  se  montait  la  totalité  des 
peuples  réunis  à  l'Aquitaine. 

Strabon  a  dû  d'autant  plus  ne  pas  rappeler  ici  les 
noms  de  ces  deux  peuples  qu'il  venait  d'en  parler 
peu  auparavant.  nYiç^s,  Bituriges  josci,  dit-il,  sont 
<(  le  seul  peuple  étranger  qui  habite  parmi  les  Aqui- 
u  tains  sans  en  faire  partie.  Leur  place  de  commerce 
(c  est  Burdigala,  ville  située  sur  une  espèce  d'anse 
a  formée  par  les  embouchures  de  la  Garonne  ' .  ))  Le 
surnom  de  Josci ,  que  Strabon  donne  à  ces  Bitu- 
riges,  est  évidemment  une  corruption  de  celui  de 
Vihisciy  dont  on  doit  accuser  les  copistes  de  cet  au- 
teur. Ausone  '  et  une  inscription  romaine  %  trouvée  à 
Bordeaux,  constatent  la  véritable  leçon  de  ce  surnom  : 
ces  autorités  se  trouvent  d'accord  avec  l'ancienne 
traduction  latine  de  Ptolémée.  Strabon  est  le  pre- 
mier auteur  ancien  qui  fasse  mention  de  Burdigala  , 
capitale  des  Bituriges  vivisci.  La  position  de  cette 

'  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  190,  tom.  11,  p.  09  delatrad.  franc.; 
et  ci-dessus,  part. ,  11,  cli.  2,  tom.  i,  p.  5o4  et  36o  de  cet  ouvrage. 
—  Ausone,  Mos.,  18. —  Clar.,  Urb.,  i4-  —  Paulin.,  Epist.,  4»  9> 
p.  299,  225,  440  et  460,  de  l'édit.  ad  usum  Delph.,  \n-^°.  —  Amni. 
Marcell. ,  xv,  11.  —  Eutrop.,  ix,  10,  p.  66g,  edit.  Tzschuck.  — 
P.  457,  edit.  Verheyk. 

*  Ausone  :  «  Vivisca  duceiis  ah  origine  gentem.  w  In  Mosell. , 
V.  558,  p.  35o.  —  Ptolem.,  Gcogr.,  lib.  11,  cap.  7,  p.  46  (5o),  edit, 
Berkel. 

•■'  Venuti,  Dissertations  sur  les  anciens  nionuin.  de  la  ville  de 
Bordeaux ,  p.  9. 


236  rxÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
ville  ancienne  à  Bordeaux  moderne  est  prouvée  par 
les  mesures  des  routes  de  la  Table  et  de  l'Itinéraire , 
qui  partent  de  Mediolanum ,  Saintes,  Vesuna,  Péri- 
gueux,  Aginnum,  Agen,  Elusa,  Eause,  aquœ  Tarbel- 
licœ,  Aqs  ' .  Les  monumens  romains  qu'on  a  trouvés 
à  Bordeaux,  et  les  belles  ruines  antiques  de  l'édifice  dit 
Palais-Gallien,  confirment  encore  l'exactitude  des 
mesures.  11  est  étonnant  qu'un  aussi  savant  homme 
que  Valois  '  ait  prétendu  rompre  l'accord  des  mo- 
numens historiques  avec  les  mesures  anciennes ,  et 
les  vestiges  encore  subsistans  d'antiquités,  en  insi- 
nuant que  Bordeaux  peut  avoir  changé  de  place  et 
avoir  été  situé  au  nord  de  la  Garonne.  Les  deux  passa- 
ges de  Grégoire  de  Tours  et  de  l'appendice  de  la  Chro- 
nique de  Frédégaire,  qu'il  rapporte ,  ne  fournissent 
pas  du  tout  la  conséquence  qu'il  veut  en  tirer.  Quoi 
qu'il  en  soit,  l'infatigable  abbé  Lebeuf  fit ,  en  1749  y 
un  voyage  exprès  à  Bordeaux,  pour  examiner  sur 
les  lieux  cette  opinion  de  Valois,  qui,  de  la  part 
d'un  autre,  eût  à  peine  mérité  une  réfutation.  L'abbé 
Lebeuf,  aidé  de  tous  les  secours  de  l'autorité,  ne  put 
découvrir  sur  l'autre  rive  la  moindre  trace  ni  le 
moindre  vestige  d'antiquité;  il  fit,  pour  réfuter  l'er- 
reur de  Valois,  un  Mémoire  qui  a  été  publié  par 
extrait  dans  ceux  de  l'Académie  des  Inscriptions  ^ 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

="  Valesii  Notitia  Gallice,  p.  88. 

'  Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres,  Mémoires,  t.  xxvii, 
p.  145.  —  Elie  Vinet  est,  je  crois,  le  premier  qui,  dans  divers  ou- 
vrages particuliers,  et  dans  son  Commentaire  latin  sur  Aiisone , 
nous  ait  fait  connaître  les  antiquités  romaines  de  Bordeaux.  Dans 
le  discours  préliminaire  des  Annales  de  Bordeaux  ,  par  M.  Ber- 
nardau  (  Bordeaux  i8o8  ),  on  trouvera  une  Notice  siu"  tous  ceux  qui 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  237 

Les  limites  de  l'ancien  diocèse  de  Bordeaux  nous 
représentent  donc,  avec  exactitude,  celles  des  anciens 
Bituriges  vwisci',  dont  le  territoire,  en  partie  situé 
au  nord  de  la  Garonne,  n'était  point,  par  cette 
raison,  compris  en  entier  dans  l'Aquitaine  de  César, 
et  n'y  fut  réuni  que  sous  Auguste.  Comme,  d'un 
autre  côté ,  la  capitale  de  ces  peuples,  Burdigala  , 
était  placée,  avec  une  autre  portion  de  leur  territoire, 
au  midi  de  la  Garonne,  Strabon  ne  les  a  point  com- 
pris au  nombre  des  peuples  celtes  réunis  à  l'Aqui- 
taine, situés  entre  la  Garonne  et  la  Loire. 

Indépendamment  de  Burdigala ,  Ptolémée  donne 
encore  aux  Bitiiriges  vwisci  une  ville  qu'il  nomme 
JVoç'îomagus .  On  n'a  aucun  moyen  de  déterminer  la 
position  de  cette  ville,  dont  Ptolémée  seul  a  parlé. 
D'Anville ,  pour  ne  pas  l'omettre  sur  sa  Carte,  l'a 
mise  à  Castelnau  de  Médoc  ,  qui  paraît  avoir  été 
aussi  le  chef- lieu  d'un  peuple  particulier,  connu 
sous  le  nom  de  Medidi  '.  D'autres  ont  posé  Novio- 
magus  à  la  pointe  de  Graves  ^.  Nous  reviendrons 

ont  spécialement  écrit  sur  l'histoire  de  Bordeaux  ;  mais,  dans  sa  lon- 
gue nomenclature ,  il  a  cependant  oublié  les  Mémoires  de  l'Acad. 
des  Inscript,  et  Belles-Lettres.  Or,  outre  le  Mémoire  déjà  cité, 
on  trouve,  tom.  ni,  p.  260,  et  xii ,  p.  259  des  Mémoires  inté- 
ressaus  sur  les  antiquités  de  Bordeaux.  Dans  ces  derniers  temps, 
M.  Jouannet  a  ajouté  d'importans  documens  à  ceux  que  l'on  pos- 
sédait. Voyez  Dissertations  sur  quelques  antiquités  de'com'ertes  à 
Bordeaux,  en  1828,  petite  rue  de  l'Intendance.  Recueil  académ., 
séance  du  i4mai  1828,  p.  i  et  suiv.  Conférez  Cayla,  Magas.  encycl., 
XI,  2,  i56.  • —  Millin,  Voyage  en  France,  tom.  iv,  p.  608  à  662.  — 
Quant  aux  trop  fameuses  Inscriptions  de  Nérac,  publiées  par  31.  Du- 
mége  et  autres  antiquaires,  on  sait  qu'elles  sont  toutes  fausses. 

■  Voyez  Denys  de  Sainte-3Iartlie,  GalL,  Christ,  tom.  11,  p.  ySj. 

"  D'Anville,  Notice,  p.  449  et  4g4. 

^  Duniége,  Statisliquc  des  Pyrénées,  tom.  11,  p.  7,  expose 
toutes  les  opinions  «mises  jusqu'ici  sur  Noviomagus. 


238  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
sur  les  3Ieduli y  dont  il  est  fait  mention  par  Ausone 
à  une  époque  très  postérieure  à  celle  dont  nous  trai- 
tons. Il  en  est  de  même  des  villa  nommées  Luca- 
niacus  et  Pauliacus  dans  Ausone  ' ,  qu'on  place  à 
Lugagnac  et  à  Pauliac. 

Nous  avons  déjà  assigné  la  position  des  Convenœ , 
et  nous  avons  observé  qu'avant  l'entière  soumission 
de  l'Aquitaine  et  même  des  autres  parties  de  la  Gaule, 
ils  faisaient  partie  des  possessions  romaines  dans  la 
Gaule,  et  qu'ils  étaient  renfermés,  quoique  Aquitains, 
dans  la  Province  romaine.  Auguste  ne  fit  en  quelque 
sorte  que  les  restituer  à  l'Aquitaine,  dont  ils  se 
trouvaient  détachés  depuis  que  Pompée  les  avait 
soumis. 

En  décrivant  la  Celtique  de  César ,  nous  avons 
parlé  en  détail  des  quatorze  peuples  situés  entre  la 
Loire  et  la  Garonne,  que  Strabon  nous  apprend  avoir 
été  réunis  à  l'Aquitaine;  nous  avons  fait  connaître 
leurs  positions,  les  limites  de  leurs  territoires,  ainsi 
que  l'emplacement  de  leurs  villes  capitales  '. 

Il  nous  reste  à  faire  mention  de  petits  peuples  de 
l'Aquitaine ,  mentionnés  par  Pline,  dont  les  capitales 
ne  sont  point  connues,  et  dont  l'emplacement  ne  peut 
être  déterminé  que  par  des  conjectures  plus  ou  moins 
probables.  La  conquête  des  cantons  les  plus  vantés 
de  l'Aquitaine  par  Messala ,  les  fréquens  passages 
des  Romains  dans  les  Pyrénées  pour  se  rendre  en 

'  Ausonius,  Epistol.  3,  4  et  5,  p.  4ôg,  45o,  45^  et  1^6^,  de  l'édit.  ad 
iisum  Delph.,  et  dom  Bouquet,  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  i, 
p.  74i-  —  Variétés  bordelaises ,  tom.  ii,  p.  114. 

'  Strabo,  Geogr.,  lib.  iv,  p.  189  et  190  (288  et  289);  tom.  11, 
p.  4i?  de  la  ti'ad.  franc.,  et  ci-dessus,  tom.  1,  p.  282  à  5o6  de  cet 
ouvrnsre. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  239 

Espagne ,  avaient  multiplié  les  relations  sur  les  lia- 
bitans  des  diverses  vallées  de  cette  vaste  chaîne;  et 
comme  il  arrive  toujours  pour  les  pays  très  fréquen- 
tés, les  descriptions  géographiques  avaient  été  con- 
verties en  topographies  minutieuses. 

Mais  avant  de  passer  à  Pline,  observons  que  Stra- 
bon  '  nous  parle  des  beaux  Thermes  des  Onesii ,  chez 
les  Conçenœ  :  le  nom  et  la  position  de  cette  cité  se 
retrouvent  dans  le  lieu  moderne  nommé  Ozon,  près 
de  Tournay,  et  non  loin  de  Bagnères-en-Bigorre  sur 
l'Adour,  dans  le  département  des  Hautes-Pyrénées, 
et  Bagncres  paraît  être  les  Thermes  des  Onesii  dont 
Strabon  a  fait  mention.  Bagnères-en-Bigorre  fut 
un  lieu  célèbre  dès  le  temps  d'Auguste  par  ses  sources 
thermales,  ainsi  que  le  prouve  la  belle  inscription 
qui  s'y  trouve  encore,  et  que  nous  y  avons  vue.  Les 
mesures  anciennes  nous  démontrent  que  Bagnères  est 
aussi  Vaqius  Coiv^enarum  de  l'Itinéraire  d'Antonin  '^  : 
on  peut  présumer  que  ce  surnom  de  Con^>ena- 
rum  n'a  été  donné  à  ces  aquœ  par  le  rédacteur 
d'Antonin ,  que  parce  qu'il  les  confondait  avec  d'au- 
tres aquœ  j  qui  sont  à  Bagnères -de- Luchon  et  à 
Capbern ,  plus  rapprochées  de  la  vallée  où  est  Saint- 
Bertrand-de-Comm  i  nges,  ou  Lugdunum  Convenaruni^ 
que  le  Bagnères  dans  la  vallée  de  Campan ,  qui  ap- 
partient à  la  Bigorre.  L'inscription  de  Bagnères-de- 
Bigorre  ne  fait  aucune  mention  du  surnom  de  Conve- 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  190  (290);  tom.  11,  p.  4i,  de  la  trad.  franc. 

'  Voyez  V^nalyse  des  Itinéraires,  tom.  m,  et  tom.  1,  p.  5o6,  de 
cet  ouvrage.  —  D'Anville  s'est  fortement  trompé  dans  l'application 
des  mesures  anciennes  pour  cette  partie,  et  ne  veut  pas  reconnaître 
aquae  Convenarum  dans  Bagnères-eii-Bigorre. 


240  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
narum.  Nous  nous  sommes  convaincu,  par  l'examen 
que  nous  en  avons  fait  sur  les  lieux,  que  la  route 
ancienne  ne  circulait  pas  comme  aujourd'hui  par 
Coarraze,  par  le  village  de  Saint-Pé  et  Lestelle,  ni  par 
Lourdes;  mais  qu'elle  allait  en  droite  et  directe  ligne 
de  Nay  à  Bagnères,  en  passant  par  Adé,  puis  ensuite  à 
Labarthe-de-Nesle,  et  de  là  à  Saint-Bertrand-de-Com- 
minges.  Au-delà  de  Adé  on  découvre  les  vestiges  d'une 
autre  route  antique  qui  s'embranchait  avec  celle-ci, 
et  se  dirigeait  sur  Capbern  ;  mais  aucun  monu- 
ment ancien  ne  prouve  d'une  manière  certaine  , 
comme  l'inscription  que  j'ai  citée  pour  Bagnères-de- 
Bigorre  ,  que  ni  Capbern  ,  ni  Bagnères-de-Luchon  , 
aient  été  célèbres  chez  les  anciens  pour  leurs  eaux 
thermales.  Quelques  marbres  antiques  ont  été 
trouvés  à  Bagnères-de-Luchon ,  en  1 766 ,  et  nous 
avons  vu  nous-mêmes ,  dans  le  cabinet  de  l'abbé  de 
Tersan  ,  l'inscription  portant  :  ilixoni  deo  fab. 
FESTA.  V.  s.  L.  M.  '.  Ce  qui  donnerait,  dans  le  nom 
d'une  divinité  locale,  l'étjmologie  du  nom  moderne, 
et  un  lieu  ancien  à  placer  à  Bagnères-de-Luchon; 
mais  cela  ne  prouve  pas  l'existence  d'un  établisse- 
ment thermal  antique  dans  cet  endroit. 

Les  Tomates  de  Pline  "  doivent  être  placés  à  Tour- 
naj,  que  je  viens  de  mentionner. 

C'est  encore  près  de  là,  et  dans  le  canton  connu  sous 
le  nom  de  Nébousan,  que  d'Anville,  avec  raison, 
place  les  Onobrisates  de  Pline.  D'Anville  se  fonde  sur 

•  Celte  inscription  a  été  gravée  pai'  M.  Chaudruc  de  Crazannes, 
p.  54,  de  son  ouvrage  sur  la  Novempopulanie.  —  Voyez  le  Diction- 
naire^ tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  55  (19),  tom.  11,  p.  570,  edit.  Lem.,  et  tom.  1, 
p.  5o6,  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.   IV.  241 

Un  petit  lieu  nommé  Cioutat ,  entre  l'Adour  et  la 
Nesle;  et  comme  ce  nom  de  Cioutat  est  le  même  que 
le  mot  de  cùntas ,  ville,  il  considère  ce  lieu  comme 
la  capitale  d'un  ancien  peuple.  Ensuite  il  corrige  le 
n\otà^  Onobrisates  y  en  celui  d'Ono^w^^!^^^,  pour  faire 
ressembler  davantage  ce  nom  h  celui  de  Nebousan  ; 
mais  il  est  évident  que  cette  terminaison  de  brisâtes 
est  le  mot  celtique  briva ,  corrompu  par  les  Ro- 
mains de  tant  de  manières.  Aussi  les  manuscrits 
s'accordent-ils  tous  sur  cette  terminaison ,  et  ils  ne 
diffèrent  que  par  les  deux  premières  syllabes  :  au  lieu 
à'Onobrisaies,  on  lit  dans  quelques  uns  Olobrisates. 
Sous  cette  dernière  forme,  ce  nom  n'a  plus  que  peu  de 
rapport  avec  celui  de  Nebousan,  et  peut-être  pour- 
rait-on se  hasarder  à  placer  les  Olobrisates  à  Oleac  , 
arrondissement  de  Tarbes ,  canton  de  Tournay .  Au 
reste,  cette  position  s'éloigne  peu  de  celle  qu'a  don- 
née d'Anville.  Mais  comme  ce  pays  n'a  d'autre  ville 
que  Saint  -  Gaudens ,  il  est  plus  naturel  de  penser 
que  cette  ville,  avant  d'avoir  pris  le  nom  du  saint 
qu'elle  porte  aujourd'hui,  avait  le  nom  du  peuple, 
Onobrisates  '. 

Les  Sediboniates  de  Pline  '^  doivent  être  placés  h 
Sebi,  dans  le  département  des  Basses-Pyrénées,  ar- 
rondissement d'Orthez ,  canton  d'Arsac. 

On  retrouve  le  nom  des  Bercorates  dans  celui  de 
Bercouats,  que  portent  encore  aujourd'hui  les  habi- 
tans  d'un  lieu  anciennement  nommé  Barcou,  main- 
tenant Jouanon ,  dans  la  paroisse  de  Bias  et  dans  le 

'  Dumége,  Statistique  du  département  des  Pyrénées,   tora.  u, 
p.  36.  —  Froideur,  Mémoires  du  pays  et  Etat  de  Nebousan. 
'  Plia.,  lib.  IV,  cap.  55  (ig),  tom.  ii,  p.  5^1,  cdit.  Leiii. 

II.  i6 


242        GÉOfrRÂPHÏE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
canton  de  Born  ,  diocèse  de  Bordeaux,  département 
de  la  Gironde  '. 

Les  Penpedunni  ""  doivent  être  placés  au  port 
Pinède. 

Les  Lassunni  ^ ,  sur  les  bords  de  la  rivière  nommée 
Lassanaïco-Erreca,  dans  les  vallées  de  Baïgorry  et 
des  Aldades. 

Les  Succases ,  à  Succos,  dans  le  département  des 
Basses-Pyrénées,  canton  de  Saint-Palais  sur  la  Pa- 
dagoy.  —  Plusieurs  auteurs  veulent  placer  ce  petit 
peuple  dans  la  paroisse  de  Saucats,  près  de  Buch, 
diocèse  de  Bordeaux  ;  mais  ils  seraient  trop  près  de 
Bordeaux  '^. 

Les  Vassei  de  Pline  ne  peuvent  être  les  mêmes 
que  les  Vasarii  de  Ptolémée;  car  ces  derniers  sont 
JDlen  certainement  les  V^asates ,  ou  ceux  de  Basas. 
Les  Vassei  doivent  être  placés  aux  environs  de  la 
montagne  de  Vassia,  dans  les  Hautes-Pyrénées,  près 
de  Bagni,  dans  la  vallée  de  Bastan. 

Les  Cambolectri  ^  doivent  être  séparés  des  Agesi- 
liâtes.  Leur  réunion  dans  le  texte  de  Pline  n'est 
qu'une  conjecture  de  Hardouin  ;  il  est  évident  aussi 
que  ces  Cambolectri  ne  sont  pas  les  mêmes  que  le 
peuple  du  même  nom  dans  la  Province  romaine  ", 
puisque,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  vu,  Pline  dé- 

'  Baurein,  Variétés  bordelaises ,  tom.  iv,  p.  19  et  20. 

"  Selon  les  meilleurs  maonscrits,  et  non  pas  Bipedimui,  comme 
portent  les  éditions. 

5  Selon  les  meilleurs  manuscrits,  et  non  pas  Sassumini,  comme 
dans  beaucoup  d'éditions. 

''  Baurein ,  p.  19.  —  Yalesii  Not.,  p.  624. 

*  Plin.,  loco  citalo,  lib.  iv,  c.  55  (19),  tom.  11,  p.  575,  edit.  Lem. 

*  Plin.,  lib.  m,  cap.  5  (4),  tom.  11,  p.  65,  edit   Lem. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  243 

msne  ces  derniers  par  le  surnom  de  Atlanticij  pour 
les  distinguer  des  autres.  Le  nom  des  Cambolectri  de 
l'Aquitaine  parait  se  retrouver  dans  celui  de  Cambo, 
arrondissement  de  Bayonne,  canton  d'Espelette,  lieu 
célèbre  aujourd'hui  par  ses  eaux  minérales. 

Les  Sennates  habitaient  les  environs  de  Sennac, 
dans  les  Hautes-Pyrénées,  arrondissement  deTarbes, 
canton  de  Rabsteins  '. 

Les  Sihyllaies  sont  placés  par  d'Anville,  avec  assez 
de  probabilité,  dans  la  vallée  de  Soûle  :  cette  vallée 
est  nommée  vallis  Subola  dans  Frédégaire.  Ce  nom 
de  Subola,  suivant  Oïhenart%  désigne  un  pays  cou- 
vert de  bois. ou  sauvage;  par  contraction,  on  a  dit 
Sola,  qu'on  a  traduit  par  le  mot  Soûle;  il  ne  faut 
pas  confondre  ce  peuple  avec  les  Sibutzates  de  César 
ou  ceux  de  Sobusse  ^. 

Les  Osquidates  niontani ,  dont  le  nom  précède 
celui  des  Sybillaies ,  occupaient  la  vallée  d'Ossau  *♦. 

\jÇ.s  Anagnutes  étaient  probablement  situésàAgnos, 
département  des  Basses-Pyrénées,  canton  de  Sainte- 
Marie,  près  la  Miellé.  On  ne  doit  pas  les  confondre 
avec  les  Agnotes  de  la  Celtique  mentionnés  par  Arté- 
midore,  et  dont  nous  avons  déjà  parlé. 

Valois  ^  a  très  bien  observé  que  le  nom  des  Be- 
lindi  de  Pline  se  retrouvait  presque  sans  altération 

'  Pliu.,  lib.  IV,  cap.  35  (19),  tom.  11,  p  575,  edit.  Leni. 

"  Oïhenart,  Notitia  Vasconiœ,  p.  402. 

'  Voyez  ci-dessus,  part.  11,  ch.  2,  tom.  i,  p.  5o3. 

<  C'est  une  singulière  idée  que  celle  de  Valois,  qui  veut  écrire 
Ossidates,  et  faire  de  ce  peuple  les  Datii  de  Ptolémée.  Voyez  Va- 
lesii  Notitia,  p.  3i ,  et  ci-après. 

'  jYniitin  GnUiœ ,  p.  5'j4-  —  Voyez  ci-dessus,  loni.  i.  p.  ôoO". 


244  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
dans  le  bourg  des  Landes  nommé  Belin ,  qui  existe 
sur  la  route  de  Bordeaux  à  Bayonne.  Ce  lieu  est  du 
diocèse  de  Bordeaux,  et  son  nom,  dans  quelques 
titres,  est  Belinum.  Le  passage  de  la  rivière  de  Leyre 
à  Belin  est  appelé  pons  Belini  dans  ces  mêmes 
titres. 

Le  nom  des  Monesi  se  reconnaît  aussi  très  facile- 
ment dans  celui  de  Moneins,  entre  Pons  et  Navar- 
reins.  On  a  retrouvé,  dit-on ,  d'anciens  ouvrages  de 
castramétation  près  de  Moneins,  qui  remontent  au 
temps  des  Romains  ',  et  l'Edrisi  parle  de  ce  lieu  '. 

Guidé  par  la  seule  analogie  des  noms ,  on  a  placé 
aussi  assez  heureusement  les  Caniponi  dans  la  vallée 
de  Campan  ^  Mais  il  est  difficile  d'assigner  les  posi- 
tions de  certains  peuples  nommés  sans  aucun  ordre 
par  Pline  ^  :  ses  Ambilatri ^  qu'il  ne  faut  pas  con- 
fondre avec  les  Amhiliates  de  César ,  occupaient , 
suivant  nous ,  les  environs  de  Mirebeau  et  de  Châ- 
telleraut,  où  l'on  trouve  Amberre  et  Saint-Genest- 
d'Ambierre,  près  de  Lanclolstre;  les  Vellates  nous 
semblent  avoir  occupé  les  environs  de  La  Valette, 
au  sud  d'Angouléme;  et  les  T^enami ,  le  canton  de 
Benanges,  dont  Cadillac  est  la  capitale. 

Nous  avons  déjà  remarqué  précédemment  qu'il 
était  très  probable  que  les  Consoranni ,  dont  la  po- 
sition dans  le  Couserans  est  prouvée  par  les  monu- 
mens  historiques,  et  dont  Pline  fait  mention  comme 

'  Dumége,  Statistique  des  Monts  Pyrénéens ,  tom.  ii,  p.  5o. 
^  Edrisi ,  sive,  Geogr.  Nubiens,,  parsii,  cliniatis  quint.,  p.  220. 
3  D'Auville,  Notice,  p.  ig6. 

■«  Plinius,  lib.  iv,  cap.  55  (19),  lom.  11,  p.  56g.  — Vojez  ci-dessns, 
p.  280,  284,  291,  292,  5o5,  5o5  et  5oG. 


PARTIE  II,  CHAl>.  IV.  245 

étant  situés  dans  l'Aquitaine,  étaient  les  mêmes  que 
les  Consuaranni  placés ,  dans  le  même  auteur,  tout 
auprès  des  Consoranni ,  dans  la  description  de  la 
province  Narbonnaise;  et  nous  avons  développé  les 
raisons  qui  nous  ont  porté  à  partager  ce  peuple  entre 
la  Narbonnaise  et  l'Aquitaine  '.  Nous  ajouterons  seu' 
lement  ici  qu'un  passage  d'une  vie  manuscrite  de 
Glycerus  ou  Lycerius,  Saint-Lizier,  semble  prouver 
que,  dans  le  moyen  âge,  Saint-Lizier,  la  capitale  des 
Consoranni,  avant  de  prendre  le  nom.  du  peuple, 
et  ensuite  celui  de  l'évêque  Liziers ,  portait  celui 
diAustria;  mais  ce  nom  existait- il  du  temps  des 
Romains?  C'est  ce  que  l'on  ignore  ". 

D'autres  peuples  mentionnés  par  Pline  appartien-* 
nent  à  cette  portion  de  la  Celtique  qui  fut  réunie  à 
l'Aquitaine  par  Auguste. 

Celui  qui  le  premier  réclame  notre  attention  , 
parce  qu'il  est  possible  d'en  déterminer  la  position 
avec  quelque  degré  de  certitude ,  ce  sont  les  Age- 
sinates ,  que  Pline  nous  indique  lui-même  comme 
renfermés  dans  le  territoire  des  Pictones.  «  Agesi- 
nates  Pictonibus  juncti.  »  D'Anville  a  très  bien 
observé  que  le  nom  de  ce  peuple  se  retrouve  dans 
celui  d'Aisenai ,  un  des  trois  archidiaconés  qui  com- 
posaient le  diocèse  de  Lucon.  Dans  les  bulles  d'érec- 
tion de  ce  diocèse,  par  Jean  XXII,  au  commence-^ 
ment  du  xiv^  siècle,  il  est  fait  mention  de  ce  doyenné 
sous  le  nom  d'AsianensiSj  et  dans  d'anciens  titres  il 
est  question  du  prieuré  même  d'Aisenai. 

La  difficulté  de  placer  les  Antobjvges ,  que  Pline 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  ig6. 

'  Voyez  d'Aiiville,  Notice,  p.  i/^i ,  et  Valois,  p.  i55. 


246  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
dit  être  dans  l'Aquitaine ,  limitrophes  de  la  province 
Narbonnaise ,  a  déterminé  plusieurs  auteurs  à  con- 
fondre ces  peuples  avec  les  Nidobriges  ;  mais  ce- 
pendant Hardouin,  qui  penchait  pour  cette  opinion, 
dit  que  tous  les  manuscrits  portent  Antobroges.  Le 
texte  de  Pline  est  ainsi  :  a  Rursus  Narbonensi  pro- 
«  ç'inciœ  contermini  Ruteni,  Cadurci,  Antobroges  y 
H  Tarneque  amne  discreti  a  Tolosanis  Petrocori 
«  Maria  circa  oram.  »  Ce  qui  contient  une  erreur 
évidente;  car  \esPetrocorii  sont  séparés  des  Tolosani 
par  les  Cadurci  et  par  les  Nitiobriges.  Il  faut  donc 
lire,  avec  un  manuscrit  :  (c  Cadurci ,  Antobroges 
u  Tame  amne  discreti  a  Tolosanis;  Petrocori* , 
u  Maria  circa  oram.  »  Le  texte,  ainsi  rétabli,  porte 
les  Antobroges  au  nord  du  Tarn  et  des  Tascojii , 
dans  la  partie  méridionale  du  diocèse  de  Cahors, 
aux  environs  d'un  lieu  nommé  Antonin ,  et  dans  le 
diocèse  de  Montauban. 

Dans  tous  les  manuscrits  de  Pline  ,  on  lit  Latu- 
sates  '  et  non  Tarusates,  qu'on  j  a  substitué  pour 
se  conformer  au  texte  de  César.  Cependant  comme 
Pline  nomme  un  assez  grand  nombre  de  petits 
peuples  dans  l'Aquitaine ,  dont  César  n'a  point  fait 
mention  ,  et  dont  les  noms  ne  se  retrouvent  dans 
aucun  autre  auteur,  on  ne  doit  pas  se  permettre 
de  changer  ici  son  texte ,  d'autant  plus  que  le  nom 
des  Latusates  se  retrouve  dans  un  lieu  nommé  Latus, 

'  Joseph  Scaliger,  dans  ses  notes  sur  Ausone,  lib.  ii,  cap.  lo,  a 
proposé  une  correction  semblable  ;  mais ,  comme  il  substituait  Ni- 
tiobriges à  Antobroges,  d'Anville  {Notice,  p.  Siy),  se  refuse  avec 
raison  à  admettre  cette  correction.  —  Plin.,  lib.  iv,  cap.  55  (19). 

'  Yoyez  Plin  ,  lib.  iv,  cap.  53  (ig),  tom.  11,  p.  370,  edit.  Lem. 


PARTIE  II,  CIIAP.  IV.  247 

département  de  la  Vienne,  arrondissemeiit  et  canton 
de  Montraorillon,  à  deux  lieues  trois-quarts  de  cette 
ville,  où  sont  des  antiquités  célèbres. 

Nous  avons  déterminé  ailleurs  les  positions  des 
autres  petits  peuples  des  Pyrénées  et  de  l'Aquitaine 
dont  Pline  a  fait  mention  '  ;  occupons-nous  actuel- 
lement de  Ptolémée. 

Si  on  excepte  les  Helvii  qu'il  place  dans  la 
Narbonnaise ,  Ptolémée  s'accorde  avec  Strabon 
pour  le  dénombrement  des  peuples  de  l'Aquitaine  , 
à  la  réserve  d'un  seul,  dont  le  nom,  ainsi  que  celui 
de  leur  capitale,  ne  se  retrouve  nulle  part  ailleurs. 
Ce  peuple  sont  les  Datii ,  et  leur  capitale  est  Tasta. 
Il  est  extrêmement  remarquable  que  le  nom  de 
ce  peuple  et  celui  de  sa  capitale  ne  varie  dans  aucune 
des  nombreuses  éditions  que  l'on  a  faites  de  sa 
géographie,  quoiqu'elles  offrent,  pour  presque  tous 
les  autres  noms ,  des  variantes  plus  ou  moins  con- 
sidérables. Sanson  a  voulu  placer  le^  Z?a^«à  Aqs; 
mais  comme  il  est  bien  démontré  par  les  mesures 
des  Itinéraires  que  ce  lieu  est  aquœ  Tarbellicœ ,  et 
la  capitale  des  Tarhelli  de  Ptolémée ,  l'opinion  de 
Sanson  ne  saurait  se  soutenir.  D'Anville,  dans  sa 
Carte  de  la  Gaule  au  temps  de  César,  dressée  en  i  <^l^S 
pour  l'histoire  romaine  de  Crevier,  avait  placé  les 
Datii  dans  la  partie  méridionale  des  Lemo<^ices 
sans  autre  raison  que  le  vide  offert  dans  cette  partie 
de  fancienne  Gaule  par  le  défaut  de  positions  ro- 
maines. Les  Datii  n'avaient  point  de  rapports  né- 
cessaires avec  une  carte  de  la  Gaule  au  temps  de 

'  Yovcz  ci-dessus,  toni.  i,  p.  -iga ,  3o5 ,  5o5  et  5o6. 


248  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
César;  mais  il  semble  que  dans  une  carte  générale 
de  la  Gaule  ancienne ,  un  peuple  indiqué  dans 
Ptolémée,  avec  sa  capitale,  ne  pouvait  être  omis 
sans  nécessité.  Il  faut  que  d'Anville  ait  reconnu 
l'impossibilité  de  former  sur  ce  point  une  conjec- 
ture _,  puisqu'il  n'a  pas  jugé  à  propos  d'insérer  ce 
peuple  sur  sa  carte,  et  qu'il  déclare  dans  sa  Notice  ' 
que  sa  position  est  totalement  inconnue. 

Cependant  Ptolémée  "  fournit  quelques  indica- 
tions, et  dit  : 

((  Sous  les  Gahaliy  sont  les  Datii ,  et  leur  capi- 
(f  taie  Tasta. 

(c  Sous  ceux-ci,  sont  les  Auscii.  » 

Ainsi  donc  les /?«;?«  se  trouvaient  immédiatement 
au  midi  des  Gahali,  et  plus  au  nord  que  les  Ausci. 
11  ne  faut  pas  chercher  une  indication  plus  précise 
dans  les  cartes  de  Ptolémée  ;  car  les  longitudes  et  les 
latitudes  des  positions  intérieures ,  fondées  sur  la 
combinaison  d'Itinéraires  mélangés ,  sont  presque 
toutes  erronées.  J'observerai  en  outre  que  les  Datii, 
n'étant  mentionnés  par  aucun  autre  auteur,  étaient 
évidemment  un  de  ces  petits  peuples  enclavés  dans  les 
limites  d'un  autre  peuple,  plus  considérable,  dont  ils 
tiraient  leur  origine,  et  sous  la  dépendance  duquel 
ils  se  trouvaient. 

Or ,  immédiatement  au  midi  des  Gahali ,  dont 
la  capitale  était  Anderituni ,  Anterrieux^  sont  les 
Ruteni,  et  dans  la  partie  septentrionale  du  territoire 
de  ce  peuple,  qui  touchait  aux  Gahali ,  je  trouve 
une  rivière  nommée  Daze,  dans  le  département  de 

'  D'Auville,  Notice,  p.  70. 

'  Ptoleni.,  Geogr.,  lib.  11,  cap.  7,  p.  46  (5o),  edit.  Bcrk. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  249 

l'Aveyroii ,  arrondissement  de  Rhodez  ;  sa  source 
est  près  de  Lunel-Salnt-Félix ,  et  elle  se  rend  dans 
la  Dourdon  ,  près  d'un  endroit  nommé  Conque , 
probablement  un  ancien  Condate.  Non  loin  de  cette 
rivière  Daze ,  au  midi ,  est  un  lieu  nommé  Testet  ' . 
D'après  la  conformité  qui  se  trouve  entre  la  position 
indiquée  par  Ptolémée ,  entre  les  noms  anciens 
et  les  noms  modernes ,  je  crois  pouvoir  placer  les 
Datii  ou  Dacii  dans  la  partie  nord  du  territoire 
des  Ruteni ^  entre  le  Lot  et  l'Aveyron ,  et  dans  ce 
qui  formait  en  1790  le  district  de  Saint  -  Albin '. 
J'observerai  qu'au  défaut  d'autre  preuve,  celle  que 
je  tire  de  la  ressemblance  des  noms  est  ici  d'autant 
plus  forte,  qu'il  ne  se  trouve  pas  dans  toute  l'étendue 
de  la  France  une  seule  rivière,  une  seule  montagne, 
un  seul  lieu  tel  petit  qu'il  soit,  qui  approche  autant 
des  noms  àe  Datii  et  de  Tasta.  Les  noms  de  Daze  et 
de  Testet,  uniques  dans  la  géographie  de  la  France, 
se  trouvent  précisément  répondre  par  leur  position 
aux  indications  données  par  le  géographe  grec  pour 
le  peuple  qu'il  nomme  Datii ,  et  pour  Tasta  sa 
capitale. 

Je  terminerai  ce  qui  concerne  l'Aquitaine  en 
observant  que  l'île  d'Oléron  qu'on  doit  considérer 
comme  une  dépendance  des  Santones  ,  est  pour  la 
première  fois  mentionnée  par  Pline  sous  le  nom 
ôi'Uliarius  ^  ;  Sidoine  Apollinaire  surnomme  les 
lièvres   de  cette   île   Olarionenses  ^.    Quant  à  l'île 

'  Voyez  la  grande  Carte  de  France,  dite  de  Cassini,  n°  16, 
feuille  i44- 

'  Ce  district  a  été  changé  depuis,  et  réuni  à  celui  de  Rliodcz. 

^  Pliu.,  lib.  IV,  cap.  55  (19),  tom.  11,  ]>.  574,  cdit.  Lcin. 

*  Sidon.  Apoll.,  lib.  vm,  cp.  fi.  —  Coll.  des  Ilist.  de  Fr..  t.  1,  p.  bj. 


250         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
de  Ré ,  il  n'en  est  parlé  dans  aucun  auteur  ancien  , 
mais  le  géographe  de  Ravenne  *  copiait  sans  doute 
un  ancien ,  lorsqu'il  ajoute  le  nom  de  Ratis  ou  de 
Radis  à  la  suite  de  celui  à'Ollarione. 

De  la  Celtique  ou  Lyonnaise. 

Nous  a^ons  prouvé  ,  contre  le  sentiment  de  la 
plupart  des  auteurs  qui  ont  écrit  sur  la  Gaule ,  que 
la  Celtique,  dans  la  période  de  temps  dont  nous 
traitons,  conserva  le  pays  des  Sequani ,  des  Hel- 
vetii  et  des  Lingones.  Ainsi  donc ,  en  retranchant 
de  la  Celtique  de  César  tous  les  peuples  qui  furent 
réunis  à  l'Aquitaine  par  Auguste  ,  et  dont  nous 
venons  de  donner  les  noms ,  on  aura  la  Celtique 
d'Auguste  ;  mais  cette  époque  fournit  quelques 
détails  de  plus  sur  les  peuples  qui  habitaient  cette 
portion  de  la  Gaule. 

Il  faut  observer  d'abord  qu'elle  changea  de  nom, 
et  qu'elle  fut  appelée  Lyonnaise  (^Lugdunensis)  j 
du  nom  de  Lyon,  l'une  de  ses  villes,  qui  prit  en  peu 
de  temps  un  accroissement  rapide,  et  que  Strabon 
nous  décrit  comme  la  ville  la  plus  considérable 
et  la  plus  peuplée  des  Gaules,  après  Narbonne.  Ainsi 
Lugdunum ,  colonie  romaine  ,  devint  non  seule- 
ment la  capitale  du  petit  peuple  des  Segusini y 
mais  encore  celle  de  toute  la  Lyonnaise  ou  Celtique  , 
et  la  principale  ville  de  la  Gallia  comata,  ou  Gaule 
chevelue.  On  doit  observer  cependant  que  le  même 
Strabon  nous  dit  que  les  gouverneurs  romains  fai- 
saient leur  résidence  h  Duricortora ,  Reims  " . 

'  Anonyrai  Ravennatis ,  Gcogr.,  lib.  v,  p.  5ii,  edit.  Percher. 
'  Sliabc,  lib.  IV,  p.  194  (^97);  toni.  m,  p,  56,  de  la  trad.  franc;. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  251 

Nous  avons  vu  que  César  '  et  aussi  Strabon  '  ne 
connaissent  d'autres  peuples  que  les  Lexovii ,  entre 
la  Seine  (au  nord  de  laquelle  étaient  les  Caleti)  et 
les  Unelli  ou  J^eneli ,  qui  étaient  dans  le  Cotentin. 
A  une  époque  bien  postérieure  à  ces  deux  auteurs, 
Ptolémée  ^  n'indique  pas  non  plus  d'autre  peuple  que 
les  Lexuhii  sur  toute  cette  côte  :  cependant  nous 
allons  prouver  que  les  Bodiocasses  et  les  Viducasses 
de  Pline  '^  en  occupaient  une  partie  :  il  en  résulte 
donc  que,  du  moins  selon  l'opinion  des  géographes 
que  nous  avons  cités,  ils  étaient  compris  dans  les 
limites  des  Lexovii ,  et  qu'ils  ne  formaient  qu'une 
sous -division  de  ces  peuples. 

Dans  la  Notice  de  la  Gaule  ^  on  trouve,  au  nombre 
des  cités  de  la  Celtique,  cwitas  Baiocassium;  et  quoi- 
que les  Itinéraires  des  routes  romaines  de  cette 
partie  de  la  Gaule  ne  soient  point  venus  jusqu'à 
nous  ,  on  ne  peut  douter  que  le  chef-lieu  de  ce 
peuple  n'ait  été  Bayeux ,  qui  a  conservé  le  nom  de 
Bajocœ  en  latin  ;  il  est  évident  aussi  que  les  Bodio- 
casses de  Pline,  que  quelques  manuscrits  nomment 
aussi  T^adiocasses ,  sont  les  mêmes  que  les  Baio- 
casses  de  la  Notice  ;  et  un  canton  du  diocèse  de 
Bayeux  a  toujours  conservé  le  nom  du  peuple,  et  a 
été  appelé  ^<7^?/^  Bagasinus,  en  français,  le  Bessin. 
Cependant  les  Baiocasses  ne  formèrent  que  tard,  et 
long-temps  après  l'extinction  de  la  puissance  romaine 

'  Caesar,  de  Bello  gallico,  lib.  m,  cap.  9,  17;  lib.  vu,  cap.  yS. 
"  Strabo,  lib.  iv,  p.  igô.  —  Voyez  ci-dessus,  t.  1,  p.  584  et  5g4. 
^  Ptolem.,  lib.  11,  cap.  8,  p.  47  (5o). 
''  Plin.,  lib.  IV,  cap.  32  (18),  tom.  11,  p.  568. 

'  Notitia  provinc,  Gnlliœ.  —  Collect.  des  Ifisl.  de.  Fiance,  loin.  1» 
p.  I2Q,  etGuérard,  h'ssm,  p.  i5  et  14.'). 


252  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
dans  les  Gaules,  un  diocèse  particulier  :  l'antiquité 
du  diocèse  de  Bayeux  ne  remonte  pas  au-delà  du 
commencement  du  vi*'  siècle.  Ceci  explique  pourquoi 
tant  d'auteurs  anciens  ont  fait  mention  des  Lexoi>ii 
sans  parler  des  Baiocasses,  qui  n'en  étaient  qu'une 
subdivision.  Les  mesures  des  Itinéraires  anciens  ', 
ainsi  que  je  l'ai  dit,  démontrent  que  le  nom  romain 
de  la  capitale  de  Baiocasses ,  avant  qu'elle  eût  pris 
celui  du  peuple,  était  Augustodurus , 

Avant  qu'on  eût  découvert  les  restes  considé- 
rables d'une  ville  ancienne  dans  le  village  de  Vieux , 
près  de  Caen  ,  on  croyait  que  les  Viducasses y  qui 
dans  Pline  se  trouvent  nommés  h  côté  des  Bo- 
dlocasses ,  étaient  le  même  peuple  que  ces  derniers , 
et  n'en  étaient  qu'une  répétition.  Le  père  Hardouin 
le  décide  ainsi,  tout  en  convenant  qu'il  n'a  point 
trouvé  de  variantes  dans  les  manuscrits  h  cet  égard. 
Cependant  une  inscription  romaine  gravée  sur 
marbre,  depuis  long-temps  connue,  qui  se  trou- 
vait au  château  de  Thorigny^  où  elle  avait  été 
transportée  de  Vieux ,  du  temps  de  François  \" ,  par 
les  soins  de  Joachim  de  Matignon ,  constatant  l'exis- 
tence des  Viducasses  %  semblait  devoir  protéger 
le  texte  de  Pline  contre  l'ignorance  des  modernes; 
et  les  restes  d'une  ville  romaine  antique,  découverts 
à  Vieux,  près  de  Caen,  par  l'intendant  Foucault, 
en  1704,  ont  achevé  de  rendre  aux  paroles  de  cet 
ancien  l'autorité  qu'elles  n'auraient  pas  dû  perdre, 
en  déterminant  avec  certitude  la  position  de  clvitas 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  Sgj,  097,  et  V Analyse  des  Itiné- 
raires, tom.  m  de  cet  ouvrage. 

"  Voyez  Me'ni.  de  I  Acad.  des  Inscr.,  loin.  1,  p.  29T,  et  tom.  xxi, 
)).  4i>9.  -   jVc'm.  des  ylntiij.  de  France,  tom.  vu,  p.  u8g. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  253 

Vlducasses  \\  Yieux  moderne.  Le  rapport  des 
noms,  et  les  monumens  historiques  ;,  viennent  ici 
à  l'appui  de  cette  découverte.  Les  titres  de  l'abbaje 
de  Fontenay,  qui  n'est  séparée  de  Vieux  que  par 
la  rivière  d'Orne,  font  mention  de  Vieux  sous  le 
nom  de  Videocœ.  Il  est  donc  bien  constaté  que 
les  Viducasses  étaient  situés  dans  les  limites  du 
diocèse  de  Bayeux ,  et  que  le  centre  de  leur  terri- 
toire était  Vieux  :  mais  comme  ces  peuples  n'ont 
jamais  formé  un  diocèse  particulier,  il  est  impos- 
sible de  déterminer  exactement  leurs  limites.  Il 
me  paraît  seulement  démontré  que  d'Anville  '  leur 
attribue  un  territoire  trop  étendu  en  leur  donnant 
presque  la  moitié  du  diocèse  de  Bayeux  ,•  mais  cet 
habile  géographe  observe ,  avec  beaucoup  de  saga- 
cité ,  qu'un  lieu  nommé  Fins ,  entre  les  paroisses 
de  Villi  et  de  Saint- Vaast ,  au  nord  de  Villiers-le- 
Bocage ,  marque  évidemment  de  ce  côté  les  limites 
des  Viducasses  et  des  Baiocasses  j  sauf  cette  in- 
dication ,  les  Viducasses  doivent  être  inscrits  aux 
environs  de  Vieux  et  de  Caen  comme  une  sous-divi- 
sion des  BaiocasseSj  et  sans  limites  particulières. 

De  nombreux  vestiges  de  routes  antiques  ,  encore 
existans,  qui  aboutissent  à  Vieux  ou  y  tendent,  dé- 
montrent cependant  l'ancienne  importance  de  cette 
cité  :  il  reste  des  portions  de  ces  routes  entre  Vieux  et 
Eximes  (Oxiniwii)  ,ç.wIvq,  Vieux  etBngneux,  et  entre 
Vieux  et  Lizieux  :  ces  constructions  antiques  ajou- 
tent aux  preuves  que  les  mesures  des  Itinéraires  nous 
donnent  pour  fixer  la  position  de  Noviomagus  à  Li- 

'  D'Anville,  Notice,  p.  701,  et  Caylus,  Ant.,  tom.  v,  p.  5og, 
Pi.  lîo.  —  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  146.  —  Mafteï, 
Gdll.  Ant.,  p.  ']■!. 


254  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
sieux,  et  celle  à'jdrœgenuœlx  Ari^entan  '.  A  tous  ceux 
qui  se  sont  appliqués  à  éclaircir  cette  partie  difficile 
de  la  géographie  ancienne  de  la  Gaule,  sans  pouvoir 
j  réussir,  il  faut  ajouter  l'illustre  Fréret,  qui  l'a  si 
peu  comprise,  et  a  fait  à  cette  occasion  une  méprise 
si  grossière,  qu'on  ne  peut  concevoir  comment  elle  a 
,  pu  échapper  à  un  aussi  savant  homme  et  à  l'illustre 
Compagnie  qui  entendit  la  lecture  de  son  Mémoire, 
et  en  admit  l'extrait  dans  son  recueil  '. 

La  fausse  application  des  mesures  des  Itinéraires, 
et  les  erreurs  qui  en  ont  été  la  suite,  ont,  comme 
conséquence  nécessaire,  produit  une  interprétation 
erronée  du  texte  de  Ptolémée.  D'An  ville  et  Belley, 
qui  ont  fait  le  plus  d'efforts  pour  éclaircir  ce  point 
de  géographie,  quoique  différens  d'opinion,  se  réu- 
nissent pour  supposer  que  les  Biducesii  de  Ptolémée 
sont  les  mêmes  que  les  Kiducasses  de  Pline.  Or  il 
fallait  avoir  un  grand  mépris  pour  le  texte  de  Pto- 
lémée ,  ou  l'examiner  avec  bien  peu  d'attention  , 
pour  faire  une  pareille  supposition.  On  sait  que  cet 
auteur,  dans  la  description  des  côtes,  suit  un  ordre 
entièrement  géographique.  Sa  marche  est  tellement 
méthodique,  que  la  place  qu'il  assigne  diuyiBiducesii 
dans  l'ordre  de  son  énumération ,  suffira  seule  pour 
nous  faire  retrouver  leur  position.  Après  le  Gobœum 
promontoriuin ,  ou  la  pointe  de  la  rade  de  Gobestan, 
près  le  Bec-du-Raz,  Ptolémée^  nomme  le  Stalio- 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage ,  et  ci- 
dessus,  tom.  I,  p.  595  et  596. 

'Fréret,  Me'm.  de  l'Acad.  des  Inscript,  et  Belles  -  Lettres , 
tom.  XIV,  p.  168.  Il  prend  un  petit  lieu  du  Calvados  nommé  Hamars 
pourFaniars,  et  confond  ce  Januin  Mariis  avec  le  Famars  de  la 
Belgique  ! 

^  Ptolem.,  lib.  11,  cap.  8,  p.  4^  (5o). 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  255 

canus  portas,  ensuite  le  Têtus  flavius ,  les  Biducesii, 
\ Argents  jliw .  ostia,  les  Veneli,  et  le  port  de  la  ville 
de  Crociatonum  ;  l'embouchure  du  fleuve  Olina , 
les  Lexuhii,  et  chez  eux  Nœomagus;  les  Caleti,  et 
l'embouchure  de  la  Seine.  Ptolémée  reprend  sur-le- 
champ  cette  description  en  sens  inverse,  et  il  dit  : 
((  Les  Caletœ ,  et  après  eux  les  Lexuhii ,  ensuite  les 
«  Teneli,  \ts  Biducesii  ;  et  enfin,  en  dernier,  sont  les 
«  Osismiij  jusqu'au  promontoire  Gobœum.  »  La  posi- 
tion des  Veneli  ou  Unelli,  et  des  Osismii,  se  trouvant 
déjà  déterminée  précédemment,  il  devient  évident 
([ue  Ptolémée,  qui  ne  connaît  point  les  Curiosolites  de 
César,  ou  les  Cariosvelites  de  Pline,  donne  toute  la 
côte  nord  de  la  Bretagne  aux  Biducesii ,  et  les  place 
entre  ceux  du  Cotentin  à  l'est,  et  les  Osismii  à  l'ouest. 
Quoique  la  capitale  de  ce  dernier  peuple  se  trouve 
rejetée,  par  les  chiffres  des  Tables  de  Ptolémée,  loin 
dans  l'intérieur  et  hors  de  la  position  qu'elle  occu- 
pait, cependant  nous  voyons  que  ce  géographe,  par 
l'ordre  de  son  énumération,  place,  de  même  que 
tous  les  autres  auteurs  de  l'antiquité,  les  Osismii  à 
l'extrémité  de  la  Bretagne  et  dans  le  département 
actuel  du  Finistère.  Ainsi  donc  les  Biducesii  occu- 
paient le  diocèse  de  Saint-Brieux;  et  en  effet,  le  chef- 
lieu  de  ce  diocèse  avait  conservé  l'ancien  nom  du 
peuple  dont  il  avait  été  la  capitale  :  avant  de  prendre 
le  nom  du  saint  qu'elle  porte  aujourd'hui,  cette  ville 
se  nommait  Bidué  ',  et  le  nom  des  Curiosolites  se 
retrouve  pareillement  dans  celui  du  village  moderne 
de  Corseult. 

'  Piganiel  de  La  Yovcc.Descript.  de  In  France,  toni.  viii,  p.  412, 
dil  :  «  Saint-Bricux  était  un  village  iioninié  Bidué,  lorsqu'on  y  éta- 
«  blit  un  siège  épiscopal.  »  —  Yoyez  ci-dessus,  ton».  1,  p.  58 1. 


256        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

II  reste  donc  démontré,  par  ce  rapprochement, 
que  le  diocèse  de  Saint-Brieux  nous  représente  en 
partie  les  limites  des  Biducesii ;  et  puisqu'ils  sont 
devenus  après  un  diocèse  particulier,  ils  paraissent 
avoir  surpassé  en  importance,  du  temps  de  Ptolémée, 
les  Curiosoliies,  qui  ne  formaient  plus  à  cette  époque 
qu'une  sous -division,  et  dont  cet  auteur  n'a  pas 
fait  mention.  D'un  autre  côté  César  ^  et  Pline  %  qui 
nomment  les  Curiosolites ,  ne  parlent  pas  des  Bidu- 
cesii,  parce  que,  de  leur  temps,  cette  dernière  cité 
le  cédait  en  importance  à  la  première ,  et  se  trouvait 
renfermée  dans  ses  limites.  Quant  à  Strabon,  il  ne 
donne  presque  aucun  détail  sur  la  Celtique. 

Les  mesures  données  pom-  cette  partie  de  la  côte 
des  Gaules  par  Ptolémée ,  présentent  une  lacune  qui 
offre  des  diflicultés  presque  inextricables  ^,  et  qui 
démontrent  le  mélange  de  plusieurs  périples  mal 
combinés  entre  eux.  Un  de  ces  périples  porte  \%Nœo- 
magus  limen,  ou  port  des  Lexovii,  à  Neville,  près 
Port-en-Bessin,  dans  les  limites  des  Lexovii  de  Pto- 
lémée, qui,  on  doit  se  le  rappeler,  occupaient  toute 
la  côte  du  département  moderne duCalvados  \  Argents 
Jluv.,  à  la  rivière  de  Saint-Brieux;  Têtus  fluvius,  à 
la  rivière  de  Tréguier  ;  Staliocanus,  à  la  rivière  de 
Morlaix,  près  de  laquelle  se  trouve  un  lieu  nommé 
la  Tour-Blanche,  ou,  en  celtique,  Liocan.  Mais  selon 
le  texte  des  Tables  latines,  Nœomagus  serait  reporté 
encore  plus  à  l'est,  et  correspondrait  à  Neville,  près 

'  Caesar,  lib.  ii ,  cap.  54;  Hb.  iir,  cap.  7  ;  lib.  vu,  cap.  74- 
'  Plin.,  lib.  IV,  c.  5'i  (18).  —  On  lit  dans  Pline  Cariosvelites  ;  mais, 
lie  même  que  César,  il  les  nomme  avec  les  Unelli ,  et  les  Cariosve- 
liles  sont  évidemment  les  Curiosolitcs  de  ce  dernier  auteui'. 
^  Voyez  Gossellin,  lîcchcrches ,  tom.  iv,  p.  78  à  i58. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  257 

Barfleur,  et  Crociaionorum  portas  au  port  de  Bar- 
neville. 

De  toutes  ces  combinaisons  que  donnent  les  Tables 
de  Ptolémëe,  il  résulte  qu'exact  dans  son  ensemble, 
le  périple  employé  par  cet  ancien  pour  la  construc- 
tion de  sa  Carte  reportait,  par  l'erreur  peut-être 
d'un  seul  chiffre,  toutes  les  positions  beaucoup  trop 
à  l'ouest,  puisqu'elles  ne  font  point  correspondre 
Y Olina  Jluçius  à  la  rivière  de  l'Orne,  ni  les  autres 
positions  anciennes  aux  lieux  où  nous  les  font  re- 
trouver les  Itinéraires  anciens  et  les  monumens  his- 
toriques :  d'où  il  résulte  que,  pour  faire  usage  des 
mesures  de  Ptolémée  pour  cette  partie  de  sa  Carte , 
il  faut  partir  d'un  point  certain,  tel  que  VOUna 
fluvius ,  qui  est  bien  certainement  l'Orne,  puisque 
Olina  est  le  nom  que  portait  ce  fleuve  dans  tous  les 
monumens  du  moyen  âge;  c'est  par  ce  moyen  que 
nous  avons  cru  pouvoir  fixer  le  port  de  la  ville  des 
Lexoviens,  le  Nœomagus  limen  de  Ptolémée,  à  l'em- 
bouchure de  la  Rille,  près  Conteville  ',  où  se  trouve, 
sur  la  Carte  du  diocèse  de  Lisieux,  par  d'Anville, 
un  petit  lieu  nommé  Neuville.  Mais  d'après  tous  ces 
rapprochemens,  on  voit  que,  selon  les  époques,  on  a 
considéré  comme  peuple  dominant,  dans  les  diocèses 
de  Saint-Brieux  et  de  Saint-Malo  ,  les  Biducesii  ou 
les  Ciiriosolitœ  de  César,  ou  Cariosvelites  de  Pline, 
qui  paraissent  cependant  y  avoir  existé  simultané- 
ment; et  nous  avons  déjà  observé  qu'un  lieu  nommé 

■  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  597.  —  Gossellin,  Recherches,  t.  iv, 
p.  77  ,  80 ,  85  et  i58.  —  La  différence  des  textes  grecs  et  des  textes 
latins  de  Ptolémée,  démontre  ce  mélange  de  périples  dont  j'ai  parlé, 
et  le  raisonnement  de  M.  Gossellin  sur  Olina  et  Na'onui^us  repose, 
suivant:  nous,  sur  une  pétition  de  principe. 

II.  17 


258  (iÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Finiac,  non  loin  de  Saint-Biieux,  dénotait  les  limites 
de  leur  territoire  respectif'  ;  sans  doute  à  l'époque  où 
nous  sommes,  et  antérieurement  à  la  formation  du 
diocèse  de  Saint-Brieux,  les  Curiosolitœ ,  ou  ceux  de 
Corseult,  étaient  considérés  comme  le  peuple  prin- 
cipal. L'Itinéraire  et  la  Table  ne  nous  fournissent 
aucune  mesure  pour  déterminer  la  position  de  civitas 
Biducesionmi ,  à  Saint-Brieux,  ni  de  ciçitas  Curio- 
solitœ à  Corseult;  et  ces  deux  positions  reposent  uni- 
quement sur  les  preuves  que  nous  avons  développées. 
Mais  la  Table  vient  à  notre  secours  pour  For^aniuni^ 
capitale  des  Osismii,  et  les  mesures  qu'elle  nous  four- 
nit portent  ce  lieu  à  Concarneau ''.  La  Table  nous 
donne  aussi  Cronciaconiun ;  et  dans  Ptolémée,  Cro- 
ciatonorwn  portiis ,  placé  par  lui  chez  les  Teneli  ou 
Unelliy  paraît  être  le  port  de  Cronciaconnum  de  la 
Table  ^  D'après  les  mesures,  on  doit  placer  ce  port  à 
celui  d'Audouville,  sur  la  côte  orientale  du  Cotentln. 
Ainsi  que  je  l'ai  déjà  dit ,  les  mesures  des  Itiné- 
raires et  de  la  Table  qu'on  avait  crues  discordantes 
entre  elles,  et  qui  ne  le  sont  pas,  démontrent^  que 
Cronciaconnum  est  Turqueville,*  que  Cosedia  est  un 
lieu  tout  différent  de  Constantia  ;  que  Legedia 
vient  se  placer  auprès  de  Saint-Léi^er  et  de  Lezeau; 
i^a^élauna  était  située  aux  ruines  de  l'ancienne  ville 
romaine  qui  se  trouvent  dans  la  paroisse  d'Alaume, 

'  Voyez  ci -dessus,  tom.  i,  p.  58 1,  et  CaBsar,  de  Bello  ^nUico, 
lib.  !i,  cap.  54-  —  Plin.,  lib.  iv,  cap.  53  (i8). 

'  Voyez  ci-dessus,  toni.  i,  p.  585,  et  \ Analyse  des  Itinéraires, 
tom.  III  de  cet  ouvrage.  —  Ptolem.,  lib.  ii,  cap.  y,  p.  47  (5o  et  5i), 
cdit.  Bert. 

^  Voyez  ci-dessus,  tom.  i ,  p.  585 ,  595  ,  3g5  ,  596  et  597. 

''  Voyez  Vyliinlysc  drs  Itiite'rnircs,  lom.  in  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  259 

à  Valogne  ',  et  qu'enfin  Coriallum  est  le  port  de 
Clierboui'g ,  où  il  a  été  trouvé  des  antiquités  ro- 
maines,  et  dont  il  est  question  dans  le  ix^  siècle, 
sous  le  nom  de  pagus  Coriovallensis.  Outre  que  les 
auteurs  qui  m'ont  précédé  n'ont  pas  connu  les  véri- 
tables mesures  de  l'Itinéraire  qui  se  trouvaient  dans 
les  plus  anciens  manuscrits,  et  qu'ils  ont  supposé 
que  les  Viducasses  étaient  les  mêmes  que  les  Bidu- 
cesii ,  plusieurs  ont  aussi  cru  voir  une  identité 
parfaite  entre  Cosedia  de  la  Table  et  de  l'Itinéraire, 
et  le  civitas  Constantia  de  la  Notice;  cependant  il 
était  facile  d'observer  que  Cosedia  se  trouvant 
écrit  de  même  dans  l'Itinéraire  et  dans  la  Table,  qui 
ne  sont  pas  toujours  parfaitement  d'accord  pour  l'or- 
thographe des  noms ,  il  en  résultait  nécessairement 
que  Cosedia  n'était  pas  le  même  lieu  que  Constantia^ 
Coutances  :  à  la  vérité,  dans  la  Table,  Cosedia  se 
trouvait  accompagné  de  l'édifice  qu'on  a  consacré 
aux  capitales;  on  a  conclu  de  là  que  ce  lieu  ne 
pouvait  être  autre  que  Constantia ,  chef-lieu  du 
diocèse,  dans  le  moyen  âge.  L'abbé  Bellej  ^  est  celui 
<^[ui  a  le  plus  appuyé  sur  cet  argument;  mais  il  n'a 
pas  observé  qu'il  existe  plusieurs  noms  de  villes 
dans  la  Table,  accompagnés  de  cet  édifice,  qui  n'ont 
jamais  été  des  capitales,  tandis  que  d'autres  qui  l'ont 
été  en  sont  dépourvues  ;  soit  que  ces  aberrations  se 
trouvassent  dans  la  carte  primitive,  soit  qu'on  en 
soit  redevable  au  copiste  de  cet  ancien  monument. 

'  Voyez,  Mercure  de  France,  février  1740,  p.  5ii,  la  lettre  du 
chevalier  de  La  Roque.  Voyez  aussi  le  plan  de  ces  antiquités  dans 
Caylus,  tom.  vu,  p.  5i4,  PI.  go  et  91. 

^  Voyez  Belley,  Acad.  des  I user.,  tom.  xxvin,  p.  475,  et  loni.  xr.i, 
p.  56?\.,  édit.  in-4",  ou  tom.  xi.vni  et  i.xxxi  de  l'édit.  in-r,>. 


260  GÏ:OGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Poiu"  ne  point  sortir  de  la  Gaule,  je  ne  citerai  que 
Teterihus ,  Buderich,  simple  station  militaire  sur  les 
bords  du  Rhin ,  qui  est  accompagnée  de  l'édifice 
consacré  aux  capitales,  et  Luietia,  Paris,  capitale 
des  Parisii,  qui  en  est  dépourvue. 

Une  autre  cause  d'erreur  et  de  difliculté,  pour 
celte  partie  de  la  géographie  ancienne  de  la  Gaule, 
a  été  la  ressemblance  Açs  noms  de  \  Argenjluvius  de 
Ptolémée,  avec  la  ville  à' Àrœgenuœ,  donnée  comme 
capitale  dans  la  Table,  et  enfin  la  ressemblance  du 
nom  dilngena,  capitale  des  Ahrigcatui ,  selon  Pto- 
lémée ',  avec  ceux  ^ Arœgenuœ  et  à'Argen.  Il  en  est 
résulté  qu'on  a  cru  qa/ngeiia  ou  Avranches  était 
Arœgenuœ ,  et  que  le  fleuve  Argen  devait  être  la 
rivière  qui  coule  à  Arœgenuœ  ;  mais  la  direction  des 
routes,  dans  la  Table,  ne  pouvait  s'accorder  avec 
cette  supposition ,  et  malheureusement  les  textes  des 
Tables  latines  et  grecques,  dans  Ptolémée,  présen- 
tent pour  cette  partie  des  chiffres  et  des  combi- 
naisons différentes.  Nous  savons  i^n  Arœgenuœ  ne 
peut  être  Avranches,  et  est  Argentan  ;  et  comme  le 
fleuve  qui  coule  à  Argentan  est  l'Orne,  que  Ptolémée 
connaît  sous  le  nom  à^Olina,  X  Argen  fluvius  de  Pto- 
lémée n'a  point  de  rapport  avec  la  position  d^ Arœ- 
genuœ ni  avec  son  fleuve,  et  il  faut  chercher  ce  fleuve 
ailleurs.  Dans  les  résultats  que  nous  présentent  les 
Tables  de  Ptolémée,  nous  pouvons  regarder  comme 
certains  ceux  où  les  textes  latins  et  grecs  sont  d'ac- 
cord, et  ne  sont  pas  contredits  par  d'autres  monu- 
mens  anciens;  considérer  comme  incertains  ceux  où 
ces  textes  diffèrent,  et  présentent  pour  les  mêmes  po- 

'  Ptolein.,  lil).  II,  cap.  8,  p.  47  (5i).  —  Tnh.  peut.,  §.  i,  B. 


PARTIE  II,  CHAP.   IV.  261 

sltions  anciennes  des  positions  modernes  différentes. 
Pour  les  positions  des  côtes,  dont  nous  nous  occu- 
pons ,  Titus  fluvius ,  et  Staliocanus  portas ,  sont 
dans  le  premier  cas;  le  texte  latin,  comme  le  texte 
grec,  concourent  à  placer  Têtus  flavius  à  la  rivière  de 
Tréguier,  et  Staliocanus  portas  à  Liocan,  à  Tem- 
bouchure  de  la  rivière  de  Morlaix;  mais  Argenfiuv. 
ostia  est,  par  les  combinaisons  que  présentent  les 
Tables  grecques  de  Ptolémée,  placé^i  Agan,  près  de 
Saint-Brieux,  ou  h  Agon,  près  de  Coùtances;  et,  selon 
le  texte  des  Tables  latines,  à  l'embouchure  de  l'Ardée 
ou  de  la  Selum,  près  de  laquelle  est  un  lieu  nommé 
Argennes  ,  un  peu  au  sud  d'Avranches  '.  Nous 
croyons  que  cette  dernière  combinaison  est  la  seule 
qui  donne  la  véritable  solution  ;  mais  enfin  la  chose 
est  moins  certaine  que  pour  les  deux  autres  posi- 
tions. Quant  à  X Ingena  de  Ptolémée,  on  ne  peut 
douter  que  cette  dernière  ville  ne  soit  la  civitas 
Ahrincatui  de  la  Notice  de  la  Gaule ,  et  que  ce 
peuple  ne  soit  représenté  par  le  diocèse  moderne 
d'Avranches.  Cela  se  trouve  démontré  par  une  suite 
non  interrompue  de  monumens  historiques  qui  re- 
montent au  commencement  du  vi^  siècle  '.  Pline 
est  le  premier  qui  fasse  mention  des  Ahrincatui^-, 
mais  Ptolémée  est  le  seul  des  anciens  qui  ait  parlé  de 
leur  capitale,  et  qui  ait  donné  quelques  renseigne- 
mens  sur  leur  situation.  Après  avoir  mentionné  les 
Aulerci  cennomani,  il  dit  :  «  Après  ceux-ci  sont  les 

'  Conférez  Gossellin  ,  Recherches,  toni.  iv,   p.  78,   79,  80,  81, 
85,  84,  i58,  et  ci-dessus,  tom.  i,  p.  385,  386,  SgO  et  097. 
'  Voyez  Gallia  christiana ,  tom.  ir,  p.  467- 
'  Pliu.,  lib.  IV,  cap.  32  (18),  tom.  11,  p.  56(),  edit.  Lem. 


262  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
((  Namnetœ ,  dont  la  capitale  est  Condwicnum  ^  et 
((ensuite  jusqu'à  la  Seine,  les  Ahrigcatid ,  dont 
«  la  capitale  est  Ingena ,  21°  45'  long.  5o°  3o'  lat.  » 
Or,  d'après  la  position  assignée  ici  par  Ptolémée 
aux  Ahrigcatui ,  non  seulement  ils  se  trouveraient 
rejetés  dans  l'intérieur,  mais  ils  seraient  sur  les 
bords  de  la  Seine,  et  toucheraient  cependant  aux 
Namnetes  où  à  ceux  de  Nantes  ' .  Nous  observerons 
que  le  texte  de-^tolémée  offre  dans  cet  endroit  une 
répétition  évidente;  car  un  peu  plus  haut,  après 
avoir  parlé  des  Veneti  ou  de  ceux  de  Vannes,  il 
dit  :  (f  Sous  ceux-ci  sont  les  Samnitœ ,  proche  la 
«  Loire.  »  On  ne  peut  méconnaître  dans  ces  Sam- 
nitœ y  dont  il  n'est  question  dans  aucun  autre 
auteui^,  les  Namnetes  ou  ceux  de  Nantes ,  qui  se 
trouvaient  sur  la  côte,  et  qui,  ici,  bien  placés  mais 
mal  nommés  ,  sont  encore  mentionnés  une  seconde 
fois  dans  la  description  de  l'intérieur,  et,  pour  cette 
fois,  très  bien  nommés,  mais  très  mal  placés.  Ces 
doubles  emplois  proviennent  de  ce  que  Ptolémée 
ou  Marin  de  Tjr,  dont  la  Carte  a  servi  à  Ptolémée 
pour  dresser  ses  Tables ,  formaient  leurs  descrip- 
tions des  côtes  d'après  des  matériaux,  ou  des  auteurs, 
différens  de  ceux  qu'ils  employaient  pour  décrire 
l'intérieur;  c'est  ce  que  Ptolémée  lui-même  nous 
apprend  dans  ses  Prolégomènes.  Les  Ahrigcatui  ne 
sont  pas,  à  la  A'érité,  mentionnés  par  Ptolémée  sur 
la  côte;  mais  une  des  combinaisons  de  ses  Tables  con- 
duit, ainsi  que  nous  venons  de  le  dire  pour  Argen 
jluv.  ostia ,  à  l'embouchure  de  la  Sélune,  chez,  les 

'  Voyez  ci-dessus,  totn.  i,  p.  576,  077  et  079.  — Ptolem.,  lib.  11, 
cap.  8,  p.  47  (5i),  edit.  Bert. 


PARTIE  H,  CHAP.   IV.  263 

Abrigcatiii  ';  et  il  est  probable  que  si,  dans  Ptolémée, 
ils  se  trouvent  omis  dans  cet  endroit,  c'est  pour  éviter 
la  répétition  qui  résultait  de  la  position  du  même 
peuple,  dans  l'intérieur,  d'après  d'autres  documens. 
On  voit  encore  des  traces  de  ce  combat  d'élémens 
différens  dans  ce  que  Ptolémée  dit  des  Osismii  : 
d'une  part,  il  les  place  près  du  Gobœum  promon- 
toriuni;  et  de  l'autre,  la  position  qu'il  assigne  à 
Vorganium ,  leur  capitale ,  les  éloigne  beaucoup  de 
ce  promontoire.  Il  en  serait  absolument  de  même 
pour  les  Ahrigcatui  si  on  adoptait  l'ingénieuse  cor- 
rection de  Valois",  et,  si  au  lieu  de  Sekoana ,  on 
lisait  Senoana  dans  le  texte  de  Ptolémée  ;  alors  il 
serait  question  de  la  Senuna ,  ou  Sélune,  petite 
rivière  qui  se  décharge  dans  la  mer  près  d' Avranches  , 
et  à  l'embouchure  de  laquelle  les  combinaisons  des 
mesures  du  texte  latin  de  Ptolémée  nous  portent 
pour  Argenfluv.  osila.  Alors  Ptolémée  aurait  placé, 
d'une  part,  les  Abrigcatui  sur  la  côte,  tandis  que 
la  position  assignée  à  leur  capitale  les  transporte- 
rait dans  l'intérieur.  Quoiqu'il  en  soit,  on  aura  pu 
observer  ici  la  ressemblance  qui  existe  entre  ces  noms 
Ingena  et  Argen,  et  il  est  extrêmement  lemarquable 
que  le  texte  latin  de  Ptolémée  fait  un  fleuve  à' Argen, 
tandis  que  le  texte  grec  nous  laisse  incertain  de  savoir 
si  c'est  une  ville  ou  un  fleuve. 

Mais  comme  les  mesures  entre  les  deux  textes  don- 
nent des  résultats  entièrement  dissemblables,  il  nous 

'  \oycz  Gosscllin,  Recherches,  toin.  iv,  p.  80,  84. 

"  \alcsii,  Notitia  Galliar.,  p.  i. 

'  Senuna  est  le  nom  que  cette  rivière  porte  dans  divers  écrits  du 
moyen  âi,'o. 


264  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
paraît  probable  que  le  texte  grec  qui  nous  porte  à 
Agon,  près  Saint-Brieux,  à  l'embouchure  de  la  ri- 
vière de  Saint-Brieux,  sur  les  bords  de  laquelle  est 
un  lieu  nommé  Argantel,  nous  donne  le  nom  et  la 
position  à' Argen,  port  des  Biducesii ,  et  peut-être 
l'ancien  nom  de  leur  capitale,  avant  qu'elle  eût  pris 
le  nom  du  peuple  représenté  dans  le  moyen  âge  par 
le  nom  de  Bidué ,  nom  effacé  depuis  par  le  nom  plus 
moderne  de  Saint-Brieux.  Dans  cette  hypothèse,  il 
faudrait  distinguer  dans  Ptolémée  VArgenfluv.  ostiay 
la  Sélune,  ^ Argenus ^  ville,  qui  serait  Saint-Brieux, 
deux  positions  toutes  différentes  cependant  de  XArœ- 
genuœ  de  la  Table,  qui  est  Argentan,  et  dHIngena, 
qui  est  Avranches  '.Les  Tables  de  Ptolémée  paraissent 
avoir  été  singulièrement  altérées  dans  cet  endroit, 
et  présentent  de  nombreuses  variantes.  La  variante 
qui  conduit,  pour  Argenis,  à  l'embouchure  de  la  ri- 
vière d'Agon  %  nous  fait  reconnaître  le  nom  d'Argen, 
répété  plusieurs  fois  sur  cette  côte ,  qui  paraît  avoir 
été  la  cause  de  ces  erreurs.  En  effet  je  trouve  que, 
dans  les  diverses  chartes  du  xi*^  siècle,  il  est  plusieurs 
fois  fait  mention  d'un  lieu  près  d'Agon  homme 
ArgenceiOy  et  depuis,  Archanchy.  La  position  de 
ce  lieu  est  clairement  indiquée  dans  ces  chartes,  près 
de  inons  Catonis  ou  Montchaton,  deVaussleux,  et 
de  La  Feuillée. 

Terminons  ce  qui  concerne  la  Celtique  d'Auguste, 
par  observer  que  les  Tricasses  et  les  Meldi  qui ,  du 
temps  de  César,  étaient  réunis  aux  Senones  y  parais- 

■  Voyez  Gosselliii,  Recherches ,  tom.  \v ,  p.  78  à  84,  et  i58  et  les 
Cartes  n°'  8,  9  et  10. 
'  Gallia  christiana ,  tom.  11,  226,  235  et  248,  Iiistvumentn. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  265 

sent  en  avoir  été  détachés  du  temps  d'Auguste,  pour 
former  des  divisions  distinctes  ;  cependant  Strabon 
ne  fait  pas  mention  des  Tricasses ,  mais  il  parle  des 
Meldi ,  et  la  séparation  de  ces  deux  peuples  a  dû 
avoir  lieu  en  même  temps  ' .  Nous  avons  précédem- 
ment traité  de  la  position  et  des  limites  de  ces  peu- 
ples, quand  il  a  fallu  déterminer  celle  des  Senones  \ 
Quant  au  diocèse  d'Auxerre,  cwitas  Autissiodurinn  , 
il  ne  fut  détaché  des  Senones  qu'à  une  époque  très 
postérieure  à  celle  dont  nous  traitons.  Il  en  est  de 
même  des  Aureliani,  qui  ne  paraissent  avoir  été  dis- 
tingués des  Carnutes  que  sous  l'empereur  Aurélien. 

La  colonie  établie  chez  les  Rauraci  j  et  qui  prit 
le  nom  d'Auguste  (  dont  il  est  question  dans  le  mo- 
nument trouvé  à  Gaëte  déjà  cité),  paraît  y  avoir 
été  transplantée  quatorze  ans  avant  J.-C. ,  ainsi  qu'il 
résulte  du  rapprochement  d'un  passage  de  Dion  et 
d'une  inscription  j  et,  dès  lors,  on  a  dû  commencer  à 
considérer  les  Rauraci  comme  une  division  distincte 
et  séparée  des  Sequani  ^. 

Il  est  fait  mention  dans  les  anciens  de  quelques 
îles  sur  les  côtes  de  la  Celtique.  Pline  '^  est  le  premier 
qui,  en  parlant  des  Vénètes,  nomme  les  Veneticœ 
insulœ  qui  en  dépendent.  Il  est  évident  que  cette 
dénomination  générale  comprend  les  îles  de  Belle-Ile, 
de  Houat,  d'Hédic,  de  Groa  ou  Grouais.  On  a  appli- 
qué le  nom  d'une  île  nommée  Vindilis ,  dans  l'Iti- 

'  Strabo,  lib.  iv,  tom.  i,  p.  194  (297),  edit.  Alm.  ;  tom.  11,  p.  56, 
de  la  trad.  franc. 

"  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  4o6  à  4i5. 

'  Schœpflin,  Alsat.  illuslr.,  et  ci-dessus,  tom.  1,  p. 3'i2.  — Plin., 
lib.  IV,  cap.  3i  (17),  tom.  11,  p.  564,  cdit.  Lem. 

*  Plin.,  lib.  IV,  cap.  55  (19),  tom.  11 ,  p.  074 ,  cdit.  Lcm. 


2G6  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
néralre  maritime,  à  Belle-Ile,  nommé  Guedel  dans 
le  moyen  âge  ,  et  celui  de  Siata,  nommé  dans  le 
même  Itinéraire,  h  l'île  de  Houat'.  UxantiSy  ou  l'île 
d'Ouessant ,  dans  la  dépendance  des  Osismii ,  est 
célèbre  comme  étant  la  même  que  VUxisama  de 
Pjthéas.  Pline,  en  racontant  les  découvertes  de  ce  cé- 
lèbre navigateur  %  la  désigne  sous  le  nom  ai  Axantos; 
son  nom  plus  moderne,  dans  Aimoin  ',  est  Osa;  et 
dans  Guillaumc-le-Breton  ,  elle  est  nommée  Ossa. 
Mêla  ^  désigne  bien  clairement  l'île  de  Sein,  lorsqu'il 
place  Sena  dans  l'Océan  britannique ,  vis-à-vis  le 
rivage  des  Osismii.  On  se  rappelle  à  ce  sujet  son 
singulier  récit  sur  les  neuf  vierges,  vrais  types  de 
nos  fées  bretonnes  ^  qui  s'y  étaient  réfugiées.  Pline 
nomme  cette  île  Siambis ,  et  quelques  unes  de  nos 
Cartes  modernes  écrivent  Seim.  Quant  à  Cœsarea  et 
Sariiia,  mentionnées  seulement  dans  l'Itinéraire  ma- 
ritime, on  les  rapporte  avec  raison,  ce  me  semble,  à 
Gersey,  et  Gernesey  moderne,  et  cela  est  certain,  du 
moins  pour  la  première.  L'île  d'Aurigny,  qui  est 
auprès  ,  doit  nécessairement  représenter  l'île  B.i- 
duna  du  même  Itinéraire  maritime,  et  toutes  trois 
peuvent  être  considérées  comme  dans  la  dépendance 
des  Unelli  ou  T^eneli.  Au  reste,  si  on  excepte  les  îles 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  378.  —  Peut-être  Siata  est  l'île  de 
Gers,  dont  le  village  est  nommé  Sark  sur  la  Carte  de  Cassini. 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  3o  (16),  tom.  11,  p.  SSj,  edit.  Lem. 

3  Aimoin,  de  Mir.  S.  Benedict.,  lib.  11,  c.  11.  —  Valesii  Notifia, 
p.  625. 

^  Mêla,  lib.  m,  cap.  6,  p.  92,  edit.  Tzschuck. 

'  Conférez  nos  lettres  sur  l'Oz/gme  de  la  Fc'crie,  et  notre  Disser- 
tation sur  les  Contes  de  Fées  atlribncs  à  Perrault ,  dans  l'édition 
de  ces  contes  donnée  par  le  bibliopbilc  Jacob,  in-8°. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  267 

d'Ouessant  et  de  Sein ,  aucune  des  îles  dont  nous 
venons  de  parler  ne  se  trouve  mentionnée  par  des 
auteurs  antérieurs  à  l'époque  dont  nous  traitons. 

Belgique. 

Dans  la  Belgique,  Pline',  selon  son  usage,  nomme 
quelques  côtes  particulières  enclavées  dans  le  terri- 
toire de  peuples  déjà  connus  :  tels  sont  les  Oromar- 
saci  qui  sont  joints  au  pagus  Gesoriacus  et  les 
Britanni.  Comme  Pline  procède  ici  à  partir  de 
l'Escaut,  on  peut  placer,  ainsi  que  nous  l'avons  dit 
avec  d'Anville  %  les  Oromars aci ,  chez  les  Morini , 
dans  le  district  situé  entre  Calais  et  Gravelines ,  qui 
est  appelé  terre  de  Merk  ou  Mark,  et  est  voisine 
du  Boulonais,  ou  du  Gesoriacus  pagus.  Les  Bri- 
tanni,  qui  sont  nommés  à  côté  des  Amhiani,  peu- 
vent être  placés  h  l'embouchure  de  la  Somme ,  mais 
plus  près  de  la  côte,  et  en  tirant  davantage  vers 
Gesoriacwiiy  que  ne  l'a  fait  d'Anville.  On  doit 
observer  cependant  que  ces  positions  ne  sont  basées 
que  sur  des  conjectures,  qui  ne  sont  pas  même  ap- 
puyées sur  la  ressemblance  d'aucun  nom  moderne. 
Pline  nous  montre,  de  ce  côté,  Gessoriacus ,  comme 
le  port  principal,  et  en  nous  disant  que  la  distance 
de  ce  port  au  rivage  le  plus  prochain  de  l'Angle- 
terre est  de  5o  milles  (distance  très  exacte)  ,  il  nous 
fait  voir  par-là  que  c'était  le  port  le  plus  fréquenté 
de  son  temps ,  et  celui  où  l'on  s'embarquait  pour  la 
Bretagne.  Mais  le  portus  Morinorum  Britannicus , 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  3i  (17),  tom.  11,  p.  558,  edit.  Lem. 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  194,  trad.  franc.,  tom.  ri,  p.  SÇ>. 

^  Voyez  ci-dessus,  loin,  i,  p.  441  ç\  ^-i.  —  Malebrancq,  p,  47J. 


268  GÉOGRAPHIE  ANCIEN^iE  DES  GAULES, 
dont  il  est  fait  mention  à  la  fin  de  sa  description  de 
l'Europe  ' ,  n'est  point  Gesoriacum  comme  on  l'a 
cru;  c'est  le  portas  Itius  de  César  ou  Wissant.  En 
effet,  Pline  voulant  interpréter  et  corriger  la  mesure 
de  Poljhe ,  entre  l'extrémité  de  l'Italie  et  l'Océan , 
évalue  cette  distance  à  1168  m.  p.  Cette  mesure, 
qui  donne  i5°55',  prise  sur  la  Carte  de  la  partie 
occidentale  de  l'empire  romain,  par  d'Anville,  nous 
porte,  à  partir  du  promontoire  Japygie,  juste  à 
liiiis  portus y  ou  Wissant,  et  elle  serait  fausse  pour 
Gesoriacum  f  ou  Boulogne  :  elle  est  probablement 
basée  sur  la  Carte  d'Agrippa ,  et  elle  se  trouve  un  peu 
plus  grande  que  celle  de  Polybe,  parce  que  celui-ci, 
comme  le  dit  Pline  lui-même ,  conduisait  sa  mesm^e 
jusqu'à  l'endroit  le  plus  proche  sur  la  côte  de  l'Océan, 
c'est-à-dire  sur  le  point  le  plus  enfoncé  de  cette  côte, 
qui  est  la  Canche;  Agrippa,  au  contraire,  prolongeait 
la  sienne  jusqu'au  point  le  plus  saillant.  Lorsque  Pline 
veut  parler  de  Gessoriacus,  il  le  mentionne  toujours 
par  son  nom,  et  il  n'aurait  pas  employé  cette  seule  fois 
une  aussi  longue  périphrase.  D'ailleurs  on  aperçoit 
sur-le-champ  la  raison  de  cette  périphrase  ;  il  y  avait 
deux  ports  chez  les  Morini,  Gesoriacum,  Boulogne , 
et  Itius  portas j  Wissant;  comme  ce  dernier  était  le 
plus  i^approché  des  côtes  de  Bretagne  ,  on  le  désignait 
par  le  surnom  de  Britannique,  poitus  Morinoriwi 
Britannicus.  Entre  Terruanna ,  Terrouenne ,  et 
Itius  portas  ,  Wissant,  il  existe  encore  une  chaussée 
de  construction  romaine  que  INIalebrancq  appelle 
chemin  Leulin"ue  '. 

'  Plin.,  llisl.  nat.,  lib.  iv,  c.  57  (25),  loin.  11,  p.  094,  cdil.  LcJii. 
'  Voyez  Henry,  Essai  sur  le  Boidonais,  p.  85. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  269 

Les  flassi  ou  Bassi  se  trouvent  mentionnés  seu- 
Jement  dans  quelques  éditions  de  Pline  ' .  D'Anville, 
d'après  la  seule  ressemLlance  des  noms,  les  a  placés 
dans  un  canton  du  diocèse  de  Beauvais ,  dont  le 
nom  est  Haiz  ou  Hez ,  et  qui  contient  une  forêt  qui 
conserve  ce  même  nom.  Au  milieu  de  cette  forêt 
Saint-Louis  avait  une  maison,  nommée  La  Neuville- 
en-Hez  ;  mais  l'existence  de  ce  peuple  nous  paraît 
douteuse;  et  le  savant  Hardouin  pense  que  la  leçon 
Hassi  ou  Bassi  y  ne  se  trouvant  pas  dans  les  manu- 
scrits, mais  seulement  dans  les  éditions  de  Parme  et 
de  Froben,  il  convient  d'effacer  ce  mot,  dû  à  la  ré- 
pétition des  dernières  syllabes  du  mot  Bello(^aci  du 
texte  de  Pline,  i  ajouterai  que  dans  les  monumens 
du  moyen  âge  on  n'a  découvert  jusqu'ici ,  dans  la 
civitas  Belçacensis,  aucun  pagus  dont  le  nom  ait 
dé  l'analogie  avec  Bassi  ou  Hassi  '.  Toutefois  nous 
pensons,  avec  d'Anville,  que  l'existence  du  nom  de 
Haiz  dans  ce  pays  doit,  dans  le  doute,  empêcher  de 
supprimer  ce  peuple. 

Ptolémée  '  est  le  seul  auteur  qui  ait  fait  mention 
des  J^adicassii,  et  il  les  place  dans  la  Celtique,  et  non 
dans  la  Belgique.  Ils  ne  formèrent  point  un  diocèse 
particulier,  et  cette  seule  circonstance  suffit  pour 
nous  démontrer  que  c'était  un  de  ces  peuples  subor- 
donnés ,  enclavés  dans  le  territoire  d'un  autre  peuple 
plus  considérable.  Ptolémée  nomme  les  T'adicassii 

'  Voyez  Plin.,  in-folio,  édit.  Hardouin,  toni.  i,  p.  208.  —  D'An- 
ville, Notice ,  p.  565,  et  Mcm.  sur  les  côtes  de  la  Gaule,  p.  9. 

'  Guérard,  Essai  sur  le  système  des  divisions  territoriales  de  la 
Gaule ,  p.  1 49. 

^  Plolcni.,  lib.  n,  cap.  8,  p.  48  {5-2). 


270  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
à  côté  des  Meldi  ;  il  dit  qu'ils  sont  proches  de  la 
Belgique,  et  il  leur  donne  pour  capitale  un  lieu 
nommé  Nœomagus.  Du  reste,  les  monumens  histo- 
riques et  les  mesures  nous  manquent  également  pour 
déterminer  la  position  de  ce  peuple.  Nous  sommes 
donc  réduits  aux  conjectures ,  et  d'après  les  indica- 
tions données  par  Ptolémée,  la  meilleure  est  sans 
contredit,  celle  qui  place  les  Vadicassii  dans  le 
duché  de  Valois ,  et  qui  assigne  à  Nœomagus  la  po- 
sition de  Vez,  dont  le  nom  paraît  dérivé  de  celui  de 
Vadicasses.  Tel  est  le  sentiment  de  d'Anville  et  de 
Valois.  Vez  est  l'ancienne  capitale  du  Valois,  qui, 
dans  les  capitulaires  de  nos  rois  et  dans  Flodoard, 
est  nommée  pagus  J^adensis  et  Kadisus  '  ,•  mais  les 
T'adicasses ,  ainsi  placés ,  se  trouvent  faire  partie 
du  territoire  des  Sylvanectes ,  des  Suessones  et  des 
Meldiy  puisque  leur  territoire  se  trouve  partagé  entre 
ces  trois  diocèses  ;  ils  appartenaient  donc ,  si  toute- 
fois il  n'y  a  pas  erreur  sur  leur  position,  à  la  Bel- 
gique, et  non  à  la  Celtique  :  c'est  ce  qui  a  fait  penser 
à  quelques  auteurs  que  les  Fadicassii  de  Ptolémée 
étaient  les  mêmes  que  les  Bodiocasses  de  Pline, 
nommés  P^adicasses  dans  quelques  éditions  de  cet 
auteur,  ou  les  Baiocasses  de  la  Notice  des  provinces 
de  la  Gaule,  et  que  Nœomagus  était  Bajeux,  dont 
le  nom  antérieur  à  celui  à' Ausustodurus  nous  est 

o 

inconnu;  mais  alors  les  Padicassii  de  Ptolémée  ne 
seraient  plus,  comme  il  l'indique,  ad  Belgicarn^ 
près  de  la  Belgique,  ni  à  côté  des  Meldi. 

Il  j  a  dans  Ptolémée  un  peuple  nommé  Subanecii 

'  Carlier,  fli.sL  du  Diichc  de  Valois,  toni.  i,  p.  5,   160  et  lin. 
'  Plin.,  lih,  IV,  cap.  5-2  (18),  tom.  11,  p.  068,  cdil.  Lcm. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  271 

dans  le  texte  actuel  de  cet  auteur,  et,  dans  les  manu- 
scrits latins,  Uhanecti ,  ainsi  que  sur  les  anciennes 
cartes  jointes  à  ces  manuscrits.  Le  nom  de  ce  peuple 
manquait  dans  la  plupart  des  manuscrits  grecs,  et  il 
n'a  été  suppléé  que  par  le  manuscrit  palatin,  qui  porte 
Soumanektoï  ' .  Ptolémée  nomme  ce  peuple  avec  les 
Nervii,  les  T'eromandid  et  les  Suessones ;  il  appelle 
sa  capitale  i?/i«^07?2«^ta.  On  a,  avec  beaucoup  de  vrai- 
semblance, considéré  ce  peuple  comme  le  même  que 
les  Sjhanectes  de  la  Notice  des  Gaules.  Des  monu- 
mens  historiques  non  interrompus  '  prouvent  que  ci- 
vitas  SjU>anectensiura  est  Senlis;  et  par  conséquent 
que  le  diocèse  de  ce  nom  nous  donne  la  position , 
l'étendue  et  les  limites  des  t^^a/?ec^f  de  Ptolémée;  mais 
comme  l'Itinéraire,  dans  la  route  de  Ccesaromagus , 
Beauvais,  à  Suessonas,  Soissons,  offre  une  position 
qui  a  le  nom  di  Augustomagus ,  on  a  pensé  cjue  ce  nom 
ne  pouvait  avoir  été  porté  que  par  une  ville  capitale, 
et  on  l'a  appliqué  à  Senlis.  Les  conjectures  coûtent 
pcm,  lorsqu'on  se  i-end  peu  difficile  sur  les  raisons  qui 
peuvent  leur  donner  quelque  degré  de  probabilité. 
On  a  dit  qu'il  j  avait  erreur  dans  Ptolémée  pour  le 
nom  de  la  capitale  des  Uhanecti ,  et  qu'il  fallait  lire 
Aiigustomagus  au  lieu  de  Rhatomagus .  Pour  dé- 
montrer combien  cette  erreur,  quoique  universelle, 
est  manifeste,  il  suffira  d'observer  que  Senlis  ne  se 
trouve  pas  sur  la  route  de  Cœsaromagas,  Beauvais, 
à  Suessonas,  Soissons;  que  toutes  les  mesures  entre 
Cœsaromagus  et  Augusiomagus  sont  fausses  ,  si  on 
les  applique  h  Senlis  ,•  de  même  qu'entre  Augusto- 

'  Voyez  Ptoleni.,  lib.  ir,  cap.  9,  p.  49  (55),  edit.  Bert. 
^  Gallin  chrisdnna,  loin,  x,  p.  17)^8. 


272  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
magus  et  Suessonas.  Ces  mesures  sont  au  contraire 
parfaitement  exactes  si ,  sans  aucune  supposition 
préalable ,  on  suit  la  route  directe  de  Cœsaro- 
niagus ,  Beauvais ,  à  Suessonas ,  Soissons  ;  route 
sur  laquelle  on  retrouve  encore  des  vestiges  de  l'an- 
cienne voie  romaine.  Non  seulement  de  cette  ma- 
nière les  mesures  offrent  un  accord  parfait  avec  le 
local ,  mais  le  résultat  présente  des  indices  non  dou- 
teux d'exactitude.  En  voici  le  tableau ,  extrait  de 
l'Itinéraire  entier  que  l'on  trouve  dans  le  tome  m  de 
cet  ouvrage. 

Route  de  Cœsaromagus ,  Beaiwais,  à  Suessonas,  Soissons. 


ITINERAIRE 

WESSBI.ING  , 

p.  38o. 


Cœsaromagus.. 
Lilanobriga. . . 
^iigustomagus. 
Suessonas, .  .  . 


^7f 
6 
33 

66^ 


CARTES 

CE    CASSIKI, 

n°5  I,  2,  44. 


Beauvais. 
P'.-S'^-Maxence 
Verberie. 
Soissons . 


i'o 

TABLE 

de 

PF.nTINGER, 
§.    I,    C. 

=  'S 

si 

60 

■i  i 
^  2 

CARTES 
de 

CÀSSIHI, 

n°»  I  et  2. 

Cœsaromagus.. 

Beauvais. 

27 

6 

33 

Âugustomagus. 

" 

33 

Verberie. 

33 



66 

On  doit  observer  que  la  ville  de  Sainte-Maxence 
était  désignée  par  le  nom  de  Pont ,  avant  qu'on  y  eût 
ajouté  celui  de  la  sainte,  qui  la  distingue  aujour- 
d'hui; et  que,  dès  le  vii^  siècle,  il  est  question  de  ce 
Heu  dans  les  monumens  de  notre  histoire ,  comme 
important  pour  le  passage  de  l'Oise  '.  Le  nom  de 


'  Lebeuf,  Dissertations ,  toni.  i,   p.  55o. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  273 

Pont,  est  le  même  que  le  mot  celtique  Briga ,  qui 
termine  le  nom  latin  correspondant.  Il  est  question 
de  /^ermeriaj,  Verberie,  dès  le  commencement  du 
ix"  siècle.  A  cette  époque  cette  ville  très  ancienne  fut 
détruite,  et,  comme  elle  changea  de  nom,  elle  changea 
aussi  d'emplacement.  On  a  retrouvé  les  ruines  de  l'an- 
cienne ville  vers  la  Borde,  au-delà  du  chemin  nommé 
la  Chaussée-Brunehauld,  et  dans   l'endroit  appelé 
Malassise.  On  a  de  tout  temps  déterré  dans  ce  lieu  des 
débris  d'antiquités  et  des  restes  d'aquéduc,  qui  an- 
noncent évidemment  une  ville  romaine.  On  suit  les 
vestiges  de  l'ancienne  route  depuis  la  montagne  jusqu'à 
Faj,  et  dans  la  vallée,  depuis  Rhuys  jusqu'à  Sain-^ 
tines  '.  Enfin  peut-être  n'est-il  pas  inutile  d'observer 
que  la  petite  rivière  qui  arrose  Verberie  conserve, 
dans  le  nom  d' Autone,  des  vestiges  de  celui  ôH  Augusto- 
magus.  Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  rapprochement,  on 
doit  avoir  d'autant  plus  de  confiance  aux  mesures  de 
l'Itinéraire  pour  Àugustomagus ,  qu'elles  présentent 
en  deux  stations  la  même   distance    que  la  Table 
nous  donne  en  une  seule.  Ceux  qui,  comme  d' An- 
ville,  conduisent  la  route  à  Senlis,  placent  Litano- 
hriga  à  Creil.  Or  il  n'y  a,  de  ce  lieu  à  Cœsaroma- 
gus  ,  Beauvais,  que  aS  milles  romains,  au  lieu  de  27 
que  demandent  les  Itinéraires;  entre  Senlis  et  Sois- 
sons  il  y  a  58  milles  romains,  au  lieu  de  55  qu'il 
faudrait;  et  entre  Creil  et  Senlis  il  y  a  y  milles  ro- 
mains, au  lieu  de  6.  Il  fallait  que  d'Anville  pensât 
lui-même  que  cette  combinaison  de  mesures  était 
tout-à-fait  inadmissible  ;  car  je  trouve  que  neuf  ans 

■  Carlier,  ffisl.  du  Duché  de  Valois,  toni.  i,  p.  6  et  7,  et  Le 
Moine,  Hist.de  Soissons ,\o\n.  i,  p.  55. 

II.  18 


274  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
après  la  publication  de  sa  Notice  de  la  Gaule,  il  a 
consigné  cette  note  dans  la  Table  des  matières  de  sa 
Géographie  ancienne  ',  au  mot  Litanohriga  :  «  Creil, 
si  ce  n'est  Pont-Sainte-Maxence.  »  Ptolémée  vient 
encore  à  l'appui  du  résultat  fourni  parles  mesures; 
seul  il  nous  donne  le  nom  de  la  capitale  des  Ubanecti 
ou  S  ubanecti  y  à  l'orient  de  la  rivière  Sequana  ou 
la  Seine ,  qui  sont  bien  les  Sylvanectes  de  la  Notice 
de  la  Gaule  %  et  tous  ses  manuscrits  s'accordent 
à  nommer  cette  capitale  Rhatomagus .  C'est  ainsi 
qu'elle  a  dû  être  appelée  avant  d'avoir  pris  le  nom 
du  peuple,  d'où  est  dérivé  celui  de  Senlis.  On  doit 
donc  placer  Aiigustomagus  à  Verberie,  sur  le  ter- 
ritoire des  Suessones y  mais  sur  les  confins  des  Bel- 
loçaci ,  des  Sflvanectes  et  des  T^adicasses. 

Quant  aux  Ulmanetes  mentionnés  par  Pline  %  le 
nom  de  ce  peuple,  sur  l'orthographe  duquel  tous 
les  manuscrits  sont  d'accord ,  n'a  que  peu  de  rap- 
port avec  celui  des  SylvanecîeSj  auquel  on  a  voulu 
le  rapporter.  J'observe  sur  les  bords  du  Rhin  un 
district  qui  fut  retranché  des  Treveri  y  entre  g/y? 
Ubiorum  ,  Rigomagus  ou  Rimagen  ,  et  Bingium , 
Bingen,  qui  n'est  attribué  à  aucun  peuple,  et  je 
trouve  dans  ce  district ,  assez  resserré ,  plusieurs 
noms  qui  ont  un  rapport  évident  avec  celui  de  l'an- 
cien peuple  dont  nous  cherchons  à  découvrir  l'em- 
placement :  telestUlmen  ,  arrondissement  de  Bonn  -, 

'  D'Anville,  Ge'ogr.  anc,  p.  a55,  édit.  in-folio  ;  tom.  m,  p.  179, 
édit.  in-12;  tom.  Il,  p.  709,  des  OEuvres  in-4°. 

'  Ptolémée,  lib.  11,  c.  9,  p.  49  (55),  edit.  Bert.  —  Notit.  Gallinr. 
—  Guérai'd,  Essai ,  p.  18.  —  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  5 12. 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  5i  (17),  tom.  11,  p.  565,  edit.  Lem. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  275 

Ulmersbach ,  arrondissement  de  Coblentz  ,  et  Ulmet 
dans  le  département  de  la  Sarre,  arrondissement  de 
Birkenfeld.  Comme  nous  n'avons  point  d'autre  in- 
dication pour  placer  ce  peuple  que  la  ressemblance 
des  noms  ,  il  convient  d'autant  mieux  de  les  inscrire 
dans  cet  endroit,  qu'ils  remplissent  un  vuide  dans 
la  Carte  de  la  Gaule  ancienne.  Cette  position  s'ac- 
corde aussi  parfaitement  avec  le  texte  de  Pline^  qui 
nomme  les  Ulmanetes  à  côté  des  Tungri  et  des  Sunici, 
dont  en  effet  ils  étaient  voisins.  Il  est  probable  que 
les  Ulmanetes ,  auxquels  Pline  donne  l'épithète  de 
liheri,  nation  germanique,  furent  transportés  sur 
la  rive  gauche  du  Rhin  à  la  même  époque  que  les  Ca- 
racates,  les  Vangiones  et  Xt^Nemetes,  ce  qui  n'avait 
pas  encore  eu  lieu  au  commencement  du  règne  d'Au- 
guste. Alors  les  Tre(^eri y  aussi  bien  que  les  Medio- 
matrici,  étendaient  leurs  limites  jusqu'au  Rhin  ;  mais 
les  MediomatricL  avaient  déjà  reçu  sur  leur  territoire 
les  Triboci,  dans  le  diocèse  moderne  de  Strasbourg,  et 
entre  le  Rhin  et  les  Vosges,  u  Parmi  les  Mediomatrici, 
a  dit  Strabon,  sont  les  Trihoci,  qui  vinrent  s'établir 
cf  chez  eux  après  avoir  quitté  la  Germanie  '.  »  Mais 
on  voit  que  du  temps  de  Strabon  on  commençait  déjà 
à  considérer  ces  deux  peuples  séparément;  car  il  dit 
quelques  lignes  plus  bas  :  ((  Après  les  Mediomatrici 
«  et  les  Triboci ,  on  trouve  le  long  du  Rhin  les 
«  Trevevi.  »  Il  n'était  donc  pas  encore  question  alors, 
sur  la  gauche  du  Rhin,  des  Vangiones  et  des  Ne- 
metes;  car,  s'ils  avaient  été  dès  lors  établis  dans  la 
Gaule,  Strabon  n'aurait  pas  manqué  d'en  faire  men- 
tion ,  puisqu'il  n'oublie  pas  la  transmigration  des 

'  Stralx) ,  lib.  IV,  p.  190,  et  ibid ,  toin.  11,  p.  5.J,  li'ad.  franc. 


276  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Ubii  et  des  Triboci.  Il  observe  aussi  que  les  Menapii 
occupaient  les  deux  rives  du  fleuve,  ce  qui  prouve 
qu'ils  n'étaient  pas  encore  resserrés  par  les  colonies 
de  Germains  qu'Auguste  transplanta  depuis  sur  leur 
territoire  '. 

Par  suite  des   liaisons   amicales  qui    s'établirent 
ainsi  entre  les  Romains  gaulois  et  les  Germains  ha- 
bitant les  bords  du  Rhin  ,  on  construisit  sous  Au- 
guste un  pont  en  pierre ,  entre  Coblentz  et  Ander- 
nach ,   près  de  Cunostein-Engers  ,   dont  les  restes 
subsistent  encore  aujourd'hui ,  et  ont  été  examinés 
et  décrits,  dans   le  dernier  siècle,   par   le   jésuite 
Reienberg  et  M.  de  Hontheim  *  ;  et  il  paraît  même 
que  les  Romains,  pour  empêcher  que  ce  pont  ne 
fût  fatale  à  la  sûreté  de  la  province,  avaient  con- 
struit un   fort  près   de  l»î ,  sur  la  rive  droite  du 
Rhin.  On  a  découvert  les  ruines  de  ce  fort  à  une  demi- 
lieue  de  Neuwied,  par  des  fouilles  faites  depuis  1791 
jusqu'en  1801 .  On  a  trouvé  dans  ces  ruines  des  mé- 
dailles, des  statues,  des  ustensiles;  et  dans  les  en- 
virons, des  vestiges  de  routes  qui  y  conduisaient  ^. 
Tout  porte  donc  h  penser  que  la  transplantation 
des  Pangiones  et  des  Nemetes  n'eut  lieu  qu'après  la 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  1,  p.  458,  464 >  5 12,  5i8,  5-i6,  Sig. 

"  Hontheim,  Podr.,  p.  200;  Tacite  parle  de  ce  pont,  Annal., 
lib.  I ,  c.  6g. 

^  Minola,  Kwze  Ubersichte  desscn,  was  sich  unter  dcn  Rœniern 
seif  Jul.  Cœsar,  bis  auf  die  JSi'oberung  Galliens  durch  die  Franken 
nm  Jîheinstrome  merkwurdiges  ereignete,  in- 12  thaï;  Ehrenbreis- 
tein,  in-i2,  1804,  p.  175,  184  et  suiv.  —  Conférez  Mathiae,  Recueil 
des  Me'moii'es  et  Actes  de  la  Société  des  Sciences  et  Arts  du  dépar- 
tement du  Mont-Tonnerre,  tom.  i,  et  Hoffmann,  dans  Niederrliei- 
nisch- fFcstphœlischc  Blœtter ,  par  Aschenberg ,  tom.  i,  cah.  2, 
p.  5.^5;  Ilertzrodt,  Notice  sur  les  anc.  Trc\>irois,  p.  45. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  277 

victoire  que  Noniiis  Galliis  remporta,  l'an  27  avant 
J.-C,  sur  les  Treveri  révoltés  ',  que  l'on  punit  alors 
par  la  perte  d'une  partie  de  leur  territoire.  Les  Mo- 
rini  s'étaient  probablement  joints  à  cette  révolte, 
puisqu'ils  furent  aussi  domptés  de  nouveau,  cette 
même  année,    par    C.   Carinas,    qui   mit   en  dé- 
route les  Suèves,  lesquels,  à  la  faveur  de  cette  cir- 
constance, avaient  passé  le  Rhin  \  Nous  voyons, 
d'après  le  récit  de  Tacite  ^,  que  d'abord  les  Vangiones 
et  les  Nemetes  habitaient  la  rive  droite  du  Rhin , 
aux  environs  du  mont  Taunus ,  que  l'on  croit  être 
celui  d'Hejrich  près  de  Mayence  '*.  J'ai  déjà  observé 
que  les  Nemetes  ^  avaient  pour  capitale  Noviomagus 
ou  Nemetes  y  Spire  ,  et  les  Vangiones ,  Worms  ,  et 
j'ai  montré  que  le  nom  de  ces  peuples  était  transposé 
dans  Ptolémée.  C'est  une  chose  très  remarquable 
que  tous  les  peuples  qui  parlent  la  langue   escla- 
vonne ,  appellent  encore  aujourd'hui  les  Allemands 
Nèmec  ou  Niniz,  oiiNiamz^.  La  position  de  Borbeto- 
m,agus  à  Worms  est  démontrée  par  les  Itinéraires  '. 

Au  nord  des  Kangiones ,  et  dans  les  environs  de 
Mayence,  on  doit  placer  les  Caracates  de  Tacite  ^ . 
On  trouve  en  effet  dans  les  environs  les  noms  de 

"  Dio,  lib.  Li,  cap.  20,  p.  Ç>S'x  (458),  edit.  Reim. 

'  Dio,  lib.  Li,  cap.  21,  p.  653  (459),  edit.  Reim. 

'  Tacit.,  Annal.,  xii,  27.  —  Hist.,  iv,  ^o.  —  Germ.,  28. 

•*  Scbaepflin  ,  Alsatia  illustrata,  tom.  i,  p.  i56  et  562. 

'  Voyez  ci-dessus ,  tom.  i,  p.  5 18  et  522. 

**  En  bohémien,  on  dit  Nèracc;  en  polonais,  Nieniec;  en  lelte  , 
Nimz  ;  dans  le  dialecte  de  la  Carniole,  Niemc  ;  dans  celui  de  la  Va- 
lachie  INiamz.  —  Voyez  Ewers,  Voji  Ursprunge  der  7'usscschcn  Slna- 
ten ,  in-S",   1808;  Riga  et  Leipzig  :  imprime  à  IMittau. 

-Voyez  V Analyse  des  Ilinc'raires ,   tom.   m  de  cet  ouvrage. 

*  ïacile,  Hist.,  iv,  jo. 


278  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Karbach  ,  Karlick,  Karweiler,  Karthauser.  Mogon- 
tiacuin  a  dû  être  la  capitale  de  ce  peuple ,  et  la  po- 
sition de  cette  ville  à  Mayence  moderne  est  prouvée 
non  seulement  par  l'histoire,  mais  encore  par  les 
mesures  de  la  route  romaine  qui  suivait  le  cours 
du  Rhin ,  depuis  Brigantium,  Bregenz,  jusqu'à  Lug- 
duniun,  Leyde.  Bonconica ,  dont  la  position  à  Op- 
penheim  est  démontrée  par  tous  les  Itinéraires,  était 
dans  les  limites  de  leur  territoire  '.    - 

Les  Veruni  ou  les  Ferodunenses  "  ne  commen- 
cèrent probablement  à  être  séparés,  aussi  bien  que 
les  Triboci ,  de  la  grande  cité  des  Mediomatrici, 
qu'à  l'époque  dont  nous  traitons.  Pline  est  le  pre- 
mier auteur  qui  en  fasse  mention  comme  peuple  de 
la  Gaule. 

Les  Catelauni ,  s'ils  ne  sont  pas  les  mêmes  que  les 
Castologi  de  Pline,  sont  pour  la  première  fois  men- 
tionnés comme  peuple  distinct  des  i?^mî  dans  Eumène 
et  dans  Ammien  Marcellin,  ensuite  dans  Eutrope 
et  la  Notice  des  Gaules  ^  ;  mais  cependant,  je  le  répète, 
il  est  probable  qu'Auguste,  lorsqu'il  régla,  l'an  27  de 
J.-C,  l'administration  des  Gaules,  morcela  en  autant 
de  divisions  particulières  les  peuples  qui  étaient  réunis 
en  un  seul  corps  de  nation,  par  des  considérations 
politiques,  ou  à  cause  de  leur  commune  origine. 

Les  Ubii  furent,  dès  le  commencement  du  siècle 
d'xAuguste ,   transplantés  en  entier  dans  la  Gaule  : 

'  Voyez  V Analyse  des  Itlne'raires ,  tom.   m  de  cet  ouvrage. 

'  Ce  sont  les  Varni  de  Ptoléraée,  lib.  vi,  cap.  10,  p.  i5g  (i85).  — 
\oyez  ci-dessus,  lom.  j,  p.  524- 

^  \^oyez  ci-dessus,  tom.  1,  p.  488.  —  Conférez  Eumen.,  Gvat 
act.  consL,  cap.  4-  — Eutrop.,  lib.  ix,  cap.  i5,  p.  677,  edit.  Tzschuck. 
—  Ammian.  Marcell.,  lib.  xv,  cap.  ii.  — Guérard,  Essai,  p.  iB. 


PARTIE  II,  CHAP.   1\^.  279 

c'est  Strabon  '  qui  nous  apprend  ce  fait  curieux  :  il 
eut  lieu  l'an  Sy  aVant  J.-C;  mais  ce  ne  fut  qu'après 
la  victoire  remportée  en  l'an  i6  avant  J.-C.  '  sur  les 
Germains,  et  après  avoir  vaincu  les  Sicambres  huit 
ans  après  ,  c'est-à-dire  l'an  8  avant  J.-C,  qu'une 
portion  des  Suèves  et  des  Sicambres  s'établirent 
dans  la  Gaule  ^  Suétone  nous  apprend  que  ces  peu- 
ples furent  transportés  sur  les  bords  du  Rhin,  les  plus 
voisins  des  lieux  qu'ils  habitaient  ^  ;  et  comme  les 
Sicambres  demeuraient  sur  la  rive  orientale  du  Rhin, 
il  est  évident  qu'on  les  transplanta  sur  la  rive  occi- 
dentale, entre  le  Rhin  et  l'Escaut,  et  que,  par  con- 
séquent ,  sous  le  nom  de  Gugerni  ^ ,  ils  occupaient 
tout  le  terrain  qui  s'étend  d'un  côté  ,  depuis  Ru- 
remonde  jusqu'à  Cuyclc;  et  de  l'autre  côté,  depuis 
Ordinghen ,  jusqu'à  l'endroit  où  le  Rhin  se  divise  à 
Schanckenschantz. 

Quant  aux  Sueviy  leur  emplacement  se  trouve  dé- 
terminé avec  assez  de  certitude  par  nos  anciennes 
chroniques.  Dado,  dans  la  Vie  de  saint  Éloi  *',  dit 

'  Strabo,  lib.  iv,  p.  194  ('^i5),  et  lom.  11,  p.  55,  de  la  trad.  franc. 

—  Tacit.,  Gcrin.,  cap.  uS. 

'  Dio  Cass.,  \ïh.  liv,  p.  534- 

''  Strabo,  lib.  vu,  p.  290  (4i4)î  edit.  Alm.  ;  t.  m,  p.  ig,  trad- IV. 

—  Sueton.,  in  Oct.  Cœs.  Augusiivita,  c.  21,  et  in  Tiberio ,  c  g. 

*  rt  Ex  Germants  Suevos  et  Sicambros  dedentes  sese  in  Galliam 
«  traduxit  atque  in  proximis  Rheno  agris  coUocavit.  »  (Sueton., 
loco  citato.  )  —  Voyez  encore  Tacit.,  Ann.,  lib.  xii,  cap.  3g.  — 
Aiirelius  Victor  de  Moribus  itnperat.,  cap.  i.  —  Eutropius,  lib.  vu, 
cap.  9,  p.  5i4,  edit.  Verheyck,  et  p.  457,  edit.  Tzschuck.  —  Eutrope 
dit  qu'Auguste  fit  transporter  sur  l'autre  rive  du  Rbin  quatre  mille 
captifs.  Mais  d'après  Suétone,  il  faut  corrigei-,  quarante  mille.  Sue- 
ton.,  in  Tiberio,  cap.  9,  tom.  i,  p.  367,  edit.  Hase. 

'  Plin.,  IV,  3.  Tacit.,  Hist.,  iv,  26;  v,  16,  18,  et  la  l'emarque  de 
VVt'Sscl.,  Itincv.,  p.  575.  —  Bvilaiinia  lomaiia.  lib   11,  cli.  5. 

"  Dado,  lib.  11,  cap.  5. 


280        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
que  ce  saint,  a  non  seulement  parcourait  les  villes 
«  et  les  municipes  qui  lui  étaient  confiés  ;  mais  qu'il 
((Convertit   des  Flandrenses ,   des  Anversais  ,   des 
u  Frisii,  des  Suei^i ,  et  d'autres  Barbares  habitant 
((  les  parties  les  plus  reculées  du  rivage  de  la  mer,  et 
((  qui  jamais  n'avaient  entendu  parler  du  saint  Évan- 
(c  gile.  »  A  l'époque  où  écrivait  l'auteur ,  dans  le 
ix"  siècle ,  les  Frisones  occupaient  en  effet  le  rivage 
jusqu'à  l'Escaut  occidental  '.  \-iÇ,%  Suevi ,  d'après  le 
passage  que  nous  venons  de  citer,  doivent  être  si- 
tués près  d'eux ,  et  comme  eux  cependant  occuper 
les  bords  de  la  mer.  Ils  sont  ici ,  et  dans  le  cha- 
pitre VIII   de  la  même  Vie  de  saint  Éloi,  désignés 
comme  voisins  des  Anversais;  ils  doivent  donc  néces- 
sairement avoir  été  placés  dans  la  Belgique  seconde, 
et  non  dans  la  Germanie  :  ils  étaient  à  l'ouest  et  au 
midi  de  l'Escaut,  et  sur  la  côte  occidentale  qui  en 
est  voisine ,  c'est-à-dire  dans  le  territoire ,  dont 
L'Ecluse,  Gand,  Termonde,  Anvers  et  Axel,  forment 
les  limites.  Ce  qui  confirme  encore  la  position  que 
je  leur  assigne,  c'est  qu'ils  se  trouvent  nommés  ici 
avec  les  Flandrenses ,  qui  occupaient  le^cr^M^  Flan- 
drensis  ou  les  environs  de  Bruges.  J'ai  précédem- 
ment prouvé  que  le  nom  des  Menapii ,  autrefois  si 
étendu  lors  des  transmigrations  qui  eurent  lieu  sous 
Auguste ,   fut  restreint  à  tout  le  pays  renfermé  à 
l'occident  de  l'Escaut,  depuis  ce  fleuve  jusqu'au  Ta- 
buda  Jlumen.   D'après  cela  on  voit  que  les  Sue^i 
faisaient  en  quelque  sorte  partie  des  Menapii j  ou 
du  moins  qu'ils  habitaient  sur  leur  territoire.  Aussi 

'   Meuso- Alting. ,  part,   ii,    tab.   i ,  DescniH.   Frisiœ ,    in-folio, 
1701. 


PARTIE  II,  CHÂP.  IV.  381 

lisons-nous  dans  la  Chronique  intitulée  de  Gestis 
Normanorum ,  pour  les  années  825  à  ^iS ,  que  les 
Normands,  après  avoir  passé  l'hiver  à  Courtray,  se 
jetèrent  ensuite  sur  les  Menapii  et  les  Suevi ,  dont 
ils  firent  un  grand  carnage  '.  Tout  confirme  donc  la 
position  que  j'assigne  aux  Suevi  ;  et  ne  se  trouvant 
séparés  du  Wahal  ou  du  Rhin  que  par  les  îles  de 
la  Zélande  et  par  les  embouchures  de  l'Escaut,  ils  ne 
s'éloignent  pas  des  lieux  indiqués  par  Suétone,  c'est- 
à-dire  de  la  contrée  voisine  du  Rhin.  «.Juxtaque  ri- 
«  pam  Rheni  sedibus  assignatis  collocavit.  »  Enfin, 
peut-être  n'est-il  pas  inutile  de  remarquer  que  dans  le 
milieu  du  district  où  je  reconnais  l'emplacement  des 
Sueifij,  au  nord-est  de  Gand,  se  trouve  un  lieu,  Seve- 
necke,  dont  le  nom  a  beaucoup  de  rapport  avec  celui 
de  cet  ancien  peuple. 

Ces  colonisations  de  Germains ,  fruits  d'une  sage 
politique ,  se  continuèrent  pendant  tout  le  règne 
d'Auguste,  et  même  après  lui  sous  Tibère.  Les 
Tungri  peuplèrent  le  territoire  désert  des  Eburo- 
nes  j  et  plus  dans  l'intérieur  ,  et  sur  les  confins  des 
Nerni,  se  fixèrent  les  Toxandri  et  les  Betasii,  in- 
connus à  César. 

Il  est  impossible  de  déterminer  avec  précision  les 
limites  de  ces  peuples  ,  que  les  Romains  adminis- 
trèrent militairement ,  et  qui  par  conséquent  ne 
formèrent  pas  de  cités,  ou  de  diocèses  particuliers, 
comme  les  autres  peuples  de  l'intérieur  de  la  Gaule 
belgique. 

Les   Vhii   resserraient  à  l'est  l'ancien   territoire 

'  Voyez  Valcsii  Nolilia  galliar.,  p.  527;  il  a  Uanscrit  les  lexles. 


282  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
des  Ehurones  '  :  après  leur  transmlgralion  '  qui  eul 
lieu  par  la  protection  d'Agrippa ,  ils  bâtirent  une 
\'ille  qui  fut  d'abord  nommée  oppidum  Ubiorum; 
cette  ville  ayant  obtenu  par  la  protection  d'Agrip- 
pine,  fille  de  Germanicus,  une  colonie  de  vétérans  , 
fut  nommée  colonia  Agrippina  ^ .  La  position  de 
colonia  Agrippina  à  Cologne  moderne  est  démon- 
trée par  l'histoire  ,  par  de  nombreux  vestiges  d'an- 
tiquités trouvés  en  différens  temps  '^,  et  enfin  par  les 
mesures  des  Itinéraires  et  de  la  Table  et  celles  de  la 
colonne  de  Tongres ,  pour  les  routes  qui  partent 
diAtuatuca,  Tongres  ,  de  Lugdunum  Bata<^orum , 
Lejde,  et  Argentoratum ^  Strasbourg^.  Ces  mêmes 
mesures  démontrent  la  position  de  Bonna  h  Bonn, 
mentionné  d'abord  par  Tacite,  et  ensuite  par  Pto- 
lémée  ^  ;  il  en  est  de  même  de  Rigornagus ,  qui  est 
Rimagen  ",  et  dont  Ammien  Marcellin  a  parlé  ;  de 
Gelduha,  aujourd'hui  Gelb  ouGeloub,  dont  Pline  fait 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  5o4,  5o5  et  oi4- 

'  Ce  fut  Marcus  Agrippa,  gouverneur  de  la  Belgique,  qui  leur 
accorda  ua  refuge  dans  la  Gaule,  lorsqu'ils  furent  pressés  par  les 
Cattes.  —  Voyez  Strabon,  lib.  iv,  p.  194  (iiS);  et  c'est  à  Agrippa 
que  Tacite  fait  allusion,  lorsqu'il  dit  [de  Germ.,  cap.  28),  que  les 
Ubii  aimaient  à  être  appelés  x\grippinenses,  du  nom  de  leur  fon- 
dateur. Ce  n'était  cependant  pas  d'après  lui  qu'ils  étaient  ainsi 
nommés ,  ainsi  que  nous  l'apprend  Tacite  lui-même  :  aussi  Juste 
Lipse  voulait  corriger,  Agrippenses. 

'  Tacit.,  Ann.,  lib.  xii,  cap.  27. 

'^  Voyez  Murator.,  Inscript.,  tom.  u ,  p.  1020. 

«  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  ainsi  que  pour  les  lieux  sui 
vans,  tom.  ni  de  cet  ouvrage. 

'  Tacit. ,  jy/5/.,  IV,  19,  20,  25,  62,  70,  77;  v,  22.  —  Ptolem.,  lib.  11, 
cap.  9,  p.  49  (53),  edit.  Bert. 

"  Anun.  Mai-ccll. ,  lib.  XVI,  cap-  4- 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  283 

mention  comme  d'une  forteresse  '  ;  de  mêmeNovesium 
de  Tacite  est  Nujs  ';  mais  Gesonia,  que  d'Anville  a 
inséré  sur  sa  Carte  de  la  Gaule  ancienne ,  n'a  jamais 
existé  que  dans  l'imagination  des  commentateurs  de 
Florus.  Le  Marcodurus  de  Tacite  est  le  même  lieu 
que  le  Marcomagus  de  l'Itinéraire,  et  les  mesures 
anciennes  en  déterminent  la  position  à  Marmagen. 
Le  Colbiacum  ou  Calbiacum  de  Tacite,  considéré 
comme  Tolbiacum  de  l'Itinéraire,  est  devenu  cé- 
lèbre par  la  victoire  de  Clovis.  Tacite  ^  place  ce  lieu 
sur  les  confins  des  Agrippinenses,  et  l'Itinéraire  dit 
que  c'était  l'un  des  vici  d'un  petit  peuple  nommé 
Siipemi  :  les  mesures ,  appliquées  avec  exactitude 
sur  la  Carte ,  nous  portent  en  effet  à  Suernich  pour 
le  chef-lieu  des  Superni  :  ce  lieu  est  à  2^100  toises 
au  nord  de  Zulpich  ou  Zolpich,  où  l'on  s'accorde 
à  placer  Tolbiacum.  Une  mesure  donnée  par  Tacite 
détermine  avec  précision  la  position  d'ara  Libiorum 
Il  God-Dorff  ou  village  de  Dieu,  près  d'un  lieu 
nommé  Vislingen ,  qui  rappelle  le  nom  de  la  vice- 
sima  legio  qui  y  fut  long-temps  stationnée,  et  à 
60  mille  romains  de  distance  de  Prêtera,  qui  est 
Buderich ,  conformément  à  ce  que  nous  dit  Tacite  ^ 
et  aux  mesures  des  Itinéraires  romains. 

Les  Gugerjii  j^esserraient  à  l'est  les  Toxandri ,  et 
ils  avaient  les  Batavi  au  nord  et  les  Ubii  au  midi  : 
le  petit  nombre  de  positions  que  renfermait  leur 

'  Plin.,  lib.  XIX,  cap.  4- 

'  Ammien  iVIarcellin  fait  aussi  mention  de  Novesiutn. 
^  Tacit,  Hist.^  lib.  iv,  ca]!.  79,  lom.  11,  p.  488,  eclit.  Lein. 
*  Voyez  VAnalysc  des  Itinéraires ,  toin.  m  do  cet  ouvrage.  -^ 
Tacit.,  Annal. ^  lil).  i,  rap.  5f),  Sy. 


284  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
étroit  territoire  ont  été,  comme  beaucoup  d'autres 
des  bords  du  Rhin,  illustrées  par  la  plume  de  Tacite. 
Tel  est  AscihurgiuTYi,  Asbourg,  que  les  habitans  pré- 
tendaient avoir  été  fondé  par  Ulysse;  colonia  Tra- 
janay  qui  est  Kelln,  près  de  Clèves;  Tricesima,  qui 
portait  aussi  le  surnom  à^UIpia,  d'après  le  surnom 
semblable  de  l'empereur  Trajan ,  et  qui ,  par  cette 
raison ,  se  trouve  confondu  dans  l'Itinéraire  avec 
colonia  Trajana,  mais  qui  est  un  lieu  essentiellement 
différent  que  les  mesures  portent  à  Alpen ,  près  de 
Veteris  ou  Vetera ,  qui  est  Buderich.  Les  mesures 
de  la  route  qui  suivait  les  bords  du  Rhin ,  et  qui  est 
détaillée  dans  la  Table,  démontrent  avec  la  plus  grande 
certitude  la  position  de  ces  différens  lieux  '. 

Le  pays  des  Eburones  se  trouvant  désert  et  dépeu- 
plé par  la  conquête  sanglante  de  César ,  Auguste 
le  concéda  aux  Germains  nommés  Tangri,  qui ,  avec 
les  Uhii ,  devinrent  par  la  suite  le  peuple  domina- 
teur dans  toute  l'étendue  du  vaste  pays  compris  au 
nord  de  la  forêt  des  Ardennes  ,  entre  l'Escaut  et  le 
Rhin  ".  Je  trouve  une  première  preuve  de  ce  fait , 
dans  la  disparition  des  Eburones ,  peuple  Germain 
d'origine  ,  ainsi  que  nous  l'apprenons  dans  César , 
et  la  substitution  de  ce  nom  de  Tiingri  à  celui  des 
Eburones,  ce  qui  fait  dire  à  Tacite  :  ((  Les  premiers 
((  qui  passèrent  le  Rhin  ,  autrefois  appelés  Gennani, 
«  aujourd'hui  désignés  par  le  nom  de  Tungri,  expul- 
«  sèrent  les  Gaulois  du  territoire  qu'ils  occupaient  \  » 
Une   seconde  preuve ,  plus  formelle ,  se    tire  d'un 

'  Voyez  M  Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 
'  Voyez  ci-dessns,  tom.  i,  p.  5o4,  5o5  et5i4. 
^  Tacit  ,  Gcrman.,  cap.  -j.. 


PARTIE  IJ,  CHAP.  IV.  285 

passage  curieux  de  Procope ,  sur  l'invasion  des 
Francs,  qui  a  été  bien  traduit  et  bien  commenté 
par  Gibert  '.  Procope,  en  décrivant  les  nations 
voisines  des  Francs,  qui  avaient  passé  le  Rhin  et 
s'étaient  établies  autrefois  dans  la  Gaule ,  dit  :  «  A 
((  l'orient  des  Arhoruches  étaient  les  Thoringiens , 
((  qui  occupaient  des  terres  qu'Auguste,  le  premier 
f(  des  empereurs,  leur  avait  concédées".  »  Sans  m'ar- 
réter  aux  Arhoruches ,  dont  l'établissement  dans 
les  Gaules  est  postérieur  à  l'époque  qui  fait  l'objet 
de  cet  ouvrage ,  et  qui  a  occasioné  tant  de  discus- 
sions ,  je  me  contenterai  d'observer  qu'il  est  bien 
évident  que  Procope  désigne  Ici  sous  le  nom  de  Tho- 
ringii  les  Tungri  de  Tacite  et  des  auteurs  latins. 
Cluverius  reproche  à  tort  à  Procope  de  ne  s'être  pas 
servi  de  ce  dernier  nom.  Nous  voyons  dans  Gré- 
goire de  Tours  %  qui  a  écrit  en  latin  ,  le  nom  de 
Thuringii  employé  pour  désigner  les  Tongri ,  et  ce 
dernier  mot  ne  paraît  même  être  qu'une  abréviation 
ou  une  corruption  du  premier  ^.  Il  est  impossible 
de  déterminer  les  limites  précises  des  Tungri;  on  sait, 
d'après  la  Notice  des  provinces  des  Gaules,  que  leur 
capitale  et  celle  des  Ubii  ou  Agrippinenses  avalent  la 
suprématie  dans  toute  l'étendue  de  la  Germanie  in- 
férieure^. Atuatiica  ou  Atuatucum  j  cette  unique 

'  Gibert,  Me'm.  pour  servir  à  l'Histoire  des  Gaules,  p.  248. 

'  Procope,  de  Bello  go'hico,  lib.  i. 

'  Gregor.  Turon. ,  lib.  11 ,  ch.  9.  t—  D.  Bouquet,  Hisl.  de  France, 
lom.  Il,  p.  166. 

''  L'abbé  Dubos,  Ilist.  critique  de  l'établissement  de  la  monar- 
chie française ,  toni.  I ,  p.  4'28  ,  édit.  in-12  ,  cite  même  un  ma- 
nuscrit de  Grégoire  de  Tours,  où  il  est  écrit:  «  Dispargum  quod 
est  in  termiiio  Thoringorum  vel  Tongrorum.  » 

'  A  oy.  Notilia  pivi'.  Gnll.  —  Recueil  des  Ilist.  de  France,  p.  i23. 


286  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
forteresse  des  Ehurones,  du  temps  de  César,  devint 
la  capitale  des  Tungri,  ainsi  que  nous  l'apprennent 
Ptolémée,  l'Itinéraire,  la  Table  de  Peutinger  et  la 
colonne  de  Tongres  :  les  mesures  déterminent  la 
position  di  Atuatuca  au  village  de  Tongres,  par  trois 
routes  qui  se  rattachent  à  colonia  Àgrippina,  Co- 
logne, Bagacmn,  Bavay,  et  Noviomagus ,  N.imègue. 
Ammien  Marcellin  fait  mention  de  cette  ville  sous 
le  nom  du  peuple ,  et  l'appelle  par  conséquent 
Timgri  ^ .  J)h&  l'an  585,  cette  ville  fut  saccagée  et 
ruinée  par  les  Huns,  et  ne  se  rétablit  jamais.  La 
forteresse  que  les  Romains  opposaient  aux  Francs 
dans  ce  canton  était  Lagium,  près  de  Tongres, 
dont  parle  la  Notice  de  l'Empire ,  et  que  l'on  fixe 
avec  quelque  degré  de  vraisemblance  à  Luaige, 
simple  village  sur  le  Jecker'.  Le  siège  épiscopal  du 
diocèse  de  Tongres  fut  par  la  suite  transféré  de 
Tongres  à  Maestricht ,  et  ensuite  de  Maestriclit  à 
Liège  ;  il  comprenait  aussi  le  diocèse  de  Namur,  dé- 
taché dans  les  temps  modernes  de  celui  de  Liège  par 
Paul  IV.  Malines ,  qui  est  une  métropole  qui  date 
de  la  même  époque,  reconnaissait  la  juridiction  des 
évêques  dont  le  siège  primitif  était  Tongres.  Une 
lettre  de  saint  Rémi  prouve  que  le  diocèse  de 
Tongres  étendait  son  territoire  jusqu'aux  frontières 
de  celui  de  Rheims.  C'est  près  de  Tongres  que  l'on 
a  trouvé,  en  i8[7,  cette  pierre  milliaire  octogone 
que  nous  avons  si  souvent  citée,  ou  sont  détaillées 

■  Amm.  Marcellin,  lib.  xvii.  — Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  5o2, 
5o4,  5o5  et  5i4-  —  Ptolem.,  lib.  ii,  cap.  g,  p.  49  (53). 

'  Bûcher.,  Bcl^.  rom.,  p.  492,  et  Wastelain,  Gaule  belgiqitc  , 
p.  45  et  194. 


PARTIE  II,  CIIAP.   IV.  287 

les  routes  qui  conduisaient  d'.^^t^«^«crt  aux  principales 
villes  des  Gaules,  dans  huit  directions  dilFéren  tes  ' . 

Au  nord  des  Tiingri ,  et  dans  la  Campine  des 
modernes,  habitaient  les  Toxandri ,  dans  le  pays 
nommé  Taxandrie  dans  le  moyen  âge.  Pline  '  est  le 
premier  auteur  qui  fasse  mention  des  Toxandri. 
Amimien  Marcellin  parle  de  Toxiandria  locus ,  qui 
a  du  être  leur  capitale,  et  que  quelques  auteurs 
judicieux  s'accordent  h  placer  à  Tessender-Loo, 
d'après  les  rapports  de  nom  et  de  situation;  car  on 
n'a  aucune  mesure  ni  aucun  monument  historique 
qui  puisse  déterminer  la  position  de  ce  lieu  d'une 
manière  certaine.  La  Taxandrie,  dans  le  moyen  âge, 
était  bornée  au  nord  par  les  comtés  de  Teisterbant 
et  de  Masgauw;  à  l'orient,  par  le  Masgauw  ;  à  l'oc- 
cidentj  par  le  Brabant  et  les  pays  de  Rien  et  de 
Striën  :  ce  pays  représentait  presque  tout  l'ancien 
territoire  des  Menapii  ^.  Ainsi  les  Menapii,  déjà  res- 
serrés par  les  Giigeimi  à  l'est,  et  par  les  Toxandri  au 
midi ,  se  trouvent  entièrement  confinés  h  l'occident 
de  l'Escaut;  c'est  ce  que  Pline  exprime  très  bien  en 
disant  :  ((  Près  de  l'Escaut  sont  les  Toxandri ,  qui 
renferment  plusieurs  cités,  et  ensuite  les  Menapii.  » 

Pline  mentionne  les  Betasii  avec  les  Siinici  et 
les  Tungri  ^  ;  Tacite  ^  les  joint  dans  ses  récits  aux  Ner- 
ni  et  aux  Tungrii  :  toutes  ces  indications  confirment 

"  Yoyez  rjfinljse  des  Itinéraires ,  loin,  m  de  cet  ouvrage,  et 
Henncquin,  Dissertntio  inauguralis  de  origine  et  natura  principatus 
iirbis  Trajecti  ad  Mosam,  p.  i3;  Louvanii,  1829,  in-S". 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  5i,  tom.  u,  p.  56o,  cdit.  Lem. 

^  Desroches  ,  Mem.  sur  les  dix-sept  Provi?ices ,  p.  54,  et  Notil. 
cccles.  Belg.,  cap.  26. 

^  Plin.,  Hist.  nat.,  lib.  iv,  cap.  5i,  toni.  n,  p.  5Go. 

'  Tacit.,  lib.  iv  ,  sect.  56  et  66. 


'2SS  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
]a  conjecture  d'im  géographe  qui,  avant  Ortelius, 
avait  proposé  de  reconnaître  le  nom  des  Betasii 
dans  celui  de  Beetz,  situé  sur  la  rive  gauche  de  la 
Cette ,  au  midi  de  Haalen.  J'y  ajoute  le  nom  de  Biez, 
qui  se  trouve  près  de  Bruxelles,  dans  le  même  can- 
ton. Gruter  rapporte  une  inscription  où  il  est  ques- 
tion des  cives  Betasii ,  ce  qui  indique  évidemment 
les  habitans  de  la  ville  des  Betasii  :  ainsi  ce  petit 
peuple  conserva  long-temps  son  nom,  qui  cependant 
disparut  dans  le  moyen  âge.  Un  autel  en  marbre  blanc, 
trouvé  près  de  Hoogstrate,  à  côté  de  la  nouvelle  route 
qui  conduit  d'Anvers  àBreda,  dans  un  lieu  nommé 
Sundert,  fait  mention  de  la  déesse  Sandraudiga  '. 

La  marche  de  Civilis  contre  les  Tongres  place  les 
Siinici  entre  la  Koer  et  la  Meuse,  ou  entre  Aix-la- 
Chapelle  et  Maestricht,  où  était  le  pons  Mosœ ,  dont 
il  est  fait  mention  dans  le  récit  de  Tacite. 

Dans  l'île  des  Bataves  à  peine  connue  de  César, 
Pline  et  Tacite  '  placent  les  Batavi  et  les  Cannine- 
fates;  j'ai  déjà  précédemment  déterminé  l'étendue 
de  l'île  des  Bataves,  beaucoup  trop  resserrée  par  Clu- 
verius  etd'Anville\  a  Les  Canninefates,  dit  Tacite, 
«  habitent  une  partie  de  l'île  des  Bataves ,  et  ils  ont 
M  la  même  origine  ,  la  même  langue ,  le  même  cou- 
«  rage  ,  mais  ils  sont  inférieurs  en  nombre.  »  Il  est 
évident,  d'après  cela,  que  les  Canninefates  n'étaient 
qu'une  division  des  Batavi ,  et  comme  le  nom  de 
Betuwe,  dérivé  de  celui  de  Batavia ,  est  resté  atta- 
ché à  l'extrémité  orientale  de  l'île,  Menso-Alting, 

'  Bast,  second  Supplément  nu  Recueil  d' Antiquités  romaines  et 
gauloises,  iQ-4°)  P   248;Gand,  i8i5. 

^  Tacit.,  Hist.,  lib.  iv,  cap.  66.  —  Plin.,  cap.  5i  (17). 
^  Voyez  ci-de.ssus,  tom.  i,  p.  4q4  -i  5oo. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  289 

et  d'après  lui  d'Aiiville,  ont  eu  raison  de  placer  les 
Canninefates  à  l'extrémité  occidentale  de  l'île,  dans 
le  Rhjnland,  le  Delftland  et  le  Scliieland;  mais  il 
faut  étendre  ces  peuples  un  peu  plus  vers  le  nord 
que  ne  l'ont  fait  Alting  et  d'Anville ,  puisque  les 
mesures  données  par  Ptolémée  prouvent  que  l'em- 
bouchure du  Rhin ,  qui  détermine  les  limites  des 
Bataves,  était  plus  au  nord  que  Lejde,  et  au  lieu 
aujourd'hui  nommé  Zandvs^oort  '.  Cette  extension  de 
territoire  s'accorde  aussi  mieux  avec  les  récils  de 
Tacite  qui  font  des  Cannanefates,  une  nation  assez 
redoutable.  Il  ne  faut  pas  oïd^lier  d'observer  que  le 
nom  de  ce  peuple  est  Canninefates  y  d'après  une 
inscription  rapportée  par  Gruter;  il  est  probable 
que  les  Canninefates  ou  Cannanefates  s'étendaient 
un  peu  au-delà  de  l'Ile  Batave  proprement  dite, 
puisque  Velleius  les  place  dans  la  Germanie  :  ils 
furent  domptés  par  Tibère,  mais  sous  le  règne  d'Au- 
guste, et  vers  l'an  4  c^e  Jésus-Christ. 

Dans  le  commencement  du  règne  d'Auguste,  on  ne 
connaissait  rien  au-delà  de  l'île  des  Bataves ,  à  peine 
soumise  ;  mais  lorsque  Drusus,  douze  ans  avant  l'ère 
chrétienne ,  eut  pénétré  dans  l'intérieur  du  pays 
de  ces  redoutables  Germains  ;  lorsqu'il  se  fut  avancé 
jusqu'à  \ Aniisius  ou  l'Ems;  lorsque  l'année  suivante 
il  fut  parvenu  jusqu'au  Weser,  et  trois  ans  après 
jusqu'à  i'Elbej  alors  les  Romains,  qui  jusqu'à  cette 
époque  s'étaient  contentés  de  lepousser  les  Germains 
sur  leur  territoire ,  ou  n'avaient  fait  chez  eux 
que  de  légères  incursions,  firent  avancer  leurs  armées 

'  Voyez  Gossellin,  Recherches,  tom.  iv,  p.  gi  ,  98  et  iSg,  p.  lot 
à  lao. 

II.  19 


290  GÉOGRAPHIE  ANClEiSNE  DES  GAULES, 
jusque  dans  le  centre  de  la  Germanie.  Tibère  porta 
le  premier  les  aigles  romaines  victorieuses  jusque 
sui'  les  bords  de  l'Elbe  '  ;  alors  non  seulement  on 
fortifia  par  des  positions  militaires  ,  par  des  villes 
et  des  colonies,  les  rivages  Gaulois  du  Rhin,  mais 
presque  partout  on  forma  des  établissemens  sur 
la  ri\e  opposée  ,  afin  d'être  entièrement  maître 
de  la  navigation.  Ces  positions  furent  singulière- 
ment multipliées  sur  les  bords  de  l'île  des  Bataves  , 
parce  que  cette  portion  de  l'Empire,  entrecoupée  par 
des  marais  et  des  lagunes,  présentait  plus  de  facilité 
aux  Barbares  pour  la  défense  et  pour  l'attaque ,  et 
parceque  les  habitans,  plus  féroces  et  moins  civilisés , 
avaient  aussi  plus  besoin  d'être  contenus.  Drusus 
fit  agrandir  le  lit  du  Rhin  à  l'endroit  ou  il  détache 
le  bras  le  plus  oriental  qui  se  rend  à  la  mer ,  ce  qui 
forma  le  canal  qui  porta  le  nom  de  son  auteur.  Ce 
canal  se  trouve  aujourd'hui  représenté  par  cette 
partie  de  l'Yssel  qui  s'étend  d'Arnheim  k  Doesburg. 
Par  la  Drusus  facilita,  ou  plutôt  établit,  la  navigation 
jusqu'au  lac  Flevo  et  jusqu'à  la  mer  :  il  opposa  une 
nouvelle  barrière  aux  Germains;  il  agrandit  de  ce 
côté  le  territoire  de  l'Empire;  il  recula  les  limites 
de  la  Gaule  jusqu'aux  rives  de  la  branche  orientale 
du  Rhin  de  Ptolémée,  le  Fle<;us fliwius ,  l'Yssel.  La 
branche  occidentale  du  Rhin  de  Ptolémée,  presque 
anéantie  par  la  rivière  artificielle  nommée  le  Leck, 
que  l'on  creusa  dans  le  vu*"  siècle,  fut  augmentée  par 
une  digue  que  Drusus  avait  fait  construire  pour  rete- 

'  Dio  Cassius,  liv.  liv,  §.  55,  p.  765;  liv.  lv,  §.  i",  p.  770  et  771. 
—  Yclleius  Paterculus  ,  lib.  11,  cap.  106,  p.  5i7  et  5i8.  —  Dio 
Cassius,  lil).  lv  ,  cap.  28.  p.  801  et  802. 


PARTIE  II,  CHAP.   IV.  291 

11  ir  les  eaux  qui  tendaient  à  s'échapper  au  midi.  Cette 
digue  resserrait  le  lit  du  Rhin  vis-à-vis  Wikby-Duûr- 
stode  ',  afin  de  rendre  l'écoulement  des  eaux  moins 
rapide  et  d'en  faire  refluer  une  partie  dans  le  Rhin 
oriental,  ou  le  nouveau  canal.  Drusus  ne  termina  pas 
entièrement  ce  grand  ouvrage.  Soixante-trois  ans 
après,  Paullinus  Pompeius  le  fit  achever;  et  la  manière 
dont  Tacite  s'exprime  à  ce  sujet  prouve  que  cette  digue 
n'était  point  en  travers  du  fleuve,  comme  quelques 
auteurs  modernes  l'ont  cru,  mais  qu'elle  en  suivait 
les  rives  et  en  resserrait  le  lit  \  Cette  digue  nous 
explique  pourquoi  Pline  a  dit,  en  parlant  de  ce  bras 
du  Rhin ,  inodicum  alveum ,  et  Tacite ,  ser^atque 
nomen  et  violentiani  cursus.  Il  n'y  a  point,  comme 
on  l'a  cru,  de  contradiction  entre  ces  deux  auteurs, 
et  on  conçoit  facilement  comment  une  rivière  peut 
êlre  à  la  fois  étroite  et  rapide. 

L'extension  que  prit  de  ce  côté  la  Gaule,  du  temps 
d'Auguste  ,  se  trouve  encore  prouvée  par  Ptolémée  , 
qui  de  son  temps  termine  cette  contrée  à  l'embou- 
chure orientale  du  Rhin.  Les  mesures  démontrent 
que  l'embouchure  orientale  du  Rhin,  dans  Ptolémée, 
est  celle  que  l'on  connait  aujourd'hui  sous  le  nom 
de  Flie-Stroom ,  entre  les  îles  de  Flieland  et  de 
Schelling,  qui  représente  l'ancienne  embouchure  du 
Flevum  ou  de  l'Yssel,  avant  que  la  grande  inondation 

'  Measo-Alting,  p.  54,  Carte  v,  Descript.  agrî  Frisii ;  NotitiaBa- 
laviœ  etFi'isiœ,  1698,  in-folio.  —  ÇtOS^eWin ,  Recherches ,  tom.  iv, 
p.  92  à  10 r,  Cartes  9  et  10. 

'  «Ne  tanieu  segneni  niiiitcm  attinerent,  ilie  (Paullinus)  inclioa- 
«  tum  ante  1res  et  sexaginta  annos  à  Druso  aggereni  cocvcendo 
«  liheno  aLsolvit.  «  —  Tacit.,  Annal.,  lih.  xiii,  cap.  53.  —  IbUL . 
lib.  ir,  cap.  G.  —   Plin.,  lib   iv,  cnp.  -ic)  (i5). 


292  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
qui  eut  lieu  dans  le  xiii"  siècle  eut  converti  en  une 
vaste  lagune  le  Fleço  lacus  des  tems  anciens  ;  qu'il 
eût  détaché  du  continent  les  îles  de  Schelllng  et 
d'Araeland ,  et  englouti  sous  les  eaux  les  nombreux 
villages  du  pays  de  Stavero  '. 

Ces  mesures  de  Ptolémée  se  trouvent  d'accord  avec 
celles  d' Agrippa,  gendre  d'Auguste.  «Elles portaient, 
«  dit  M.  Gossellln,  la  longueur  des  rivages,  depuis  les 
(f  Pyrénées  jusqu'au  Rhin,  à  1,800  m.  p.,  c'est-à-dire 
«  à  la  valeur  de  1 ,44<^  minutes  de  dégrés  %  ou  de  480 
((  de  nos  lieues  marines.  On  trouve  à  ces  mêmes  côtes, 
u  depuis  le  cap  Machicaco  ou  OEaso  promontor. , 
((  où  commençait  la  Gaule,  jusqu'à  l'embouchure  du 
«  Rhin  appelée  le  passage  de  Vlie,  1,47^*'  5o'',  ce  qui 
((  représente  49^  ^^  "O^  lieues  :  la  diirérencc  est  de 
((  10  lieues,  et  se  perd  dans  de  petites  sinuosités 
«  que  les  anciens  auront  négligées,  n 

Enfin  les  mesures  de  la  route  tracée  dans  l'Itiné- 
raire  et  dans  la  Table,  entre  colonia  Jgrippina, 
Cologne,  et  Lugdunura ,  Leyde,  confirment  celles 
de  Ptolémée.  Ces  mesures,  dont  jusqu'ici  on  n'a  pas 
reconnu  l'exactitude,  et  qu'on  n'a  pas  su  appliquer 
sur  le  terrain,  démontrent  ^  que  plusieurs  des  villes, 
villages  et  postes  militaires,  que  les  Romains  avaient 
multipliés  sur  cette  extrême  frontière  de  leur  empire, 
étalent  situés  au  nord  du  bras  du  Rhin  qui  bornait 
l'île  des  Bataves;  bras  qui,  dans  Ptolémée,  est  appelé 

'  Conférez  le  Mc'm.  sur  les  dix-sept  Provinces,  par  Desroches, 
et  VHistoire  des  Pays-Bas ,  de  Guichardin. 

'  Agrippa,  apud  Plitiium,  lib.  iv,  cap.  5i.  Ce  passage  est  mal 
ponctué  dans  l'édition  d'Hardouin.  —  Gossellin ,  Recherches,, 
tom.  IV,  p.  64. 

'  Voyez  VÂnalyse  des  Itinéraires ,  toni.  m  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  21)3 

Rhin  du  milieu;  qui,  dans  Pline  et  dans  d'autres 
auteurs,  était  le  Rhin  proprement  dit.  En  effet,  quoi- 
que le  Rhin,  dans  une  partie  de  son  cours,  eut  été  en 
quelque  sorte  déclaré  la  limite  de  l'empire  romain , 
cependant  il  est  facile  de  prouver  que  les  Romains 
formèrent  des  établissemens  au-delà  de  ce  fleuve ,  et 
qu'ils  en  occupèrent  successivement  les  deux  rives, 
en  s'étendant,  pour  certains  endroits,  à  une  assez 
grande  distance  dans  l'intérieur  des  terres,  à  l'orient 
du  fleuve ,  ou  dans  la  Germanie.  Je  ne  parle  pas 
du  cours  du  Rhin  vers  les  lieux  voisins  de  sa  source, 
lorsque,  se  dirigeant  de  l'est  à  l'ouest,  il  coulait 
comme  au  sein  même  de  la  domination  romaine  ,  et 
qu'il  divisait  l'Helvétie  de  la  Rhétie,  et  de  la  Vindé- 
licie;  mais  je  ne  considère  ici  que  cette  partie  prin- 
cipale du  cours  de  ce  fleuve  à  partir  des  environs 
de  Baie,  où,  se  tournant  vers  le  nord,  il  formait 
réellement  la  limite  de  la  Gaule  et  de  l'empire  ro- 
main. Nous  voyons  en  descendant  ses  rives  que 
tout  le  grand-duché  de  Baie  des  modernes,  à  l'orient 
du  Rhin,  était  occupé  par  les  Romains,  puisque 
des  colonnes  milliaires  trouvées  sur  les  lieux  dé- 
montrent l'existence  d'une  voie  romaine,  qui  péné- 
trait dans  la  Germanie ,  et  qui ,  partant  à' Argento- 
ratum ,  Strasbourg,  aboutissait  à  Aquce,  qui  est 
Baden  moderne,  ville  bâtie  et  habitée  par  des  Ro- 
mains ' .  Plus  vers  le  nord ,  Ammien  Marcellin  nous 
apprend  '  que  Valentinien  fit  construire  diverses  for- 

'  Voyez  Scliaepflin,  Alsalia  illustrnln,  tom.  i,  où  ces  colonnes 
sont  gravées  ;  plusieurs  se  trouvent  réunies  à  la  source  principale 
tle  Baden-Baden,  où  nous  les  avons  vues  en  i853. 

'  Amni.  Murcellia,  lih.  xxxviii,  cap.  2,  p.  5-io,  cdil.  A'ales. 


294         GÉOGRAPHIE  ANCIEJNWE  DES  GAULES, 
teresses  qui  étendaient  les  limites  de  la  Gaule  de  ce' 
côté. 

C'est  au  confluent  du  Rhin  et  du  Mayn ,  et  non 
dans  le  duché  de  Bade,  comme  le  dit  d'Anville, 
qu'une  foule  de  Gaulois  romains  cultivèrent  ces  ter- 
rains vagues,  A'oisins  des  Catti  ' ,  qui  furent  sur- 
nommés decumates ,  parce  qu'ils  payaient  la  dîme 
de  leur  fruit  :  ces  terrains  étaient  entourés  d'un 
rempart  dont  les  ruines  existent  encore,  et  qui  sont 
connues  sous  le  noni  de  Pfahlerahen  '  :  niox  limite 
acto,  dit  Tacite  en  parlant  de  ces  colonisations,  pro- 
Tïiotisque  prœsidiis,  sinus  imperii  et  pars  provinciœ 
haberetur.  Les  Mattiaci  fontes  calidi ,  de  Pline , 
sont  placés  par  plusieurs  auteurs  à  Wisbaden ,  dans 
l'état  de  Nassau,  non  sans  quelque  vraisemblance  ^. 

Encore  plus  au  nord,  et  vis-à-vis  colonia  Jgrip- 
pina  ou  Cologne ,  sur  l'autre  rive  du  Rhin  ,  les 
Romains  avaient  bâti  une  forteresse  dans  l'emplace- 
ment de  Deutz  moderne.  Ceci  est  démontré  par  une 
inscription  trouvée  à  Deutz  même  ^.  C'est  surtout  vers 
les  embouchures  du  Rhin  que  les  Romains  avaient 

'  Tacit.,  Germ.,  uç). 

'  Mannert,  Gco^r.  der  Griecheii  itnd  Jiômcr,  tom.  m,  ch.  lo, 
p.  280  à  291. 

'  Plin.,  lib.  XXXI,  cap.  17,  tom.  viii,  p.  078,  edit.  Lem.  —  Amm. 
Marcell.,  19.  —  Schaepflin,  Alsatia  illustrata ,  p.  555. 

''  Deiiso ,  mentionné  dans  la  Chronique  de  Jérôme,  à  l'année  B^ô, 
«  Saxones  caesi  Deusone  in  regione  Francorum,  »  était  près  de  la 
mer,  et  doit  correspondre  à  Deynse,  comme  l'a  conjecturé  Fréret. 

—  Voyez  dom  Bouquet,  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  61 1. 

—  Ortelius,  Thés.  —  Bast.,  Recueil  d' Antiquités  gauloises,  \i\-^°, 
1808,  p.  5o.  —  On  a  trouvé  des  médailles  de  Posthume,  en  bronze 
ot  en  argent,  dont  le  levers  représente  un  Hercule,  avec  la  légende 
iiEiu:.  nKVSONENSi,  —  Conférez  le  Dictionnaire  gebgr.  des  Gaules , 
loin,  m  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  II,  CIIAP.  IV.  295 

cherché  à  étendre  le  plus  loin  possible  leur  domina- 
tion à  l'orient  de  ce  fleuve  :  aussi  voyons-nous  au- 
delà  de  l'île  Balave,  et  principalement  sur  la  côte,  se 
continuer  la  chaîne  des  positions  romaines.  Tel  était 
le  Flemm  castellum,  forteresse  que  les  Romains 
avaient  bâtie  à  l'embouchure  du  lac  Flevo,  proba- 
blement dans  l'île  qui  aura  retenu  de  ce  lieu  le  nom 
de  Flieland  ou  Vlieland ,  et  qui  autrefois  faisait  partie 
du  continent.  Plus  loin  encore  était  la  ville  A'Jmi- 
siuj  bâtie  à  l'embouchure  de  l'Ems.  Les  vaisseaux 
romains,  après  avoir  descendu  le  Rhin,  pénétraient 
dans  le  bras  oriental  de  ce  fleuve  jusque  dans  lac 
FlevOj  et  après  être  entrés  dans  la  mer  par  l'embou- 
chure orientale,  ils  longeaient  la  côte  et  arrivaient 
à  Aniisia  '.  Tacite,  qui  décrit  très  clairement  et  en 
détail  cette  navigation  des  Romains,  ne  laisse  aucun 
doute  sur  l'extension  de  leur  puissance  au  nord  de 
l'île  des  Rataves.   Il  nous   en  fournit  encore  une 
preuve  plus  formelle,   lorsqu'il  raconte  la  révolte 
des  Frisii  "*.  Nous  y  voyons  ce  peuple  qui  habitait 
au  nord  des  Bataves  ,  et  entre  le  Rhin  du  milieu  et 
le  Rhin  oriental ,  refuser  de  payer  l'impôt  et  s'in- 
surger. ((  Le  sénat ,  dit  Tacite  en  terminant  son  ré- 
«  cit,  fut  peu  touché  qu'on  déshonorât  les  extré- 
((  mités  de  VEmpire.  »  Donc  les  extrémités  de  l'Em- 
pire renfermaient  les  Frisii ,  et  ces  peuples  faisaient 
partie  de  la  Gaule  qui  se  terminait  au  Rhin  orien- 
tal. Olennius ,  général  romain,  ayant  voulu  répri- 
mer ces  Frisii  y  fut  repoussé  par  eux,  s'enfuit  et  se 
léfugia  dans  le  Flevurti  castellum  ,  (c  où  l'on  tenait, 

'  Tacit. ,  Auji.^  cap.,  ôS-yo  ,  et  lib.  iv  ,  cap.  5  et  8. 

'  IiL,  lili.  IV,  cap.  yS  et  74  )  tom.  i ,  p.  aSi,  éilit.  de  Brotticr. 


296  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
((  dit  Tacite ,  un  corps  assez  considérable  de  légion- 
«  naires  et  d'alliés  pour  défendre  cette  côte  de 
«  l'Océan  '.  »  Julius  Capitolinus  '  parle  des  Frisii 
au-delà  du  Rhin,  Frisii  transrhenani ,  ce  qui 
prouve  qu'on  les  distinguait  des  Frisii  en  deçà  du 
Rhin.  Or,  comme  l'espace  de  terrain  compris  entre 
le  Rhin  proprement  dit  et  le  Wahal  fut  de  tout 
temps  occupé  par  les  Bataves ,  il  ne  reste  aux  Frisii 
que  le  terri toii'e  renfermé  entre  le  Rhin  et  l'Yssel  : 
donc  cette  dernière  rivière  était  réputée  une  branche 
du  Rhin,  puisque  les  peuples  qui  habitaient  au-delà 
étaient  nommés  Transrhénans. 

Lorsque  Civilis,  à  la  fin  du  cinquième  livre  de 
l'Histoire  de  Tacite,  demande  à  conférer  avec  le  gé- 
néral romain ,  l'historien  nous  apprend  que  cette 
conférence  eut  lieu,  non  sur  les  bords  du  Rhin, 
mais  sur  ceux  du  fleuve  Nabalia.  Or  il  y  a  tout  lieu 
de  présumer  que  le  Nabalia  flumen  ^  est  l'Yssel  ou 
la  branche  orientale  du  Rhin.  En  effet,  nous  ne 
A  oyons  dans  aucun  auteur  que  cette  branche  jusqu'à 
son  arrivée  dans  le  lac  ait  porté  le  même  nom  qu'à 
son  embouchure ,  qui  s'appelait  Flevuni  lorsqu'elle 
sortait  du  lac  dans  la  mer.  Il  est  probable  qu'il 
en  était  de  cette  branche  comme  de  celle  qui  se 
rendait  dans  la  Meuse  ,  et  qui  portait  dans  le  com- 
mencement le  nom  de  Vahalis  ^  pour  prendre  en- 
suite celui  de  Mosa ,  et  enfin  celui  à' Hélium;  mais 
nous  voyons  dans  Ptoiémée  ^  une  position  nommée 
Nabalia,  qui   est  la  première  de  la  Germanie  ,  et 

■  Tacit.,  Ami.,  lib.  iv,  cap.  •j-i ,  toin.  i,  p.  5oi,  edit.  Lem. 

""  Julius  Capitolinus,  ]).  81. 

'  Voyez  ci-dessus ,  tom.  i,  p.  497-  —  Tacit.,  Ilisl.,  lib.  v,  cap.  'i6 

''  Plolem.,  (xcogr.,  lib.  11 ,  cap.  11,  p.  54  (5g). 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  297 

qui  se  trouve  précisément  sur  les  bords  de  la  bran- 
che orientale  du  Rhin  qui  est  l'Yssel ,  ainsi  que  les 
mesures  le  démontrent  '.  Ceci  semble  achever  de 
prouver  que  l'Yssel,  dans  une  partie  de  son  cours,  se 
nommait  Nabalia  y  et  puisque  la  conférence  eut  lieu 
sur  les  bords  de  ce  fleuve,  il  est  évident  qu'il  for- 
mait alors  la  limite  de  l'empire  romain  et  de  la 
Gaule.  Cette  limite  parait  avoir  été  tracée  par  le  ca- 
nal de  Drusus  ou  l'Yssel  moderne ,  depuis  Arnheim 
jusqu'à  Doesburg,  et  ensuite  par  le  Nabalia  ou 
Nat^alia,  nom  qui  provenait  peut-être  des  vaisseaux, 
na{>es ,  que  les  Romains  y  tenaient  en  station  pour 
les  besoins  de  la  navigation ,  ou  pour  la  défense  des 
frontières.  Ainsi  le  Navalia ,  l'Yssel,  jusqu'à  son 
entrée  dans  le  lac  Flevo,  ensuite  la  rive  orientale  de 
ce  lac,  et  le  Flevus  jlui>>ius ,  depuis  sa  sortie  du  lac 
Flei^o  jusqu'à  l'embouchure  orientale  du  Rhin,  nom- 
mée Fleviim  ostium,  terminaient  la  limite. 

Il  suffit  de  jeter  les  yeux  sur  une  carte  détaillée 
de  ce  pays,  pour  apercevoir  les  motifs  qui  empêchè- 
rent les  Romains  de  multiplier  leurs  positions  trop 
loin  au  nord  de  l'ile  des  Bataves,  et  pour  leur  ôter 
toute  idée  de  tracer  une  route  dans  un  pays  tout 
entrecoupé  de  marais.  Il  leur  suffisait  d'être  maîtres 
de  la  côte  et  de  la  navigation  du  fleuve;  ils  n'avaient 
pas  besoin  de  placer  des  postes  militaires  dans  un 
pays  que  la  nature  défendait  suffisamment  :  ils  ne 
cherchèrent  donc  jamais  à  défricher  par  eux-mêmes 
un  sol  ingrat ,  presque  noyé  sous  les  eaux  :  il  leur 
suffisait  d'avoir  assujetti  à  payer  l'impôt  les  habitans 
demi-barbares  de  cette  humide  et  froide  contrée. 

'  Voyez  Gossellin,  Recherches,  loni.  iv,  p.  (34,  69,. Qï»  101  et  i5g. 


298         GÏ^OGRÂPIIIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Cependant,  avant  que  les  Romains  eussent  pénciré 
si  loin  vers  le  nord,  avant  qu'ils  eussent  pratiqué 
la  voie  romaine  qui  conduisait  droit  à  Lugdunum  , 
Leyde,  ou  près  de  l'embouchure  occidentale  du 
Rhin  ,  route  qui  tantôt  se  dirigeait  au  nord  et  tantôt 
au  midi  du  fleuve  ' ,  les  limites  de  la  Gaule  et  de 
l'empire  romain  se  terminaient  h  la  branche  du 
Rhin  qui  cerne  au  nord  l'ile  des  Bataves.  Et  comme 
cette  branche  du  Rhin  conservait  spécialement  le 
nom.  de  ce  fleuve  ,  tandis  que  celle  qui  se  rendait 
dans  la  Meuse  portait  celui  de  Vahalis ,  et  que  celle 
qui  était  la  plus  orientale  était  encore  désignée  sous 
un  autre  nom ,  il  en  résulta  quelque  confusion  dans 
les  écrits  des  géographes  de  l'antiquité.  Cette  con- 
fusion fut  encore  augmentée  par  les  travaux  faits  à 
la  branche  orientale  du  Rhin  par  Drusus,  qui,  de- 
puis cette  époque,  fut  mieux  connue,  mais  qui  tantôt 
fut  considérée  comme  un  bras  du  fleuve,  et  tantôt 
comme  un  canal  de  communication  avec  la  mer. 
Le  peu  d'habitations  romaines  qui  existaient  entre  le 
Rhin  proprement  dit,  et  sa  branche  orientale,  le  peu 
de  connaissance  détaillée  et  précise  que  l'on  avait  de 
ce  pays  ingrat,  le  peu  d'intérêt  qu'on  y  prenait, 
contribuaient  encore  à  entretenir  cette  confusion. 

Ainsi,  quoique  César  eût  dit,  dès  le  principe,  que 
le  Rhin  se  perdait  dans  la  mer  par  plusieui's  embou- 
climes  %  Asinius,  qui  écrivait  au  commencement  du 
règne  d'Auguste  ou  un  peu  avant,  ne  voulait  recon- 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  iii  de  cet  ouvrage.  — 
IVAnville  a  tout  placé  au  midi  du  Rliiii,  et  il  a  dérangé  toutes  les 
mesures. 

^  Mal  lis  cnpitihus  in  Occanuni  injluil ,  Cœsar,  de  liclio  Ç,tdl.y 
\\\i.  IV,  cap.  20.  —  Voyez  ci-dcssiis,  tom.  i,  p.  495. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  299 

naître  que  deux  bras  du  Rhin ,  et  reprend  ceux  qui 
lui  en  donnaient  davantage  '.  Strabon  parait  avoir 
puisé  dans  Asinius  la  mesure  des  côtes  septentrio- 
nales de  la  Gaule ,  qu'il  applique  à  tort  a  toutes  les 
cotes  de  l'ibérie  et  de  la  Gaule  baignées  par  l'Océan. 
Cette  mesure,  qui  est  de  5,ooo  stades,  répond  juste 
en  stades  de  5oo  h  la  distance  du  cap  Saint-Mahé,  à 
l'ancienne  embouchure  du  Rhin  :  ce  qui  prouve  en- 
core que,  du  temps  d' Asinius,  la  Gaule  se  terminait 
à  l'embouchure  du  bras  occidental ,  limite  de  l'île 
Batave  \  Virgile  dit  Rhenusque  bicornis  ^  :  donc 
l'opinion  dominante  de  son  temps  était  que  le  Rhin 
n'avait  que  deux  bras  principaux.  Cette  opinion  pou- 
vait provenir  de  ce  que  l'on  considérait  le  Wahal 
non  comme  bras  du  Rhin,  mais  comme  appartenant 
aussi  bien  à  la  Meuse  qu'à  ce  fleuve,  et  de  ce  qu'on 
appliquait  le  nom  de  canal  de  Drusus  à  tout  le  cours 
de  l'Yssel,  ou  à  tout  le  bras  oriental  du  Rhin  ;  car 
je  ne  dois  pas  oublier  d'observer  que  Ptolémée  seul 
a  fait  mention  de  l'embouchure  moj^enne  du  Rhin, 
que  ses  mesures  portent  à  Bakkum  ^.  Le  bras  qui 
formait  cette  embouchure  est  celui  qui,  encore  au- 
jourd'hui, se  détache  du  Rhin  à  Duîirstede,  en  con- 
servant le  nom  de  Kromme-Rhyn ,  Rhin  bicorne , 

'  Asinius,  apud  Strab.,  lib.  iv,  p.  igS  (294);  tom.  11,  p.  5o,  de  la 
trad.  franc. 

*  Voyez  Gossellin,  Recherches,  toni.  iv  ,  p.  gi  à  i56,  et  les 
Cartes  n"'  9  et  10.  —  Tacit.,  Hist. ,.\ih.  v,.cap.  i5,  19. 

^  Virgil.,  Mn.,  viii,  vers.  727.  —  Claudien,  xxi,  vers.  199,  nomme 
région  bifide,  hifidos  tractiis ,  l'île  des  Bataves;  et  viii,  vers.  ()5:>., 
fait  mention  des  cornes  du  Rhin  ,  cornua  Rhciii .  il  faut  voir  le  con- 
tre-sens singulier  riuo  fait  à  ce  sujel  son  traducteur  français. 

^  Ptolem.,  \\\).  Il,  cap.  9,  p.  5-).  (48),  edit.  Ik-rt. 


300  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
qui  se  bifurque  de  nouveau  à  Utreclit,  pénètre  dans 
le  Pampus,  sous  le  nom  de  Vecht,  en  ressort  sous 
le  nom  de  Zaan ,  et  se  perd  ensuite  dans  les  sables 
près  de  Bakkum.  L'origine  de  cette  branche  était  trop 
près  de  la  mer  et  formait  un  cours  d'eau  trop  peu 
étendu,  pour  qu'elle  put  être  considérée  comme  dif- 
férente de  celle  dont  elle  dérivait,  par  des  auteurs 
qui  ne  décrivaient  pas  les  rivages ,  comme  Ptolémce, 
mais  le  cours  du  Rhin  dans  l'intérieur  des  terres,  et 
les  principaux  embranchemens  qu'il  forme  lorsqu'il 
se  décharge  dans  la  mer. 

L'examen  des  difFérens  auteurs  qui  ont  parlé  du 
Rhin  confirme  ce  que  je  viens  d'avancer. 

Ainsi,  quoiqueTacite  connût  parfaitement  la  bran- 
che orientale  du  Rhin ,  qui  communiquait  avec  le 
Rhin  proprement  dit  par  le  canal  de  Drusus ,  il  ne 
donne  cependant  que  deux  branches  au  Rhin ,  et  à 
l'exemple  de  César  il  conserve  à  celle  qui  est  au  nord 
le  nom  de  Rhin,  et  nomme  l'autre  V^ahalis.  Aussi 
nomme-t-il  les  Frisii,  dont  une  partie  du  moins  étaient 
renfermés  entre  le  Rhin  et  l'Yssel,  un  peuple  au- 
delà  du  Rhin'  ;  mais  cependant  dans  la  suite  de  son 
récit ,  ainsi  que  nous  l'avons  remarqué  tout  à 
l'heure,  il  considère  les  Frisii  (du  moins  en  par- 
tie) comme  étant  sous  la  domination  des  Romains. 

Mêla  eut  connaissance  de  la  branche  la  plus  orien- 
tale du  Rhin;  mais  comme  il  ne  mentionne  pas  le 
Wahal,  il  ne  donne  au  Rhin  que  deux  bras,  l'un  qui 
coule  à  gauche,  auquel  il  conserve  le  nom  de  Rhin 
proprement  dit  (c'est  le  bras  occidental  de  Ptoléméc, 

'  ïacit.,  Jnn.,  lib.  ii,  cap.  (i.  —  JIisl.,  lib.  v,  cap.  7.6. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  301 

dont  l'embouchure  était  à  Zandwoort),  l'autre  à 
droite,  qui,  selon  sa  description,  s'épanchait  en  for- 
mant le  lac  Flevo ,  et  entourait  l'iie  du  même  nom, 
puis  resserrait  de  nouveau  ses  rives,  et  se  prolongeait 
jusqu'à  la  mer  sous  la  forme  d'un  fleuve.  On  sait 
en  effet  qu'avant  les  grandes  inondations  du  xiii^  siè- 
cle ,  le  Flie  était  si  peu  large  entre  Enckhujsen  et 
Staveren ,  qu'en  1 2o5  on  allait  encore  h  pied  et  à 
cheval  de  l'une  à  l'autre  de  ses  rives  '  :  ce  qui  s'ac- 
corde très  bien  avec  la  description  de  Mêla  *.  Son 
Venetus  lacus  est  évidemment  le  Boden-See ,  ou  lac 
Constance,  et  son  Acronium  lacus  est  le  Zeller-See, 
qui  communique  au  lac  Constance  par  un  canal 
étroit  et  court  ^ 

Pline  donne  au  Rhin  trois  embouchures,  et  quoi- 
qu'il intervertisse  l'ordre  géographique  dans  son 
énumération,  en  rapprochant  son  texte  de  la  des- 
cription si  détaillée  de  Mêla  ,  il  devient  évident  que 
\ Hélium,  ostium  est  l'embouchure  du  Wahal  et  de 
la  Meuse  réunis,  que  c'est  Vimmensum  Mosœ  os  de 
Tacite  :  l'ancienne  dénomination  se  conserve  dans 
celle  de  Hel-Boet  et  de  Bri-Hel ,  que  portent  en- 
core les  deux  canaux  de  la  Meuse,  séparés  par  l'île 
de  Rosenburg ,  près  de  son  entrée  dans  l'Océan . 
Pline  nomme  FLevuni  l'embouchure  la  plus  orien- 
tale ,  et  conserve  au  bras  intermédiaire,  qui  bornait 
l'île  des  Bataves,  le  nom  de  Rhin.  Malgré  ces  notions 
si  exactes  et  si  complètes,  Pline  '^j  arrêté  par  ce  nom 
de  Rhin,  que  porte  le  bras  intermédiaire,  semble  in- 

'  Voyez  Desroches,  Méin.  sur  les  dix-sept  Provinces,  p.  g. 
'  Mcla,  lib.  Il,  cap.  2,  toni.  i,  p.  84,  édit.  de  Tzsclinck. 
^  Voyez  Leicbtlen,  Scliwabcn  unter  den  Rom.,  charte  n"  3. 
Plia.,  lib.  IV,  cap.  9.9  (i5),  toni.  11,  p.  555,  odit.  Lcm. 


302         GËOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
décis  s'il  doit  donner  les  embouchures  du  Rhin  à  la 
Germanie  ou  à  la  Gaule,  et  il  prend  le  singulier 
parti  de  les  donner  successivement  à  toutes  deux. 
En  effet ,  à  la  suite  de  la  description  de  la  Germa- 
nie ,  il  place  la  description  du  pays  renfermé  entre 
les  différens  bras  du  Rhin,  sans  omettre  l'île  des  Ba- 
taves.  Dans  le  chapitre  suivant,  il  décrit  la  Grande- 
Bretagne  et  les  îles  qui   sont  au   nord ,   telles   que 
Scandia,  ISerigon  '  ;,   Tliule.  Ensuite  il  passe  à  la 
Gaule,  en  commençant  par  la  Belgique;  et  parmi 
les  peuples  qui  en  font  partie,  il  nomme  encore  les 
Frisiahones ,   dont  il  a  déjà   fait  mention  dans  la 
description  de  la  Germanie.  Enfin  il  termine  sa  des- 
cription de  la  Belgique  en  nommant  de  nouveau  les 
Bataçi.  Puis,  il  ajoute  :  ((  Et  les  peuples  que  j'ai 
((  déjà  nommés  dans  les  îles  du  Rhin,  et  qiios  in  in- 
((  sulis  Rheni  diximus y  »  c'est-à-dire  les  Frisii ,  les 
Chaiici ,  les  Sturii ,  les  Marsatii ,  qu'il  a  précédem- 
ment nommés  dans  les  îles  que  l'on   trouve  entre 
\ Hélium  et  le  Flevinn ,  les  deux  embouchures  du 
Rhin  les  plus  éloignées  :  ces  îles  étaient  formées  par 
des  rivières,  des  marais  et  des  lagunes.  De  même  Ta- 
cite place  les  Canninefaies  dans  la  Gaule,  tandis  que 
Velleius  Paterculus  '  en  fait  un  peuple  de  la  Germa- 
nie, parce  qu'ils  s'étendaient  au  nord  de  ce  bras  du 
fleuve  qui  avait  conservé  le  nom  de  Rhin,  et  qu'on 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  3o  (i6),  tom.  ii,  p.  558,  edit.  Lem.  —  C'est 
bien  à  tort  que  l'on  a  voulu  appliquer  ces  noms  à  la  Norwége  et  à 
la  Suède.  C'est  dans  les  Hébudes,  dans  les  îles  Orcades  et  en  Irlande, 
qu'il  faut  les  chercher.  Scanda  est  probablement  Sanda  dans  les 
Orcades,  et  je  soupçonne  que  Nerigon  est  l'île  de  Lewis,  dans  la- 
quelle on  tiouvc  nu  promontoire  nommé  Néry. 

^  Tacit.,  lib.  iv,  cap.  i5.  —  Vdleius,  lib.  Ji,  cap.  i5. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  303 

avait  été  habitué  h  considérer  long-lcmps  comme  la 
limite  de  la  Gaule. 

Les  /^miV mentionnés  par  Pline,  Tacite,  Ptolémée, 
l'auteur  de  la  Table  de  Peutinger  et  ./Ethicus,  pa- 
raissent avoir  été  le  peuple  principal  de  toute  la  con- 
trée au  nord  des  Bataves.  Ce  sont  eux  qui  ont  donné 
leur  nom  h  une  partie  de  ce  pays,  qui  est  nommé 
Fjiseus ,  dans  une  ancienne  inscription'.  Tacite 
confirme  la  position  que  Pline  leur  assigne,  lorsqu'il 
dit  que  les  Frisii  entourent  le  lac  immense  de  Flevo; 
mais  ils  s'étendaient  aussi  au-delà  de  la  branche  orien- 
tale du  Rhin,  et  ne  faisaient  plus  alors  partie  de  la 
Gaule.  Aussi  Tacite  les  distingue  très  bien  en  deux 
portions  :  les  Frisii  majores,  qui  se  trouvaient  h  l'est 
du  Zujder-Zee,  dans  les  seigneuries  de  Frise,  de  Gro- 
ningue  et  d'Over-Yssel,  et  les  Frisii  minores  %  qui 
paraissent  être  les  Marsatii  de  Pline,  et  qui  occu- 
paient la  West-Frise,  la  Nord-Hollande  et  la  sei- 
gneurie d'TJtrecht. 

Les  Sturii  on  dû  se  trouver  à  l'orient  du  lac  Flevo. 

Les  Chauci,  qui  habitaient  de  même,  ainsi  que  nous 
l'indique  Tacite  ,  entre  l'Ems  et  le  Weser,  ont  dû 
occuper  l'extrémité  nord-est  du  lac  Flevo,  dans  le 
comté  de  Drent. 

Quoi  qu'il  en  soit  delà  position  de  ces  différens 
peuples,  sur  laquelle  on  ne  peut  faire  que  des  con- 
jectures plus  ou  moins  vagues,  il  est  évident  que  le 
texte  de  Pline ,  d'accord  avec  celui  de  Ptolémée , 
prouve  que  l'île,  ou  les  îles,  comprises  entre  le  Rhin 

■  Menso- Alting.,   Noliiia  Gcim.  infevioris  antiqiiœ  ,   p.  72.  — 
Td.,  Dcscr.Frisiœ,  p. 60.  —  Mannert,  Geogr.  derJUcn.,  t.  m,  p  5oo. 
"  Tacit.,  Ami  ,  lib.  xiii ,  cap.  2. 


304  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
proprement  dit  et  l'Yssel,  c'est-à-dire  les  provinces 
de  Hollande,  d'TJtrecht  et  d'Arnheim,  faisaient  aussi 
partie  de  la  Gaule  ,  dont  les  limites  étaient  la  bran- 
che orientale  du  Rhin,  ou  l'Yssel,  la  côte  septentrio- 
nale du  Zuyder-Zee ,  et  le  canal  du  Zuyder-Zee , 
connu  sous  le  nom  de  Flie-Slroom. 

Cependant  plusieurs  savans ,  ne  faisant  point  at- 
tention au  témoignage  formel  de  Ptolémée  et  au  ré- 
cit de  Tacite,  ni  aux  mesures  des  Itinéraires,  ont 
pris  partie  poiu*  l'un  ou  pour  l'autre  des  chapitres 
de  Pline,  où  le  territoire  situé  entre  les  bouches  du 
Rhin  se  trouve  successivement  attribué  à  la  Gaule 
et  à  la  Germanie. 

D'après  le  chapitre  sur  la  Germanie,  Junius  a  voulu 
enlever  à  la  Gaule  l'île  des  Bataves  %  tandis  que  Pon- 
tanus  et  Cellarius,  frappés  de  l'idée  que  l'île  des  Ba- 
taves était  le  dernier  pays  de  la  Gaule,  vers  le  nord, 
et  sachant  bien  que  la  Gaule  se  terminait  à  la  bran- 
che orientale  du  Rhin,  qui  est  l'Yssel,  ont  agrandi 
cette  île  des  Bataves,  et  lui  ont  aussi  attribué  tout 
le  territoire  situé  entre  l'Yssel  ou  le  Rhin  oriental,  et 
le  Rhin  proprement  dit  :  ce  qui  contredit  le  témoi- 
gnage de  tous  les  auteurs  de  l'antiquité ,  et  notam- 
ment de  Pline,  qui  nous  donne  la  mesure  de  l'île 
des  Bataves  avec  la  plus  exacte  précision,  et  qui 
dans  les  deux  chapitres  dont  il  est  question,  après 
avoir  mentionné  cette  île ,  nous  dit  expressément 
qu'il  y  a  encore  d'autres  îles  entre  \ Hélium  et  le 
Flevuni ,  ou  entre   les  deux  branches  extrêmes  du 

'  Pline  et  Ptolémée  placent  Tîle  des  Bataves  dans  la  Belgique ,  et 
Tacite  dit  en  termes  exprès  :  Batavi  e.rigua  Galliarum  pnrtio.  • — 
Tacit.,  Hisf.,  lib.  iv,  cap.  52. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  305 

Rhin.  D'un  autre  côté,  Cluvier,  Menso-Alting  et 
d'Anville,  qui  restreignent  l'île  des  Bataves  dans  ses 
justes  limites,  mais  qui  considèrent  le  bras  du  Rhin, 
renfermant  au  nord  les  Batavi ,  comme  l'extrême 
frontière  de  la  Gaule,  ne  s'accordent  ni  avec  Pline, 
ni  avec  Tacite,  ni  avec  Ptolémée;  ils  ont  donné  h  la 
Gaule  ancienne  moins  d'étendue  qu'elle  n'en  a  eu 
réellement  :  tous  les  géographes  qui  les  ont  suivis, 
Wastelain  ',  Mannert  et  autres,  ont  embrassé  cette 
erreur. 

Cette  erreur ,  comme  c'est  l'ordinaire ,  en  a  en- 
traîné plusieurs  autres.  Persuadés  que  le  bras  inter- 
médiaire était  la  limite  de  l'empire  romain ,  et  que 
toutes  les  positions  de  lieux  devaient  être  au  midi 
de  ce  bras,  et  non  au  nord,  Cluverius,  d'Anville  et 
autres,  les  ont  presque  tous  mal  placées.  Tacite,  dans 
le  cinquième  livre  de  son  Histoire,  relativement  à  la 
guerre  de  Civilis  en  Batavie,  mentionne  un  grand 
nombre  de  ces  lieux;  et  comme  les  commentateurs 
et  les  traducteurs  de  ce  grand  historien  ne  pouvaient 
bien  comprendre,  sans  le  secours  de  cartes  géogra- 
phiques, les  marches  des  armées  décrites  dans  cette 
partie  de  son  ouvrage ,  ils  ont  eu  recours  à  Cluverius 
et  à  d'Anville.  Dans  l'impossibilité  cependant  où  ils 
se  sont  trouvés  de  concilier  avec  les  cartes  de  ces 
deux  auteurs  les  récits  de  Tacite ,  ils  ont ,  dans 
leurs  traductions,  défiguré  le  texte  par  des  contre- 
sens manifestes,  où  l'ont  obscurci  et  embrouillé, 
dans  leurs  commentaires,  par  leurs  étranges  intei- 

'  L'ouvrage  de  Wastelain  a  été  public  une  année  plus  tard(i^6i), 
que  la  Notice  de  la  Gaule  de  d'Anville;  mais  il  n'a  pas  eu  connais- 
sance de  son  ouvrage.  Il  aura  suivi  Cluvier. 

II.  20 


30G  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
prétations  '.  Comme  il  y  a  dans  la  route  romaine 
({iii  conduit  à  Lugdiinum,  Leyde,  une  portion  des 
distances  indiquées  dans  l'Itinéraire  en  milles  ro- 
mains ,  et  une  autre  portion  en  lieues  gauloises  ', 
d'Anville  n'a  pu  les  appliquer  avec  exactitude  sur  le 
local,  parce  qu'il  n'a  pas  aperçu  ce  mélange  de  deux 
inesures  différentes,  qui  a  eu  Heu  dans  quelques  par- 
ties de  l'Itinéraire,  quoique  rarement.  Voilà  pourquoi 
il  a  contourné  cette  route  d'une  manière  si  étrange, 
pour  pouvoir  aboutir  aux  lieux  que  des  recherches 
antérieures,  et  des  analogies  évidentes  dans  les  noms, 
avaient  déterminés  d'avance.  Il  en  résulte  que  les  me- 
sures des  Itinéraires  sont  devenues  inutiles  à  d'An- 
ville pour  retrouver  les  positions  qu'on  ne  pouvait 
découvrir  que  par  ce  moyen.  Aussi,  avec  sa  Carte 
aussi  bien  qu'avec  celle  de  Cluverius,  on  comprend 
mal  les  récits  de  Tacite.  Le  dernier,  et  peut-être  le 
plus  ingénieux  commentateur  de  cet  historien  ^ , 
celui  qui  parait  l'avoir  étudié  avec  le  plus  de  téna- 
cité, s'est  bien  aperçu  de  l'insuffisance  de  la  Carte 
de  d'Anville  et  de  celle  de  Cluverius,  et  il  n'a  trouvé 
d'autre  moyen,  pour  expliquer  son  auteur,  que  de 
placer  les  noms  des  lieux  dans  une  situation  à  peu 
près  semblable  à  celle  où  le  texte  de  Tacite  les  exige, 
mais  sans  aucun  égard  aux  mesures  des  Itinéraires, 
à  la  configuration  actuelle  du  terrain,  et  aux  textes 
des  autres  auteurs  qui  ont  parlé  de  ces  même  lieux. 

'  Voyez  les  notes  de  Brottier,  et  celles  de  Dotteville  et  de  Du- 
i^eaudeLa  Malle. 

*  Yoyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Edme  Ferlet,  Observations  littéraires,  critiques,  politiques  et 
militaires  sur  les  Histoires  de  Tacite,  'x  vol.  in-8°,  tom.  ii,  p.  184. 


PARTIE  II,  CHAP.  IV.  307 

Il  a  ainsi  construit  une  Carte  imaginaire ,  qui  ne  peut 
remplir  aucun  but,  et  qui  surtout  ne  jette  aucune 
lumière  sur  le  texte  qu'elle  est  chargée  d'éclaircir, 
puisqu'elle  ne  dit  rien  de  plus  que  le  texte  même 
d'après  lequel  elle  a  été  dressée.  J'ai  développé  tout 
cela  dans  un  Mémoire  particulier  '  :  il  me  suffit  dans 
cet  ouvrage  d'avoir  mis  le  lecteur  sur  la  voie.  Je  me 
contenterai   d'ajouter  qu'en   plaçant  Lugdunum  à 
Leyde;  T^ada,  à  Wageningen;  castra  Herculis ,  à 
Hervelt  ;  Arenatio,  à  Arth ,  près  d'Herwen  ;  Burgi- 
natio,  à  Schankenschantz,  ou  au  point  de  séparation 
du  Wahal  ou  du  Rhin;  Carvone ,  à  Rheenen;  Grin- 
nibus  j  à  Warich  et  à  Bochstein  ;  Tahlis,  à  Ablas; 
Batavodurum ,  à  Wykby-Duûrstede,  ainsi  que  le 
prouvent  les  mesures  anciennes  confirmées  sur  plu- 
sieurs points  par  des  monumens  historiques,  on  verra 
s'évanouir  toutes  les  difficultés  qu'on  a  cru  trouver 
dans  cette  partie  de  l'ouvrage  de  Tacite,  et  dispa- 
raître les  prétendues  contradictions   qu'il  présente 
avec  les  autres  auteurs  qui  ont  parlé  de  ces  lieux. 

Les  conquêtes  des  Romains  avaient  changé  les 
idées  des  anciens,  et  particulièrement  des  Grecs,  sur 
la  Celtique.  Selon  un  fragment  important  de  Denjs 
d'Halicarnasse ,  dont  nous  devons  la  découverte  à 
M.  Angelo  Maio  %  les  Grecs  ,  comme  au  temps  d'É- 
phore,  faisaient  sous  Auguste  commencer  la  Celti- 
que au  Zephyros,  ou  au  couchant  équinoxial;  mais  ils 

'  Mem.  geograph.  sur  la  Guerre  de  Civilis  en  Batavie,  ms.,  et 
ci-après,  Analyse  des  Itinéraires ,  toni.  m  de  cet  ouvrage. 

•  Dionys.  Halicara.,  lib.  xii  à  xx,  ch.  26  et  27,  apud  Scriptor. 
veter.  nov.  collect.  ex  Vatican.  Codic.  editœ  ab  Angelo  Maio,  tonr.  11, 
p.  486. 


308  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
étendaient  cette  contrée  vers  l'orient,  jusqu'au  méri- 
dien qui  passe  par  le  pôle  boréal,  lui  attribuant, 
non  pas  le  quart  du  monde  habitable,  mais  presque 
le  quart  de  l'Europe  '.  Cette  contrée,  selon  eux,  for- 
mait un  carré.  A  l'orient,  les  Alpes;  à  l'occident,  la 
mer;  au  sud,  les  Pyrénées  et  la  Méditerranée,  compo- 
saient, sur  trois  de  ses  quatre  côtés,  ses  bornes  et  ses 
limites  naturelles  :  le  quatrième  côté,  ou  le  côté  sep- 
tentrional, était  formé  par  les  frontières  des  Scythes 
et  des  Thraces,  que  l'on  ne  connaissait  pas  bien, 
et  par  VIster  ou  le  Danube.  Mais  il  est  important  de 
remarquer  que,  dans  ce  vaste  carré  de  la  Celtique,  on 
comprenait  non  seulement  la  Gaule ,  mais  encore  la 
Germanie.  Le  Rhin,  considéré  comme  le  plus  grand 
fleuve  d'Europe  après  VIster ^  le  Danube,  coupait 
en  deux  la  Celtique  ;  et  par  conséquent ,  selon  les 
idées  systématiques  des  géographes  grecs  de  cette 
époque,  il  coulait  de  l'est  à  l'ouest ,  et  avait  au  sud 
la  Gaule,  et  au  nord  la  Germanie  :  la  Gaule,  qui 
s'étendait  depuis  le  Rhin  jusqu'aux  Pyrénées  ;  la 
Germanie,  qui,  depuis  la  forêt  d'IIercynie,  se  pro- 
longeait jusqu'aux  monts  Riphées ,  et  jusqu'aux  li- 
mites des  Scythes  et  des  Thraces.  De  ces  deux  parties 
de  la  Celtique,  la  Gaule  était  considérée  comme  fer- 
tile, abondante  en  fruits,  et  très  propre  à  la  nour- 
riture des  bestiaux.  Selon  les  uns,  un  géant  nommé 
Celtus,  qui  y  avait  régné,  avait  donné  son  nom  à 
toute  la  Celtique  ;  selon  les  autres ,  un  fleuve  qui 
descend  des  Pyrénées,  nommé  Celtus  (la  Garonne), 
de  la  contrée  qu'il  arrosait,  fournissait  la  véritable 

'  Voyez  ci-dessus,  lom.  i,  p.  20g. 


PARTIE  II,  CHAP.   IV.  309 

ctjmologie  de  ce  mot.  Comme  ce  fut  le  premier 
Heuve  considérable  que  les  Grecs  découvrirent  et 
rencontrèrent,  en  longeant  les  côtes  de  l'Océan  atlan- 
tique, ils  se  servirent  du  nom  qu'il  portait  pour 
désigner  la  plus  occidentale  des  quatre  grandes  por- 
tions du  monde  habitable.  Enfin ,  selon  d'autres,  les 
Grecs,  dans  leurs  premières  navigations  dans  ce  pays, 
ayant  trouvé  dans  le  golfe  gaulois,  le  golfe  de  Gas- 
cogne, des  habitans  plus  civilisés  que  ceux  qu'ils 
avaient  rencontrés  jusque-là  ,  nommèrent  ce  pays 
pour  cette  raison  KîKo-ÏKtiv ,  et  ce  mot,  par  le  chan- 
gement d'une  seule  lettre,  a  produit  le  mot  de  Cel- 
tica.  Tel  est  l'exposé  de  Denys  d'Halicarnasse. 


TROISIÈME  PARTIE. 

DEPUIS  LA  FIN  DU  RÈGNE  d' AUGUSTE,  OU  l'eNTIÈRE  CONQUETE 
DE  LA  GAULE  TRANSALPINE  ET  LA  SOUMISSION  DES  PEUPLES 
DES  ALPES,  jusqu'à  LA  CHUTE  DE  l'eMPIRE  d'oCCIDENT, 


CHAPITRE  I. 

Depuis  la    fin   du   règne   d'Auguste  jusqu'à  la  fin  du  règne  de 
Vespasien,  ou  depuis  l'an  i4  de  J.-C,  jusqu'à  l'an  79  de  J.-C. 


A.  —  De  la  Gaule  transalpine. 

Les  deux  Gaules  sont  décrites  :  il  ne  nous  reste 
plus  qu'à  faire  connaître  les  changemens  successifs 
qu'elles  éprouvèrent  dans  leurs  subdivisions  en  pro- 
vinces, et  les  lieux  dont  la  fondation,  ou  l'appa- 
rition dans  l'histoire ,  paraît  postérieure  au  siècle 
d'Auguste. 

Les  Romains  avaient  succombé  dans  le  projet  qu'ils 
avaient  formé  de  soumettre  à  leur  joug  les  peuples 
de  la  Germanie  :  le  sang  des  légions  de  Varus  avait 
cimenté  la  liberté  de  cette  contrée'.  Les  empereurs 
qui  succédèrent  à  Auguste  se  contentèrent  de  con- 
tenir ces  nations  belliqueuses  par  des  légions  qu'ils 
entretenaient  le  long  du  Rhin ,  par  des  forts  qu'ils 
y  construisirent,  ainsi  que  par  des  camps  fortifiés, 
toujours  garnis  des  meilleures  troupes  de  l'Empire. 

L'organisation   militaire  de  cette  frontière  pro- 

'  Dio  Casstus,  lib.  lvi  ,  c.  19  et  20,  p.  820  et  821,  edit.  Keini. 


PARTIE  m,  CHAP.  I.  311 

duisit  une  division  en  quelque  sorte  toute  militaire. 
La  subdivision  qu'elle  opéra  commença  dans  la  Bel- 
gique, plus  que  toute  autre  province  exposée  aux 
incursions  des  Barbares.  Tacite  nous  fait  connaître 
une  Belgique  proprement  dite,  une  Germanie  in- 
férieure et  une  Germanie  supérieure  '.  C'est  par  une 
suite  de  cette  distinction  que  Pline  dit  que  la  Bel- 
gique s'étend  de  la  Seine  à  l'Escaut.  «  yl  Scaldi  ad 
«  sequanam  Belgica ,  »  ce  qui  n'était  vrai  qu'en  sé- 
parant la  Belgique  de  la  Germanie  inférieure  de 
Tacite ,  qui  écrivit  peu  de  temps  près  Pline.  Ce  der- 
nier indique  même  encore  assez  clairement  ces  deux 
divisions  ou  provinces',  lorsqu'en  faisant  l'énumé- 
ration  des  divers  habitans  de  la  Belgique,  il  men- 
tionne à  part,  et  comme  nation  germanique  habitant 
sur  les  bords  du  Rhin ,  les  Vangiones ,  les  Trihoci  et 
les  Nemetes  y  trois  peuples  qui  formèrent  depuis  la 
province  appelée  Germanie  supérieure  ;  cependant 
Pline  a  soin  d'observer  que  ces  trois  peuples  se  trou- 
vent aussi  dans  la  Belgique  in  eadem provincial . 

Ptolémée  ne  fait  aussi  mention  des  deux  Germanies 
que  comme  de  sous-divisions  de  la  Belgique'^.  Dion 
Cassius  ^  parle  aussi  de  ces  deux  sous-divisions  :  l'une, 
supérieure,  qui  commence  aux  sources  du  Rhin; 
l'autre,  inférieure,  qui  s'étend  jusqu'à  l'Océan  bri- 

'  ïacit.,  Anti.,  xiii,  55,  et  Hist.,  i,  g,  12,  58,  5g.  — Aitn.,  m,  4'; 
IV,  ^5  :  «  Inferioris  Gernianiae  propvaetori ,  vexilla  legionum  c  su- 
«  periore  provincia  adcivit.  »  —  Voyez  LaLarre  ,  Mémoires  de 
ï Acad.  des  Inscript.,  tom.  viii,  p.  4o4- 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  01  (17),  tom.  11,  p  358,  cdit.  Leni. 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  5i,  (17). 

'  Ptolnmseus,  lib.  u,  cap.  g,  p.  49  (53). 

'  l)io  Cassius,  lib.  1.111,  p.  704,  edit.  Jxciin. 


312  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
tannique,  sous  le  nom  de  Germanie.  Dans  chacune 
d'elles  il  y  eut  un  lieutenant  militaire  qui  obéissait  au 
gouverneur  général  de  toute  la  Belgique,  comme  on 
le  voit  à  l'égard  de  Drusus,  sous  le  règne  d'Auguste, 
et  à  l'égard  de  Germanicus ,  sous  celui  de  Tibère'. 
Ces  deux  Germanies  furent  principalement  com- 
posées des  peuples  germains  qui  avaient  été  trans- 
plantés dans  la  Gaule,  les  Uhii ,  les  Tiingri,  les 
P^angiones y  les  Nemetes  et  les  Tribocci.  De  Marca 
a  voulu  attribuer  cette  sous-division  à  Tibère;  Sau- 
maisc  %  à  Hadrien.  Les  auteurs  de  l'histoire  de  Lan- 
guedoc ^  la  reportent  au  temps  de  Néron ,  mais  de 
Labarre  a  très  bien  prouvé  qu'elle  eut  lieu  dès  le  règne 
d'Auguste. 

Le  général  qui  commandait  sur  toute  la  frontière, 
non  seulement  avait  la  suprématie  dans  toute  la 
Belgique,  mais  encore  chez  les  S equani  et  les  Jlel- 
i^etii,  qui  faisaient  partie  de  cette  frontière.  Par  cette 
raison  on  réunit  les  Sequani,  les  HeU'etiiy  et  miéme 
les  Lingones  et  les  Leuci ,  à  la  Belgique.  Cette  réu- 
nion se  trouve  prouvée  par  les  textes  de  Pline  et 
de  Ptolémée,  qui  comprennent  dans  la  Belgique  ces 
peuples  de  la  Celtique  de  César,  quoiqu'on  ne  puisse 
cependant  déterminer  l'époque  précise  de  ce  chan- 
gement. Cette  réunion  agrandit  considérablement  la 
Belgique,  en  restreignant  d'autant  la  Celtique,  sur 
laquelle  on  avait  déjà  tant  pris  pour  former  la  nou- 
velle Aquitaine.  Cet  agrandissement  de  la  Belgique 

'  Voyez  Tacitus,  Ann.  xiii.  —  /</.,  Ann.  i.  — Labarre,  Acad.  des 
I/iscript.,  tom.  viii,  p.  4o4- 
'  Salm.,  £^pil.  6. 
^  Hist.  du  Languedoc,  lora.  i,  p.  625. 


PARTIE  m,  GHAP.  I.  313 

fut  le  second  changement  considérable  qu'éprouva 
la  division  des  Gaules,  depuis  la  conquête  faite  par  les 
Romains;  l'agrandissement  de  l'Aquitaine  ayant  été 
le  premier.  Mais  on  ne  doit  pas  oublier  que  la  Gaule 
transalpine,  malgré  ce  changement,  comme  au  temps 
de  César,  resta  toujours  divisée  en  quatre  parties  :  la 
Narbonnaise,  l'Aquitaine,  la  Celtique  et  la  Belgique; 
seulement  les  limites  de  ces  divisions  furent  très 
différentes.  Les  deux  Germanies  ne  doivent  être 
considérées  que  comme  deux  réunions  de  petits 
peuples  germaniques  nouvellement  transplantés  dans 
la  Gaule,  et  mis  par  cette  raison  sous  un  comman- 
dement militaire.  Elles  ne  formaient  pas  plus ,  h 
l'époque  dont  nous  nous  occupons ,  des  provinces 
distinctes  et  séparées ,  que  les  autres  peuples  de  la 
Gaule  contenus  dans  les  quatre  divisions  générales. 
Aussi  Ptolémée,  qui  écrivait  sous  Hadrien,  ne  con- 
naît encore  que  quatre  divisions ,  et  son  texte,  com- 
biné avec  celui  de  Pline,  nous  prouve  que  du  temps 
de  ces  deux  auteurs,  et  antérieurement,  la  Gaule 
était  divisée  de  la  manière  suivante  : 

i<».  Provincia  Narbonensis.  La  Narbonnaise  d'Au- 
guste. 

2°.        —        Aquitania.     L'Aquitaine  d'Auguste. 

5°.  —  LuGDUNENSis.  La  Lyonnaise  d'Auguste, 
en  retranchant  les  Sequani,  les  Hel- 
vetii,  les  Lingones  :  ce  qui  porte  en 
général  les  limites  de  cette  province, 
au  midi,  à  la  Loire;  et,  h  l'orient,  à 
la  Saône. 


314        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

4°.  ProvinciaBelgica.  La  Belgique  d'Auguste ,  plus 
les  Sequaniy  les  Hebetii  et  les  Lin- 
gones  ;  mais  cette  dernière  grande 
division  présentait  les  subdivisions 
suivantes  : 

(A).  La  Belgique  proprement  dite j  qui  s'étendait 
entre  la  Seine  et  l'Escaut,  et  qui ,  vers  l'orient ,  ren- 
fermait aussi  dans  ses  limites  les  Sequani ,  les  Hel- 
çetii  et  les  Lingones. 

(B).  Germania  injerior.  La  Germanie  inférieure 
ou  seconde,  qui  s'étendait  entre  l'Escaut  et  le  Rhin, 
et  qui,  au  midi,  descendait  jusqu'à  VOhringa  ou 
V  Obrincus  fliwius  :  mais  on  ne  sait  pas  bien  quelle 
est  cette  rivière,  dont  Ptolémée  seul  a  parlé;  nous 
pouvons  cependant  déterminer  les  limites  de  la  Ger- 
manie seconde  ou  inférieure  d'après  les  villes  que 
cet  auteur  a  inscrites  dans  cette  sous-division  de  la 
Belgique.  Ces  villes  sont  les  suivantes  : 

B ataç^odurum jYVykhj'Duûrstede;  Frétera  civitas, 
Buderich  ;  legio  trigesima  Ulpia,  Alpen ,  confondu 
à  tort  par  Ptolémée  avec  Agrippinensis ,  Cologne; 
Bonna,  Bonne;  legio  prima ,  ou  Trajana  legio, 
Kellen  ;  Moguntiacum ,  Mayence. 

J'ai  déterminé  avec  plus  d'exactitude  qu'on  n'avait 
fait  jusqu'ici  les  positions  de  ces  différens  lieux  ,  par 
le  moyen  des  mesures  de  l'Itinéraire  et  de  la  Table  , 
pour  la  route  '  romaine  qui  partait  de  Milan  ou  du 
centre  de  l'Italie,  qui  traversait  les  Alpes,  et  qui, 
suivant  ensuite   constamment  les   rives   du  Rhin  , 

'  Vo^ez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  — 
Piolem.,  Geogr.,  lib.  n,  cap.  g,  p.  49  (55). 


PARTIE  III,  CHAP.  I.  315 

aboutissait  à  Leyde,  Lugdunwn ,  ou  au  rivage  de 
l'Océan.  Si  le  texte  de  Ptolémée  est  exact,  Mogun- 
tiacum ,  Mayence ,  qui  depuis  a  été  la  métropole  de 
la  Germanie  supérieure  ou  première,  lorsque  ces 
subdivisions  de  la  Belgique  furent  érigées  en  pro- 
vinces particulières  ,  fut  d'abord  attribuée  à  la  Ger- 
manie seconde  ou  inférieure.  On  a  pensé  qu'il  y  avait 
dans  cet  endroit  dérangement  ou  erreur  dans  le  texte 
de  Ptolémée;  et  en  donnant  aux  deux  Germanies  les 
mêmes  limites  qu'elles  ont  dans  Ammien  Marcellin, 
et  dans  la  Notice  de  TEmpire,  on  a  placé  VObringa 
jiuvius  à  l'Ahr.  Mais  si  l'on  s'en  tient  au  texte  de 
Ptolémée,  VObringa  fluvius  doit  être  au  midi  de 
Mayence;  nous  n'avons  aucun  moyen  de  nous  dé- 
cider entre  ces  diverses  autorités  qui  se  combattent; 
nous  rappellerons  seulement,  que  c'est  l'admission 
de  ces  deux  divisions  de  la  Germanie  inférieure  et  de 
la  Germanie  supérieure  qui  restreignit  à  l'est  les 
territoires  des  Treveri  et  des  Mediomatrici ,  aupara- 
vant limités  par  le  Rhin. 

(C).  Germania  superior.  La  Germanie  supérieure, 
ou  seconde,  renfermait,  selon  Ptolémée,  les  peuples 
suivans  : 

Les  Nemetes,  dont  les  villes  sont  :  Nœomagus , 
Spire,  et  Rufiana ,  qui  n'est  point  Rufac,  mais 
Nieder-Rœdern  près  de  Seltz.  Les  Vangiones,  dont 
les  villes  sont  :  Borhetomagus ,  Worms,  et  Argen- 
toraturriy  Strasbourg;  mais  il  y  a  ici  une  évidente 
transposition  dans  le  texte  de  Ptolémée.  Argento- 
ratiim  appartient  aux  peuples  nommés  immédiate- 
ment après,  qui  sont  les  Tribocl,  auxquels  Ptolémée 


316         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
tloiiiie  pour  villes  Breucomagus  ^  Brumat,  et  Hel- 
cehns  y  Hell. 

Les  Rauraci y  dont  les  villes  sont  :  Augusta  Rau- 
racoruniy  Augst,  et  Argentuaria,  Artzenheim. 

Nous  avons  précédemment  déterminé  l'emplace- 
ment, l'étendue  et  les  limites,  de  ces  différens  peuples, 
ainsi  que  les  positions  de  leurs  villes  capitales.  Dans 
les  Notices  de  l'Empire  et  les  autres  monumens 
postérieurs  à  Ptolémée ,  les  Rauraci  ne  font  point 
partie  de  la  Germanie  supérieure,  et  se  trouvent, 
ainsi  que  les  Hehetii ,  enclavés  dans  la  province 
qui  depuis  prit  le  nom  des  Sequani.  Ceci  semblerait 
prouver  que  les  limites  des  deux  Germanies  ont 
varié,  et  qu'elles  n'étaient  point  les  mêmes,  au 
temps  de  Ptolémée ,  qu'à  une  époque  postérieure , 
lorsqu'elles  furent  définitivement  converties  en  pro- 
vinces :  alors  Ptolémée  aurait  eu  raison  de  donner 
Moguntiacum ,  Mayence,  à  la  Germanie  inférieure, 
et  r  Obrincus  Jluvius  serait  au  midi  de  cette  ville  ; 
ceci  ne  souffrirait  aucune  difficulté  si  le  texte  de 
Ptolémée  ne  contenait  encore,  relativement  à  cette 
même  Belgique ,  avec  les  autres  écrivains  de  l'anti- 
quité, une  contradiction  manifeste  dont  il  est  difficile 
de  rendre  raison.  Toutes  les  éditions  de  cet  auteur 
s'accordent  à  mettre  colonia  Equestris ,  qui  est 
Njon ,  et  AwnticurHy  Avenches,  dans  le  territoire 
des  Sequani;  ce  qui  contredit  non  seulement  César, 
et  tous  les  auteurs  anciens,  sur  les  limites  respectives 
des  Hehetii  et  des  Sequani ,  mais  ce  qui  est  contraire 
aussi  au  texte  même  de  Ptolémée,  qui  dit,  après  avoir 
mentionné  les  Leuci  et  les  Lingones  :  «  Après  eux 
((  et  le  mont  Jura  sont  les  /leh'etiiy  près  du  Rhin  , 


PARTIE  III,  CHAP.   I.  317 

((  dont  les  villes  sont  Ganodurum  et  forum  Tiherii.  » 
On  n'a  pu  retrouver  avec  certitude  l'emplacement 
de  ces  deux  villes'.  Il  y  a  tout  lieu  cependant  de 
présumer  que  \e  forum  Tiberii  est  l'île  de  Reichnau; 
car  Strabon  ',  en  décrivant  le  lac  Constance,  nous 
dit  qu'il  y  a  une  île  qui  servit  de  fort  et  de  réceptacle 
à  Tibère,  dans  les  combats  qu'il  fut  obligé  de  livrer 
avec  ses  navires  aux  Kindelici.  Or,  comme  il  n'y  a 
qu'une  seule  île  sur  le  lac  Constance,  qui  est  l'île  de 
Pteichnau,  on  ne  peut  se  méprendre  à  cet  égard.  Après 
la  cessation  de  la  guerre ,  cette  île  se  trouvait  admi- 
rablement bien  située  pour  devenir  l'entrepôt  du 
commerce  entre  les  Barbares  et  les  flomains ,  qui , 
entretenant  une  défiance  mutuelle  et  bien  fondée  les 
uns  envers  les  autres,  avaient  besoin  de  communi- 
quer ensemble.  La  célébrité  que  Tibère  avait  précé- 
demment donnée  à  ce  lieu  lui  aura  fait  donner  le 
nom  àe  forum,  Tiberii  ^.  On  voit  évidemment,  d'après 
le  passage  de  Ptolémée  que  nous  venons  de  citer , 
que  ce  géographe ,  d'accord  avec  tous  les  autres  au- 
teurs anciens ,  regardait  le  Jura  comme  la  limite  des 
Sequani  et  des  Helvetii.  Il  n'a  pu  donc ,  sans  erreur, 
leur  attribuer  coloniaEquestris ,  Nyon ,  et  Aventicum, 
Avenches ,  qui  sont  à  l'est.  Nous  verrons  bientôt 
qu'après  avoir  été  donné  à  la  province  des  Alpes 
pennines ,  Aventicum  fut,  ainsi  que  toute  l'Helvétie, 

'  Yoyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  3i6  et  Siy.  —  Ptolem.,  lib.  ii,  cap.  g, 
p.  5o  (54).        ■ 

"  Strabo,  lib.  vu,  p.  443- 

'  Haller,  Helvetien,  t.  u,  p.  107,  \\s.ce  forum  Tiberii  a.  Zuivach 
sur  le  Rhin ,  où  on  a  tiouvé  des  ruines  ;  lieu  un  peu  à  l'ouest  de 
Kaysersthul,  où  le  plaçait  Beatus  Rhenanus.  M.  Leichtlen  met 
forum  Tiberii  à  Steckborn,  ce  qui  le  rapproche  de  l'île  Reichnau. 


;m8      géographie  ancienne  des  gaules. 

réuni  à  la  grande  province  des  Sequani  :  mais  ce 
n'est  que  par  erreur  que  cette  ville  a  pu  être  consi- 
dérée comme  renfermée  dans  le  territoire  de  ce  peu- 
ple, dont  les  limites  ne  sont  nullement  les  mêmes 
que  celles  de  la  province  qui  reçut  leur  nom.  Il  est 
dit  dans  Frédégaire  iyoL  A{>enticum  reçut ,  sous  Ves- 
pasien,  une  colonie  romaine  :  de  là  sans  doute  le 
titre  de  Flavia  qu'elle  porte  sur  plusieurs  inscrip- 
tions. Si  donc  le  texte  de  Ptolémée,  dans  l'état  où 
les  copistes  nous  l'ont  transmis,  est  convaincu  d'er- 
reur et  de  contradiction  relativement  aux  Sequani 
et  aux  Hehetii,  il  convient  de  même  d'abandonner 
ce  texte  pour  le  reste  de  la  Belgique  lorsqu'il  con- 
tredit les   autres   monumens  de  l'antiquité,   et  de 
rétablir  les  limites  des  deux  Gerraanies  telles  que 
nous  les  offrent  les  textes  d'Ammien  Marcellin  et  de  la 
Notice  de  l'Empire,  quoique  ces  textes  soient  posté- 
rieurs à  celui  de  Ptolémée  ' .  Alors,  il  faudra  remon- 
ter, vers  le  nord ,  les  limites  de  la  Germanie  supé- 
rieure, jusqu'à  l'Ahr,  qui  sera  X  Ohringa  jluvius  de 
Ptolémée,  et  retrancher  de  cette  province  les  Rau- 
raci.   La  frontière  méridionale  des  Trihoci  ou  du 
diocèse  de  Strasbourg  devient  alors  celle  de  toute  la 
Germanie  supérieure.  Cette  opinion  paraît  d'autant 
plus  vraisemblable,  que  nous  avons  déjà  prouvé  qu'il 
existait  une  transposition  évidente  dans  le  texte  de 
Ptolémée,  relativement  aux  Pangiones  et  aux  Tri- 
hoci ,  ainsi  qu'aux  villes  qui  leur   sont  attribuées. 
Nous  devons  observer  d'ailleurs  que  Pline  nomme 
les  Rauraci  avec  les  Sequani  y  et  qu'il  paraît  former 

'  Amra.  Marc;  Notifia  digniiat.  imper.  —  Voyez  ci-après,  p.  35o. 
^  Grutcr  ,  SyS ,  n"  i.  —  Spon.  Miscell.,  Erud.  antiq.,  p.  i48. 


PARTIE  III,  CHAP.  I.  319 

une  scus-ilivison  particulière  des  Nemetes ,  des  Tri- 
bocci  et  des  Van^iones. 

J'ai  dit  que  ces  trois  divisions  d'une  même  pro- 
vince, savoir,  la  Belgique  proprement  dite  et  les  deux 
Germanies,  n'avaient  qu'un  seul  chef  militaire  ;  on 
le  voit  par  l'exemple  de  Drusus  et  celui  de  Germa- 
nicus  ,  qui  commandaient  en  chef  dans  toute  l'éten- 
due de  la  Belgique  considérée  comme  province.  De 
plus,  deux  inscriptions  rapportées  par  Gruter  et 
par  Spon  prouvent  que  ces  mêmes  divisions  se 
trouvaient  aussi  réunies  pour  l'administration  civile 
et  financière.  Une  de  ces  inscriptions  porte  :  ((  Proc 
((  (uratof)  a  rationibus  pro<^finciœ  Belgicœ  et  duarum 
<(  Germaniarum  ;  »  et  l'autre  :  ((  Proc.  ration,  prwa- 
((  tarum  per  Belgic.  et  duas  Germanias .  ))  Ces  in- 
scriptions se  rapportent  h  l'époque  dont  nous  trai- 
tons, et  au  temps  où  il  n'existait  encore  qu'une 
seule  Belgique  et  deux  Germanies  ;  mais  ces  inscrip- 
tions sont  de  la  fin  de  cette  époque ,  et  lorsque  les 
sous-divisions  de  la  Belgique  commençaient  déjà  à 
être  considérées  comme  des  provinces  distinctes  et 
à  en  recevoir  le  titre.  Enfin,  vers  l'an  58  de  J.-C., 
nous  voyons  la  Belgique  gouvernée  par  un  légat, 
tandis  que  la  Germanie  est  soumise  à  des  chefs 
militaires  '. 

'  Un  de  ces  chefs,  Lucius  Vêtus,  voulut  faire  construire  un  canal 
pour  joindre  la  Saône,  la  Moselle  et  le  Rhin;  mais  iElius  Gracilis, 
légat  de  la  Belgique,  s'y  opposa,  et  le  canal  n'eut  pas  lieu  :  donc  leur 
juridiction  était  séparée.  Voyez  Tacite,  Annal. y  lib.  xni,  cap.  53, 
tom.  n,  p.  i38,  édit.  de  Brottier;  tom.  ii,  p.  283,  edit.  Lem.  Tacite 
parle  dans  cet  endroit  de  la  Germanie  et  de  la  Belgique  comme  de 
deux  provinces  distinctes;  et  dans  son  Histoire,  lib.  i,  cap.  Sg, 
tom.  m,  p.  88,  edit.  Lem.,  il  dit  aussi  :  «  Valerius  Asiaticus,  Bel- 
«  gicae  provincise  legatus.  » 


320         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Les  limites  générales  de  la  Gaule  jusqu'à  la  fin 
de  l'époque  dont  nous  traitons  s'étalent  un  peu 
reculées  vers  le  nord ,  ainsi  que  je  l'ai  prouvé  pré- 
cédemment; du  reste  elles  ne  varièrent  pas,  puisque , 
ainsi  que  je  l'ai  déjà  observé ,  les  Alpes  grales , 
pennlnes ,  cottlennes  et  maritimes,  sont  mises  par 
Pline  et  Ptolémée  dans  l'Italie  :  elles  n'étaient  donc 
pas  réunies  à  la  Gaule  du  temps  d'Hadrien  et  d'An- 
tonln-le-Pleux,  époque  à  laquelle  Ptolémée  écrivait. 

Jamais  peut-être  les  armes  romaines  ne  furent 
plus  redoutables  aux  nations  guerrières  de  la  Ger- 
manie ,  que  vers  la  fin  du  règne  de  Tibère,  l'an  25 
de  J.-C,  après  les  découvertes  de  Drusus  et  de 
Germanicus ,  et  lorsque  enfin  Domitius  eut  fait  fuir 
les  Barbares  jusqu  au-delà  de  l'Elbe  qu'il  traversa  '. 
Tacite  nous  a  conservé  le  détail  des  légions  répar- 
ties à  cette  époque  dans  les  différentes  provinces 
de  l'Empire  ";  et  nous  voyons  que  toutes  les  Es- 
pagnes  étaient  gardées  par  trois  légions  ;  l'Afrique 
et  l'Egypte,  chacune  par  deux;  qu'il  n'y  en  avait 
que  quatre  dans  tout  le  vaste  pays  qui  s'étend  de- 
puis la  Syrie  jusqu'à  l'Euphrate,  et  qui  compre- 
nait l'Albanie,  l'Ibérie,  et  d'autres  royaumes  que 
la  grandeur  romaine  protégeait  contre  les  empires 
voisins;  qu'il  n'y  en  avait  que  deux  dans  la  Moesie, 
sur  les  rives  du  Danube ,  et  deux  autres  dans  la 
Dalmatie;  mais  qu'il  y  en  avait  huit  sur  les  rives 
du  Rhin,  destinées  à  contenir  également  les  Ger^ 

■  Tacitus,  Annal.,  lib.  iv,  cap.  44  '■  "  Post  exercitu  flumen 
«  Albim  transccndit ,  longius  penetrata  Germania  quam  quisquc 
«  priorum;  easque  ob  res  insignia  triumphi  adeptus  est.  » 

''  Taciliis,  Ânnnl.,  lib.  iv,  cap.  5,  tom.  i,  p.  /joo,  edit.  Leni. 


PARTIE  III,  CHAP.  II.  337 

LUGDUNENSIS  SECUNDÀ,  Lyonnaise  seconde. 

Diocèses  tle 

Metropolis  cwit.  Rotomagensiuni.  Rouen. 

Civitas  Baiocassium Bayeux. 

—  Ahrincatum Avranches. 

—  Ebroicorum, Evreux. 

—  Sagioj'um Séez. 

—  Lexovioram Lisieux. 

—  Constantia Coutances. 

—  Turonum Tours. 

—  Cenomannorum Le  Mans. 

—  Redonum Rennes. 

—  Andicavorum Angers. 

—  JSamnetum Nantes. 

—  Coriosopitiim Cornouailles. 

—  Venelum Vannes. 

—  Ossismorinn St.-Pol-de-Léon. 

—  Diahlintum Jubleins. 

AQUITJNIA,  rAquitaino. 

Nous  venons  d'en  exclure  cwltas  Biliuigiun,  qui, 
dans  la  dernière  division  des  Gaules,  devint  la  mé- 
tropole de  l'Aquitaine  première;  mais  à  l'cpoqur 
dont  nous  traitons,  l'Aquitaine,  non  encore  divisée, 
formait ,  même  après  en  avoir  rctranclié  les  Bitu- 
riges ,  une  très  vaste  province,  el  contenait  les  cité^ 
suivantes  : 

Metropolis  civitas  Burdigalensium.  Bordeaux. 
Tout  porte  à  croire  ([ue  Bordeaux ,  qui ,  à  l'é- 
po(|ue  dont  nous  traitons  ,  élail  la  ville  la  plus 

II.  *    (2 


338         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

considérable  de  toute   l'Aquitaine ,   portait   le 
titre  de  métropole. 

Diocèses  de 

Cwitas  Arvernorum Clerraont. 

—  Kutenorum Rhodez. 

—  Alhiensium Alby. 

—  CadurcoruTTi Cahors. 

—  Lemovicum Limoges. 

—  Gabalum..   ..*....  Anterrieux. 

—  Pellavorum Saint-Paul  ien. 

—  Agennensium Agen. 

—  Ecolismensium Angoulême. 

—  X    Santonum Saintes. 

—  Pictavorum Poitiers. 

—  Petrocoriorum Périgueux. 

NOFEMPOPULANyJ ,  !a  jVovempopulane. 

Metropolis  civitas  Elusatiiim Eause. 

Cwitas  Aquensium Acqs. 

—  Lactoratium Lectoure. 

—  Convenarum St.  -  Bertrand- 

de-Comence. 

—  Consorannorum Saint-Lizier. 

—  Boatium Téte-de-Buch. 

—  Benarnensium La  vieille  four, 

à  l'est  de  Maslacq. 

—  Aturensium Aire. 

—  Vasatica Bazas. 

—  Turba Tarbes. 

—  Elloronensium Oloron. 

—  Ausciorum Aucli. 


PARTIE  III,   CHAP.  I.  321 

mains  et  les  Gaulois  :  ainsi  les  Romains  employaient 
presque  autant  de  troupes  pom-  défendre  les  Gaules 
que  pour  garder  toutes  les  autres  provinces  de 
l'Empire  réunies.  La  plus  grande  partie  de  toutes 
ces  forces  devaient  se  trouver  concentrées  entre  le 
Necker  et  le  Majn ,  entre  la  Sieg  et  la  Lippe ,  ou 
entre  Bonn  et  Emerick,  puisque,  comme  je  l'ai  déjà 
observé  dans  les  autres  parties  du  cours  du  Rhin,  les 
Romains  avaient  formé  des  établissemens  à  l'orient 
de  ce  fleuve. 

B.  —  De  la  Gaule  cisalpine. 

La  Gaule  cisalpine  n'éprouva  aucun  changement 
dans  ses  divisions  durant  la  période  de  temps  dont 
nous  traitons.  Seulement  après  la  mort  du  roi 
Cottius ,  qui  eut  lieu  sous  le  règne  de  Néron ,  les 
États  de  ce  prince  furer^  réunis  à  l'empire  Romain  ' 
et  à  l'Italie.  Ils  formèrent  une  province  particulière, 
qui  porta  le  nom  du  roi  qui  l'avait  gouvernée  ;  elle 
fut  ensuite  régie  par  un  président  ou  un  procurateur. 
Plusieurs  inscriptions  confirment  ce  que  les  auteurs 
anciens  nous  apprennent  sur  ce  fait  :  une,  entre 
autres,  rapportée  par  Gruter  ",  porte  :  ((  Procuratori 
H  et  prœsidi  AlpiuTïi  Cotti.  »  Dans  une  autre  inscrip- 
tion, trouvée  à  Suse  en  1782,  on  voit  dénommé  un 
certain  Titus  Cassius,  prêtre  flamine  d'Auguste,  de 
la  ville  d'Embrun  et  de  la  province  cottienne.  ff  Tito 

'  Voyez  Sueton.,  Nero,  i8,  tom.  ii,  p.  lyS,  edit.  Hase.  —  Aurel. 
Victor.,  de  Cœs.,  cap.  5,  p.  026,  edit.  ad  usiini  Delph.  —  Sextus 
Rufus,  ap.  Entrop.,  edit.  Verheyk.  —  Amm.  Marcellin.,  lih.  xv, 
cap.  10  et  II. 

"  Gniter,  p.  495,  n"  7. 

ir.  21 


322        GÉOGRAPHIE  A^CIENNE  DES  GAULES. 

M  CassiOy  quintumviro  civitatis  Ehrodunensis ,  jla- 

<(  mini  Âugustali,  provinciœ  Cottianœ  ' .  » 

Tacite  nous  apprend  que  l'empereur  Néron  con- 
féra le  droit  de  villes  latines  aux  peuples  des  Alpes 
maritimes'.  Ce  fut  sans  doute  à  celte  époque,  c'est- 
à-dire  vers  les  dernières  années  du  règne  de  Néron  , 
qu'on  en  forma  un  district  ou  une  province  particu- 
lière. Tacite,  dans  son  Histoire,  en  parle  comme 
d'une  province  qui  avait  son  procurateur  particulier 
en  l'an  69  de  J.-C.  ^  a  Marius  Maturus,  dit-il ,  était 
((  alors  procurateur  des  Alpes  maritimes.  Après  avoir 
«  rassemblé  le  peuple  et  surtout  la  jeunesse  ,  il  entre- 
«  prit  de  repousser  les  partisans  d'Othon  des  fron- 
ts tières de  la  province.  »  Mais,  ainsi  que  je  l'ai  déjà 
observé,  cette  province  et  celle  des  Alpes  graiœ  ne 
furent  réunies  à  la  Gaule  que  postérieurement  à 
Constantin  '*. 

'  Durandi ,  Notizia  dell  antico  Ptemonte  traspadano ,  part,  i; 
Marca  di  Torino,  p.  6&.  —  Sachetti,  Memorie  délia  chiesa  di  Susa, 
p.  2-4. 

'  Tacit.,  Annal.  ^  lib.  xv,  cap.  32;  édit.  de  Brottier,  tom.  ii, 
p.  219;  —  tom.  II,  p.  446,  edit.  Leni. 

'  Tacit.,  Hist.,  lib.  11,  cap.  12,  edit.  de  Brottier,  tom.  m,  p.  89; 
tom.  m,  p.  i54,  edit.  Lem.  —  Id.,  Hist.,  lib.  iii,  cap.  42,  tom.  m, 
p.  3i4,  edit.  Lem. 

*  Conférez  Histoire  générale  de  Languedoc,  tom.  i,  p.  629, 
note  35. 


PARTIE  IIÎ,  CHAP.  II.  323 


CHAPITRE   IL 


Depuis  l'an  80  de  J.-C,  époque  de  la  mort  de  Vespasien,  jusqu'à 
l'an  3Go  après  J.-C,  époque  du  séjour  de  Julien-l'Apostat  à  Paris. 
Division  de  la  Gaule  transalpine  en  onze  provinces. 

La  clI\ision  que  nous  aA^ons  indiquée  subsista  de- 
puis le  règne  de  Vespasien  jusqu'au  règne  de  Dioclé- 
tien  ;  il  n'y  eut  dans  cet  intervalle  aucun  changement 
dans  la  géographie  civile  ou  administrative  des 
Gaules.  Mais  la  révolte  des  Bataves,  et  les  guerres 
qui  eurent  lieu  avec  les  Germains,  produisirent  quel- 
ques révolutions  physiques ,  et  des  altérations  con- 
sidérables dans  le  territoire  compris  entre  les  em- 
bouchures du  Rhin,  où  la  terre  et  l'eau  semblent 
se  combattre,  et  qui  semble  avoir  été  destiné  par 
la  nature  à  ne  jamais  rester  dans  le  même  état. 
Le  canal  que  fit  creuser  Corbulon  ,  et  qui  prit  par 
celte  raison  le  nom  defossa  Corhulonis^  eut  prin- 
cipalement pour  but  de  prévenir  les  inondations  : 
il  dut  diminuer  considérablement  la  branche  du 
Rhin  intermédiaire  qui  conservait  plus  particuliè- 
rement le  nom  de  Rhin.  En  effet,  le  terrain  qui  se 
trouve  incliné  vers  le  midi  a  dû  produire  un  verse- 
ment partiel  des  eaux  du  Rhin,  par  cette  coupure, 
dans  l'embouchure  du  Wahal  et  de  la  Meuse  réunis. 
La  mesure  qui  nous  est  donnée'  prouve  que  ce  canal 
était  peu  éloigné   du   rivage,   et  qu'il  aboutissait, 

'  Tacit.,  Annal.,  xi,  cap.  20,  tom.  11,  p.  43»  edit.  Lem.  —  Dio, 
lib.  tx,  p.  968,  edit.  Reim. 

"  Dion  dit  que  ce  canal  avait  170  stades.  —  Tacit.,  loco  citato,  dit 
25  milles  romains,  qui  font  174  stades,  qui  donnent  2i,aPa  toises 
Cette  mesure  est  exacte  entre  les  deux  points  indiqués. 


324  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
d'une  part,  à  Lugdununi,  Leyde,  et  de  l'autre,  au 
Flenium  de  la  Table,  qui  est  Vlaerdingen.  Le  bras 
du  Rhin  qui  passait  à  Leyde,  ou  le  Rhin  proprement 
dit,  avait  dû  être  déjà  considérablement  réduit  lors- 
que Cwilis  eut  rompu  la  digue  que  Drusus  avait 
commencée,  et  qu'avait  achevée  Paulinus  Pompeius, 
pour  retenir  les  eaux  du  fleuve,  qui  tendaient  à 
s'écouler  vers  le  raidi  dans  la  Meuse  et  le  Wahal ,  et 
qui  alors  durent  se  précipiter  de  ce  côté  avec  d'au- 
tant plus  de  violence  qu'elles  étaient  retenues  par 
un  moyen  factice  :  aussi  ce  fut  d'abord  par  ce  côté 
que  les  Germains  pénétrèrent  lorsqu'ils  voulurent 
s'emparer  des  Gaules. 

J'ai  dit  que  la  division  tracée  dans  le  chapitre 
précédent  subsista  jusqu'à  Dioclétien.  En  effet, 
ainsi  que  je  l'ai  déjà  observé,  Ptolémée  ,  qui  vivait 
sous  Marc-Aurèle  Antonin,  ne  divise  la  Celto-Ga- 
latie,  c'est-à-dire  la  Gaule  transalpine,  qu'en  quatre 
cparcliies  '  ou  provinces;  l'Aquitaine,  la  Lyonnaise, 
la  Belgique  et  la  Narbonnaise.  Cependant  il  place 
comme  sous -divisions  dans  la  Belgique  les  deuv 
Germanies.  Spartianus  *  nous  rapporte  que  Didius 
Julianus  gouverna  long-temps,  et  avec  probité,  la 
Belgique  :  «  Didius  Julianus  Belgicam  sancte  ac 
u  diu  rexit.  »  Il  nous  dit  aussi  que  Septimius  Severus 
reçut  comme  légat  le  gouvernement  de  la  Lyon- 
naise :  «  Lugdunensem  provinciam ,  legatus ,  acce- 
((  pit  ^ .  »  Eutrope  dit  que  Tetricus,  qui  vivait  vers 

'  Voyez  Ptolem,,  lib.  u,  cap.  7,  p.  49  (45).  "^ 

'  Spartianus  in  Didio  Jiiliano,  cap.  i,  p.  106,  edit.  Lipsiae,  1774» 

in-8°.  —  Rec.  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  556. 

'  Id-t  in  Sei'ero,  cap.  3,  p.  ii5,  edit.  17741  l'an  de  J-C.  186.  — 

Voyez  Hist.  dr  France,  toin,  i,  p.  536. 


PARTIE  III,  CHAP.  II.  :i2r> 

l'an  264 ,  administrait  l'Aquitaine  lorsqu'il  fut  élu 
empereur  :  ((  Aquitaniam  prœsidis  jure  adminis- 
«  trahisse  ' .  »  Tetricus  fut  défait  par  Aurélien  vers 
l'an  273  ;  le  jurisconsulte  Paul ,  qui  vivait  à  la  fin 
du  II"  siècle ,  met  Vienne  dans  la  Narbonnaise  :  ainsi 
donc  il  est  démontré  que  non  seulement  sous 
Auguste ,  mais  même  sous  Tibère  ,  sous  Julien  , 
sous  Aurélien  et  plus  tard ,  il  n'y  avait  qu'une 
seule  et  unique  Belgique,  qu'une  seule  et  unique 
Lyonnaise  ou  Celtique ,  qu'une  seule  Aquitaine , 
qu'une  seule  Narbonnaise  :  ce  sont  ces  quatre  pro- 
vinces que  Velleius  Paterculus  appelle  tractuni  om- 
neni  Galliœ  provinciarum  ;  et  les  trois  premières 
sont  nommées  très  Galliœ ,  dans  les  médailles  de 
Galba  et  dans  le  monument  érigé  à  T^iducasses , 
Vieux ,  l'an  238  ,  en  l'honneur  de  Titus  Sinnius 
Solemnis  ". 

Il  est  étonnant,  malgré  des  autorités  aussi  évi- 
dentes, que  Scaliger,  d'Anville  et  beaucoup  d'autres, 
aient  persisté  à  croire  que  la  Gaule  se  trouvait  di- 
visée en  six  provinces  sous  le  règne  d'Auguste. 

Il  paraît  que  ce  fut  Dioclétien  qui  érigea  le  pre- 
mier en  autant  de  provinces  séparées  quelques  sous- 
divisioijs  de  la  Gaule,  telles  que  les  deux  Germanies 
et  plusieurs  peuples  principaux  ;  ceci  semble  prouvé 
par  un  passage  de  Lucius  Cecilius  où  il  blâme  cet 

■  Vers  l'an  271.  Eutrop.,  lib.  ix,  cap.  10,  p.  669,  edit.  Tzschuck  ; 
p.  457,  edit.  Verheyk.  —  Ceci  se  trouve  confirmé  par  Trebellius 
PoUio,  cap.  24,  de  Tetrico  seniore,  p.  347,  edit.  Lipsiae,  1774,  in-8». 
—  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  559,  et  par  Aurelius 
Victor,  de  Cœsaribus ,  cap.  55,  p.  402,  edit.  ad  usiim  Delph. 

'  Mém.  des  Antiq.  de  France,  tom.  vu,  p.  294. 


326         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
empereur  d'avoir  morcelé  les  provinces  :  a  Provinciœ 
quoque  infrusta  concisœ  ' .  >> 

Une  inscription  célèbre  ,  relative  h  la  réparation 
des  murs  de  Fitodurus  %  qui  est  du  temps  où 
régnaient  conjointement  Dioclétien ,  Constance- 
Chlore,  Maximien,  Galère,  c'est-à-dire  vers  la  fin 
du  iii^  siècle,  constate  l'existence  de  la  provincia 
Maxima  Sequanorum  ou  de  la  Grande -Séquanaise 
considérée  comme  province  distincte  ,  puisque  cette 
province  s'y  trouve  mentionné3.  Quoique  cette  in- 
scription,  qui  est,  ou  était,  à  Constance,  dans  la 
chapelle  de  Saint-Biaise ,  ait  été  donnée  comme  sin- 
cère par  Tschudi,  l'un  des  plus  respectables  écrivains 
de  la  Suisse,  cependant  Bochat  jette  des  doutes  sur 
les  trois  derniers  mots,  et  il  se  fonde  à  cet  égard 
sur  ce  qu'Orose,  qui  écrivait  dans  le  v^  siècle,  fait 
mention  de  l'Aquitaine,  de  la  Narbonnaise,  de  la 
Lyonnaise  et  de  la  Gaule  belgique  ,  sans  dire  un 
mot  de  la  Séquanaise.  Schœptlin,  qui  admet  cette 
inscription  comme  vraie,  mais  qui  prétend  prouver, 
d'après  Zosyme,  que  l'établissement  de  la  province 
nommée  Maxima  Sequanorum  n'a  eu  lieu  que  dans 
le  iv^  siècle,  en  Siy,  retranche  aussi  les  trois  der- 
niers mots  PROV.  MAX.  SEQ.  de  notre  inscription , 
et  suppose  qu'ils  y  ont  été  ajoutés  ^  N'ous  regar- 

'  Lucius  Cecilius,  apud  Lactaniium.  —  Voyez  Labarre,  Mtm.  de 
l Académie  des  Inscript.,  tom.  viii,  p.  407. 

'  Gruter,  Inscript.,  p.  166. — Mémoires  de  V Académie,  toni.viii, 
p.  416.  —  Bochat.,  Me'm.  crit.  sur  VHistnire  ancienne  de  la  Suisse, 
tom.  I,  p.  426.  — Haller,  Heheiien  unter  den  Rœmcrn  ,  tom.  1^ 
p.   270. 

'  Conférez  Oiosios,  Hist..  lib.  xi,  cap.  2.  —  Zosym.,  Hist.  rom., 
lib.  m,  cap.  54-  —  Stumpf.,  Srhn-eizei-Climnik ,  lib.  v,  cap.  10.  — 


PARTIE  m,  CHAP.  II.  327 

dons ,  au  contraire ,  comme  très  probable  qu'une 
nouvelle  division  des  Gaules  eut  lieu  sousDioclétlen, 
vers  l'an  292,  lorsqu'il  créa  deux  Césars  pour  ré- 
gner avec  lui  et  avec  Maximien,  son  ancien  ami. 
Mais  aucun  monument  connu,  jusqu'à  ce  jour,  ne 
nous  indique  d'une  manière  précise  en  combien  de 
provinces  Dioclétien  divisa  la  Gaule  :  on  doit  seule- 
ment présumer  que  cette  grande  portion  de  l'Empire 
en  occident  éprouva  encore  de  nouvelles  subdivisions 
sous  Constantin-le-Grand ,  qui  sépara ,  dans  le  gou- 
vernement des  provinces,  le  pouvoir  civil  du  pouvoir 
militaire,  et  qui  parait  avoir  créé  les  diocèses. 

D'après  celte  nouvelle  division  de  l'Empire  par 
Constantin,  la  Gaule  transalpine,  l'Espagne  et  l'île 
Britannique,  ne  formèrent  qu'une  seule  préfecture, 
gouvernée  par  un  préfet  du  prétoire.  Le  lieu  de  la 
résidence  du  gouverneur  général  ,  que  Strabon 
nous  apprend  avoir  été  de  son  temps  à  Durocotorum, 
Reims,  fut  fixé  à  Augusta  Trevirorum y  Trêves,  qui 
dès  le  temps  de  Mêla  était  déjà  considérée  comme  une 
des  principales  villes  des  Gaules.  Après  la  création  des 
diocèses,  cette  ville  devint  la  capitale  de  la  Gaule, 
de  1  Espagne  et  de  la  Grande-Bretagne  réunies  '. 
Chacune  de  ces  trois  divisions  formant  un  diocèse  était 
gouvernée  par  un  vicaire,  sous  les  ordres  du  préfet. 
Le  vicaire  particulier  des  Gaules  résidait  à  A  relate , 
Arles  :  cette  dernière  ville  fut  donc  dès  lors  consi- 

Plantui,  Helvet.  antiq.  et  nova,  p.  64  et  n^i.  —  Schaepflin,  Alsatia 
illustr.,  tom.  i.  —  Bochat,  tom.  1,  p.  5Qi.  —  Haller,  Helvttien , 
tom.  I,  p.  ay3. 

'  Enim.,  Paiiepjricus  in  Constantinum ,  cap.  xxji.  —  D.  Bouquet, 
fiec.  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  yi6.  —  Voyez  Codex  Theodos., 
lom.  II,  p.  40.8,  tom.  IV,  p.  670. 


328  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
dérée  comme  la  capitale  particulière  du  vicariat  des 
Gaules;  mais  elle  ii'aA^ait  que  le  second  rang,  et  cédait 
le  premier  à  Trêves,  qui  lui  était  supérieure  en  qua- 
lité de  capitale  de  la  préfecture  des  Gaules,  grande 
division  de  l'Empire  qui ,  ainsi  que  nous  venons  de 
le  dire,  avec  les  Gaules  ,  comprenait  aussi  l'Espagne 
et  la  Grande-Bretagne.  Lorsque  les  peuples  germains 
eurent  envahi  Trêves ,  le  préfet  du  pratoire  qui  y 
faisait  son  séjour  se  retira  d'abord  à  Autun  ,  ensuite 
à  Arles,  où  l'empereur  Honorius,  ainsi  que  nous  le 
verrons ,  convoqua  les  députés  des  sept  provinces  des 
Gaules  qui  lui  restaient  encore  :  alors  Arles  se  trouva 
la  seule  et  unique  capitale  des  Gaules,  et,  comme 
telle,  eut  le  rang  sur  Vienne,  capitale  particulière 
de  la  province  dans  laquelle  elle  se  trouvait  située. 

Eusèbe,  dans  son  Histoire  ecclésiastique,  dit*  : 
«  Lyon  et  Vienne,  métropoles  remarquables  de  la 
((  Gaule.  »  Ce  passage ,  qui  est  inexact  pour  le  temps 
de  Marc-Aurèle,  époque  des  événemens  racontés 
nar  Eusèbe,  prouve  qu'au  temps  où  écrivait  cet  his- 
torien ,  sous  Constantin,  la  Viennaise  formait  une 
province  séparée  de  la  Narbonnaise;  et  en  effet,  dans 
le  concile  d'Arles,  l'an  SiZjdeJ.-C,  l'an  g  du  règne  de 
Constantin,  les  villes  d'Arles,  de  Marseille,  de  Vienne, 
de  Valson,  d'Orange,  sont  données  à  la  Viennaise. 

Vopiscus  nous  dit  que  les  tyrans  Procule  et  Eonose 
avaient  attiré  dans  leur  parti  les  Bretagnes,  les  Espa- 
gnes  et  les  provinces  de  la  Gaule  narbonnaise,  brac- 
catœ  Galliœ  provincias  "  :  ceci  semblerait  supposer 

'  Euseb.,  lib.  v,  cap.  i,  et  dans  D.  Bouquet,  Rec.  des  Hist.  de 
France,  tom.  i,  p.  5^i. 

"  Vopiscus,  in  Probo,CA\\.  18,  p.  427,  edit. Leipzig,  1774,  in-S", 
—  D.  Bouquet,  Rec.  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  54 1. 


PARTIE  III,  CHAP.  II.  329 

qu'en  280  la  province  Narbonnaise  se  trouvait  déjà 
divisée  en  plusieurs  provinces,  et  nous  avons  prouvé 
le  contraire.  Il  est  évident  qu'ici  Vopiscus,  de  même 
qu'Eusèbe,  s'exprime  avec  exactitude  pour  le  temps 
où  il  écrivait ,  mais  non  pour  celui  des  événemens 
qu'il  raconte.  * 

11  est  fait  mention  de  la  Lyonnaise  première  ' 
dans  une  loi  du  Code  théodosien ,  de  l'an  5ig. 

Saint  Hilaire,  évéque  de  Poitiers,  dans  une  lettre 
adressée  aux  évêques  de  toutes  les  provinces ,  en 
358  ',  est  le  premier  qui  nous  donne  une  division 
de  toute  la  Gaule  en  plusieurs  provinces,  telle  qu'elle 
fut  établie  du  temps  de  Constantin ,  ou  peu  après  ; 
l'inscription  de  cette  lettre  est  ainsi  conçue  : 

(c  Dominis  et  beatissimis  fratribus  et  coepiscopis 
«  provinciœ  Germaniœ  I ,  Germaniœ  II ^  et  I  Bel- 
«  gicœ ,  et  Belgicœ  II ,  et  Lugdunensis  I ,  et  Liig- 
((  dunensis  II ,  et  provincice  Aquitanicœ,  et  provin- 
«  ciœ  Novempopulanœ,  et  Narbonensisy  plebibus, 
«  et  clericis  Tolosanis .  » 

Une  inscription  rapportée  par  Gruter,  qui  est  de 
l'an  362 ,  et  où  Saturnin  est  nommé  président  de 
l'Aquitaiïie ,  vient  à  l'appui  de  la  lettre  de  saint 
Hilaire,  et  nous  prouve  qu'il  n'y  avait  à  cette  époque 

'  Cod.  Theod.,  toni.  iv,  p.  Sa,  edit.  i665.  Je  dis  de  la  Lyonnaise 
première,  et  non  pas  de  la  Lyonnaise  seconde,  comme  l'avance  à 
tort  D.  Bouquet,  Préface  des  Historiens  de  France,  tom.  i,  p.  xv, 
qui  rapporte  aussi  cette  loi  à  l'an  3i2;  mais  cette  dernière  erreur 
est  celle  de  Godetroy  et  non  la  sienne,  puisqu'il  la  corrige  dans  une 
note  à  la  page  746  du  même  volume. 

'  Valesii  Notitia  Galliar. ,  p.  3oo.  —  D.  Bouquet,  Rec.  des  Hist. 
de  France,  p.  xv  de  la  Préface.  La  lettre  s'adresse  aussi  au  clergé 
d'Albion,  ac  provinciarum  Britanniarum. 


330  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
qu'une  seule  Aquitaine  :  mais  nous  avons  démontré 
l'existence  d'une  proifincîa  ï^ienneasis  ou  d'une  pro- 
vince Viennaise,  ainsi  que  celle  d'une  Grande-Sé- 
quanaise ,  Maxima  Sequanorum.  Si ,  comme  il  est 
probable  ,  ces  diverses  provinces  avaient  les  mêmes 
limites  que  lors  de  la  Notice  de  l'Empire,  il  en  ré- 
sulte qu'à  l'avènement  de  Julien-l' Apostat  à  l'empire, 
la  Gaule  se  trouvait  divisée  de  la  manière  suivante  : 
je  préviens  que,  dans  cette  énumération,  je  suivrai 
l'ordre  de  la  lettre  de  saint  Hilairef  ce  qui  est  très 
remarquable ,  c'est  que  cet  ordre  est  presque  le  même 
que  celui  qu'Ammien  Marcellin  a  adopté  dans  son 
énumération  des  provinc3s  de  la  Gaule,  quelques 
années  après  :  je  détaillerai,  d'après  la  Notice  ',  les 
peuples  qui  étaient  renfermés  dans  chaque  province , 
et  par  conséquent  les  limites  de  ces  provinces,  puis- 
que celles  des  peuples  qui  les  composent  ont  été 
déterminées  précédemment  dans  cet  ouvrage. 

GERMANIA  PRIMA 
Dont  la  métropole  et  les  cités  sont  : 

Diocèses  de 

MetropoUs  Mogunciacensium.  .   .   .  Majence. 
Cwitas  Argentoratensium.   .   .   .  Strasbourg. 

—  Nemetum Spire. 

—  Vangionum Worms. 

GERMANIA  SECUNDA. 

MetropoUs  cwitas  Agrippinensium.  Cologne. 

—  Tungrorum Tongres. 

'  Voyez  Gruter,  p.  465.  -^  Recueil  des  Hist.  de  France,  toni.  i, 
p.  122.  —  Guérard  ,  Essai,  \>.  12  et  suiv.  —  Gronovius,  Varia 
^eographica ,  p.  4o. 


PARTIE  III,  CHAP.  II.  331 

BELGICA  PRIMA. 

Diocèse»  de 

Metropolis  cwilas  Treverorwn.  .  .   .  Trêves. 

Cwitas  Mediomatricorurrij  Mettis.  Metz. 

—  Leucorum,  Tullo Toul. 

—  Verodunensium Verdun. 

BELGICA  SECUNDA. 

Metropolis  cwitas  Bemorum.  .   .   .  Reims. 
Cii^itas  Suessionum Soissons. 

—  Caiellaunorum Cluilons-sur- 

Marne. 

—  J^eromanduoruTn.    .   .   .  St. -Quentin. 

—  Âtrabatiun Arras. 

—  Camaracensium Cambray. 

—  Turnacensium Tournay. 

—  SiU'anectum Senlis. 

—  Bellouacorum Beauvais. 

—  Amhianensium Amiens. 

—  Morinum Terrouenne. 

—  Bononensium Boulogne. 

Sous  Dioclétien  ,  la  portion  de  la  Belgique  qui 
tant  de  fois  avait  été  repeuplée  par  des  Germains  en 
reçut  encore  de  nouveaux  :  parmi  eux  il  y  avait  des 
peuples  qui  devaient  bientôt  y  entrer  en  maîtres, 
s'emparer  de  la  Gaule  entière,  et  lui  imposer  un  nou- 
veau nom.  Eumène,  dans  son  Panégyrique  de  Con- 
stance-Chlore, dit  que  des  Chamaçes  et  des  Frisiens 
avaient  été  transplantés  dans  les  Gaules  ,  et  étaient 
devenus  cultivateurs;  et  qu'enfin,  par  les  ordres  de 
Maximien,  les  champs  incultes  d^s  Nerviens  et  des 


332  GÉOGRAPHIE  ANCIENÎ^E  DES  GAULES. 
Trénriens ,  étaient  fécondés  par  des  Lètes  et  des 
Francs  '.  Ces  colonies  furent  d'abord  trop  peu  nom- 
breuses pour  donner  de  nouveaux  noms  aux  cantons 
qu'elles  habitèrent.  On  doit  fixer  néanmoins  l'éta- 
blissement de  ces  nouvelles  colonies  des  Gaules,  trop 
peu  remarquées,  vers  l'an  295  et  294;  11  est  probable 
que  ces  Lètes  étaient  une  tribu  de  S  armâtes  ou  de 
Sauromates ,  dont  Ausone  fait  mention  dans  son 
poëme  sur  la  Moselle ,  et  qu'il  rencontra  au  passage 
de  la  rivière  Nava,  la  Nahe,  qui  coule  dans  le  Rhin 
à  Bingen. 

Arvaque  Sauromatum  nuper  metata  colonis  '. 

Ce  seraient  alors  les  colons  français  qu'on  aurait 

■  Ex  Panegyrico  Eumenii  in  Constantium ,  cap.  ix  et  xxi.  — 
Rec.  des  Hist.  de  France ,  tom.  i,  p.  'ji{. 

"  Auson.,  Precatio ,  v.  3i,  p.  292  (SSa).  —  Id.,  de  Mosella,  x, 
V.  I  et  g,  p.  298  et  299  (554),  edit.  ad  usum  Delph.,  lySo,  10-4°.  — 
D'après  la  conjecture  ingénieuse  de  l'abbé  Dubos,  il  semblerait  que 
le  nom  de  Lœti,  dérivé  de  lœtus,  servait  à  désigner  tous  les  peuples 
barbares,  enrôlés  au  service  de  l'empereur  romain,  ou  qui  se  trou- 
vaient naturalisés  ou  domiciliés  dans  l'Empire  ;  alors  on  ne  doit 
plus  être  étonné  de  trouver  dans  différens  endroits  des  Gaules  les 
Laetes  bataves,  les  Laetes  teutons,  etc.;  cependant  Zosyme  dit,  en 
parlant  du  tyran  Magnence  (Zosym.,  Hist.,  lib.  ii,  p.  i34)  :  «H  était 
«  d'origine  étrangère,  et  avait  vécu  parmi  les  Laetes,  nation  gau- 
«  loise.  «  Ce  passage,  il  faut  le  dire,  l'abbé  Dubos  le  rapporte  avec 
une  grande  bonne  foi,  mais  il  ne  l'explique  pas,  dans  son  système, 
d'une  manière  satisfaisante.  —  Dubos,  Hist.  critique  de  l'établis- 
sement de  la  Monarchie  française  dans  la  Gaule,  tom.  i,  p.  i4^- 
Il  y  a  un  passage  d'Ammien  Marcellin  qui  confirme  celui  de 
Zosyme,  et  qui  démontre  que  les  Lœti  étaient  un  peuple  particulier 
de  la  Germanie,  puisque  cet  historien  (lib.  xvi,  cap.  11),  dit  que 
les  Laetes  barbares  surprirent  Lugdunum  dans  la  Batavie.  «  Laeti 
«  barbari  invasere  Lugdunum  incautam.  »  D.  Bouquet  {Rec.  des 
Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  44^)  observe  très  bien  ([ue  le  mot  Laeti 
ne  peut  se  prendre  ici  },our  un  adjectif. 


PARTIE  III,  CHAP.  II.  333 

transplantes  chez  les  Nerviens;  et  c'est  en  effet  chez 
les  Nerviens,  et  dans  les  cités  voisines,  c'est-à-dire 
dans  les  cités  ou  les  diocèses  de  Cambraj  et  de  Tour- 
na j,  que  les  Francs,  attirés  et  soutenus  sans  doute  par 
leurs  compatriotes  établis  dans  ces  contrées,  firent 
leurs  premières  conquêtes. 

Un  ou  deux  ans  après  ces  transplantation;  des 
Francs  dans  la  Gaule ,  Constance  repoussa  une  trDupe 
de  cette  nation  qui  avait  envahie  la  Batavie,  et  il 
transporta  cette  même  année  différentes  tribis  de 
Francs  dans  les  Gaules  pour  cultivei'  des  terres  mais 
il  est  probable  qu'il  leur  conféra  ces  terres,  pa^  l'in- 
capacité où  il  se  trouvait  de  se  défendre  contrôleurs 
incursions  '. 

On  voit,  ainsi  que  je  l'ai  dit  précédemment,  que  le 
petit  territoire  des  Morini  fut  subdivisé  er  deux 
cités.  Dans  quelques  manuscrits  de  la  Notic»  il  y  a 
civitas  Morinorum,  id  est  Ponticum  ou  Pontiim.  Ce 
Ponticum  paraît  être  le  Pontibus  de  l'Itiiéraire, 
f[ue  les  mesures  déterminent  àPonclies-sur-l'^uthie, 
et  qui  est  certainement  l'origine  du  nom  de  Pcithieu  ; 
mais  ces  mots  id  est  Ponticum  sont  évidemment 
une  addition  faite  dans  le  moyen  âge  à  (uelques 
manuscrits  de  îa  INotice  \ 

Civitas  TurnacensiuTïi  représente  ici  l'aicien  ter- 
ritoire des  Menapii,  et  civitas  Cameracensum  celui 
des  JServii ,  dont  Bagacum,  Bavaie,  étit  la  ville 
centrale.  Ces  deux  diocèses  étant  préciséaent  ceux 

'  Eumen.,  Prnegyricus  in  Const.  -  D.  Bouquet,  î^c.  des  Hixt. 
(le  France,  tom.  i,  p.  716.. 

'  Voyez  Gronovius,  Far.  Qengr.,  p.  45.  —  Jiet  des  Ilisi.  de 
France,  tom.  11,  p.  •?.  et  5. 


334        GÉOGRAPHIE  ANCIENINE  DES  GAULES, 
dans  lesquels  furent  principalement  transportés  les 
Chamauij  les  Frisii,  les  Siievi,  les  Lœti,  les  Franci, 
ne  conservèrent  plus,  par  cette  raison,  les  noms  des 
anciens  peuples  qui  autrefois  y  dominaient. 

MAXIMA  SEQUJNORUM,  la  Grande-Séquanaise. 

Qioique  saint  Hilaire  n'ait  pas  fait  mention  dans 
sa  le.tre  de  celte  province ,  nous  avons  prouvé  son 
existence  depuis  le  rèi^ne  de  Dioclélien.  L'inscrip- 
tion lelative  aux  murs  de  V ilodurus  démontre  que  le 
nord  de  l'Helvétie  appartenait  à  la  Grande-Séqua- 
naise ,mais  comme  Ammien  Marcellin  '  place  Aven- 
ticunxA'AWh  la  province  des  Alpes  pennines,  il  y  a 
tout  leu  de  présumer  que  le  raidi  de  l'Helvétie  fut 
donné  d'abord  à  cette  dernière  provii  ce.  L'Hel- 
vétie éail,  sous  Valens,  entièrement  réunie  à  la  Sé- 
quanaie,  puisque  Eutrope  ",  qui  écrivait  à  cette  épo- 
que, dt  en  parlant  de  Jules  César  :  ((  11  dompta  les 
«  Heh'ttii ,  qu'on  appelle  aujourd'hui  Sequani.  Is 
«  primo  vicit  HehetioSy  qui  Sequani  appellantur.  » 

Diocèses  de 

Metropdis  civitas  T^esontiensium.  Besançon. 
Civiles  Equestrium,  Noiodunus.  Nyon. 

—  Ehitiorum ,  Aventicus.   .  Avenche. 

—  Basiliensium Bâle. 

Castrun  Vindonissense Windisch. 

—  Ebredunense Yverdun. 

—  Hauracense Augst. 

Portus  ihucini.  . Port-sur-Saône. 

■  Amm.  Ma^ellin.,  lib.  xv,  cap.  1 1 ,  p.  io4,  edit.  Vales.,  1671, 
in-folio.  —  D. Bouquet,  Rec.  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  546. 
"  Eutrope,  U.  vi,  cap.  17,  p.  ?)64 ,  edit.  Tzschuck. 


PARTIE  III,  CHAP.  II.  335 

La  position  de  portas  Ahucini  est  prouvée  par  une 
vie  manuscrite  de  saint  Urbain,  évéque  de  Langres, 
qui  porte  que  saint  Valier  fut  enterré  à  portum 
Bucinum;  et  saint  Valier  est  précisément  le  patron 
du  lieu  nommé  Port-sur-Saône  '. 

Les  positions  de  tous  les  autres  lieux  ont  déjà  été 
démontrées ,  et  se  trouvent  toutes  prouvées  par  les 
mesures  des  Itinéraires  '. 

Dans  presque  toute  l'étendue  de  la  grande  pro- 
vince des  Sequani ,  la  division  ecclésiastique  ne 
donne  i\\ie  de  faibles  éclaircissemens  sur  l'ancienne 
topographie  et  sur  les  limites  des  peuples.  Lors  de 
l'établissement  de  la  féodalité ,  les  divisions  civiles 
se  trouvant  détruites,  les  archidiaconés  et  les  dia- 
conés  furent  distribués  sur  un  plan  différent  de  ceux 
qui  existaient  auparavant  :  les  pouillés  des  diocèses, 
dont  les  plus  anciens  ne  remontent  pas  au-delà  de 
quatre  siècles,  ne  nous  donnent  plus  la  géographie 
de  l'âge  romain,  et  il  faut  s'aider  d'autres  moyens 
pour  la  retrouver  '. 

LUGDVNENSIS  PRIMJ ,  Lyonnaise  première. 

Diocèses  de 

Metropolis  cwitas  Lugdunensium.  Lyon. 

Cwitas  JEduoruTti Autun. 

—      Lingonum Langres. 

Castrura  Cahillonense Châlons- sur- 
Saône. 

Dunod  ,  Hist.  de  Se'quanois  ,  p.  20g,  et  Valois,  Notice,  p.  456. 

"  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires,  tom.  in  de  cet  ouvrage. 

'  Perreciot,  Dissertation  historique  sur  le  comté d'Elsgau,  dans 
TAlmanach  du  comté  de  Bourgogne,  pour  l'an  1789,  in-i8, 
p.  97  à  198. 


336         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Castrum  Matisconense Mâcon. 

Cwiias  Senonum Sens.  Nous  ne 

donnons  point  ici  à  Sens  le  titre  de 
métropole  comme  dans  la  Notice  , 
parce  que  cette  ville  n'a  pu  être  con- 
sidérée comme  telle  que  lorsque  les 
deux  Lyonnaises  ont  été  divisées  en 
quatre  provinces. 

—  Carnotuni Chartres. 

—  Autisioduruîïi Auxerre. 

. —       Tricassium Troyes. 

—  Aurelianorum Orléans. 

—  Parisiorum Paris. 

—  Meldorum Meaux. 

—  Biturigum Bourges. 

J'ajoute  cette  dernière  cité  d'après  l'autorité  d'Am- 
raien  Marcellin  '.  A  la  vérité,  la  Notice  des  pro- 
vinces de  la  Gaule,  dressée  vers  l'an  ^oi  y  restitue 
les  Bituriges  à  l' Aquitaine  ;  mais  il  suffit  de  jeter 
les  yeux  sur  la  Carte  pour  juger  que  cette  dernière 
province,  avant  d'avoir  été  divisée,  se  trouvait  beau- 
coup trop  étendue,  comparativement  aux  deux  Lyon- 
naises. Il  est  donc  bien  plus  naturel  de  croire  qu'on 
aura  annexé  à  une  des  Lyonnaises ,  ou  Celtiques , 
une  des  portions  de  l'Aquitaine,  précédemment  ôtée 
à  la  Celtique,  que  de  penser  qu'Ammien  Marcellin, 
qui  avait  résidé  long-temps  dans  les  Gaules ,  ait  pu 
commettre  une  erreur  aussi  grave. 

■  Ammian.  Marcellin.,  lib.  xa',  cap.  ii  :  «  Lugdnnensem  primam 
<f  Lugdunus  ornât,  et  Cabillonus,  et  Senones,  et  Biturigae,  et  mœ- 
«  nium  Augustudini  magnitudo,  vetustas.  h 


PARTIE  III,  CHAP.  II.  339 

PROVINCI  A  NJRBONENSIS,  la  Narbonnaise. 

Metropolis  cwitas  Narbonensium .  .    Narbonne. 
Cwitas  Tolosalium Toulouse. 

—  N  emausensium Nîmes. 

—  Lutevensium Lodève. 

—  Castrum   XJceciense Uzès. 

Je  pense  ^a  Uceciense ,  Uzès,  quoique  qualifié  de 
simple  castrum,  était  à  cette  époque,  et  pendant  la 
domination  romaine ,  le  chef-lieu  d'un  diocèse  qui 
renfermait  non  seulement  le  diocèse  d'Uzès,  mais 
encore  celui  d'Alais ,  et  je  fonde  mon  opinion  sur 
les  considérations  suivantes.  Dans  une  lettre  de 
Pascal  II,  à  Bertrand,  archevêque  de  Narbonne,  en 
date  de  logg,  on  lit  : 

((  Statuimus  enim  eidem  ecclesiœ  tuœque  frater- 
«  nitati  lias  civitates,  Tolosam  videlicet,  Carcasso- 
«  nam,  Elnam,  Biterrim,  Agatherriy  Magalonam. , 
n  Nemausum,  Euticam,  Lugdouvem  y  dehitamsem- 
(i  per  exhibere  obedientiani  ' .  » 

Le  savant  éditeur  de  ces  lettres,  dom  Brial,  ne 
sachant  que  dire  sur  Euiica,  l'a  omis  dans  son  Index 
geograpliicus y  et  on  ne  trouve  point  ce  lieu  dans 
Adrien  de  Valois.  Cependant  il  est  évident,  d'après 
la  lettre  de  Pascal ,  qiiEutica  doit  être  le  chef-lieu 
d'un  diocèse,  de  même  que  Lugdoiwem  (Luteva), 
Nemausum,  etc.  En  jetant  les  jeux  sur  la  France 
ecclésiastique  on  aperçoit ,  mali^ré  le  peu  de  res- 
semblance du  nom,  qa  Euticam  n'est  autre  chose 
qul/cetia,  Uzès,  ou  castrum  Ucesiense. 

'  Recueil  des  Hist.de  France,  tom.  xv  ,  p.  i;; 


340         GÉOCxRAPHIE  ANCIENiNE  DES  GAULES. 

L'article  A'Ucetia ,  dans  le  Gallia  christiana  ',  ne 
présente  pas  ce  nom  sous  la  forme  que  lui  donne 
Pascal  II ,  cependant  on  y  voit  que  dans  le  moyen 
âge  Ucetia  se  nommait  aussi  Ucetica. 

M.  de  Mandajors,  dans  un  savant  Mémoire  sur  les 
limites  de  la  France  et  de  la  Gothie',  prouve  que 
le  canton  nommé  Ucetica  comprenait  les  diocèses 
d'Uzès  et  d'Alais,  ou  àiAresetmn;  que  ce  dernier 
n'est  qu'un  démembrement  du  diocèse  d'Uzès ,   et 
dans  l'intérieur  de  ce  canton  ^Ucetica,  se  trouve 
un  lieu  nommé  Euzet-Sainte-Croix,  un  peu  au  nord 
de  Maurice-de-Caze-Vieille ,  dans  le  département  du 
Gard  ;  on  trouve  aussi  dans  le  même  département, 
et    dans    le    canton    même  d'Uzès ,    Saint-Michel 
d'Euzet.  Ceci  me  fait  croire  que  la  leçon  TLutica , 
dans  les  lettres  de  Pascal,   est  exacte,  et  que  cette 
forme  provient  de  l'ancien  nom  du  canton  nommé 
Usetica.    Pour  distinguer  les  lieux   situés   dans  ce 
diocèse,  ou  canton,  des  autres  qui  portaient  les  mêmes 
noms  de  saints ,  on  a  ajouté  le  nom  du  canton,  et  on 
a  dit   Saint-Michel-Eusétique  ou  Usétique  ,  Sainte- 
Croix-dans-l'Eusétique  ou  l'Usétiqiie.  Ceci  démontre 
qu'on  a  écrit  autrefois  Eusetica  au  lieu  à' Usetica. 
jyEusetica,  par  contraction,   est  dérivé  Euiica  : 
ainsi  l'on  voit  i^' Ucetia  et  Eutica,  qui  paraissent 
présenter  une  assez  grande  différence,  sont  cepen- 
dant les  mêmes  noms. 

Un  simple  coup  d'oeil  jeté  sur  une  carte  de   la 
Gaule,  lors  de  sa  dernière  division  en  dix-sept  pro- 

'  Gallia  christiana ,  tom.  vi, 

^  Mandajors,  Mc'?n.  de  l'Acacl.  des  Inscript,  et  Belles-Lettres, 
,tom.  VIII,  p.  4^0. 


PARTIE  III,  CHAP.  II.  341 

vinces ,  ou  telle  que  l'a  représentée  d'Anville,  suffit 
pour  démontrer  que  la  Narbonnaise,  lorsqu'on  en 
eut  démembré  une  nouvelle  province  sous  le  nom  de 
Viennaise,  ne  contenait  pas  la  partie  dont  on  forma 
depuis  la  Narbonnaise  seconde,  puisque  alors  elle  eût 
été  beaucoup  trop  i^rande  pour  la  Viennaise ,  et 
aurait  eu  son  territoire  séparé  en  deux  par  le  ter- 
ritoire de  cette  dernière  province.  La  Narbonnaise 
seconde  a  donc  évidemment  été  démembrée  de  la 
Viennaise,  quoiqu'on  n'en  ait  aucune  preuve  histo- 
rique. Cette  dernière  province  renfermait,  à  l'épo- 
que dont  nous  traitons,  les  villes  ou  cités  suivantes  : 

PROVINCIA  VIENISENSIS,  la  Viennaise. 

Diocèses  de 

MetropoUs  cwitas  V^iennensium..  Vienne. 

Cwitas    Genai>>ensiu7n Genève. 

—  Gratiano polit ana.    .    .  Grenoble. 

—  Helviorum Alps  en  Vivarais. 

—  Deensiuni Die. 

—  Kalentinorum Valence. 

—  Tricaslinoram Aoste  en  Diois. 

—  Vasiensium Vaison. 

—  Arausicoram Orange. 

—  Cahellicorum Cavaillon. 

—  Avennicoriun Avignon. 

—  Arelatensium Arles. 

—  Massiliensium Marseille. 

—  Aquensiuni Aix.    Cette    ville 

n'a  pu  être  érigée  en  métropole  que 
lorsqu'on  la  prit  à  la  Viennaise,  avec 
toutes  celles  qui  suivent,  pour  en  for- 


34-2         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

mer  une  province  distincte  sous  le  nom 
de  Narbonnaise  seconde. 

—  Aptensium.    .....  Apt. 

—  Eeiensium Riez. 

—  Foro  Juliensium.  .    .  Fréjus. 

—  J^appincensium. .  .    .  Gap. 

—  Segesteriorum.    .    .    .   Sisteron. 

—  Antipolitana Antibes. 

Ainsi ,  à  la  fin  de  cette  période ,  en  l'an  36o ,  la 
Gaule  transalpine  se  trouvait  subdivisée  en  onze  pro- 
vinces ;  et  comme,  dans  le  même  espace  de  temps,  la 
Gaule  cisalpine  n'offre  rien  de  commun  avec  la  Trans- 
alpine, sous  le  rapport  géographique,  et  ne  présente 
même  rien  qui  n'eût  été  déjà  traité,  si  ce  n'est  l'éclair- 
cissement géographique  de  la  table  Véleïane,  dite  de 
Trajan,  dont  il  sera  question  ci-après,  nous  conti- 
nuerons à  suivre  les  changemens  qui  s'opérèrent 
dans  les  divisions  de  la  Gaule  transalpine,  jusqu'à  la 
chute  de  l'empire  romain. 


PARTIE  III,  CHAP.  III.  a^*? 

CHAPITRE  III. 

Depuis  l'an  56o  jusqu'à  l'an  Sôp. 

Lorsque  Julien  vint  dans  les  Gaules,  n'étant  pas 
encore  empereur,  vers  l'an  356  de  J.-C. ,  ce  pays  était 
depuis  un  sii'cle  le  théâtre  de  guerres  sanglantes  où 
les  Romains  luttaient  avec  désavantage  contre  les 
Rarbares  qui  ravageaient  et  dépeuplaient  ces  con- 
trées, qu'une  longue  paix,  et  les  bienfaits  de  la  civi- 
lisation, avaient  rendues  si  florissantes.  Les  peuples 
belliqueux  de  la  Germanie  s'étaient  établis  dans  les 
environs  des  cités  qu'ils  avaient  ruinées.  Les  mu- 
railles de  quarante-cinq  villes  se  trouvaient  détruites, 
et  plusieurs  autres, 'quoique  éloignées  de  la  frontière, 
et  des  incursions  des  Rarbares,  avaient  été  abandon- 
nées par  leurs  habitans,  et  étaient  restées  désertes  '. 
La  chute  de  l'empire  d'Occident  fut  pendant  quelque 
temps  retardée  par  la  valeur  de  Julien ,  et  les  sages 
précautions  de  Valentinien  '  qui,  en  565,  fit  construire 
beaucoup  de  forteresses  sur  le  Rhin,  dont  les  rives 
n'étaient  plus  suffisamment  protégées  par  la  terreur 
qu'inspirait  le  courage  des  légions  romaines.  Cin- 
quante ans  plus  tard ,  la  domination  des  empereurs 
romains  devait  être  pour  jamais  anéantie,  et  les 
Francs,  les  Rourguignons  et  les  Wislgoths,  devaient 

'  Amm.  Marcellin,  lib.  xiv,  cap.  lo,  lib.  xv,  cap.  5,6,8,  et 
seq.  — Julianus,  Epistola  ad  S.  P.  Q.  Aiheniensem,  Juliani  inipe- 
ratoris  Opéra,  p.  i"]"]  ;  edit. ,  Lips.,  in-folio,  1696.  —  Ex  Veter. 
Panegyricis ,  in  Panegyrico  Marne rtini ,  cap.  m  et  iv. 

'  Zosymi ,  Hist  ,  lib.  iv,  cap.  n-i-i,  p.  284,  299,  edit.  Heynii  ;. 
Lipsise,  1784  ,  in-8''. 


344  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
imposer  un  nouveau  nom  à  cette  contrée,  et  substi- 
tuer aux  divisions  tranquillement  établies  par  les 
sénalus-consultes  et  les  décrets  impériaux,  celles  qui 
résultaient  des  nouveaux  États  qui  j  furent  créés 
par  la  force  des  armes,  et  qui,  mal  cimentés  par  le 
sang,  le  carnage  et  la  désolation  ,  essuyèrent  tant  de 
variations  dans  leurs  limites,  dans  leur  gouverne- 
ment ,  leurs  lois  et  leurs  mœurs. 

Cependant  c'est  pendant  ce  demi-siècle,  qui  nous 
reste  à  parcourir,  que  la  Gaule  reçut  sa  dernière 
forme,  et  subit  ses  dernières  divisions.  La  dernière 
de  toutes  est  en  dix-sept  provinces  :  elle  est  détaillée 
d'une  manière  exacte  et  précise  dans  la  Notice  des 
provinces  de  la  Gaule,  qui  fut  écrite  à  l'époque 
même  de  la  chute  entière  de  la  puissance  romaine 
dans  les  Gaules ,  à  laquelle  nous  devons  nous  arrêter. 
Si  cette  dernière  division ,  la  seule  que  l'on  trace 
sur  les  cartes,  et  qu'on  décrive  dans  les  traités  de 
géographie  de  l'ancienne  Gaule,  est  une  des  moins 
utiles  pour  l'étude  de  l'histoire,  c'est  la  plus  impor- 
tante pour  les  comraencemens  de  l'histoire  moderne, 
et  surtout  pour  la  longue  et  ténébreuse  série  des 
siècles  du  moyen  âge;  car,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  ob- 
servé, les  dei;nières  divisions,  et  les  dernières  déno- 
minations romaines,  ont  continué  à  se  propager 
jus€[u'à  nos  jours ,  dans  les  diocèses  et  les  divisions 
ecclésiastiques.  Nous  devons  donc  ne  rien  négliger 
pour  présenter  d'une  manière  exacte,  et  dans  tous  ses 
détails,  cette  dernière  division,  ainsi  que  celles  qui 
l'ont  immédiatement  précédée. 

Mais  non  seulement,  dans  les  derniers  temps  de 
la  puissance  romaine,  il  s'établit  des  divisions  par- 


PARTIE  m,  CHAP.  III.  345 

ticulières  beaucoup  plus  nombreuses  que  celles  qui 
avaient  existé  dans  les  siècles  antérieurs,  mais  on  vit 
naître  des  divisions  générales  auparavant  inconnues. 

Nous  avons  déjà  eu  plusieurs  fois  occasion  d'obser- 
ver que  les  anciens,  à  commencer  par  César,  par- 
lent souvent  des  Gaules  en  faisant  abstraction  de 
la  Province  romaine,  ou  Narbonnaise,  qu'ils  re- 
gardaient comme  une  division  à  part.  L'Aquitaine, 
qu'ils  trouvèrent  habitée  par  un  peuple  entièrement 
différent  des  Gaulois  du  centre,  avec  lesquels  les 
Belges,  au  nord,  avaient  une  grande  affinité,  est 
aussi  décrite  par  eux  comme  une  division  séparée. 
Nous  en  avons  un  exemple  remarquable  dès  le  temps 
de  Strabon,  qui  décrit  l'une  après  l'autre  la  Nar- 
bonnaise et  l'Aquitaine,  mais  qui  mêle  ensemble  la 
description  des  deux  autres  provinces  de  la  Gaule. 
Nous  allons  voir  qu'Ammien  Marcellin  semble  sé- 
parer presque  entièrement  l'Aquitaine  du  reste  de 
la  Gaule;  et,  peu  d'années  après  lui,  nous  verrons 
cette  même  Aquitaine,  et  la  Narbonnaise,  former  une 
division  entièrement  distincte,  qu'on  désignait  sous 
le  nom  des  cinq  provinces  ou  des  sept  provinces. 

Pour  faire  connaître  les  divisions  de  la  Gaule  à 
l'époque  dont  nous  traitons ,  nous  traduirons  le 
texte  même  d'Ammien  Marcellin ,  qu'on  a  trop  lé- 
gèrement accusé  d'erreur.  Il  avait  fait  la  guerre 
dans  les  Gaules,  et  il  est,  après  César,  l'historien 
qui  fournit  le  plus  de  notions  géographiques  sur  ce 
pays. 

Mais  je  dois  observer  que  l'Histoire  d'Ammien 
Marcellin  a  été  composée  dans  deux  temps  différens; 
en  ciïèt,  le  début  du  \xvh«  li>re  nous  prouve  que 


346  GÉOGRAPHIE  ANCIEINNE  DES  GAULES, 
tous  les  livres  qui  précèdent  ont  été  terminés  avant 
l'avènement  de  Valentinien  à  l'empire,  c'est-à-dire 
avant  l'an  364-  Tous  les  autres ,  c'est-à-dire  depuis 
le  xxvii^  livre  jusqu'au  xxxi^ ,  sont  écrits  posté- 
rieurement à  la  mort  de  Valens ,  c'est-à-dire  après 
l'an  58o.  La  description  de  la  Gaule  se  trouve  dans 
le  xv^  livre  :  elle  a  donc  précédé  l'an  564- 

Voici ,  selon  Ammien  Marcellin  ',  les  provinces 
que  l'on  comptait  alors  dans  toute  l'étendue  des 
Gaules  : 

I .  ((  La  seconde  Germanie  ,  qui ,  bornée  à  l'ouest 
«  par  la  première  Germanie,  renfermait  Cologne,  co- 
«  lonia  yëgrippina,  et  Tongres,  Tungri,  ainsi  qu'un 
ff  grand  nombre  de  villes  fortifiées  et  bien  bâties.  » 

A  l'époque  où  écrivait  Ammien,  Toxiandria,  Tcs- 
sender-Loo,  était  occupée  par  les  Francs'.  Cologne 
avait  été  presque  entièrement  détruite  par  les  Bar- 
bares ,  c'est  lui-même  qui  nous  raconte  ce  fait ,  qui 
eut  lieu  vers  l'an  556  \  Il  n'était  resté  sur  les  bords 
du  Rhin  ni  villes  ni  châteaux ,  excepté  une  tour  près 
de  Cologne.  Ammien  mentionne  aussi  à  ce  sujet 
Rigomagus  y  Rimagen  ,  et  Confluentes ,  Coblentz, 
qui  étaient  dans  la  Germanie  première,  et  dans  un 
autre  endroit,  Juliacum,  Juliers  ou  Giulick"^.  La 
position  de  tous  ces  lieux  est  déterminée  par  les 
mesures  des  Itinéraires  ^,  ainsi  que  celle  de  Trice- 

'  Amm.  Marcellin.,  lib.  xv,  c.  8,  p.  g5,  et  c.  1 1,  p.  102,  edit.  Vales. 

'  Id.,  lib.  XVII,  cap.  8,  p.  170. 

^  Id.,  lib.  XVI,  cap.  5,  p.  ïi3. 

^  Id.,  lib.  xvii,  cap.  2,  p.  iSy. 

''  Voyez  Vjdnalyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  —  Pour 
Rimagen,  j'observerai  que,  dans  le  moyen  âge,  Rimagen  est  nommé 
Jiii^mnrh     voyez.  Valois,  p.  477. 


PARTIE  III,  CHAP.  III.  347 

sima  à  Alpen  ;  lieu  près  duquel  Julien  défit  les  Francs 
nommés  Attuarii  '. 

2.  «  La  première  Germanie ,  où  l'on  trouve,  outre 
K  plusieurs  municipes  ,  Mayence  ,  Mogontiacus  , 
i<.  Vangiones ,  Worras,  Nenietœ j  Spire,  et  Stras- 
«  bourg,  Argentoratum ,  célèbre  par  la  défaite  des 
((  Barbares  ^.  » 

Nous  voyons  que  Borhetomagus ,  Worms ,  et 
Noviomagus ,  Spire,  n'étaient  plus ,  dès  ce  temps, 
désignées  que  par  les  noms  des  peuples  dont  elles 
étaient  les  capitales.  Le  lieu  nommé  Très  Tahernœ 
dans  Ammien  Marcellin  ^  est  évidemment  le  Ta- 
hernœ  de  l'Itinéraire  sur  la  route  à' yérgentoratum , 
Strasbourg  ,  à  Dwodiirum ,  Metz'^,  lieu  que  les  me- 
sures portent,  à  Elsâss-Zabern,  en  français  Saverne. 
Il  faut  se  garder  de  confondre  ce  lieu  avec  le  Tahernœ 
de  la  route  qui  va  le  long  du  Rhin ,  qui  est  Rhein-Za- 
bern,  et  dont  Ammien  Marcellin  fait  aussi  mention 
dans  un  autre  endroit  ^,  avec  Brocomagus  ,  qui  est 
Brumpt,  et  Saletio ,  Seltz  :  tous  lieux  de  la  Ger- 
manie première ,  dont  les  positions  sont  démontrées 
par  les  mesures  des  Itinéraires  ^ . 

3.  «  Après  ces  provinces  vient  la  Belgique  première, 

'  Voyez  Ammian.,  lib.  xx,  cap.  lo,  p.  '^54;  Hb.  xviii,  cap.  2, 
p.  187. 

'  Amm.  Marcellin,  lib.  xv,  cap.  11,  p.  io5. 
^  Id.,  lib.  XVI,  cap.  11,  p.  107. 

*  Voyez  \ Analyse  des  Itinéraires ,  et  toni.  m  de  cet  ouvi-age. 
'  Ammian.,  lib.  xvi,  cap.  5,  p.  H2. 

*  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  — 
De  l'auti'e  côté  du  Rhin  et  vis-à-vis  de  Mayence ,  étaient  les  Bucci- 
nobantes.  Voyez  Amm.  Marcellin,  lib.  xxiv  ,  cap.  4-  —  Valenti- 
nien  avait  fait  construire  une  forteresse  au  confluent  du  Necker  et 
du  Rhin,  voyez  lib.  xxviii,  cap.  2,  p.  5uo. 


348         GÉOGRAPHIE  ANClENîsE  DES  GAULES. 

((  qui  comprend  Metz,  Mediomatricos ,  et  Trêves, 

«  Trcviros y  où  les  princes  font  leur  résidence  '.  » 

Ces  derniers  mots  font  allusion  aux  préfets  du 
diocèse  des  Gaules,  dont  la  résidence  était  à  Trêves, 
j'ai  déjà  observé  que  le  diocèse  des  Gaules  comprenait 
la  Gaule  transalpine,  l'Espagne  et  la  Grande-Bre- 
tagne réunies.  Au  livre  xvi%  Ammien  Marcellin 
fait  mention  de  Deceni  Pagi  %  qui  est  Dieuse  mo- 
derne ,  ainsi  que  le  démontrent  les  mesures  des 
Itinéraires  pour  la  route  ai  Argentoratum ,  Stras- 
bourgs  à  Divodurum ,  ÎNIelz  :  ce  lieu  était  chez  les 
Mediomatrici.  J'ai  déjà  dit  que  Calydona  ^  devait 
être  placé  aux  ruines  près  de  Thionville  et  près 
de  la  forêt  de  Caldnoven  ^.  Scarpona  ^  était  sur 
les  limites  des  Mediomatrici  et  des  Leuci.  Les 
mesures  des  Itinéraires  portent  la  position  de 
ce  lieu  à  Charpaigne  ;  il  est  mentionné  par  Am- 
mien Marcellin  et  Zosjme ,  au  sujet  de  la  victoire 
de  Jovinus,  en  566.  La  Moselle  a  changé  de  cours, 
et  en  ôtant  ce  lieu  au  diocèse  de  Toul,  elle  l'a  donne 
à  celui  de  Metz. 

4.  La  seconde  Belgique  est  limitrophe  de  la  pre^ 
mière  :  «  Parmi  les  villes  remarquables  que  l'on 
(c  y  trouve,  sont  Amiens,  Amhiani^  Châlons,  Cata- 
((  launij,  et  Rheiras,  Reini.  »  Ammien  Marcellin,  en 
parlant  d'Amiens,  dit  (lib.  xv)  :  Urbs  inter  alias 
ew.inens,  ville  qui  est  au  nombre  des  plus  éminentes. 

•  Amni.,  lib.  xv,  cap.  11,  p.  io5. 
'  Id.,  lib.  XVI,  cap.  5,  p.  iii. 

^  Id.,  lib.  xxvH,  c.  1,  p.  475.  —  Voyez  t.  1,  p.  5 16,  de  cet  ouvrage. 
^  Id.,  lib.  xxvii,  cap.  2,  p.  476,  ou  toni.  i,  p.  455,  de  cet  ouvrage. 
'  Benoît,  Hist.  du  diocèse  de  Toul,  p.  11  et  12.  —  Amm.  Marcell.;, 
lib   XV,  cap.  Il,  p.  io5. 


PARTIE  III,  CHAP.  HT.  349 

Dans  l'étendue  de  cette  division  ,  Ammien  Mar- 
cellin  ,  dans  le  cours  de  son  Histoire,  a  plusieurs  fois 
occasion  de  mentionner  Bononia  \  Boulogne, 
comme  le  port  où  Ton  s'embarquait  pour  la  Grande- 
Bretagne  :  le  nom  de  Gesoriacum  n'était  déjà  plus 
en  usage.  Le  port  de  la  Grande-Bretagne  où  l'on 
abordait  se  nommait  Rutupiœ,  qui  est  Ricliborough\ 
5.  u  Chez  les  Séquanais  sont  Besançon,  Bisontios, 
((  et  Augst,  RauracoSj,  et  plusieurs  autres  villes  con- 
«  sidéra  blés.  » 

C'est  à  tort  que  de  Mouliiies  ^  traduit  Raïuacos 
par  Basic.  Ammien  Marcellin  est  précisément  le 
premier  auteur  qui  fasse  mention  de  Basic  sous  le 
nom  de  Basilia  :  ce  lieu,  peu  d'années  après,  dans 
la  Notice,  porte  le  titre  de  ville,  tandis  que  Augusta 
Rauracorum'*  n'est  plus  mentionnée  que  comme 
un  château ,  castruni  Rauracense  ^  :  tant  étaient 
rapides  les  changemens  que  les  grands  mouvemens 
des  peuples,  qui  avaient  lieu  h  cette  époque  mémo- 
rable, produisaient  sur  cette  frontière  de  l'Empire. 
Schaepflin  donne  d'assez  bonnes  raisons''  pour  placer 
la  forteresse  nommée  Rohur  par  Ammien  Marcellin, 
bâtie  en  374  pai'  Valentinien ,  sur  le  sol  qu'occupe 
aujourd'hui  la  cathédrale  de  Basle,  quoique  d'autres 
auteurs  veuillent  placer  ce  lieu  sur  le  sommet  du 

'  Amin.  Marcellin,  lib  sxvii,  cap.  8,  494- 

"  Voy,  ci-dessus,  t.  i,  p.  45i-458,  et  Gossellin,  Mech.,  t.  iv,  p.  88. 

'  Amm.  Marcellin,  ou  les  dix-huit  livres  de  son  Histoire  qui 
nous  sont  restés ,  traduits  en  français ,  3  vol  in- iv!.  Berlin,  1775, 
tom.  I,  p.  166. 

*  Voyez  ci-dessus,  tom.  1,  p.  3i4,  S'î^  et  523. 

''  Voyez  Notitia  provinc.  Galliœ.  —  Recueil  des  Hist.  de  France, 
tom.  I,  p.  122.  —  Guérard,  Essai,  p.  21  et  22. 

*"  Amm.,  lib.  x\\,  c.  3.  —  Schaepflin.,  Alsat.  ilhistr.,  tom.  i,  p.  18t. 


350  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Jura ,  ou  ailleurs  que  Bâle ,  mais  de  même  sur  les 
bords  du  Rhin.  Argentoriaj  à  Artzeiiheim,  mention- 
née aussi  par  Ammien  Marcellin,  se  trouve  déter- 
minée par  les  mesures  des  Itinéraires,  sur  les  limites 
des  Sequani  et  de  la  Germanie  première  ' . 

Il  paraît  certain ,  d'après  ce  que  nous  allons  lire 
à  la  fin  de  ce  détail  des  provinces  d'Ammien  Mar- 
cellin ,  que  de  son  temps  la  proi^incia  Maxima 
Seqiianorum  ne  s'étendait  que  jusqu'à  la  chaîne  des 
Vosges,  et  qu'on  avait  compris  Aventicum,  Avenche, 
et  presque  toute  l'Hélvétie ,  dans  la  province  des 
Alpes  graies  et  pennines  :  ces  limites  étaient  très 
conformes  à  la  géographie  naturelle  '. 

6.  «  La  Lyonnaise  première  est  illustrée  par  les 
M  villes  de  Lyon  ,  de  Châlons  ,  de  Sens  et  de  Bourges 
«  (^Lugdununiy  Cabillonas,  Senones  et  Bituriges^, 
«  ainsi  que  par  Autun  (^Augustodunum),  dont  les 
K  murailles  attestent  encore  l'ancienne  grandeur.  » 

J'ai  déjà  observé  qu'on  avait  à  tort  accusé  Ammien 
Marcellin  d'erreur,  pour  avoir  mis  la  ville  de 
Bourges  dans  la  Lyonnaise  première,  qui  y  fut  pro- 
bablement pendant  quelque  temps  réunie,  parce 
que  l'Aquitaine,  ayant  été  la  dernière  subdivisée, 
se  trouvait  trop  grande  proportionnellement  aux 
autres  provinces. 

Dans  un  autre  endroit  de  son  ouvrage,  Ammien 
Marcellin  fait  encore  mention  des  vastes  murailles 
d' Autun  ruinées  par  le  laps  de  temps,  et  en  parlant, 

'  Muller,  Schweiz  Gesch. ,  th.  i,  §.  80.  —  Ukert ,  Geogr.  der 
Griech.  iind  Jiôm,  tom.  11,  p.  498. 

"  Anini.  Marcellin,  lib.  xxsi ,  cap.  10,  p.  656;  edit.  Valerii.  — 
Conférez  ci-dessus,  tom.  1,  p.  59.3  et  556,  et  V^nalyse  des  Itiné- 
raires, toni.  III  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  III,  CHAP.  III.  351 

dans  le  même  chapitre ,  de  la  marche  de  Julien ,  il 
mentionne  '  successivement  Arhor ,  Sedelaucus  et 
Cora.  Je  pense  que  cet  Arhor ,  qu'il  ne  faut  pas 
confondre  avec  le  lieu  du  même  nom  situé  sur  le 
lac  Constance,  mentionné  aussi  par  Ammien  Mar- 
cellin,  peut  être  rapporté,  avec  quelque  degré  de 
vraisemblance,  à  Arbot-sur-Aube,  dans  le  départe- 
ment de  la  Haute-Marne ,  arrondissement  de  Lan- 
gres.  Sedelaucum  est  évidemment  le  Sidolocum  de 
l'Itinéraire,  dont  les  mesures,  pour  la  route  à'Au- 
gustodunum  y  Autun  ,  2i  Ahallo ,  Avallon^  déter- 
minent la  position  à  Saulieu  moderne'.  Pasumot^ 
a  très  bien  démontré  que  Cora  était  situé  h  la  Ville- 
Auxerre  près  Saint-Moré  et  non  à  Cure  comme  le 
croyait  d'Anville  :  ainsi  les  gens  du  pays  indiquaient 
deux  routes  à  Julien  pour  se  rendre  plus  au  nord 
sur  les  bord  du  Rhin,  l'une  par  Sedelaucum  et 
Cora,  c'était  la  route  de  Sens;  l'autre  plus  directe, 
Y^^v  Arhor ,  Arbot,  c'était  celle  de  Langres"^. 

7.  «  La  Lyonnaise  seconde,  où  se  trouvent  Rouen 
«  (  Rotomagi  )  ,  Tours  (  Turini)  ,  Evreux  (  Medio- 
u  lanum)  et  Troyes  (  Tricassini).  )> 

Dans  le  cours  de  son  ouvrage ,  Ammien  Marcellin 
mentionne  encore  Parisiis ,  Paris,  lieu  chéri  par 
l'empereur  Julien ,  et  qui  n'était  encore  qu'une 
très  petite  ville,  Senonas  ,  Sens,  Autisiodurwn . 
Auxerre,  toutes  comprises  dans  cette  division. 

8.  Dans  le  commencement  de  sa  description  gêné- 

Amm.  Marcellin,  lib.  x,  cap.  11,  p.  iio. 
'  Voyez  M  Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 
'  Pasumot,  Méni.   Geogr.  sur  quelques  Antiquités  de  la  Gaule, 
Paris,  in-12 ,  1765  ,  p.  Sj  et  suiv. 

■*  Voyez  ci-dessus,  tom.  1,  p.  Sa i  et  5a8. 


352  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
raie  des  Gaules  ,  Ammleii  Marcellin  dit  :  u  Les  Gau- 
«  lois  nommés  Celtes  sont  encore  séparés  des  Belges 
u  par  la  Marne  (3'Jairo7ia)  et  la  Seine  { Sequana), 
H  rivières  également  considérables  qui  traversent  la 
«Lyonnaise,  se  joignent,  puis  entourent  de  leurs 
c(  flots  réunis  la  forteresse  des  Parisiens  nommée 
((  Lutèce  (  Parisioriim.  castelliun  Luteciam  noniine)^ 
«  et  vont  se  perdre  dans  la  mer  près  des  Camps- 
(f  de  -  Constance  (  prope  castra  Constantia  fun- 
((  duntur  in  mare^  '.  »  Cette  description  est  très 
exacte  ;  mais  comme  il  a  plu  aux  modernes  de  voir 
dans  les  castra  Constantia  la  ville  de  Coutances, 
nommée  aussi  Constantia ,  dont  il  n'est  fait  men- 
tion que  dans  le  commencement  du  vi^  siècle,  ils 
n'ont  vu,  dans  ce  que  dit  ici  Ammien  Marcellin, 
qu'ignorance  ,  qu'absurdités  et  contradictions.  Il 
était  cependant  bien  facile  de  se  rappeler  que  Fem- 
pereiir  Constance,  vers  l'an  i2g6  de  J.-C. ,  dans 
une  expédition  contre  l'Angleterre ,  fit  transporter 
son  armée  par  une  flotte  qui  descendit  la  Seine  '; 
il  dut  donc ,  à  cette  époque,  faire  construire  un  fort 
à  l'embouchure  de  cette  rivière,  d'où  ses  troupes 
s'embarquaient,  et  un  port  pour  contenir  sa  flotte. 
Tout  porte  à  croire  que  ce  fort  ou  ces  castra  Con- 
stantia étaient  sur  la  côte  méridionale  de  l'embou- 
chure de  la  Seine,  où  se  trouve  aujourd'hui  Ronfleur. 

'  Ainm.  3Iarcellin. ,  lib.  xv,  cap.  ii,  p.  102. 

'  Le  préfet  du  prétoire  Asclepiodotus  commandait  cette  armée. 
\  oyez  Eunienius,  Patie^yricus  in  Constajitium,  cap.  xv. — Recueil 
des  Hifit.  de  France,  tom.  i,  p.  714.  «  Prior  siquidem  Gesoriaceno 
«  littore  quamvis  fervidum  invectus  Oceanum ,  etiam  illi  exercitui 
«tuo,  quem  Sequana  in  fluctus  evexerat,  irrevocabilem  injecisti 
«  mentis  ardorem.  » 


PARTIE  III,  CHAP.  III.  353 

En  effet,  la  Table  nous  fournit  au  nord  une  route 
qui  se  termine  près  de  la  mer  par  une  position 
nommée  Carocotinum,  peu  éloignée  du  Havre  '.  Au 
midi ,  l'Itinéraire  et  la  Table  s'arrêtent  à  Breviodu- 
rum,  Pont-Autou.  11  est  difficile  de  penser  que  le 
détour  que  fait  cette  route  n'eût  pas  pour  objet  de 
communiquer  avec  une  autre  qui  menait  à  un  port 
de  mer  :  ceci  me  porte  à  placer  les  castra  Con- 
stantia  d'AmmienMarcellin,  près  du  port  des  Lexovii 
et  du  Nœomagus  de  Ptolémée,  à  Conteville,  un  peu 
à  l'ouest  d'Honfleur.  Ce  lieu  est  nommé  Contavilla 
dans  les  titres  du  moyen  âge;  il  est  situé  dans  le 
pagus  LismnuSy  nommé  encore  aujourd'hui  Lieuvin, 
et  par  conséquent  chez  les  Lexovii  '.  Quoi  qu'il  en 
soit  de  cette  conjecture ,  ce  que  je  viens  de  dire 
suffit  pour  justifier  Ammien  Marcellin  de  l'erreur 
grossière  qu'on  lui  attribuait. 

8.  «  Les  Alpes  graies  et  pennines  ont,  sans  men- 
«  tionner  des  villes  plus  obscures,  Avenche,  Aven- 
i<  ticum,  déserte  à  la  vérité,  mais  qui  a  été  autrefois 
«  assez  considérable,  ainsi  que  le  prouvent  ses  édifices 
«  à  demi  ruinés  ^  » 

L'inscription  relative  à  la  réparation  des  murs  de 
Vitodurus y  Ober-Winterthur,  dont  nous  avons  parlé, 

'  Voyez  M  Analyse,  des  Itinéraires ,  tom.  ni;  et  ci-dessus,  tom.  i, 
p.  585  et  096. 

'  Voyez  la  Carte  du  diocèse  de  Lisieux,  par  d'Anville;  Me'm.  de 
la  Socie'lc  des  Antiquaires  de  Normandie,  tom.  ix,  et  Longuerue, 
Description  de  la  France,  tom.  i,  p.  76. 

'  Amm.  Marcel!.,  lib.  xv,  cap.  ii,  p.  104.  —  Daus  la  Germanie 
les  Lentienses  habitaient  le  nord  du  lac  Constance,  et  le  district 
moderne  nommé  Linzgau.  —  Amm.  Marcell.,  lib.  xv,  c  4,  et  lib.  m, 
c.  40.  —  Conférez  Leichtlen's,  Schwaben ,  p.  206,  et  la  Carte  n°  5. 
II.  25 


354  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
prouve  seulement  que  du  temps  de  Dioclétien  le  nord 
de  l'Helvétie  appartenait  aux  Sequani ;  mais  nous 
voyons  par  Ammien  Marcellin  que  si  l'Helvétie  avait 
été  réunie  en  entier  à  la  grande  province  des  Séqua- 
nais,  elle  fut  ensuite  partagée  lorsqu'on  forma  une 
nouvelle  province  des  Alpes  graies  et  pennines  , 
Alpes  gî^aice  et  penninœ ,  qu'on  réunit  à  la  Gaule. 
Cette  nouvelle  province ,  qui  comprenait  une  par- 
tie de  l'Helvétie,  a  dû  être  composée  des  cités  sui- 
vantes : 

Civitas  Ehitiorum ,  Açenticus .  .   .  Avenche. 

—  Centronum ,  D avant asia.  .  Moustier,  en 

Tarantaise. 

—  J^allensium ,  Octoduro.  .  .  Martigny  ou 

Martinach,  en  Valais. 

Ceux  qui  ont  accusé  Ammien  Marcellin  d'erreur , 
pour  avoir  attribué  à  la  province  des  Alpes  graies  et 
pennines  une  partie  de  l'Helvétie,  n'ont  pas  fait  at- 
tention que,  si  cette  nouvelle  province  avait  été 
restreinte  à  la  Tarantaise  et  au  Valais ,  comme  elle 
le  fut  peu  de  temps  après,  elle  eût  été  ridiculement 
petite ,  comparativement  aux  autres  provinces  de 
la  Gaule,  qui  n'avaient  point  été  subdivisées,  comme 
elles  le  furent  depuis.  Les  limites  de  la  province  des 
Alpes  graies  et  pennines  étaient  d'ailleurs  ,  au  temps^ 
d' Ammien  Marcellin,  très  conformes  à  la  géographie 
naturelle.  Cette  province  se  trouvait  séparée,  à  l'ouest 
et  au  nord-ouest,  de  la  Grande-Séquanaise  par  la' 
chaîne  du  Jura.  Lorsque  les  Germains  se  furent  empa- 
rés du  nord  de  l'Helvétie  et  y  eurent  formé  des  éta- 
blissemens,  la  Séquanaise,  rétrécie  par  cette  con- 


1 


PARTIE  III,  CHAP.  III.  355 

quête,  fut  augmentée  de  tout  le  midi  de  l'Helvétie, 
et  Aventicunij  Avenche ,  s'y  trouva  compris.  La 
Séquanaise  formant  un  commandement  militaire  cl 
une  des  provinces  frontières  de  l'Empire,  ce  chan- 
gement était  nécessaire  pour  lui  conserver  le  rang 
qu'elle  occupait,  et  que  n'aurait  pu  remplir  une 
province  aussi  peu  étendue,  aussi  peu  peuplée,  que 
les  Alpes  graies  et  pennines,  avec  des  limites  aussi 
resserrées  que  celles  qu'elle  a  depuis  reçues. 

«  Telles   sont  (dit  Ammien   Marcellin  )  les  pro- 
«  vinces  et  les  principales  villes  des  Gaules.  » 

Ces  mots  sont  remarquables:  Amimien  Marcellin 
a  commencé  par  annoncer  qu'il  allait  décrire  les 
provinces  de  toute  la  Gaule ,  per  oninem  amhitum 
Galliarum,  et  il  termine  ici  en  disant:  «  Hœ provin- 
ciœ  urbesque  sunt  splendidœ  Galliarum  :  ))  puis  il 
passe  ensuite  à  la  description  de  l'Aquitaine  et  de 
la  Narbonnaise ,  ce  qui  prouve  bien  qu'il  séparait 
ces  deux  portions  du  reste  de  la  Gaule,  c'est  cette 
division  qui  a  depuis  été  désignée  tantôt  sous  le 
nom  des  cinq  provinces,  et  tantôt  sous  celui  des 
sept  provinces.  Ce  qui  le  prouve  ,  c'est  que  la  Notice 
de  l'Empire  termine  de  même  l'énumération  des 
provinces  Gallicanes  par  celle  des  Alpes  graies  et 
pennines ,  et  décrit  sous  le  nom  des  sept  provinces 
la  Viennaise  et  la  Narbonnaise. 

«  Dans  l'Aquitaine ,  qui  est  du  côté  des  Pyrénées , 
H  et  cette  partie  de  l'Océan  qui  touche  à  l'Espagne , 
((  on  trouve  : 

9.  ((  La  province  Aquitanique ,  qui  renferme  de 
«  grandes  et  belles  cités,  parmi  lesquelles,  sans  par- 
(f  1er  de  beaucoup  d'auties,  Bordeaux,  Burdigala ^ 


356         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
«  et  Clermont ,   Aiverni ,   se  font  particulièrement 
((  remarquer,  ainsi  que  Saintes,  Santones ,  et  Pol- 
«  tiers ,  PiciM'i. 

10.  ((La  Novempopulane,  qui  se  glorifie  d'Auch, 
jéusci ,  et  de  Bazas,  T^asates. 

1 1 .  «  Bans  la  Narbonnaise  se  trouvent  renfermées 
«  INarbonne,  Narhona,  et  Toulouse,  Tolosa,  qui  en 
«  sont  les  principales  villes.  » 

Ceux  qui  sont  familiarisés  avec  le  latin  souvent 
barbare  d'Ammien  Marcellin  liront  sans  difficulté  : 
((  in  Narbonensi  clusa  est  Narhona  et  Tolosa,  prin- 
«  cipatuni  urhium  tenentj  n  ainsi  qu'il  est  écrit  dans 
les  premières  éditions  de  cet  auteur  et  dans  les  ma- 
nuscrits. En  substituant  Elusa  à  clusa  on  a  encore 
attribué  à  Ammien  une  erreur  qu'il  n'a  point  com- 
mise, puisque  ^/ii^a,,  Eause,  était  dans  la  Novem- 
populane ,  qu'il  distingue  formellement  de  la  Nar- 
bonnaise. Il  n'est  pas  vrai  que,  dans  la  Table  de 
Peutinger  ,  le  copiste  ait  mis  Clusa  pour  Elusa  ainsi 
qne  l'avance,  dans  sa  note,  Valois,  pour  justifier  la 
correction  qu'il  fait  subir  au  texte  d'Ammien  '. 

12.  ((  La  Viennaise  est  décorée  par  un  grand 
((  nombre  de  villes,  dont  les  principales  sont  Vienne, 
«  Vienna,  Arles,  Arelatœ ,  et  Valence,  T^alenùa; 
((  auxquelles  on  joint  Marseille,  Massilia^  dont  l'al- 
((  liance  a  souvent  été  utile  aux  Romains  dans  des 
«  circonstances  périlleuses. 

H  Près  de  Marseille  sont  les  Salluviens,  Salluvii , 
((  Nice,  Nicœa,  Antibes,  Antipolis ,  et  les  îles  Stoe- 
((  chades,  insulœ  Stœchades.  » 

'  Voyez  Amin.  ÎMarccllin.,  lib.  xv,  cap.  ii,  p.  io4,  cdit.  Yalesii, 
in-folio,  1681,  p.  104. 


PARTJE  III,  CHAP.   lil.  3ô7 

Il  semble  d'après  ces  derniers  mots  que  l'on  com- 
mençait, du  temps  d'Ammien  Marcellin,  à  joindre  à 
la  Gaule  le  district  montagneux  si  long-temps  réuni 
à  l'Italie,  qui  depuis  forma  une  province  particulière 
sous  le  nom  d'Alpes  maritimes.  Cependant  nous  ap- 
prenons d'une  manière  certaine  qu'à  l'époque  où 
Ammien  écrivait  la  description  qu'on  vient  de  lire, 
la  Gaule  se  trouvait  seulement  divisée  en  douze 
provinces. 

Ce  fut  vers  ce  temps  que  l'Allobrogie  commença 
à  perdre  son  nom  antique  ,  pour  prendre  celui  de 
Sapaudia y  dont  on  ignore  l'étymologie.  Ammien 
Marcellin  est  le  premier  qui  en  fasse  mention;  il  dit 
en  décrivant  le  cours  du  Rhône  :  a  Per  Sapaudiam 
njerlur  et  Sequanos  '.  »  On  retrouve  ensuite  deux 
fois  le  nom  de  Sapaudia  dans  la  Notice  de  l'Em- 
pire ;  et  enfin  dans  le  moyen  âge  cette  dénomina- 
tion devint  si  générale,  qu'elle  fit  disparaître  celle 
d'Allobrogie.  La  Chronique  de  Prosper  Tyro,  sous 
l'an  4'^5  ',  fait  mention  de  la  Sabaudia',  et  dans  le 
partage  des  États  de  Charlemagne ,  en  806 ,  il  est 
(juestion  de  la  Saboja,  qui  s'y  trouve  distinguée  de 
la  Maurienne  et  de  la  Tarantaise,  et  du  montCenis  \ 
Mais  l'Allobrogie,  en  prenant  le  nom  de  Sapaudia, 
au  lieu  de  restreindre  ses  limites,  comme  l'ont  pensé 
Valois  et  d'Anville,  les  agrandit  encore,  si,  comme 
on  n'en  peut  douter,  V Ebrudiinum  Sapaudiœ  de  la 

'  Amm.  Marcellin,  lib.  xv,  cap.  1 1 ,  p-  io5. 

*  Prosperi  Tyronis,  Chronicon.  —  Recueil  des  Hist.  de  France , 
loni.  !,  p.  596,  a°  20. 

^  Car.  M.  Chart.  divis.  iinp.,  dans  Eginharli  Fita  Caroli  Mngni , 
édit.  de  Bredovv  ;  Helmslad,  in-i2,  i8o6,  p.  i55;  et  D.  Bouquet,, 
jRecucH  des  Hist.  de  France ,  tom.  v,  p.  771. 


358  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Notice  '  de  l'Empire  est  Iverdun.  Alors  la  Sapaudia^ 
vers  le  nord,  renfermait  cette  partie  de  l'Helvétie, 
comprise  entre  le  Jma ,  le  lac  Léman  et  le  lac  de 
Neuf-Châtel.  Mais  il  ne  paraît  pas  que,  vers  le  midi , 
l'Allobrogie,  sous  le  nouveau  nom  de  Sapaudia,  eût 
rien  perdu  de  son  territoire  ,  lorsqu'elle  fut  cédée 
aux  Bourguignons  en  44^»  puisqu'en  52o  elle  con- 
finait encore  à  la  Provence  '.  Lors  du  partage  de 
l'empire  de  Charlemagne,  en  806,  la  Saboia  avait 
encore  ses  anciennes  limites  ,  et  si  elle  se  trouve 
distinguée  de  la  Maurienne  et  de  la  Tarantaise  ,  c'est 
que  les  Centrones  et  les  Medulli  n'ont  jamais  fait 
partie  de  l'Allobrogie.  D'Anville  a  donc  eu  tort  de 
restreindre  ce  nom  de  Sapaiidia  à  la  partie  septen- 
trionale de  l'Allobrogie,  et  Valois  se  trompe  lors- 
qu'il croit  que  cette  ancienne  province  de  Savoie 
se  léduisait  aux  limites  du  duché  moderne  qui 
porte  ce  nom.  Ce  n'est  que  dans  le  x*  siècle  qu'on 
vit  la  Sapaudia  subdivisée  en  plusieurs  comtés  par- 
ticuliers, savoir  ;  la  Savoie  propre,  le  Génevais,  le 
comté  de  Grenoble ,  etc. 

On  n'a  point,  ce  me  semble,  rendu  raison  de  cette 
extension  de  la  Sapaudia  au-delà  des  limites  de 
l'Allobrogie,  et  pourquoi  cette  division  empiétait  sur 
l'Helvétie  et  la  Séquanaise.  Cette  extension,  selon 

'  Notitia  dignitatum  imper,  roman.,  sect.  65,  p.  121,  édit.  de 
Labbe,  in-12,  i65i,  ou  jj.  ijg,  verso,  edit.  Paacirol.,  1608,  in-fol. 

'Voyez  Durandi  ,  Notizia  deW  nnlico  Picmonte  traspadano , 
pai't.  1,  p.  66;  et  les  autorités  qu'il  cite,  dont  les  principales 
sont  la  lettre  lxx*  d'Avitus ,  alors  évèque  de  Vienne ,  à  Sigis- 
mond,  dans  Sirniond ,  Opéra  varia,  toni.  11,  col.  3.  —  Muratori, 
Rerum  ital.,  tom.  1,  part.  11,  p.  11 5.  —  La  Charte  d'Humbert , 
évêque  de  Vienne,  en  991  ,  dans  Salvaing,  de  l'Usage  des  fiefs, 
ch.  33,  p.   i^o 


PARTIE  III,  CHAP.  III.  359 

nous,  provient  d'une  division  militaiie  qu'on  trouve, 
dans  la  Notice  de  l'Empire,  désignée  sous  le  titre 
de  province,  et  nommée  Gaule  riveraine,  pronncia 
Gallia  riparensis.  Ce  commandement,  qui  com- 
prenait tout  le  pays  à  l'occident  du  Rhône  ou  toute 
la  Viennaise ,  concernait  les  flottilles  stationnées 
sur  ce  fleuve  à  Arles,  à  Marseille,  sur  les  lacs  de 
Genève  et  d' Yverdun ,  sur  les  rivières  qui  en  dépen- 
dent ',  et  sur  l'Isère,  à  Grenoble  \  Lorsqu'on  vou- 
lait parler  de  la  partie  nord  de* cette  division,  le  mot 
d'AUobrogie  devenait  insuffisant;  le  nom  de  Sapau- 
dia,  qui  seul  exprimait  la  chose  que  l'on  voulait 
désigner,  dut  nécessairement  prévaloir. 

'  Notitia  dignitatum  imperii  romani,  §.  65,  p.  i2i,  edit.  Labbe, 
ou  p.  lyg,  verso,  edit.  Pancirol.,  1608,  in-folio. 

*  «  Praefectus  classis  Barcariorum ,  Ebruduni  Sapaudiae.  Tribu- 
«  nus  cohortis  primae  Flaviae,  Sapaudiae  Calaronae.  »  [Cularone.] 


360         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
CHAPITRE  IV. 

Depuis  l'an  369  jusqu'en  38i  après  J.-C. 

Quatre  ou  cinq  ans  après  l'époque  que  nous  avons 
fixée  pour  la  description  d'Aramien  Marcellin,  Sex- 
tus  Rufus  indique  quatorze  provinces  dans  les  Gau- 
les ,  au  lieu  de  douze  que  nous  trouvons  dans  Am- 
mien  Marcellin.  Dans  ce  court  intervalle  de  temps 
on  avait  divisé  l'Aquitaine  en  deux  provinces ,  en  y 
réunissant  la  cité  des Bituriges^  Bourges,  qui  en  avait 
été  détachée,  et  le  district  des  Alpes  maritimes  ,  qui 
avait  été  réuni  à  la  Gaule,  et  avait  formé  une  pro- 
vince nouvelle.  Dans  son  énumération,  Sextus  Rufus 
suit  un  ordre  inverse  de  celui  d'Ammien  ;  mais  on  ne 
doit  pas  oublier  d'observer  qu'il  distingue  de  même 
la  Gaule  de  l'Aquitaine.  Voici  comme  il  s'exprime  : 

((  Il  y  a  dans  la  Gaule  (c'est-à-dire  dans  la  pré- 
ce  fecture  des  Gaules) ,  en  y  comprenant  l'Aquitaine, 
(f  et  les  Bretagnes  ,  dix- huit  provinces.  Sunt  in 
«  Gallîa_,  cuni  Aqidtania  et  Britanniis ,  deceni  et 
«  octo  provinciœ  '  : 

I .  Alpes  maritimce  j 

1 .  Provincia  Narbonensis  , 

3 .  Kiennensis , 

4.  Aquitaniœ  duce ,   .   .    .    .    i 
5 2 

•  Breviarium  Sexti  Rufi ,  dans  l'Eutrope  de  Verheyk,  p.  701. 
C'est  la  seule  édition  savante  que  je  connaisse  de  ce  petit  ouvrage 
très  intéressant  pour  l'histoire  et  pour  la  géographie ,  qui  méri- 
terait d'être  imprimé  à  part  avec  un  ample  commentaire. 


PARTIE  III,  CHAP.  IV.  361 

6.  Novempopulana  y 

7.  Lugdunenses  duce ,   .   .   .    i 

8 2 

g.  Alpes  Graiœ , 

10.  Maxima  Sequanorum, 

1 1 .  Germaniœ  duœ , i 

12 2 

i5.  Belgicœ  duœ 1 

14 2  » 

L'île  de  Bretagne  ou  l'Angleterre  moderne  est  di- 
visée en  quatre  provinces ,  ce  qui  forme  le  nombre 
de  dix-huit  provinces  annoncé  par  Rufus  pour  ces 
deux  pays  réunis. 

Comme  il  y  a  tout  lieu  de  présumer  que  les  terri- 
toires des  Alpes  maritimes,  et  des  deux  Aquitaines, 
étaient  les  mêmes  à  l'époque  de  leur  formation 
que  lorsqu'on  dressa,  trente  ans  après,  la  Notice  de 
l'Empire  ,  nous  donnerons ,  d'après  cette  Notice , 
comme  nous  l'avons  fait  précédemment  pour  les  au- 
tres divisions,  la  liste  des  cités  qui  composaient  ces 
trois  nouvelles  provinces  :  ce  qui  en  déterminera 
l'étendue  et  les  limites. 

PROriNCIJ  JLPIUM  MJRITIMARUM. 

Diocèses  de 

Melropolis  cwitas  Ebrodunensium.  Embrun. 
Civitas  Diniensium Digne. 

—  Rigomagensium Chorges  '. 

—  Sollinensium Castellane  '. 

—  Sanitiensium Senez. 

•  Voyez  ci-dessus,  tom.  i ,  p.  53get54o. 

'  V.  ci-dessus,  t.  IL,  p.  io5,  et  D.  Bouquet,  Hisl.  de  Fr.,  t  i,  p.  84. 


362         GÉOGIUPHIE  AJNCIEWJNE  DÉS  GAULES. 

Diocèses  de 

Civitas  Glannatwa Glandève. 

—  Cemmelenensiuin Cimiez, 

—  Vintiensium Vence. 

AQUITANIA  PRIMA. 

Metropolis  civitas  Biturigum. .   .   .  Bourges. 

Ci^fitas  Arvernorum Clermont. 

—  Rutenorum Rhodez. 

—  AlbiensiujYi Alby. 

—  Cadurcorum Cahors. 

—  Lemovicum Limoges. 

—  Gabalum Anterrieux'. 

~  Vellavorum St.-Paullen. 

AQUITANIA  SECUNDA. 

Metropolis  civitas  Burdigalensium.  Bordeaux. 

Civitas  Jgennensium Agen. 

—  Ecolismensium Angoulème. 

—  Santonum Saintes. 

—  Pictavorum Poitiers. 

—  Petrocoriorium.  ...    .    .  Périgueux. 

On  voit  que  par  ce  changement  on  enleva  à  la 
Lyonnaise  première  toute  la  cité  de  Bourges,  portion 
de  l'ancienne  Aquitaine,  qu'on  lui  avait  annexée  pour 
la  dédommager  des  peuples  qu'on  en  avait  précédem- 
ment retranchés.  Si  donc  on  ôte  la  cité  de  Bourges 

'  Sous  ce  nom  sont  compris  les  diocèses  de  Saint-Flour  et  de 
Mende.  —  Conférez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  55o  à  355,  et  mes  Re- 
cherches sur  la  Géographie  ancienne  et  sur  celle  du  moyen  âge, 
1822,  in-4°,  p.  I  à  45,  ou  Hist.  et  Mém.  de  l'Institut  royal  de 
France,  Acad.  des  Inscript,  et  Belles-Lettres,  tom.  v,  p.  386  à  ^iS. 


PARTIE  III,  CHAP.  IV.  363 

(le  la  liste  des  cités  que  nous  avons  données  précé- 
demment à  la  Lyonnaise  première,  on  aura  l'étendue 
et  les  limites  de  cette  province  pendant  l'époque  dont 
nous  traitons.  L'étendue  et  les  limites  des  autres  pro- 
vinces ont  été  déterminées  précédemment. 

En  voyant  encore  le  détail  des  nouveaux  partages 
dans  les  chapitres  qui  vont  suivre,  le  lecteur  deman- 
dera peut-être  quelle  était  la  raison  de  ces  fréquentes 
subdivisions  que  l'on  voit  se  succéder  dans  les  Gaules 
avec  tant  de  rapidité,  durant  les  derniers  temps 
de  la  chute  de  l'empire  romain  en  occident.  La 
voici.  Les  empereurs  se  trouvant  incapables  de  ré- 
sister au  torrent  de  Barbares  qui,  de  tous  cotés,  fai- 
saient des  irruptions  dans  l'Empire  ,  se  virent  forcés 
de  céder ,  ou  d'abandonner  plusieurs  des  provinces 
qui  en  faisaient  partie  :  pour  se  consoler  de  ces  per- 
tes, ils  subdivisaient  les  provinces  qui  leui"  restaient, 
afin  d'avoir  l'air  de  régner  toujours  sur  un  même 
nombre  de  provinces ,  et  aussi  afin  de  se  procurer 
un  prétexte  pour  augmenter  les  impôts.  Claudien, 
dans  son  invective  contre  Eutrope,  se  plaint  de  ces 
mesures  désastreuses,  enfantées  par  l'avidité,  et  par 
un  misérable  orgueil.  Il  introduit  l'Orient,  qui  dit  : 
«  La  cour  ne  s'occupe  que  de  danses  et  de  festins  f 
«  elle  oublie  dans  les  jouissances  de  ce  qui  lui  reste 
«  le  souvenir  de  ce  qu'elle  a  perdu.  Pour  que  le 
«  trafiqueur  de  l'Empire  mutilé  n'éprouve  pas  de 
«  diminution  dans  ses  revenus,  la  province  qui  reste 
«  est  partagée,  et  supporte  à  elle  seule  le  fardeau 
«  d'un  double  tribunal,  et  d'un  double  impôt.  C'est 
«  par  cet  art  qu'on  nous  rend  les  peuples  qui  ne 
«  sont  plus  sous  noire  dépendance!  C'est  ainsi  que 


364        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

H  le  nombre  de  nos  pertes  accroît  le  nombre  de  nos 

«  tyrans  !  » 

jéula  choris  epulisque  vacai ,  nec  perdita  curant  ; 
Dum  superest  aliquid.  Ne  quid  tamen ,  orbe  reciso  , 
Vendilor  amittat ,  provincia  quœque  superstes 
Dividitur,  geminumque  duplex  passura  tribunal 
Cogiiur  alterius  pretium  sarcire  perempiœ  : 
Sic  mihi  restituunt  populos  '.  hac  arte  reperta, 
Rectorum  numerum,  terris  pereuntibus ,  augent  '. 

C'est  durant  la  période  de  temps  qui  fait  l'objet 
de  ce  chapitre  qu'on  vit  naître  aussi  la  distinction 
des  ciîiq  provinces ,  et  des  sept  provinces  comme  di- 
visions distinctes  des  Gaules  proprement  dites.  Le 
plus  ancien  monument  où  il  soit  fait  mention  des 
cinq  provinces  est  le  concile  de  Valence,  de  l'an  574  *• 
Dans  sa  lettre  sjnodique,  ce  concile  s'exprime  ainsi  : 
<(  Aux  bien-aimés  frères  évêques,  établis  par  les  Gaules 
«et  les  cinq  provinces.»  L'empereur  Maxime  écrit 
en  585,  au  pape  Sirice,  qu'il  établira  un  synode,  ou 
de  toutes  les  Gaules,  ou  seulement  des  cinq  provinces  ". 
Une  loi  des  empereurs  Arcadius  et  Honorius ,  de 
l'an  3gg ,  est  adressée  à  Proclien,  vicaire  des  cinq 
provinces  ^.  Enfin  les  évéques  du  concile  de  Turin, 
en  401,  adressent  leur  lettre  synodique  ^  «  aux  évé- 
«  ques  établis  dans  les  Gaules  et  dans  les  cinq  pro- 
«  vinces j  »    mais   la   Notice   des    Gaules,    qui   fut 

'  Claudiani,  Poemata ,  xx ,  584,  tom.  1,  p.  610,  edit.  Artaud. 

"  Dom  Bouquet,  Préface  de  la  Collect.  des  hist.  de  France , 
tom.  I,  p.  XVII. 

'  Dom  Bouquet,  Recueil  des  Hist.  de  France,  loco  citato. 

^  Voyez  Codex  theodosian. ,  edit.  Lugd.,  in-folio,  i665,  tom.  vi, 
p.  280  Ann.  3gg,  —  et  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  yôS. 
—  Voyez  Symmachus,  lib.  iv  ,  Ep.^  36. 

'  Sirmondus,  tom.  i,  Concil.  Galliœ,  p.  27.  —  Recueil  des  Hist. 
de  France ,  tom.  1,  p.  774. 


PARTIE  III,  CHAP.  IV.  365 

dressée  peu  après,  divise  toute  la  Gaule  en  provinces 
Gallicanes  et  en  sept  provinces  '.  La  Notice  nomme 
ces  sept  provinces  ;  ce  sont  :  la  Viennaise ,  l'Aqui- 
taine première,  l'Aquitaine  seconde,  la  Novempo- 
pulane ,  la  Narbonnaise  première ,  la  Narbonnaise 
seconde,  et  les  Alpes  maritimes.  Or,  comme  nous 
avons  vu  que  du  temps  d'Ammien  Marcellin  et  de 
la  lettre  du  concile  de  Valence ,  l'Aquitaine  et  la 
Narbonnaise  n'étaient  pas  encore  divisées  en  deux  , 
il  s'ensuit  que  ces  sept  provinces  n'en  formaient 
que  cinq,  et  il  est  démontré  que  les  sept  provinces 
sont  les  mêmes  que  les  cinq  provinces,  qui  avaient 
été  partagées.  Il  est  évident  aussi  que  cette  dénomi- 
nation des  cinq  provinces  n'a  pu  avoir  lieu  qu'a- 
près la  formation  de  celle  des  Alpes  maritimes , 
qui  n'existait  pas  à  l'époque  où  Aramien  Marcellin 
a  écrit  sa  description  ;  et  c'est  sans  doute  parceque 
cette  province  venait  d'être  créée,  que  Sextus  Rufus 
commence  par  elle  son  énumération  des  douze  pro- 
vinces de  la  Gaule.  L'usage  de  désigner  les  Narbon- 
naises,  les  Aquitaines ,  la  Viennaise,  la  Novempo- 
pulane  et  les  Alpes  maritimes,  par  le  nom  des  sept 
provinces,  se  retrouve  encore  dans  des  moimmens 
postérieurs  à  la  Notice.  Ainsi  le  pape  Zosjme  re- 
connaît cette  division  dans  la  lettre  qu'il  écrit ,  en 
417%  à  tous  les  évêques  établis  dans  les  Gaules  et 
dans  les  sept  provinces.  L'empereur  Honorius,  dans 
sa  constitution  de  l'an  4^^?  adressée  à  Agricola, 

'  Notilia  provinc.  Galliar.,  dans  le  Recueil  des  Hist.  de  Fiance ^ 
tom.  I,  p.  125  et  i'24. 

'  Zosymi  papae  Epistola  nd  episcopos  Gallice,  apud  Sirmondum, 
loin.  I,   Concil.   Gnl/iœ,  tom.  1,  p.  9.7. 


3GG         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
piél'et  des  Gaules,  ordonne  aux  sept  pjoifinces  de 
se  trouver  à  Arles  tous  les  ans  ' . 

Cependant  on  a  objecté  que  ,  dans  la  Notice  des 
dignités  de  TEmpire,  que  les  uns  rapportent  au  règne 
de  \  alentlnien  III,  en  4^5,  d'autres  à  l'an  4<^4>  '1  ^^'' 
question  de  l'intendant  des  finances  et  de  l'intendant 
particulier  des  cmq  pi^o^^inces  ""  ;  vavàs  alors  les  Gotlis 
s'étaient  déjà  rendus  maîtres  de  deux  de  ces  sept 
provinces ,  savoir  :  la  seconde  Aquitaine ,  et  la 
Novempopulane  ^  On  avait  donc  raison  de  désigner 
ce  qui  restait  de  la  Gallia  hraccata,  par  le  nom  des 
cinq  provinces,  puisqu'il  n'en  restait  en  effet  que 
cinq. 

Il  est  probable  que  lorsque  la  première  Aquitaine 
se  fut  soulevée  et  eut  formé  pendant  quelque  temps 
un  État  indépendant,  sous  le  nom  d'Armorique , 
on  substitua  la  Lyonnaise  premièreà  l'Aquitaine  dans 
le  nombre  des  sept  provinces;  du  moins  Hincmar, 
qui  vivait  sous  Louis-le-Débonnaire  ,  en  parlant  de 
l'édit  d'Honorius  de  l'an  4iS,  nomme  les  sept  pro- 
vinces, et  dans  sa  liste  il  inscrit  la  Lyonnaise,  et  ne 
parle  pas  de  la  première  Aquitaine.  L'abbé  Dubos 
rapproche  de  ce  passage  d'Hlncmar  l'édit  d'Honorius 
où  cet  empereur  s'exprime  ainsi  :  (c  Nous  voulons 
((  encore  que  nos  officiers  qui  administrent  la  justice 
«  dans  la  Novempopulane  et  dans  la  seconde  Aqui- 
K  talne ,  celles  des  sept  provinces  qui  sont  les  plus 

'  Sirmondus  in  Notis  ad  Sidonium,  p.  245.  —  Rec.  des  Hist.  de 
France,  1. 1,  p.  766.  —  Ch.  Giraud,  dans  la  Notice  sur  Fabrot,  p.  ig(i. 

'  Notifia  dignit.  imper,  rom.  ,§.42,  p.  85  de  l'édit.  de  Labbe, 
et  sect.  45,  p.  87.  —  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  126 
et  127,  —  Bôcking,  Ueher  die  Notitia  dignit. ,  Boun,  i854,  p-  121. 

^  Idatii,  Chronicon.,  an  419.  —  fiec.  des  Hist.  de  Fr..  t.  i,  p.  616. 


PARTIE  m,  CHAP.  IV.  367 

«  éloignées  d'Arles w  Or,  dit  l'abbé  Dubos,  pour 

que  la  Not^empopulane  et  la  seconde  yéquitaine 
fussent,  parnii  les  sept  provinces,  les  plus  éloignées 
d'Arles  ,  il  fallait  que  la  première  ne  fût  point  com- 
prise dans  ce  nombre ,  puisque  Bourges  et  les 
extrémités  de  la  première  Aquitaine  sont  plus  loin 
d'Arles  que  la  seconde  Aquitaine  ,  et  la  Novempo- 
pulane  '.  Ce  raisonnement  n'est  point  exact  ;  plus 
de  la  moitié  de  toute  la  première  Aquitaine  se  trou- 
vait plus  rapprochée  d'Arles  que  les  frontières  de 
la  Novempopulane  et  de  la  seconde  Aquitaine ,  les 
plus  proches  d'Arles.  Ces  deux  dernières  provinces  , 
se  trouvant  au-delà  de  la  première  Aquitaine  par 
rapport  à  Arles ,  étaient ,  en  les  prenant  en  masse , 
plus  éloignées  qu'elles  de  cette  capitale  des  Gaules. 
Tout  porte  à  croire  qu'en  4iS>  époque  de  l'édit 
d'Honorius,  les  sept  provinces  étaient  les  mêmes 
qu'en  4oî  >  lois  de  la  publication  de  la  Notice  de  la 
Gaule  sous  le  même  empereur.  La  première  Lyon- 
naise n'aura  été  substituée  que  postérieurement  à  la 
première  Aquitaine  :  ce  qui  aura  trompé  Hincmar  ', 
qui  aura  jugé  de  l'état  des  choses  du  temps  d'Honorius, 
par  ce  qui  avait  existé  dans  un  temps  plus  rapproché 
de  celui  où  il  écrivait. 

L'édit  d'Honorius  et  la  Notice  des  dignités  de 
l'Empire  sont  les  derniers  monumens  où  il  soit 
fait  mention  des  cinq  provinces ,  et  des  sept  pro- 
vinces '.  Le  nom  de  Septimanie.  attribué  à  une  partie 

■  Dubos,  Etablissement  de  la  Monarchie  française  dans  les 
Gaules,  tom.  i,  p.  374  et  383  ;  édit.  in-12,  4  vol.  Paris,   1742. 

'  Hincmar,  Epist.  vi,  cap.  17  ;  edit.  Mogont.,  p.  5ii,  et  Dubos, 
p.  584  et  387. 

'  Dubos,  tom.  I,  p    076,  dit  :  «  On  peut  voir  dans  les  Annales 


368        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

de  la  Narbonnaise,  a  une  origine  toute  difFërenle  de 

cette  dénomination  des  sept  provinces  ' . 

Cette  division  de  la  Gaule  en  deux  portions  dis- 
tinctes a  donné  lieu  encore,  dansdes  temps  postérieurs, 
à  une  dernière  division  générale,  ou  au  moins  a  in- 
troduit  les  dénominations  nouvelles  de  Gaule  cité- 
rieure  et  de  Gaule  ultérieure  y  qui  n'ont  point,  dans 
les  auteurs  de  ces  siècles ,  la  même  signification  que 
dans  les  temps  classiques.  La  Gaule  citérieure  repré- 
sentait, à  l'époque  dont  nous  traitons,  les  cinq  ou 
les  sept  provinces,  et  comprenait  eu  général  toute 
la  Gaule  au  midi  de  la  Loire,  et  de  cette  portion  du 
Rhône  qui  coule  de  l'ouest,  et  avant  sa  jonction  avec 
la  Saône;  et  la  Gaule  ultérieure  était  tout  le  reste  de 
la  Gaule  au  nord  de  cette  même  portion  du  Rhône 
et  du  cours  de  la  Loire.  Cependant  ces  dénominations 
paraissent  avoir  eu  très  souvent  des  significations 
relatives  :  ainsi  l'auteur  de  la  Vie  de  saint  Éloj,  et 
Prosper  dans  sa  Chronique,  qui  écrivaient  dans  le 
nord  de  la  Gaule ,  placent  Limoges  et  Valence  dans 
la  Gaule  ultérieure ,  parce  qu'en  effet  cette  Gaule 
était  ultérieure  par  rapport  à  eux  '. 

L'usage  de  considérer  l'Aquitaine  et  la  INarbon- 
naise  comme  une  seule  et  même  division,  fit  dispa- 
raître la  dénomination  de  très  Galliœ ^  ou  des  trois 

n  ecclésiastiques  du  père  Lecointe,  tom.  i ,  p.  i6i  ,  plusieurs  pas- 
«  sages  d'auteurs ,  soit  du  iv,  soit  du  V  siècle ,  qui  font  foi  que 
«  la  division  de  la  Gaule  en  Gaule  proprement  dite,  et  en  pays  des 
«  cinq  ou  des  sept  provinces,  avait  lieu  dans  le  langage  ordinaire.  » 
JVous  pourrions  ajouter  beaucoup  au  nombre  de  ces  passages. 

'  D'Anville,  Notice,  p.  "iô. 

'  Voyez  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  i,  p.  63g.  —  Valois  et 
Dubos  n'ont  point  fait  attention  à  ces  circonstances.  Vovez  Dubos, 
tom.  I,  p.  464  —  Valesii,  p.  Soi. 


PARTIE  III,  CHAH.   IV.  ;3G<) 

Gaules,  qui  désignait  l'Aquitaine,  la  Lyonnaise  et  la 
Belgique  d'Auguste.  On  conçoit  aussi  que,  depuis  la 
réunion  des  sept  proi^inces  sous  une  seule  et  même 
division,  on  dut,  dans  les  descriptions  géographi- 
ques ,  s'occuper  séparément  de  ces  deux  portions 
distinctes  des  Gaules,  et  la  description  de  la  Narbon- 
naise  d'Auguste  dut  se  trouver  toujours  à  côté  de  celle 
de  l'Aquitaine.  On  a  peine  à  croire  que,  d'après  un 
rapprochement  si  simple  et  si  naturel ,  les  sa\ans 
auteurs  de  l'Histoire  générale  du  Languedoc  se  soient 
imaginé  que,  sous  le  nom  d'Aquitaine,  Ammien  Mor- 
cellin,  Rufus  et  d'autres  anciens,  aient  désigné  non 
seulement  l'Aquitaine,  mais  encore  toute  la  Nar- 
bonnaise,  et  que  ce  sentiment  ait  été  adopté  par 
dom  Bouquet  dans  sa  savante  Préface  du  Recueil  des 
Historiens  de  France.  Malgré  des  autorités  aussi 
imposantes,  cette  opinion  est  du  nombre  de  celles 
qui  n'ont  pas  besoin  d'être  réfutées,  parce  qu'elle 
ne  repose  sur  aucune  base,  et  qu'elle  est  contredite 
par  les  textes  mêmes  des  auteurs  sur  lesquels  on  a 
cherché  à  l'appujer,  et  que  nous  avons  rapportés. 

Comme  au  temps  de  César,  à  l'époque  d'Ammien 
Marcellin,  l'ancienne  Province  romaine,  c'est-à-dire 
la  Narbonnaise  et  la  Viennaise  ,  était  considérée 
comme  un  pays  distinct  de  la  Gaule  proprement  dite, 
qui  commençait  à  Lyon.  A  partir  de  cette  ville,  on 
évaluait  les  distances  en  lieues  gauloises,  et  on  ces- 
sait de  les  compter  en  milles  romains  '. 

■  Amm.  Marcell.,  lib.  xv,  c.  ii,  p.  2o5;  —  Tab.  Peut.,  seg.  2,  A. 
Jl  n'y  a  rien  dans  le  texte  d'Ammien  Marcellin  qui  ait  trait  à  une 
seconde  Narbonnaise,  comme  le  prétend  M.  Durandi  [Antico  stato   - 
d'Italia,  p.  201),  qui  cite,  pour  appuyer  son  opinion,  un  texte  d'Am- 
mien Marcellin  tout  différent  de  celui  qu'on  trouve  dans  cet  auteur. 
11.  24 


370        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 


CHAPITRE  V. 

Depuis  l'an  38o  jusqu'en  4oi' 

Le  concile  d'Aquilée ,  en  58  r  ,  fait  mention  de 
deux  Narbonnaises  ;  et  comme  Sextus  Rufus,  dans 
son  énumération  ,  n'en  indique  qu'une ,  il  s'ensuit 
que ,  dans  les  dix  années  qui  se  sont  écoulées  entre 
l'époque  où  a  écrit  Sextus  Rufus  et  celle  du  concile 
d'Aquilée,  la  Viennaise  fut  divisée  en  deux,  de 
même  que  l'avait  été  l'Aquitaine  ,  et  on  donna  le 
le  nom  de  Narbonnaise  seconde  à  la  province  nou- 
vellement formée  '. 

Il  est  probable  que  cette  nouvelle  subdivision  fut 
faite  par  Gratien ,  qui  se  rendit  en  Syg  dans  les 
Gaules,  pour  y  régler  l'administration'. 

D'après  la  Notice  de  l'Empire,  les  cités  ou  dio- 
cèses qui  furent  attribuées  à  chacune  des  provinces 
nouvellement  créées  sont  ainsi  qu'il  suit  : 

PROVINCI J  NARBONENSIS  SECUNDA. 

Diocèses  d« 

Metropolis  cii^ît.  Aquensium  .   .    .  Aix. 

—  Aptensium. .   .   .  Apt. 

—  Reiensium.  .   .   .  Riez. 

—  Foro  Juliensiuni.  Fréjus. 

—  Segesteriorum.   .  Sisteron. 

—  Antipolitana,  .   .  Antibes. 

'  D.  Bouquet,  Recueil  des  Hist.  de  France,  Praefat.,  p.  i6. 

'  Zosym.,  lib.  iv,  c.  24 1  P-  ^22,  edit.  Reiteniayer,  1784,  in-S".  — 
Codex  Theod.,  tom.  iv,  p.  5ii,  tom.  v,  p.  ^5.  —  Socrates,  Hist. 
ecclesiast.,  lib.  v,  c.  6.  — ^D.  Bouquet,  Recueil  des  Hist.  de  France, 
tom.  I,  p.  582,  604. 


PARTIE  HT,  CHAP.  V  .Vl 

L'c\échë  d'Antibes  n'a  été  transféré  à  Grasse  qu'en 
ia44  '. 

PKOVmCJA  FIENNENSIS. 

Diocèse»  de 

Metropolis  cw.  f'^ienniensiam.    .   .  Vienne. 
Civitas  Genavensium. .   .   .  Genève. 

—  Gratianopoliiana. .  Grenoble. 

—  Âlbensium AIps  ,    près   de 

Viviers. 

—  Deensium Die. 

Valence. 
Aoste  en  Diais. 
Vaizon. 
Orange. 
Avignon . 
Arles. 


Valentinorum . 
Tricastinorum . 
T  asiensium .  . 
Arausicorum  . 
Avennicorum  . 
Arelatensium. . 


—     Massiliensium.  .   .   Marseille. 

On  devine  facilement  pourquoi  cette  nouvelle 
province  démembrée  de  la  Viennoise  ne  fut  pas  nom- 
mée Viennaise,  mais  Narbonnaise  seconde.  Ces  trois 
provinces  réunies  composaient  primitivement,  après 
la  division  d'Auguste ,  la  province  Narbonnaise  ; 
et  lorsque  cette  grande  province  eut  été ,  par  suite 
de  temps,  divisée  en  trois  autres,  il  parut  sans  doute 
convenable  de  ne  pas  restreindre  ce  nom  de  Nar- 
bonnaise à  une  seule  des  trois  portions  qu'elle  ren- 
fermait ,  tandis  que  le  nom  de  Viennaise  en  aurait 
rempli  la  plus  grande  partie. 

'  Gallia  christ.,  tom.  m,  p.  i  loi. 


372         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Ainsi,  en58i,  la  Gaule  se  trouvait  partagée  en 
quinze  provinces ,  dont  nous  avons  fait  connaître 
remplacement,  l'étendue  et  les  limites. 

Nous  touchons  enfin  à  la  dernière  division  qui  eut 
lieu,  ainsi  que  nous  allons  le  voir,  par  la  subdivision 
des  deux  Lyonnaises,  ou  par  la  formation  de  la  troi- 
sième et  de  la  quatrième  Lyonnaise  :  ce  qui  porta 
à  dix-sept  le  nombre  des  provinces  de  la  Gaule. 


PARTIE  in,  CHAP.  VI.  373 

CHAPITRE  VI. 

Depuis  l'aa  ^o\  jusqu'en  420. 

Dorant  cette  dernière  époque,  l'empire  romain» 
qui  avait  plus  que  jamais  besoin  d'union ,  de  pru- 
dence et  de  courage,  pour  repousser  les  Barbares 
qui  se  précipitaient  sur  lui  de  toutes  parts,  ne  pré- 
sente plus  que  le  tableau  hideux  des  dissensions  et  des 
guerres  civiles;  et  ses  chefs,  également  coupables, 
se  montrent  également  méprisables.  Mais  cependant 
la  tyrannie  de  Maxime,  l'insolence  d'Arbogaste  ,  les 
misérables  querelles  des  priscillianistes,  ne  furent 
point  aussi  fatales  aux  Gaules  que  la  perfidie  et 
l'horrible  trahison  de  Stilicon,qui,  en  4^6,  dépouilla 
le  Rhin  des  troupes  qui  y  étaient  stationnées,  pour 
donner  un  libre  cours  aux  ennemis  qui  assiégaient 
cette  frontière.  liC  dernier  décembre  de  l'année  406 
fut  le  jour  fatal  ou  les  Barbares  franchirent  le  Rhin, 
qu'ils  ne  repassèrent  plus  '.  Saint  Jérôme,  dans 
l'épitrcQi, adressée  à  Ageruchia,  qui  est  de  l'an  4o9> 
décrit  dans  les  termes  suivans  les  résultats  de  la 
mesure  de  Stilicon  et  les  calamités  que  les  Gaules 
éprouvaient  alors  :  u  Des  nations  innombrables  se 
'(  sont  répandues  dans  toutes  les  Gaules;  les  Quades, 
«  les  Vandales ,  les  Sarmates,  les  Alains,  les  Gé- 
K  pides ,  les  Hérules,  les  Saxons  ,  les  Bourguignons, 

'  Pi'osper,  Fasti  nd  annum ,  4o6.  —  Recueil  des  Hist.  de.  France, 
tom.  1,  p.  586,  598  ,  6-27,  65^  et  fiSy  —  Salvianiis,  de  Guhernatione 
Dei,  lil).  vil,  p.  u65;  «'•dit.  de  Riitcr.— Srh.epflin ,  Ahntin  ilhistratai 
tom.  I,  p.  4^5. 


374  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
«  les  Allemands,  les  Pannonlens  ,  ont  ravagé  tout 
((  le  pays  renfermé  entre  les  Alpes  et  les  Pyrénées  , 
«  l'Océan  et  le  Rhin.  0  déplorable  république! 
«  Mayence,  cette  cité  jadis  illustre,  a  été  prise  et 
((  ruinée  ;  plusieurs  milliers  d'hommes  ont  été  mas- 
((  sacrés  dans  son  église.  Worms  a  été  détruite  après 
((  un  long  siège.  Les  habitans  de  la  puissante  ville 
«  de  Reims,  ceux  d'Amiens,  d'Arras,  de  Térouenne, 
«  de  Tournay  ,  de  Spire ,  de  Strasbourg  ,  ont  été 
((  transportés  en  Germanie.  Les  Aquitaines  ,  la  No- 
((  vempopulane,  les  provinces  Lyonnaises  et  Nar- 
((  bonnaises  ont  été  universellement  ravagées ,  et  le 
((  petit  nombre  de  villes  que  leurs  remparts  ont 
«  protégées  contre  le  fer  destructeur,  ont  été  dépeu- 
u  plées  par  la  famine.  Je  ne  puis  faire  mention  de 
«  Toulouse  sans  répandre  des  larmes  !  '  » 

L'année  où  saint  Jérôme  écrivait  ceci ,  c'est-à- 
dire  vers  la  jQn  de  l'an  4^9  ou  le  commencement  de 
l'an  4^0,  l'usurpateur  Constantin,  qui  s'était  fait 
déclarer  empereur,  ayant  fait  passer  en  Espagne  les 
troupes  qui  étaient  destinées  à  garder  les  Gaules  , 
les  habitans  de  la  Grande-Bretagne  ,  une  des  trois 
portions  du  diocèse  des  Gaules,  osèrent  se  soustraire 
à  l'obéissance  de  l'Empire  et  chasser  ses  officiers. 
«  L'exemple  des  Bretons  insulaires,  dit  Zosyme, 
((  fut  suivi  par  les  peuples  du  commandement  Ar- 
((  morique  et  par  ceux  de  quelques  autres  pi'ovinces 
«  de  la  Gaule  ,  qui  chassèrent  les  officiers  de  l'em- 

'  Hieronym. ,  Epist.  gi,  ad  Ageruchiam ,  p.  748,  edit.  Par.  ou 
Epist.  123,  tom.  I,  p.  908.  —  Zosym.,  Hisi.,  lib.  v  et  vi,  et  Gré- 
goire de  Tours,  lib.  n,  cap.  g.  —  Recueil  des  Hist.  de  France , 
tom.  1,  p.  4i6,  586,  598,  627,  607,  777,  782.  —  Salvian. ,  lib.  vu, 
cap.  12. 


PARTIE  III,  GHAP.   VI.  375 

«  pereur,  se  mirent  en  liberté,  puis  établirent  dans 
«  leur  patrie  une  forme  de  gouvernement  répu- 
u  blicain.  » 

Les  noms  des  provinces  romaines  disparurent 
pour  faire  place  à  ceux  de  Neustriaj  à'Âustria  de 
Burgiindia,  de  Gothia  ou  de  Septimania,  et  de  Vas- 
conia  :  la  majeure  partie  de  X  Jquitaniay  non  l'an- 
tique et  primitive  Aquitania,  mais  celle  d'Auguste  , 
conserva  seule  son  ancienne  dénomination.  Enfin, 
lors  de  l'entière  conquête  de  Clovis  et  de  la  conso- 
lidation de  la  monarchie  des  Francs  ,  cette  vaste 
contrée  comprise  entre  les  Pyrénées,  les  Alpes,  le 
Rhin  et  l'Océan  ,  perdit  son  ancien  nom  de  Gaule 
pour  prendre  celui  de  Francia  ';  mais,  ainsi  que  je 
l'ai  déjà  observé,  les  anciennes  dénominations  et 
les  anciennes  limites  des  provinces  subsistèrent  dans 
la  hiérarchie  ecclésiastique ,  parce  que  les  juridic- 
tions dont  elles  étaient  composées  furent  respectées 
par  les  vainqueurs. 

C'est  sans  doute  à  cette  circonstance  que  nous 
sommes  redevables  de  la  conservation  du  précieux 
monument  géographique,  qui  nous  donne  la  division 
des  provinces  des  Gaules  dans  le  plus  grand  détail 
à  l'époque  de  l'invasion  des  Barbares  et  de  la  chute  de 

■  Mais  avant  que  ce  nom  se  iùt  étendu  sur  tout  ce  vaste  territoire, 
celui  de  Gaule  subsista  encore  quelque  temps  pour  désigner  toutes 
les  parties  de  l'ancienne  Gaule  qui  n'avaient  point  été  occupées  par 
les  Francs,  lors  de  la  première  invasion.  La  Francia  contenait  la 
Neustria  et  VAustria,  au  nord  de  la  Loire;  et  la  Gallia  renfermait 
ÏÂquitania ,  la  Burgiindia ,  la  Provincia  et  la  Septimania.  Valois 
(  Notitia  Galliar. ,  p.  5o5}  apporte  de  ceci  des  preqves  nombreuses, 
et  d'Anville  a  eu  tort  de  ne  pas  consigner  cette  distinction  curieuse 
dans  sa  Carte  d'une  partie  de  l'Europe  dans  le  moyen  âge  :  elle  est 
très  utile  pour  bien  comprendre  une  foule  de  monumeiis  historiques. 


376         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
la  puissance  romaine  dans  l'occident  :  je  veux  parler 
de  la  Notice  des  provinces  et  des  peuples  ou  cités  de 
la  Gaule,  Notitia  provinciarum  et  cwitatum  Galliœ. 

Celte  Notice  parait  avoir  été  dressée  avant  l'an 
4oi  ou  4o2  ,  époque  du  synode  de  Turin,  où  nous 
voyons  qu'Arles  commençait  déjà  h  disputer  la  su- 
prématie sur  Vienne  :  elle  est  antérieure  à  l'époque 
où  Honorius  transféra  à  Arles  le  siège  de  la  préfec- 
ture des  Gaules,  qui  auparavant  était  à  Trêves  ; 
puisque  nous  apprenons  que  Vienne  est ,  dans  cette 
Notice  ,  la  métropole  de  la  Viennaise,  et  non  Arles  ; 
elle  est  surtout  antérieure  à  la  loi  d'Honorius,  de  l'an 
418,  qui  ordonne  aux  sept  proKnnces  de  s'assembler 
désormais  à  Arles  tous  les  ans. 

Dans  les  monumens  historiques  postérieurs  à 
cetle  Notice,  on  dit  le  plus  souvent  les  dix-sept 
provinces  sans  y  ajouter  le  nom  de  Gaules,  parce 
que  dans  le  reste  de  l'empire  romain  il  n'y  avait 
aucun  autre  diocèse  ou  vicariat  qui  contînt  le  même 
nombre  de  provinces. 

D'après  ce  que  nous  avons  dit  précédemment,  il 
suffira  de  transcrire  cette  Notice  pour  établir  l'em- 
placement ,  l'étendue  et  les  limites  ,  des  diverses 
provinces  dont  se  compose  cette  dernière  division 
des  Gaules. 

On  n'oubliera  pas  d'observer  que  cette  Notice 
subdivise  toute  la  Gaule  en  deux  grandes  portions  : 
1°.  les  provinces  Gallicanes,  qui  étaient  au  nombre 
de  dix,  et  o^ .  les  sept  provinces  ;  ce  qui  est  conforme 
à  ce  que  nous  avons  vu  établi  dans  les  actes,  et  les 
monumens  historiques,  qui  précèdent  immédiate- 
ment l'époque  de  la  Notice. 


PARTIE  111,  CflAP.   \I.  377 

NOTITIA 
PROVINCIARUM  ET  CIFITATUM  GALLl^E  \ 

I. 

IN  PROFINCUS  GâLLICaNIS  QUM  CIVITJTES  SINT. 


Pioviiicia  Lugdunensis  prima.  —  N*  III. 

Diocèses  dp 

Metropolis  clvitas  Lugdunensium .  Lyon 

—  jEduorum.    .    .  Autun. 

—  Lingoîuim.     .    .  Lan  grès. 
Castrimi  Cabilonense .    .  Châloiis. 

—       Matisconense.  .  Mâcoii. 

Nous  voyons  dès  le  début  de  cette  Notice  que  la 
division  de  la  Gaule  par  diocèses,  quoique  basée  en 
partie  sur  la  division  des  Gaules  en  différens  peuples, 
lit  cependant  disparaître  cette  dernière  :  ainsi  les 

'  Cette  Notice  se  trouve  dans  un  grand  nombre  d'écrits  :  dans 
Gronovius ,  f^aria  geographica  :  Lugd. ,  in-8",  p.  ^o.  —  Valesii 
Notitin,  Praefatio,  p.  xxvi.  — J.  Sirmondi,  Concilia  gniliœ ,  tom.  i. 
—  Gallia  christiana ,  tom.  i.  —  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  i, 
p.  122,  et  tom.  II,  p.  I  à  10  — Dans  le  Geographiœ  cspiscopalis 
Breviarium,  de  Labbe,  in-i8;  Parisiis,  i66i  ,  p.  379.  L'auteur,  à  la 
fin,  p.  584,  promet  une  édition  de  cette  Notice  par  ordre  alpha- 
bétique, collationnée  sur  plus  de  vingt  manuscrits  :  ce  travail  a-t-il 
paru?  On  trouve  encore  cette  Notice  dans  Dubos,  Hist.  critique  de 
l établissement  de  la  Monarchie  française  dans  la  Gaule ,  tom.  i , 
p.  70. — La  dernière  et  la  meilleure  édition  (  sauf  une  omission  gr.«ive; 
a  été  donnée  dans  VJissai  sur  le  système  des  divisions  territoriales 
de  la  Gaule,  depuis  rage  romain  jusqu'à  la  fin  de  la  dynastie 
carlovingienne;  i852,  in-S"  ,  p.  12  à  54;  elle  offre  la  collation  et 
les  variantes  de  près  de  trente  manuscrits. 


378  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULÉS. 
j^dui y  représentés  par  civitas  yEdiiorum  ou  le 
diocèse  d'Autun ,  ne  nous  offrent  plus  qu'une  por- 
tion du  territoire  occupé  par  les  anciens  jEdui  ;  et 
la  Notice  commence  même  par  une  division  nou- 
velle, qui  ne  correspond  précisément  à  aucun  peuple, 
Cwitas  Lugdunensium  :  la  capitale  de  ce  diocèse, 
Lugdunum  y  ayant  le  titre  de  métropole  de  cette 
première  division  des  Gaules  ,  peut  aussi  être  con- 
sidérée non  seulement  comme  le  chef-lieu  de  la 
province  et  du  diocèse  particulier  où  elle  se  trouve, 
mais  encore  des  dix  provinces  Gallicanes ,  comme 
Arles  le  devint  des  sept  provinces  et  de  toute  la 
Gaule.  Cwitas  Lugdunum  renferme  les  Segusiani 
et  les  Amharri ,  et  son  étendue  et  ses  limites  sont 
les  mêmes  que  celles  de  l'ancien  diocèse  de  Lyon, 

Il  resuite  encore  de  ceci  que  la  Carte  de  la  Gaule 
ancienne  de  d'Anville  ,  si  estimable  sous  tant  de 
rapports,  est  défectueuse  dans  son  plan  fondamental, 
puisqu'elle  représente  la  Gaule  divisée  en  dix-sept 
provinces,  et  que  les  subdivisions  ne  sont  pas  par 
diocèses  mais  par  peuples  :  elle  ne  se  rapporte  donc 
exactement  à  aucune  époque,  ni  à  celle  de  la  Notice, 
ni  aux  époques  antérieures.  Une  carte  de  la  Gaule  à 
l'époque  dont  nous  traitons  doit  être  une  France  ec- 
clésiastique ,  telle  qu'elle  était  avant  la  révolution  , 
dégagée  de  tous  les  changemensqui  ont  eu  lieu  posté- 
rieurement à  l'an  402.  Ces  changemens  étaient  tou- 
jours insérés  dans  cette  Notice ,  ce  qui  en  a  produit 
un  grand  nombre  de  copies  interpolées,  dont  on  n'a 
publié  qu'un  trop  petit  nombre.  —  Il  eût  fallu  en 
effet  les  publier  toutes,  les  rapprocher,  les  comparer, 
les  ranger  dans  l'ordre  chronologique  ;,  et  on  en  eût 


PARTIE  III,  CKAP.  VI.  379 

tiré  d'excellens  éclaircissemeiis  pour  l'histoire  par- 
ticulière de  chaque  diocèse.  On  s'est  toujours  con- 
tenté de  reproduire  cette  Notice  telle  qu'elle  avait 
été  donnée  par  le  père  Sirmond ,  parce  qu'on  re- 
garde cette  copie  comme  la  plus  ancienne  et  comme 
exempte  d'interpolation.  —  Je  n'en  crois  rien,  et 
je  trouve  dès  le  début  des  preuves  assez  évidentes 
que  cette  copie  de  la  Notice  est  déjà  postérieure  au 
siècle  d'Honorius.  Tous  les  manuscrits  portent  le 
nombre  des  cités  ou  diocèses  de  la  Lyonnaise  pre- 
mière à  trois,  numéro  très,  et  on  ne  tiouve  dans 
la  liste  que  trois  lieux  qui  portent  le  titre  de  civitas; 
mais  nous  y  voyons  le  nombre  des  diocèses  porté 
à  cinq  par  l'addition  du  castrum  Cabilonense  et 
du  castrum  Matisconense  :  ce  qui  prouve  que  l'érec- 
tion de  ces  deux  derniers  diocèses  est  postérieure  à 
la  Notice ,  et  qu'ils  y  ont  été  ajoutés.  En  effet  le 
commencement  de  l'histoire  du  diocèse  de  Mâcon 
ne  remonte  pas  au-delà  du  vi''  siècle  ,  et  celle  de 
celui  de  Châlons  au-delà  de  la  fin  du  v*  '.  Nous  ne 
possédons  donc  pas  encore  une  Notice  des  provinces 
de  la  Gaule  telle  qu'elle  fut  dressée  du  temps  d'Ho- 
norius. 

J'observerai  déplus  que  lorsque  les  Bourguignons, 
d'origine  germanique,  se  furent  emparés  de  cette 
province ,  avant  de  perdre  son  nom  antique  et 
d'être  confondue  avec  d'autres  provinces  voisines, 
elle   conserva   le  nom  de   Lyonnaise  germanienne 

'  Voyez  Gallia  chrisiiana ,  tom.  iv,  p.  861  et  tooq.  —  11  ne  faut 
pas  beaucoup  de  critique  pour  apercevoir  qu'on  n'aurait  jamais  dû 
inscrire  Donatianus  au  nombre  des  évêques  de  Châlons,  et  que  la 
liste  des  évêques  de  ce  diocèse  ne  peut  commencer  qu'à  Paul  II  , 
en  ^"jO. 


380         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Lugdunensis  Ge/mania  :    c'est  ainsi  que   l'appelle 
dans  ses  lettres  Sidoine  Apollinaire  '. 

Frovincia  Lugdunensis  secunda.  —  N°  VIT. 

Diocèses  de 

Metropolis  cwitas  Rotomagensium.   .  Rouen. 

—  Bajocassiuni.  .  .   .  Bayeux. 

—  Abrincatam.  .   .   .  Avranches. 

—  Ebroïcorum.  .   .   .  Evreux. 

—  Sagiorum Séez. 

—  Lexo^iorum.  .   .    .   Lisieux. 

—  Constantia.    .    .   .  Coutances. 
L'emplacement  et  les  limites  de  tous  les  diocèses 

et  districts  dont  les  capitales  sont  ici  désignées  ont 
été  précédemment  déterminés;  et  toutes  se  trou- 
vent nommées  dans  des  monumens  historiques  anté- 
rieurs à  la  Notice ,  à  la  réserve  de  cwitas  Sagiorum  , 
qui  pourtant  paraît  devoir  être  rapportée  aux  Se- 
suvii  de  César  \  La  liste  des  évéques  de  ce  diocèse 
ne  commence  à  avoir  de  date  certaine  que  vers  le 
commencement  du  vi"  siècle.  On  croit  qu'ils  rési- 
dèrent d'abord  à  Oximus  y  Exme  %  ville  très  an- 
cienne ,  et  qui  paraît  avoir  existé  du  temps  des  Ro- 
mains ,  puisqu'une  voie  romaine  dont  on  suit  les 
vestiges  depuis  Bayeux  la  traversait.  L'étendue  et 
les  limites  de  civitas  Sagiorum  se  trouvent  donc 
exactement  déterminées  par  celles  du  diocèse  de 
Séez,  tel  qu'il  existait  avant  la  révolution  '*.  —  Ar- 

'  Sidonius  ApoUinaris,  lib.  v,  Epist.  'j  (  cette  lettre  est  de  l'an  427)- 

'^  Voyez  ci-dessus,  tom.  1,  p.  5gi. 

^  Gnllin  christiana ,  tom.  11,  p.  675. 

"  Le  Diocèse  de  Séez,  divisé  en  ses  cinq  archidiaconés  ,  levé  exac- 
tement sur  les  lieux  par  Fr.  L.  de  La  Salle ,  dédié  à  monseigneur 
Barnabe  Turgot,  évèque  de  Séez;  171S.  —  Hadriani  Valesii  No- 
lilid  Gallinrum .  p.  4'- 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  381 

geiitan,  oii  l'on  croit  devoir  placer  \ Arœgeiiuœ  de 
la  Table ,  et  qui  par-là  semblerait  avoir  des  titres 
pour  être  considérée  comme  l'ancien  chef-lieu  de  ce 
diocèse  ,  est  nommé  Jrgencias  dans  les  plus  anciens 
monumens,  et  fut  détruite  presque  entièrement  dans 
le  XI"  siècle  ' . 

La  Notice  est  aussi  le  premier  monument  histori- 
que qui  fasse  mention  de  Constantia ,  et  rien  ne 
prouve  que  cette  ville  soit  de  beaucoup  antérieure  à 
cette  époque.  Ptolémée  mentionne,  chez  les  Unelli , 
le  port  de  Crotiatonum ,  et  les  mesures  de  la  Table 
portent  au  port  d'Audouville  cette  même  ville , 
qu'elle  mentionne  avec  un  peu  d'altération  dans  le 
nom.  La  Table  indique  bien  aussi,  dans  le  Coten- 
tin,  une  capitale  sous  le  nom  de  Cosedia  ;  mais 
les  mesures  qu'elle  fournit,  d'accord  avec  celles  de 
l'Itinéraire,  portent  la  position  de  ce  lieu  dans  un 
endroit  obscur  nommé  La  Cousinière  ,  ou  à  Pont- 
Tardif  *,  assez  loin  au  nord  de  Coulances  ou  Con- 
stantia. Cette  dernière  ville  n'est  mentionnée  ni 
dans  les  Itinéraires  ni  dans  la  Table,  et  ne  saurait 
être  la  même  que  Cosedia  ou  Crotiatonum.  On  doit 
encore  moins  la  confondi^e  avec  les  castra  Constan- 
tia,  qu'Ammien  Marcellin  nous  indique  avoir  été 
situés  à  l'embouchure  de  la  Seine.  La  célébrité  de 
Constantia^  Coutances,  a  fait  disparaître  le  nom  des 
Unelli  ou  Veneli,  et  ceux  de  lem-s  deux  capitales  pri- 
mitives. Toute  cette  portion  de  la  première  Lyon- 
naise a  pris  dans  le  moyen  âge  le  nom  de  pagws 

'  Recueil  des  Hist.  de  France,  loin,  x,  p.  OB']  ,  et  le  Dicl.  ge'ogr., 
tom.  m  de  cet  ouvrage. 
'  Voyez  tom.  i,  p.  585. 


382         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Constantinus y  et  chez  les  modernes,  de  Cotentin  :  le 
cwitas  Constantia  et  les  Unelli y  se  trouvent  repré- 
sentés par  le  diocèse  de  Coutances. 

Comme  la  Notice  ne  fait  pas  mention  des  f^idu- 
casses  de  Pline ,  il  est  évident  que  celte  cité  ne  for- 
mait pas  un  diocèse  particulier  et  se  trouvait  ren- 
fermée dans  les  limites  du  diocèse  de  Bayeux  ,  cmtas 
Bajocassium . 

La  Notice  est  aussi  le  premier  monument  qui  fasse 
mention  de  civitas  Lexoviorum  comme  ville.  L'ana- 
lyse des  mesures  de  Ptolémée  nous  a  prouvé  que 
le  port  des  Lexoviiy  le  Nœomagus  Lexoviorum, 
était  situé  à  Néville  ',  près  de  Conteville,  dans  l'es- 
tuaire que  forme  l'embouchure  de  la  Seine.  Ainsi  le 
diocèse  de  Lisieux  nous  représente  bien  l'étendue  et 
les  limites  de  cwitas  Lexoviorum  de  la  Notice,  mais 
non  pas  celles  des  Lexovii ,  beaucoup  plus  étendues  : 
nous  avons  fixé  précédemment  ces  dernières. 

Provincia  Lugdunensis  tertia.  —  N°  IX. 

Diocèses  de 

Metropolis  cwitas  Turonum. .   .  Tours. 
Cwitas  Cenomannorum.    .    .  Le  Mans. 

—  Redonum Rennes. 

—  Andicavorum  ....  Angers. 

—  JSamnetum Nantes. 

—  Coriosopitum..    .    .    .   Cornouailles. 

—  Venetum Vannes. 

—  Osismorum Saint-Pol-de-Léon. 

—  Diablintum Jubleins. 

Les  Coriosopiti  ou  Corisopiti  sont  ici  mentionnés 
pour  la  première  fois.  Dans  le  procès  que  Nominoé, 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i.  p.  Sgy. 


PARTIE  III,  CHAP.  YI.  383 

qui,  vers  le  milieu  du  ix''  siècle,  prit  le  titre  de 
roi ,  fit  aux  évêques  de  cette  province,  l'évéché  de 
Cornouailles  est  appelé  Corisopitensis  ;  et  dans  des 
lettres  datées  de  1166,  l'évêque  de  Quimper  s'inti- 
tule :  «  Corisopitensis  ecclesiœ  humilis  minister  ' .  »  Il 
n'y  a  donc  aucun  doute  que  le  diocèse  de  Quimper 
ne  nous  représente  le  Corisopitum  de  la  Notice  ; 
mais  plus  anciennement  ce  mot  de  Cornu  Gallice,  ou 
Cornuailles  %  comprenait  tout  le  pays  des  Osismii, 
ou  toute  l'extrémité  de  la  Bretagne.  Nous  avons 
\u  que  la  capitale  des  Osismii ^  J^organium ,  était 
située  sur  la  côte  méridionale  ,  où  est  actuellement 
Concarneau  :  il  en  résulte  que  le  diocèse  ou  le  district 
des  Corisopiti  a  été  formé  dans  les  derniers  temps 
de  la  puissance  romaine  dans  les  Gaules ,  et  que 
le  civitas  Osismorum  de  la  Notice  ne  leprésente 
plus  qu'une  partie  des  anciens  Osismii.  Les  diocèses 
de  cette  partie  de  la  Gaule  étant  de  création  récente, 
on  ne  peut  savoir  quel  est  le  lieu  moderne  qui  nous 
représente  civitas  Osismiorum  de  la  Notice  dans  son 
acception  de  capitale,  et  non  de  diocèse.  Il  est  pro- 
bable que  c'est  Saint-Pol-de-Léon_,  qui  devint  d'assez 
bonne  heure  le  siège  d'un  évêché,  et  près  duquel  les 
mesures  de  Ptolémée  placent  le  Staliocanus  portus , 
le  seul  port  que  Ptolémée  mentionne  chez  les  Osismii. 

Provincia  Lugdunensis ,  [sive]  Senonia.  —  N°  VIT. 

Diocèses  de 

Metropolis  civitas  Senonum, Sens. 

—  Carnotum Chartres. 

—  Autissiodurum. .   .   Auxerre. 

*  Voyez  les  Hisl.  de  Bretagne  de  D.  Lobineau  et  de  D.  Morice. 

*  Lib.  Il,  de  Miraculis  sancti  Pétri  Benedicti,  dans  le  Recueil  des 
Hist.  de  France,  et  le  Dictionn.  ge'o^r.,  toni.  m  de  cet  ouvrage. 


384         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Cwitas  Tricassium.    .    .    .   Trojes. 

—  Aiirelianorum.  .    .  Orléans. 

—  Parisiorum.    .    .    .   Paris. 

—  Meldoruni Meaux. 

La  Notice  des  provinces  de  la  Gaule  est  le  premier 
monument  historique  qui  fasse  mention  des  Aure- 
liani  comme  d'un  district  séparé  des  Carnuti  ;  mais 
ce  nom  à'Aureliani,  appliqué  à  l'antique  \ille  de 
Genabiun y  semble  prouver  que  cette  séparation  eut 
lieu  sous  le  règne  de  l'empereur  Aurélien  :  ainsi 
civitas  Carnotum  ne  représente  plus  qu'une  portion 
de  l'ancien  territoire  des  Garni ,  et  se  réduit  au 
diocèse  moderne  de  Chartres.  L'autre  portion  ,  à 
l'époque  dont  nous  traitons ,  doit  être  attribuée  aux 
Aureliani.  Les  autres  cités  ou  diocèses  de  cette  pro- 
vince sont  composées  du  territoire  des  peuples  dont 
ils  portent  le  nom ,  et  dont  nous  avons  précédem- 
ment déterminé  l'emplacement,  l'étendue  et  les  li- 
mites. Dans  quelques  copies  de  la  Notice,  au  nom 
de  cette  province  est  ajouté  le  nom  de  Senonia^  et 
ce  nom,  plus  court,  et  par  conséquent  plus  com- 
mode, prévalut,  ainsi  que  nous  le  voyons  dans  Si- 
doine Apollinaire  '  ;  et  l'on  a  omis  par  cette  raison 
le  nom  de  quarta^  ou  quatrième ,  qui  appartient  à 
cette  Lyonnaise. 

Pi'ovincia  Belgica  prima.  —  N"  IV. 

Diocèses  de 

Metropolis  cint.  Treveroram Trêves. 

Cwitas  Mediomatricorum,  Mettis.  Metz. 

—  Leucoriim ,  Tullo Toul. 

—  y  erodunensium Verdun. 

'  Sidonius  ApoUiuaris,  Epistol.,  lib.  vi,  episi;.  5.  —  Recueil  des 
JJist.  de  France.,  toni.  i,  p.  797. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  385 

L'emplacement,  l'étendue,  les  limites  de  ces  dif- 
férentes cités ,  sont  les  mêmes  que  ceux  des  peuples 
dont  ils  ont  reçu  le  nom,  et  qui  ont  déjà  été  déter- 
minés précédemment. 

Belgica  secunda.  —  N"  XII. 

Diocèses  de 

Metropolis  civit.  Remorum Reims. 

—  Suessionum.   .   .   .  Soissons. 

—  Catellaunorum.    .  Châlons  -  sur  - 

Marne. 

—  f^eiomanduorum .  Saint-Quentin. 

—  Atrabatum An-as. 

—  Camaracensium..  Cambra j. 

—  Turnacensium. ,   .   Tournay. 

—  Sylvanectum  .   .    .  Senlis. 

—  Bellovacorum,  .    .   Beauvais. 

—  Amhianensium.   .  Amiens. 

—  Moriniun Térouenne. 

—  Bononiensum.  .   .  Boulogne. 
Gesoriacum  ou  Boulogne,  étant  un  lieu  de  passage 

pour  Albion  ou  l'île  de  Bretagne,  formait  un  district 
très  peuplé  et  très  fréquenté,  ainsi  que  le  prouvent  les 
voies  romaines  qui  y  aboutissent  :  on  en  forma  donc 
un  diocèse  séparé ,  que  l'on  détacha  du  territoire 
des  Morini.  Le  territoire  particulier  de  Teruanna  y 
Térouenne  ,  forma  alors  un  diocèse  particulier , 
très  restreint  à  cause  de  la  vaste  étendue  des  Mena- 
pii  ou  du  diocèse  de  Tournay.  Une  Notice  de  la 
Gaule  qui  paraît  interpolée  porte  cwitas  Morinum, 
Tarawanna  Poiitium  ';  mais  si  cette  Notice  était 

'  Voyez  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  ii,  p.  2,  et  Guérard, 
Essai,  p.  19. 

II.  35 


386  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
exacte  ,  le  territoire  des  Morini  aurait  empiété  sur 
celui  des  Ambiant .  Une  autre  copie  confirme  celle- 
ci  et  porte  cwitas  Morinorum,  id  est  Ponlicum  '  : 
aussi  Valois  prétend-il ,  avec  quelque  raison  ,  que  ce 
Ponticum  n'est  pas  le  Pontes  de  la  Table,  capitale 
du  Ponthieu.  J'ai  prouvé  précédemment  que  la  cité 
de  Tournay,  dans  la  Notice,  représentait  tout  le 
terrritoire  des  Menapii  i^itués  à  l'ouest  de  l'Escaut, 
et  selon  les  limites  établies  sous  Auguste,  après  la 
transplantation  des  nations  germaniques  sur  le  terri- 
toire des  Menapii  qui  occupaient  une  portion  du 
pays  à  l'est  de  ce  fleuve.  Ainsi  la  cité  de  Tournay 
renfermait  non  seulement  le  diocèse  de  Tournay , 
mais  encore  celui  de  Bruges,  de  Gand  et  d'Ypres, 
et  toute  la  contrée  située  entre  l'Escaut,  l'Océan, 
les  diocèses  de  Térouenne  et  d'Arras ,  et  l'ancien 
diocèse  de  Cambray.  Comme  c'est  dans  la  cité  de 
Tournay  que  la  monarchie  des  Francs  a  pris  nais- 
sance ,  et  qu'aucun  auteur  moderne  n'a  su  discerner 
les  limites  de  cette  cité  ni  l'origine  de  sa  formation , 
il  en  est  résulté  que  nos  premiers  annalistes  ont  été 
mal  compris ,  et  que  par  conséquent  les  commen- 
cemens  de  notre  histoire  ont  été  mal  exposés. 

Après  la  première  invasion  de  Clodion,  les  di- 
verses tribus  des  Francs  se  partagèrent  les  cités  qu'ils 
avaient  conquises ,  et  chaque  cité  fat  gouvernée  par 
un  chef  ou  un  roi  particulier.  Ainsi  ,  du  temps  de 
Clovis,  il  y  avait  un  roi  franc  à  Boulogne,  un  autre 
roi  franc,   nommé  Cararic  %  régnait  à  Térouenne. 

'  Rec.  des  Hist.  de  France,  t.  n,  p.  a,  g  et  lo,  etGuérard,  p.  19. 
'  Voyez  Gregorius  Turon,,  Hist.,  lib.  11,  c.  4i-  —  L'abbé  Dubos, 
tom.  m,  p.  23. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  387 

Les  Morini,  malgré  leur  peu  d'étendue ,  partagés  du 
temps  de  la  Notice  en  deux  cités,  formèrent  donc 
deux  petits  royaumes  francs.  A  la  même  époque, 
Ragnacaire,  autre  roi  franc,  régnait  à  Cambray,  c'est- 
à-dire  qu'il  était  roi  des  Nervii.  Enfm  Clovis,  et 
avant  lui  Chilpéric,  possesseur  de  Tournay,  com- 
mandaient aux  Menapii  :  son  royaume  était  donc  le 
plus  "vaste ,  quoique  peut-être  il  ne  fût  pas  le  plus 
peuplé.  Coupé  par  des  marais,  protégé  par  la  mer 
et  par  l'Escaut,  ce  pays  offrait  à  ses  habitans  le  plus 
de  facilités  pour  la  défense  et  pour  l'attaque.  D'ail- 
leurs les  rois  Francs  et  leurs  adhérens,  fixés  dans 
les  villes  riches  et  populeuses  des  Newii  et  des 
Morini,  se  laissèrent  plus  facilement  corrompre  par 
le  luxe  et  la  mollesse  des  Gaulois  romains,  ce  que 
n'éprouvèrent  point  ceux  auxquels  l'âpre  et  déserte 
Ménapie  était  tombée  en  partage.  Voilà  ce  qui  rendit 
si  facile  à  Clovis  la  conquête  des  petits  royaumes  qui 
entouraient  le  sien  '.  La  conquête  de  la  plus  grande 
partie  des  Gaules  par  le  roi  des  Francs  de  la  Ména- 
pie dut  nécessairement  rendre  riche  et  florissante 
cette  contrée,  désormais  à  l'abri  de  toute  invasion, 
puisqu'elle  était  la  patrie  des  plus  forts  et  des  plus 
puissans  :  elle  dut  donc  devenir  plus  riche  et  plus 
florissante;  aussi  la  voyons-nous,  dès  les  premiers 
temps  de  l'histoire  des  Francs,  se  couvrir  d'habita- 
tions et  de  villes  qui  n'existaient  pas  du  temps  des 
Romains;  tandis  que  les  contrées  de  l'intérieur, 
autrefois  si  riches  et  si  populeuses,  pillées  et  dévas- 
tées, se  dépeuplèrent. 

'  Voyez  dans  Grégoire  de  Tours,  lib.  ii ,  cap.  !\i,\^  peinture 
qu'il  fait  des  vices  de  Ragnacaire  et  de  ses  sujets  francs. 


388         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Provincia  Germania  prima.  —  N»  lY. 

Diocèses  <1« 

Metropolis  civitas  Mogunciacensium. .  Mayence. 

—  Argentoratensium. .  Strasbourg. 

—  Nemetum Spire. 

—  T^angionum  ....  Worms. 
J'ai  déjà  déterminé  l'étendue  et  les  limites  de  cette 

province,  formée  par  la  transplantation  des  peuples 
Germaniques ,  aux  dépens  du  territoire  des  Treviri 
et  des  Mediomatriclj  et  d'abord  nommée  Germanie 
supérieure.  Cette  province  ne  contenait  que  les 
portions,  situées  à  l'ouest  du  Rhin,  des  différens 
diocèses  ici  désignés.  Les  positions  des  chefs-lieux 
sont,  ainsi  que  nous  l'avons  observé,  déterminées 
par  les  mesures.  Plusieurs  anciennes  copies  de  la 
Notice  portent  civitas  Nemetum,  Spira;  et  Wan- 
gionumj  JVarmatia  \ 

Provincia  Germania  secunda.  —  N"  II. 

Diocèses  de 

Metropolis  civitas  jdgrippinensium.   .  Cologne. 
—      Tungrorum  ....  Tongres. 

Les  diocèses  qui  ont  été  créés  dans  la  Germanie 
seconde  étant  la  plupart  postérieurs  à  la  domination 
romaine ,  il  est  impossible  de  déterminer,  avec  exac- 
titude, les  limites  respectives  des  deux  diocèses  pri- 
mitifs qui  se  partageaient  la  Germanie  seconde.  C'est 
donc  par  exclusion,  et  en  déterminant  les  lieux  qui 
appartenaient  aux  provinces  environnantes,  que  l'on 
parvient  à  tracer  avec  certitude  l'étendue  et  les  limites 

'  Voyez  les  anciennes  Notices  des  Gaules  dans  le  Recueil  des  His- 
toriens de  France,  tom.  ii,  p.  2,  B,  et  p.  5,  G,  p.  9,  G,  et  p.  10,  C  : 
et  Guérard,  Essai,  p.  20. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  389 

de  la  Germanie  seconde.  Après  avoir  tracé  les  limites 
de  la  Belgique  première  et  seconde,  tout  ce  qui  reste 
de  la  Gaule,  au  nord,  appartient  nécessairement  à 
la  Germanie  seconde.  Comme  nous  Aojons  que  les 
provinces  frontières  sont  les  plus  resserrées,  parce 
qu'elles  n'étaient  occupées  que  par  des  colonies  mili- 
taires, il  est  à  présumer  que  civitas  Agrippinensium 
avait  les  mêmes  limites  que  le  diocèse  de  Cologne  du 
côté  de  la  Gaule.  A  la  vérité  le  diocèse  de  Tongres  se 
trouvera  avoir  une  étendue  considérable ,  mais  on  a 
des  preuves  de  cette  grande  extension  de  territoire. 
Saint  Rémi  se  plaint  dans  une  lettre  que  l'évéque 
de  Tongres,  en  voulant  étendre  sa  juridiction  sur 
Mouson,  entreprend  sur  les  limites  du  territoire  de 
Reims.  Le  siège  du  diocèse  de  Tongres  a  été  trans- 
féré à  Maestricht  et  ensuite  à  Liège,  et  les  six  évêchés 
placés  sous  la  juridiction  de  ce  dernier  sont  d'une 
création  récente  ,  et  ont  été  institués  par  le  pape 
Paul  IV  en  i  S5ç^  ' . 

Provincia  Maxima  Sequanorum.  —  W"  IV. 

Diocèses  do 

Metropoliscwit.Vesontiensium Besançon. 

—  EquestriuTrijNoiodunus.  Nyon. 

—  Ehitiorum,  Aventicus.  .  Avenche. 

—  Basiliensum Bâle. 

Castrum  Vindonissense Windisch. 

—  Ebrodunense Iverdun. 

—  Rauracense Augst. 

Portus  Ahucini Port-sur- 

Sâone. 

'  Conférez  Valesii  Notitia,  et  le  GalUa  christiana,  tom.  v,  p.  i23, 
iSg,  246, 507,  et  Hennequin.,  Diss.  Inaug.  de  origine  et  natura  prin- 
cipatus  urbis  Trajecti  ad  Mosain:  Lovan.,  1829,  jn-8°,  p.  48,  70. 


390        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Les  jéllemani  ayant  passé  le  Rhin,  les  Alpes  graies 
et  pennines ,  qui  jamais  n'avaient  été  considérées 
comme  province  frontière ,  cédèrejit  à  la  Grande- 
Séquanaise,  qui  était  organisée  pour  la  défense  de 
l'Empire,  Aventicmn ,  Avenche,  et  tout  ce  qui  était 
en  avant  des  Alpes.  La  province  des  Alpes  graies  et 
pennines  se  trouva  restreinte  au  Valais,  à  la  Taran- 
taise  et  à  la  Maurienne,  et  toute  l'Helvétie  se  trouTa 
jointe  à  la  Séquanie. 

La  liste  des  lieux  de  cette  province  confirme  d'une 
manière  bien  évidente  l'observation  que  j'ai  faite 
précédemment,  que  la  copie  de  la  Notice  la  plus 
ancienne,  et  la  plus  exacte  qui  nous  reste,  n'était  pas 
exempte  d'interpolation.  Elle  n'annonce,  dans  le 
titre  de  la  province  des  Séquaniens,  que  quatre  cités 
ou  diocèses;  et  en  effet,  dans  les  lieux  mentionnés, 
il  n'y  a  que  les  quatre  premiers  qui  méritent  ce  nom. 
Les  quatres  derniers  n'ont  que  le  titre  de  castrum 
et  de  portas  y  et  ont  évidemment  été  ajoutés  posté- 
rieurement. La  preuve  qu'ils  n'ont  jamais  formé  des 
diocèses  particuliers ,  c'est  que  castrum  Rauracense 
figure  ici  avec  cwitas  Basiliensum  qui  l'avait  rem- 
placé, et  qui  se  trouvait  tout  auprès. 

A  la  réserve  de  portas  Ahucini  que  l'on  place  à 
Por.t-sur-Sâone ',  d'après  des  autorités  historiques, 
les  positions  de  tous  les  autres  lieux  sont  déterminées 
par  les  mesures  des  Itinéraires  \ 

Du  côté  de  la  Rhœtie,  un  lieu  nommé  Fines  dans 
l'Itinéraire,  que  les  mesures  portent  à  Pfin,  détermi- 
nent avec  d'autant  plus  de  certitude  les  limites  de  l'Hel- 

'  Voyez  ci-dessus,  tom.  i,  p.  3'ii. 

^  Voyez  ryrf«<T(r.vr  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  m 

Tctie,  vers  l'orient,  que  dans  la  Notice  des  dignités 
de  l'Empire,  nous  voyons  qu.^rbor  Félix  dépendait 
de  la  Rlieetie  et  non  de  l'Helvétie  ^  puisqu'il  se  trou- 
vait, selon  les  expressions  de  cette  Notice,  u  sub 
«  disposilione  viri  spectabilis  Rhœtiœ  primœ  et 
it  s€cundœ%  »  et  que  Pline  donne  les  Sarunetes 
(  ceux  de  Sargans  )  à  la  Rhaetie  ,  Rhœtorum  Saru- 
netes '. 

Provincia  Alpium  graiarum  et  penniiiarum.  —  N"  II. 

Diocèses  de 

Civitas  Centronum ,  Darantasia.   .   .  Mous  tiers  en 

Tarantaise. 

—     Vallensiumy  Octoduro Martignj  en 

Valais. 

Toute  THelvétie  ayant  été  attribuée  à  la  grande 
province  militaire  des  Séquanais,  la  province  des 
Alpes  maritimes  se  trouva  réduite  au  Valais  et  à  la 
Tarantaise  ^  et  les  hauteurs  q*ui  bornent  le  Valais  à 
l'occident,  du  côté  du  Chablais,  paraissent  avoir  été 
la  limite  des  deu::  districts,  ou  diocèses,  qui  se  parta- 
geaient cette  province.  Aucune  de  ces  deux  cités  ne 
fut  érigée  en  métropole,  et  jusqu'à  la  fin  du  viii^  siècle, 
le  diocèse  de  Tarantaise  a  été  soumis  à  la  métropole 
de  Vienne  ^  Aussi  Darantasia  quoique  mentionnée 
la  première  ne  porte  pas  le  titre  de  meiropolis. 
J'ai  déjà  remarqué  que  le  siège  épiscopal  de  civitas 
Vallensium ,    Octodurus ,    avait    été    transporté   à 

'  Notitia  dignii.  imper,  sectio  5g,  p.  1 12  de  l'édit  du  père  Labbe  : 
Tribunus  cohortis  herculeœ  Pannonice  Arbor. 
'  Plia.,  Hist.  nat.,  lib.  m,  c.  24  (20),  tom.  ti,  p.  190,  edit.  I.em. 
'  Voyez  Gallia  christiana,  tom.  xiii,  p.  700. 


392  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Seduni j  Sion ,  avant  la  fin  du  vi^  siècle.  J'ai  aussi 
observé  que  lorsqu'on  réunit  le  royaume  de  Cottius 
à  l'empire  romain,  on  l'incorpora  dans  l'Italie,  dont 
il  forma  une  province  ou  un  district  séparé,  gou- 
verné par  des  délégués  particuliers  :  mais  lorsqu'on 
forma  la  province  des  Alpes  graies  et  pennines ,  et 
celle  des  Alpes  maritimes,  pour  les  réunir  à  la  Gaule, 
le  royaume  de  Cottius  se  trouva  divisé  en  deux  por- 
tions, dont  l'une  fît  partie  des  nouvelles  provinces  et 
appartint  à  la  Gaule ,  tandis  que  l'autre  portion , 
incomparablement  la  plus  petite  et  presqu'en  entier 
composée  du  Briançonnais ,  du  val  de  Suze  et  de  la 
Maurienne,  fut  réunie  à  l'Italie.  Cependant  les  dio- 
cèses de  ces  provinces  continuèrent  toujours  à  dé- 
pendre de  Turin  jusqu'à  ce  que  la  ville  d'Arles, 
étant  devenue  le  siège  de  la  préfecture  des  Gaules , 
fut  érigée  en  métropole.  Alors  la  nouvelle  province 
des  Alpes  renferma  bien  la  vallée  de  la  Tarantaise  , 
mais  non  celle  de  Saint-Jean-de-Maurienne ,  comme 
l'a  cru  d'Anville,  qui,  sans  aucun  examen,  a  pris  pour 
limites  les  plus  hauts  sommets  de  la  chaîne.  Nous 
voyons  dans  la  vie  de  sainte  Tigni  la  ville  de  Saint-Jean- 
de-Maurienne  mentionnée  comme  étant  située  dans 
la  vallée  cottienne,  «  quœ  dicitur  Cottiana.  )■>  Grégoire 
de  Tours  afïirme  que  Rufus ,  évêque  de  Turin ,  entre 
les  années  56o  et  570,  se  réfugia  à  Saint -Jean 
«  parce  que,  dit  l'historien,  ce  lieu  appartenait  à  la 
(f  ville  de  Turin  dans  le  temps  que  Rufus  était 
H  évêque  ' .  »  La  Maurienne  et  le  Briançonnais  fai- 

'  Grégoire  de  Tours,  de  Gloria  martyrum,  lib.  i,  cap.  i4,  col.  176  : 
'(  Quia  locus  ille  ad  Taurinensum  quamdam  urbem  pertinebat  tem- 
"  pore  illo  ,  quo  Ruffus  erat  episcopus.  » 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  393 

saient  alors  partie  du  royaume  de  Bourgogne  ;  mais 
vers  la  fin  de  l'année  676,  les  Lombards  ayant  cédé  le 
Tal  de  Suze  au  roi  Contran ,  celui-ci ,  sans  consulter 
le  pape,  institua  le  nouveau  diocèse  de  Saint-Jean- 
de-Maurienne,  en  y  réunissant  le  val  de  Suze,  et  en 
démembrant  le  diocèse  de  Turin.  C'est  en  vain  que 
l'évêque  de  Turin  se  plaignit  au  pape  Grégoire- 
le-Grand,  et  que  celui-ci  en  écrivit  à  Syagrius  et 
même  aux  rois  des  Francs  Théodoric  et  Théodebert  ' . 
Après  quelques  années ,  c'est-à-dire  en  588 ,  les 
évéques  d'Embrun  et  de  Maurienne  se  disputèrent 
sur  les  limites  respectives  de  leurs  diocèses ,  et  le 
même  roi  Contran  ordonna  >qu' elle  seraient  rétablies 
telles  qu'elles  étaient  auparavant.  En  conséquence 
de  cette  décision,  on  planta  des  bornes  inter  paro- 
chiam  Maurianensem  et  episcopatus  conjacentes  , 
c'est-à-dire  entre  les  diocèses  d'Embrun ,  de  Mau- 
rienne et  de  Turin.  Les  bornes  furent  établies  «  in 
t(  partibus  Italiœ  in  loco  qui  dicetur  T^ologia,  usque 
«  in  partes  Proçinciœ,  iino  distans  milliario  a  civiia- 
«  cula  nomen  sibi  impositum  Rama  ';  »  c'est-à-dire  : 
«  En  Italie,  depuis  Vallovia  (à  l'extrémité  du  val  de 
«  Suze,  au  fond  de  la  vallée  vis-à-vis  Avigliana  ),  jus- 
«  qu'à  l'extrémité  de  la  province  des  Alpes  maritimes 
«  et  de  l'Italie ,  à  Casse-Rom  (  le  Rama  de  l'Itiné- 
u  raire).  »  On  ne  connaît  pas  l'époque  à  laquelle 
la  vallée  de  Briançon  fut  enlevée  au  diocèse  de  Saint- 
Jean-de  Maurienne  et  réunie  à  celui,  d'Embrun, 
mais  cela  n'eut  lieu  que  postérieurement  à  la  fin  du 

'  Gregor.,  Epist.,  lib.  ix,  epist.  i5. 

'  Voyez  Besson,  Mem.  des  diocèses  de  Savoie,  dans  ks  Preuves, 
n"  cix  ,  p.  478. 


394         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
x^  siècle  et  même   beaucoup   plus  tard  ;   peut-éto'e 
fut-ce   lorsque   l'empereur  Conrad-le-Salien  réunit 
de  nouveau  la  Maurienne  a  l'archevêché  de  Turin, 
réunion  qui  fut  de  courte  durée  '. 

On  voit  évidemment ,  par  ce  que  nous  venons  de 
dire  ,  que  Contran  forma  un  diocèse  et  une  province 
particulière  de  la  vallée  de  Suze ,  de  Saint-Jean- 
de-Maurienne  et  de  Briançon;  et  quoiqu'à  cette 
époque  on  nommât  encore  vallée  de  Cottius  la  vallée 
de  Saint-Jean-de-Maurienne  ,  à  cause  des  Medulli 
qui  l'avaient  habitée  ,  et  qui  étaient  un  des  peu- 
ples principaux  de  l'État  de  Cottius ,  cependant 
cette  vallée  cessa ,  ainsi  que  celle  de  Briançon ,  de 
faire  partie  de  la  province  des  Alpes  cottiennes 
dont  nous  parlerons  ci-après,  et  par  conséquent  de 
l'Italie;  mais  jusqu'alors  ces  deux  vallées  y  avaient 
toujours  été  comprises,  et  n'avaient  jamais  fait  partie 
des  Gaules.  L'Itinéraire  et  la  Table,  ainsi  que  les 
autorités  que  je  viens  de  rapporter,  le  prouvent  évi- 
demment. Les  Alpes  graies  et  pennines  se  termi- 
naient, au  midi,  aux  montagnes  qui  forment  les 
limites  de  la  Taranlaise  et  de  la  Maurienne,  et  les 
Alpes  maritimes  près  de  Casse-Rom  ou  de  Rama  de 
l'Itinéraire.  Les  Allobroges  confinaient  à  l'Italie,  et 
n'en  étaient  point  séparés  par  les  provinces  des  Alpes 
pennines  et  des  Alpes  maritimes,  ainsi  que  d'Anville 
l'a  tracé  sur  sa  Carte  '.  Cette  vallée  de  Maurienne  fut, 
de  tout  temps,  peu  connue  et  peu  fréquentée  par  les 
Romains.  La  foi  ajoutée  aux  miracles  qui  s'étaient 

'  Guichenon  ,  diplôme  de  l'an  io58,  Bibl.  sebus.  cont.  i  ,  n"  95. 
*  Voyez    Durandi  ,    Notizia   deW  antico   Piemonte  traspadano . 
p.  35,  6j  et  68,  et  \ Analyse  des  Itinéraires ,  toni.  111  de  cet  ouvrage- 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  395 

opérés  à  Maurienne  engagea  Contran  à  l'agrandir,  k 
en  faire  une  ville  et  à  l'ériger  en  chef-lieu  de  diocèse. 
Ainsi,  dans  une  Notice  des  provinces,  publiée  par 
Duchesne ,  du  temps  de  Contran ,  ou  postérieure- 
ment, la  Maurienne  est  attribuée  à  la  Gaule  et  aux 
Alpes  graies  et  pennines,et  ainsi  mentionnée  :  civitas 
Morienna,  a  Gondranno  rege  constructa.  Ce  nom 
de  Maurienne  fit   disparaître   entièrement  celui  des 
Medulli;  et  dans  le  testament  d'Abbon,  de  l'an  7 5g, 
on  lit  vallis  Maurigenica.  Lorsqu'on  eut  établi  les 
provinces  des  Alpes  graies  et  pennines,  et  des  Alpes 
maritimes,  d'après  les  limites  que  je  viens  de  déter- 
miner,  la  vallée  de  la  Maurienne,  qui  auparavant 
faisait  partie  de  la  province  cottienne  détruite  par  cet 
arrangement,  resta  comme  isolée  entre  la  Gaule  et 
l'Italie,  faisant  partie  de  cette  dernière,  et  en  étant 
cependant  séparée  par  de  très  hauts  sommets  :  aussi 
forma-t-elle  un  district  particulier  ,    désigné  sous 
le  nom  ai  Alpes  graiœ  dans  certaines  copies  de  la 
Notice.  Les  sommets  qui  semblent  plus  particulière- 
ment désignés  sous  le  nom  à'  Alpes  graiœ,  dans  ces 
Notices,  sont  ceux   du  mont   Cenis  et  les   monts 
adjacens.  Strabon  est  le  seul  parmi  les  anciens  qui 
ait  fait  une  mention  expresse  de  cette  partie  des 
Alpes,  non  qu'il  les  désigne  sous  un  nom  particulier, 
mais  les  lacs  qu'il  décrit  ne  peuvent  être  que  ceux 
du  mont  Cenis.  La  première  m.ention  de  ce  mont 
date  du  viii^  siècle  et  se  trouve  dans  le  testament 
d'Abbon;  mais  dans  ce  siècle,  ce  mont  commença 
à  devenir  le  passage  ordinaire  en  Italie.  Le  roi  Pépin 
le  passa  avec   sor»   armée  en  ySS,  et  Charlemagne 
en  774.  Louis-le-Débonnaire  y  fonda  l'hospice  qui 


396  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
s'y  trouve,  en  825  '.  J'observerai,  en  terminant, 
que  les  Alpes  graies,  dans  les  derniers  historiens, 
grecs  et  romains,  sont  confondues  avec  les  Alpes 
pennines.  Zosyme  et  Procope  parlent  des  Alpes 
cottiennes,  maritimes  et  pennines,  mais  ne  font 
pas  une  seule  fois  mention  des  Alpes  graies. 


IL 

ITEM  IN  PROFINCIIS  SEPTEM  »  : 

Ainsi  l'on  voit  clairement  que  les  sept  provinces 
qui  vont  suivre  formaient  une  division  distincte  du 
reste  de  la  Gaule. 

Provincia  Fiennensis.  —  N»  XIII. 

Diocèses  de 

Metropolis  cwitas  Viennensium .  Vienne. 
Civitas   Genwensium Genève. 

—  GratianopoLitana.   .   .  Grenoble. 

—  Alhensium Alps  en  Vivarais, 

—  Deensium Die. 

—  J^alentinorum Valence. 

—  Tricastinorum Aoste  en  Diais. 

—  T^asiensium Vaison. 

—  Arausicorum Orange. 

—  Cahellicorum Cavaillon. 

'  Durandi,  Marca  di  Torino,  p.  71  et  72;  Frédégaire,  Atm, 
Francor.  dans  Duchesne,  toin.  i,  p.  774-  "  Peppinus  cum  exer- 
n  citu  suo  monte  Cinisio  transacto,  etc.  »  Id.  —  «  Perrexit  ipse  (Ca- 
«  rolus  Magnus  )  per  montem  Ginisium.  »  Id.,  tom.  11,  p.  28.  — 
Regino,  ad  ann.  774,  tom.  i,  Rerum  German.  ,  p.  36,  édit.  de 
Struvius.  —  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  xii,  p.  281. 

*  M.  Guérard  a  omis  ces  mots  dans  son  édition,  et  cet  oubli  fait 
disparaître  une  des  deux  grandes  divisions  établies  par  la  Notice. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  397 

Diocèses  de 

Cwitas  Avennicorum Avignon. 

—  Arelatensium Arles. 

—  Massiliensium Marseille. 

On  ignore  à  quelle  époque  le  chef-lieu  du  diocèse 
des  Tricastini  fut  transporté  à  Saint -Paul- Trois- 
Châteaux  :  il  est  probable  que  ce  fut  en  4^^,  lors 
du  partage  de  la  Viennaise  par  le  pape  Léon. 

Arles  fut  nommée  Constantina  en  4^8,  par  l'édit 
d'Honorius  ,  à  cause  du  césar  Constantin  fait  consul. 
J'ai  déjà  observé  que  tant  que  la  puissance  romaine 
dans  la  Gaule  eut  encore  un  reste  de  vie ,  Arles  eut 
après  l'édit  d'Honorius  '  la  suprématie ,  relativement 
au  civil,  sur  toutes  les  autres  villes,  et  fut  alors  érigée 
en  archevêché.  Vienne,  comme  chef  lieu  primitif  de 
la  province  Viennaise  dans  laquelle  Arles  se  trouvait 
située,  disputa  à  cette  dernière  la  suprématie.  Le  pape 
Zosjme  reconnut  la  supériorité  d'Arles  sur  Vienne; 
mais  cette  décision  ayant  occasioné  des  divisions 
entre  les  deux  diocèses  de  la  même  province ,  le  pape 
Léon,  en  4^<^  >  sous  Valentinien  III,  fit  faire  un 
partage  définitif  de  la  Viennaise  en  deux  provinces  , 

'  On  trouve  uu  texte  nouvellement  publié  de  cet  édit  dans  l'ex- 
cellente Notice  sur  la  Vie  de  Fabrot,  par  M.  Ch.  Giraud,  pro- 
fesseur à  la  Faculté  de  droit  d'Aix;  i833,  in-8',  p.  197.  —  Hincmar 
de  Reims,  au  ix"  siècle,  parle  de  cet  édit,  et  cite  d'anciennes  lettres 
apostoliques  qui  s'y  l'apportent  :  son  authenticité  ne  sauiait  donc 
être  douteuse.  —  Voyez  Sirmond,  tom.  11,  p.  ySo.  —  De  Cusa  l'a 
publié  le  premier,  Cusani  Opéra-,  Paris,  in-fol.,  p.  71.  —  Ensuite 
Joseph  Scaliger,  Lcctiones  Ausonianœ ;  ^5']5,  p.  24.  —  Ensuite 
Sirmondi  Opéra,  1696;  Paris,  tom.  i,  p.  ii5-i6o.  — Ensuite D.  Bou- 
quet, Bec.  des  Hist.  de  France ,  t.  i,  p.  766.  —  Bouche,  Chorographic 
de  Provence,  tom.  i.  —  Puis  il  a  été  traduit  par  Dnbos  ,  Mon. 
française,  tom.  1,  p.  241,  ou  671  de  l'in-12;  par  Lalaurière,  Hist. 
d'Arles,  années  4i8  et  421  ;  Guizot,  Cours  d'Hist.  de  Fr.,  1828. 


398  GÉOGRAPHIE  ÂNCIEME  DES  GAULES, 
et  fit  accorder  à  Vienne  le  diocèse  de  Vienne,  et 
ceux  de  Valence ,  de  Taran taise ,  de  Genève  et  de 
Grenoble;  et  à  Arles,  tous  les  autres  diocèses  de  la 
Viennaise,  savoir  :  ceux  d'Arles,  de  Die,  des  Tricas 
tini,  dont  le  siège  fut  probablement  alors  transporté 
d'Aosle  à  Saint-Paul-Trois-Châteaux,  de  Vaison, 
d'Orange  ,  de  Cavaillon  ,  d'Avignon  ,  de  Marseille. 
C'est-à-dire  que  cette  province  fut  divisée  en  deux 
sous  le  rapport  ecclésiastique  ,  et  que  la  portion 
attribuée  à  l'ancienne  capitale  contenait  le  pays  des 
Allobroges  et  celui  des  Centrones.  Il  est  probable 
qu'on  commença  dès  lors  à  distinguer  cette  nouvelle 
division  sous  le  nom  particulier  de  Sapaudia,  dont 
l'étymologie  est  inconnue  '. 

Provincia  Aquitanica  prima.  —  N°  VIII. 

Diocèses  de 

Metropolis  civitas  Biturigum.   .  Bourges. 

Civitas  Aivernorum Clermont-Ferrand. 

—  Rutenorum Rhodez. 

—  Albiensium Albj. 

—  Cadurcorum Cahors. 

—  Lemovicura Limoges. 

—  Gabalum Anterrieux. 

—  Vellavorum Saint-Paul  ien. 

Si  le  siège  épiscopal  du  diocèse  des  Gabali  s'établit 
momentanément  à  Javoux,  ce  qui  est  très  douteux, 
Mimate  j  Mende ,  au  midi,  remplaça  Gabalum , 
comme  depuis,  Indiciacus j  Saint-Flour,  a  fait  dis- 
paraître Anderituiiiy  Anterrieux  ^. 

'  Sirmondus,  tom.  i,  Concil.  Gallice ,  p.  27.  —  Recueil  des  Hist. 
de  France,  tom.  1,  p.  776. 

*  3Iémoires  de  l'Institut  de  France  [Académ.  des  Inscriptions)^ 
tom.  VI,  p.  586,  Sgo,  406. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  399 

Provincia  Aquitanica  secunda.  —  N"  VI. 

Diocèses  de 

Metropolis  civitas  Burdigalensium,  .  Bordeaux'. 

—  Agennensium.   .   .  Agen. 

—  Ecotismensium.    .  Aiigoulême. 

—  Santanum Saintes. 

—  Pictavorum.  .   .   .  Poitiers. 

—  Petrocoriorum. .   .  Périgueux. 

Provincia  Novempopulana.  —  N°  XII. 

Diocèses  de 

Metropolis  cwitas  Elusatium Eaiise. 

Cwitas  Aquensium AcqsouDax. 

—  Lactoratium Lectoure. 

—  Convenarum St.-Bertrand- 

de-Comenge. 

—  ConserannoruTïi Coiiserans  ou 

Saint-Lizier. 

—  Boatium Bouges  ,      à 

Tête-de-Buch. 

—  BenarnensiuTJi Béarn,  entre 

Maslacq  et  Lagor. 

—  Atiirensium Aire. 

—  Vasadca Basas. 

—  Turba,  ubi  castruïii Bigarra.  Tarbes. 

—  Elloronensium Oloron. 

—  Ausciorum Auch. 

Des  nombreux  diocèses,  ou  cités,  qui  composaient 
cette  province,  deux  seulement  sont  enveloppés  de 
quelque  obscurité,  c^st  Boatium  et  Benarnensium. 
11  est  bien  difficile  de  penser  que  le  Boios  de  l'Itiné- 

'  De  Marca,  Hist.  de  Béarn,  p.  32,  place  à  Embrau,  près  de 
Elaye,  \ Ehromanus  d'Ausone  dans  sa  lettre  à  saint  Paulin  ;  mais  le 
texte  (p.  499)  porte  Hebromagus. 


400  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
raire  '  ne  soit  pas  la  capitale  de  la  cité  des  Boiates ;  et 
ce  qui  semble  confirmer  cette  opinion,  c'est  qu'une 
ancienne  Notice  des  provinces  porte  Boatium,  quod 
est  Boius  in  Burdigalensi  :  alors  ce  diocèse  répon- 
drait aux  anciens  Boiaies ,  et  n'aurait  rien  de  com- 
mun avec  ini  autre  diocèse  plus  au  midi  qui  fut  créé 
depuis,  et  dont  il  est  question  dans  la  Notice  des 
Dignités  de  l'Empire,  sous  le  nom  de  Lapurdum. 
Ce  dernier  nom  se  conserve  dans  celui  de  Labour, 
que  porte  le  pays;  mais  la  ville  a  changé  le  sien  pour 
celui  de  Bayonne,  qui,  en  langue  basque,  signifie 
baie  bonne,  baia  ona  '. 

Mais  d'une  part  les  invasions  des  J^ascones ,  ou 
Gascons,  dans  la  Novempopulane ,  et  ensuite  des 
Normands  et  des  Sarrasins,  détruisirent  toutes  les 
villes  où  siégeaient  des  évêques ,  et  anéantirent  leur 
juridiction.  On  fut  obligé  de  créer  un  seul  évêque 
pour  toute  l'étendue  du  pays  qui ,  après  l'ancienne 
destruction  de  la  province  romaine,  avait  pris  le  nom 
de  Vasconia.  Cet  évéque  de  Gascogne  eut  sous  sa 
juridiction  l'évéclié  de  Lescar  (qui  avait  succédé 
à  celui  de  Beneharnuin)^  ceux  d'Acqs,  d'Aire,  de 
Bayonne,  de  Bazas  et  d'Oloron  %  de  sorte  que  tou- 
tes les  limites  des  diocèses  primitifs  de  la  Gaule  dispa- 
rurent, et  que  de  nouvelles  divisions  succédèrent 
aux  anciennes  :  l'emplacement  même  de  ces  diocèses, 
Boatium  et  Beneharnum ^  n'a  point  laissé  de  trace 
dans  le  pays  ni  dans  l'histoire. 

■  Itine'r.,  edit.  Wesseling,  p.  456. 

*  De  Marca,  Hist.  de  Be'arn,  liv.  i,  ch.  8,  p.  3o. 

^  De  Marca,  Hist.  de  Be'arn,  liv.  ii,  ch.  8,  p.  221,  222.  En  loSs' 
l'évêque  Raimond ,  lors  de  la  prise  de  possession  du  comté  de  Bor- 
deaux par  le  comte  Odo,  signe  e'vêque  de  Gascogne. 


PARTIE  III,  CHAP.  YI.  40l 

Dans  les  derniers  temps,  l'évêché  moderne  de 
Bajonne  avait  des  limites  très  resserrées,  et  se  trou- 
vait borné  au  nord  par  l'Adour;  tellement  que  le 
bourg  du  Saint-Esprit,  qui  est  au  bout  du  pont  de 
la  ville,  dépendait  de  l'évêché  d'Acqs';  mais  l'ancien 
évêché  de  Labourd,  Lapurdum,  auquel  il  a  succédé, 
avait  au  contraire  une  grande  étendue,  et  cet  évéché 
comprenait  les  vallées  du  pays  de  Labourd ,  d'Arbe- 
roa,  d'Orsais,  de  Cize,  de  Baïgorri ,  de  Bastan,  de 
Lerin,  d'Hernani,  jusqu'à  Saint-Sébastien  en  Gui- 
puscoa  ''.  Les  évêques  et  les  vicomtes  de  ce  pays  ont 
toujours  pris  le  titre  de  Lapurdenses  jusqu'au  milieu 
du  xii"  siècle;  après  cette  époque,  ils  se  nomment 
indifféremment  Lapurdenses  et  Baionenses.  Le  mot 
Lapurra  signifie,  dit-on,  en  Basque,  un  pays  désert. 
On  ne  retrouve  que  dans  l'Itinéraire  les  traces  de 
quelques  peuples  dont  il  est  fait  mention  dans  les 
auteurs  anciens  comme  existant  dans  les  Landes. 

Nul  doute  que  le  nom  de  Beneharnum,  qui  paraît 
pour  la  première  fois  comme  simple  station  dans 
l'Itinéraire  d'Antonin,  et  que  nous  voyons  ensuite 
figurer  comme  un  diocèse  particulier  dans  la  Notice 
des  Gaules,  n'ait  donné  son  nom  à  la  vicomte  ou 
province  de  Béarn;  mais  cette  province,  dans  son 
extension  moderne,  n'a  aucun  rapport  avec  l'ancien 
diocèse,  puisqu'à  l'époque  de  la  rédaction  de  la 
Notice  qui  nous  donne  connaissance  du  diocèse  de 

'  De  Marca,  Hist.  de  Béarn,  p.  3o. 

"  Voici  le  texte  du  rescrit  du  pape  Célestin  III,  en  iig4,  où  les 
limites  de  l'episcopatus  Lapurdensis  sont  ainsi  expliquées  :  «  Vallem 
«  quae  dicitui*  Lapurdi.  Vallem  quae  dicitur  Arberoa.  Vallem  quae 
«  dicitur  Orsaïs.  Vallem  quae  dicitur  Cizia.  Vallem  quae  dicitur 
«  Lerin.  Vallem  quae  dicitur  Lesseca.  Vallem  quae  dicitur  Oiarzu, 
«  usque  ad  S.  Sebaslianum.  »  —  De  Marca,  p.  53. 

H.  26 


402         Gl^OGRAPHIE  ANClEiNiNE  DES  GAULES. 
BeneharfiurHy  subsistait  aussi  celui  d'Oloroii,  cwitas 
EUoronensium j  VJllujo  de  l'Itinéraire. 

Les  divisions  les  plus  claires  et  les  plus  anciennes 
qui  nous  soient  données  de  ce  pays  sont  celles  qu'é- 
tablissent \es  fores  ou  lois  fondamentales,  rédigées 
très  postérieurement  dans  les  xiii''  et  xiv^  siècles.  D'a- 
près les  usages  constans,  maintenus  par  une  pratique 
non  interrompue,  et  par  une  tradition  subsistant  de- 
puis un  temps  immémorial,  ces  fores  sont  au  nombre 
de  quatre,  celui  de  Morlaas,  celui  d'Oloron  (Jluro), 
celui  d'Ossau  (Osquidates)  j  celui  de  la  vallée  d'Aspe 
Çjfspa  luca)  ' .  Il  n'y  a  donc  que  Morlaas  (aujourd'hui 
grand  village  situé  dans  une  des  plaines  les  plus  sté- 
riles du  Bearn)  qui  n'ait  point  de  lieux  anciens  qui  lui 
correspondent.  Morlaas  est  l'ancienne  capitale  des 
vicomtes  de  Bearn ,  le  premier  lieu  où  ils  ont  frappé 
monnaie;  car  Pau  a  une  origine  toute  moderne,  et 
doit  son  existence  au  château  que  Gaston  y  fit  con- 
struire au  milieu  du  xv^  siècle  \  Mais  Morlaas  n'a  ja- 
mais été  le  chef-lieu  d'un  diocèse  et  ne  peut  repré- 
senter l'ancienne  cité  àe  Benarnum^  le  Beneharnum 
de  l'Itinéraire,  dont  nous  voyons,  dans  Grégoire  de 
Tours,  un  évêque  figurer,  eu  5o6,  au  conciled'Agde^. 
Dans  ce  même  siècle  ,  la  ville  de  Benarnum,  ou 
Behenarniun ,  est  donnée  dans  un  partage  à  Ema- 
dius.  Emadius,  dit  Grégoire  de  Tours,  «  cum  duca- 
tum  urbium  Turonicœ  atque  Pictavœ  administraref, 
adhuc  et  T  ici  juliensis  cr^^weBENARN.E  urbium prin- 
cipatum  accepit^.  » 

'  De  !\Iarca ,  Tlist.  de  Bearn,  liv.  v,  ch.  i-6,  p.  oSj. 

'  Id.,  Hist.  de  Bearn,  liv.  i,  ch.  ii,  p.  47- 

*  Id.,  Hist.  de  Be'arn,  liv.  i,  ch.  ii,  p.  44- 

■*  Greg.  Turon.,  lib.  ix,  ch.7.  —  Bec.  des  Hist  de  Fr.,  t.  11,  p.  55'-. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  ^(3 

Lescar,  quoique  s'éloignaiit  moins  que  Morlaasde 
Ja  route  romaine  où  passait Benehamunij  s'en  écarte 
trop  pour  qu'on  puisse  y  placer  cette  ancienne  ville. 
D'ailleurs  on  saitque  Lescar  a  succédé  kBeneharnum, 
comme  chef-lieu  de  l'évéché,  mais  dans  un  autre  em- 
placement. La  fondation  de  Lescar  est  connue  dans 
tous  ses  détails  par  l'ancien  cartulaire  de  cette  ville, 
que  de  Marca  a  publié.  On  apprend  par  ce  cartulaire 
qu'après  l'invasion  des  Normands  tout  ce  beau  coter.u 
où  domine  la  ville  de  Lescar  n'était  qu'une  vaste  forèî, 
et  qu'il  n'y  avait  qu'une  petite  église  ou  chapelle  rui- 
née consacrée  à  la  Vierge  et  à  saint  Jean-Baptiste, 
lorsque  dans  le  commencement  du  xi"  siècle,  en  io54, 
Lopofort,  poussé  par  les  remords  d'un  crime  qu'il 
avait  commis  pour  obéir  aux  ordres  du  duc  de  Gas- 
cogne, d'après  le  conseil  de  son  évêque  (c'est-à-dire 
l'évéque  de  Benehar^nurn) ,  se  retira  dans  ce  lieu  avec 
sa  femme  pour  s'y  consacrer  à  Dieu  '. 

Dans  ce  silence  de  l'histoire ,  il  faut  donc  se  confier 
aux  mesures  des  Itinéraires  anciens  ,  qui  sont  les  seuls 
monumens  qui  puissent  nous  éclairer  sur  la  position 
de  Beneharnum.Ces  Itinéraires  nous  fournissent  deux 
routes  où  Be/ieharnum  est  mentionné  '  ;  l'une  partait 
de  Burdi^alay  Bordeaux,  et  aboutissait  à  Ccesar 
Augusta,  Saragosse,  en  Espagne,  parla  vallée  d'Aspe; 
l'autre  se  dirigeait  à  l'est  pour  aboutir  à  Lugduniun 
cojivenariun ,  Saint-Bertrand- de-Comenge  ,   et  se 

■  De  Marca,  Hist.  de  Bénrn^  p.  212  et  2t4-  "  Et  misit  se  cnm 
'(  episcopi  consilio  et  comité,  et  uxore  sua,  in  civitatem  qiise  dici- 
«  tur  Lascurris;  et  ibi  invcnit  nisi  silvain ,  et  ecclesiolam  B.  Joan- 
«  nis  Baplislœ  ,  et  B,  Mariae  quae  fuit  sedes  erat  destructa ,  et  fuit 
«  ibi  factus  monachus.  »  Chart.  Lascurr. 

'  Anton  ,  lliner.,  edit.  Wesseling,  p.  ^Si  et  4'^7' 


404  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
prolonger  sur  Tolosa,  Toulouse,  en  partant  égale- 
ment de  Bordeaux.  Ces  deux  routes  avaient  leur 
point  de  bifurcation  à  Beneharnum,  Si  donc  les  me- 
sures anciennes  sont  exactes ,  si  nous  possédons  la 
vraie  leçon  des  Itinéraires,  ou,  ce  qui  est  la  même 
chose,  si  les  manuscrits  que  nous  avons  nous  pré- 
sentent des  variantes  qui  puissent  s'accorder  avec  le 
terrain ,  le  point  d'intersection  de  ces  deux  routes 
doit  nous  donner  i?e/i€/i<7r/2Mm  ;  et  en  effet,  l'ensem- 
ble des  mesures  de  l'Itinéraire  entre  Burdigala  et 
Cœsar  Augusta  se  trouve  parfaitement  exacte  dans 
son  ensemble  et  dans  ses  détails.  En  nous  renfermant 
dans  la  portion  de  cet  Itinéraire  qui  concerne  notre 
•Gaule,  nous  trouvons  que  summo  Pjreneo  corres- 
pond au  port  de  Berneret,  Aspa  Luca  à  Accous,  et 
au  pont  de  Lesquit,  à  l'extrémité  sud  du  beau  bassin 
où  la  vallée  s'élargit  et  renferme  plusieurs  villages. 
Bedous  est  aujourd^iui  le  plus  considérable  de  tous 
ces  villages,  mais  Àccous  est  le  plus  ancien ,  et  pos- 
sédait ce  qu'on  appelait  autrefois  la  Métrocomie,  ou 
la  prééminence  sur  toutes  les  autres  paroisses  de  la 
vallée.  Celle  d'Accous  avait  le  surnom  de  Capdulh, 
mot  dérivé  de  capitolimny  capiiulis  locusy  ou  capi- 
tale '.  Plusieurs  inscriptions  réunies  par  Palassou, 
dans  un  petit  ouvrage  sur  la  vallée  d'Aspe,  attestent 
le  passage  de  la  route  roinaine  dans  cette  vallée,  et 
nous-même  nous  y  avons  reconnu,  dans  l'endroit  le 
plus  étroit,  des  constructions  évidemment  romaines. 
Ces  mêmes  mesures  de  l'Itinéraire  sont  également 
€xactes  pour  Ilurone^  Oloron ,  qui ,  dans  les  temps 
anciens,  comme  dans  les  temps  modernes,  était  le 

•  fie  Marca,  Hist.  de  Be'ar-n.  liv.  i ,  cap.  12,  5,  p.  69. 


PARTIE  111 ,  CHAP.  VI.  405 

grand  marché  entre  l'Espagne  et  la  Gaule  de  ce  côté, 
et  qui  le  fut  aussi  dans  le  moyen  âge.  Une  lettre  d'Eu- 
logius  de  Cordoue  à  l'évéque  de  Pampelune^  Vuile- 
sandus ,  de  l'an  de  85 1 ,  témoigne  que  le  commei^e 
des  marchands  français  ilorissait  dans  Saragosse,  quoi- 
que cette  \ille  fût  occupée  par  les  Maures;  et  à  cette 
époque  les  Maures  eux-mêmes  vendaient  de  l'encens 
sur  le  marché  d'Oloron*. 

La  position  qui  vient  ensuite  est  celle  de  Benehar^ 
num,  que  l'Itinéraire  nous  indique  à  la  distance  de 
12  lieues  gauloises  ou  i8  milles  romains  d'Oloron. 
Mais  pour  que  cette  mesure  nous  donne  la  direction 
de  la  route  du  sud  au  nord,  il  faut  qu'elle  concorde 
avec  celle  de  la  route  qui  se  dirigeait  du  nord  au  sud, 
et  avec  celle  qui  allait  de  l'est  à  l'ouest.  Pour  la  pre- 
mière, le  lieu  le  plus  prochain  de  Beneharnum  que 
les  Itinéraires  nous  donnent,  e&X,  Aquis ,  ou  Acqs, 
ou  Dax,  qui  est,  comme  on  n'en  peut  douter,  Jquœ 
Tarbellicœ  des  anciens.  La  distance  entre  ce  lieu  et 
Beneharnum  est  de  19  lieues  gaul.  ou  28  \  m.  Fom., 
et  déjà  l'intersection  de  ces  deux  routes  s'éloigne  peu 
de  la  ligne  droite  entre  Iluro,  Oloron,  et  d'Acqs,  et 
fait  passer  cette  route  par  Orthez,  un  des  pïus  anciens 
lieux  du  Béarn,  déterminant  le  point  de  jonction  un 
peu  au  sud-est  de  cette  ville,  laissant  un  angle  très 
ouvert  qui  présente  sa  pointe  à  la  route  qui  vient  du 
sud-est.  L'analyse  des  Itinéraires,  pour  cette  troi- 
sième route,  nous  a  fait  reconnaître  les  Aquœ  de 
l'inscription  portant  une  dédicace  à  Auguste,  Ba- 
gnères-de-Bigorre,  pour  les  Aqùœ  des  Itinéraires 
anciens,  Aquœ  conçenaruirij  selon  certains  raanu- 

'  De  Marca ,  Hist.  de  Benrn ,  ch.  i5,  p.  5,  5i5. 


406  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
scrits.  La  variante  du  manuscrit  de  l'Itinéraire  de 
Longolianus,  qui  donne  8  au  lieu  de  i8  entre  cet 
Aquis  et  oppidum  Novum,  nous  place  à  Nay  pour 
cette  dernière  position,  et  la  mesure  de  i8  lieues 
gauloises  qui  nous  est  donnée  par  l'Itinéraire,  entre 
oppidum  Novum  et  Beneharnum. ,  nous  porte  juste 
au  point  d'intersection  des  deux  autres  routes,  c'est- 
à-dire  h  un  lieu  ancien  nommé  Castelnon,  aujour- 
d'hui détruit,  entre  Maslacqet  Lagor,  à  i,5oo  toises 
environ  de  chacun  de  ces  bourgs,  sur  les  bords  de 
la  petite  rivière  Lageu  ,  entre  cette  rivière  et  le 
Gave,  vis-à-vis  Lendresse  et  Arance.  Confiant  dans 
un  tel  accord  et  dans  un  tel  résultat,  nous  avons 
visité  et  parcouru  ces  lieux,  et  nous  nous  sommes 
assuré  que  plusieurs  constructions  d'une  date  bien 
plus  récente  n'avaient  pas  laissé  de  vestiges  sur  la 
superficie  du  sol.  Masiacq  ou  Marslag,  lieu  dont 
l'origine  remonte  à  la  fin  du  xi*"  siècle,  a  fait  dispa- 
raître jusqu'ai'.x  derniers  vestiges  de  Muret  et  de 
l'église  de  Miuet  ou  Mured ,  qui  est  souvent  men- 
tionnée dans  l'histoire  de  Béarn  ,  et  qui  fut  bâtie  sur 
les  bords  du  Gave  par  Raimond-le-Vieux,  évêque  de 
Lescar  '.  Cette  église,  m'a-t-on  dit  dans  le  pays,  a 
été  enlevée  par  le  Gave,  et  remplacée  par  celle  de 
Sainte-Marie-de-!Maslacq.  L'histoire  nous  démontre 
qu'il  existait  aussi  dans  ce  lieu  un  fort  qui  y  précéda 
l'église,  et  dont  Garisal  s'est  saisi  en  1080'.  Le  ma- 
riage du  vicomte  de  Gaston  avec  la  comtesse  Pero- 
nelle  fut  célébré  dans  l'église  de  Mured,  en  i  ig6.  Il 
n'existe  plus  de  trace  de  ces  constructions  non  plus 
que  de  Beneharnum.  Une  mélairie  située  à  quel- 

'  De  Marca,  Ilisl.  de  Bcnrii,  p.  400,  j^x'-j  ol  .((jij. 


PARTIE  m,  CHAP.  VI.  407 

que  distance  porte  le  nom  de  Bernet  :  à  peu  de  dis- 
tance aussi  entre  Arance  et  Lagor,  mais  trop  près  de 
Lagor  pour  convenir  parfaitement  à  la  position  de 
Beneharnum,  est  le  hameau  de  Benejacq'.  Ce  lieu  est 
ancien.  Gaston  céda  tous  ses  droits  sur  la  seigneurie  et 
le  village  de  Benejac.  En  1699,  Henri  IV,  dans  sou 
édit  pour  le  règlement  de  la  religion,  indiqua  le  ha- 
meau de  Benejacq  pom-  la  résidence  de  l'cvêque  de 
Lescar  *. 

Après  avoir  fixé,  par  les  mesures  appliquées  sur 
la  Carte  de  Cassini,  le  point  d'intersection  des  trois 
routes  qui  donnaient  la  position  de  Beneharnum,  il 
i-estait  une  objection  à  résoudre.  —  Nos  mesures  sont 
prises  entre  d'Aqs  et  le  point  de  Beneharnum,  entre 
ce  lieu  et  Bagnères,  Aquis ,  en  suivant  des  routes 
droites,  connues,  et  encore  pratiquées.  Mais  lorsque 
je  m'informai  des  ingénieurs  des  ponts  et  chaussées  et 
des  habitans  du  pays,  à  Orthez  et  à  Pau,  s'il  existait 
une  route  en  ligne  directe  entre  Maslacq  et  Oloron , 
on  m'indiqua  des  routes  de  traverse  qui  rendaient  plus 
courte  la  distance  entre  Maslacq  et  Navarreins,  entre 
Orthez  et  Moneins,  mais  qui,  me  ramenant  toujours 
à  l'un  de  ces  deux  lieux  par  où  passe  la  route  actuelle, 
allongeaient  encore  trop  le  trajet  pour  convenir  aux 
mesiu'es  de  l'Itinéraire.  On  m'assura  que  la  route  que 
je  cherchais  n'avait  jamais  existé,  et  que  la  nature 

'  De  Marca  ,  Hisl.  de  Be'arn^  liv.  v,  ch.  i-i  i,  p.  576.  —  Eu  l'iyS, 
(jaston  de  Béarn  est  nommé  (iasto  de  Bierna  ,  voyez  de  Marca  , 
p.  655.  Sur  le  plan  du  cadastre  qui  m'a  été  communiqué  à  Pau  , 
Benejacq  se  trouve  dans  les  limites  de  la  commune  de  Lagor,  et 
forme  la  section  F. 

'  Poeydavant,  Uist.    des  liouhles  sui venus  en  Be'nrn  ,    toni.  11 
p.  56.',. 


408  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
du  sol  se  refusait  à  ce  qu'elle  fût  pratiquée.  La  seule 
inspection  des  lieux  me  prouva  le  contraire  :  les  pentes 
continuelles  et  les  détours  des  routes  modernes  qu'on 
m'indiqua,  et  que  je  parcomnis,  me  convainquirent 
qu'elles  ne  représentaient  pas  l'ancienne  route  des 
Romains.  Un  cocher  du  château  de  Maslacq  m'apprit 
que,  quand  le  temps  était  propice,  il  conduisait  ses 
voitures  de  fourrage  par  une  route  différente  de  celles 
qu'on  suivait  ordinairement,  et  qui  allait  directe- 
ment de  Maslacq  à  Oloron  ;  mais  il  ajoutait  que  les 
conducteurs  de  bestiaux  seuls  la  suivaient  quelque- 
fois. D'après  les  détails  qu'il  me  donna,  j'entrepris 
cependant  de  traverser  cette  route  en  voiture;  j'y  par- 
vins h  l'aide  d'un  seul  cheval,  et  d'un  jeune  Béarnais 
de  douze  ans,  qui  m'aidait  à  retirer  mon  léger  ca- 
briolet des  ornières,  ou  à  le  conduire  lorsque  le  dan- 
ger de  verser,  ou  le  désir  d'examiner  de  plus  près  la 
nature  de  la  chaussée,  me  forçait  d'en  descendre.  Je 
trouvai,  à  ma  grande  satisfaction ,  des  vestiges  de  la 
voie  romaine  subsistant  encore  dans  plusieurs  en- 
droits, et  notamment  sur  les  confins  des  communes 
de  Luc  et  de  Lagor,  où ,  ayant  été  coupée  perpen- 
diculairement par  les  habitans  d'une  maison  Aoisine, 
à  laquelle  cette  chaussée  plus  élevée  nuisait,  il  était 
facile  d'en  observer  l'encaissement  et  les  diverses  cou- 
ches. La  route  moderne,  en  sortant  d'Orthez  pour 
se  diriger  sur  Maslacq,  circulant  sur  les  hauteurs  qui 
séparent  les  rivières  de  Laa  et  de  Lageu,  paraît  re- 
présenter la  route  ancienne,  et  c'est  dans  ce  trajet 
qu'on  voit  se  déployer  devant  soi  dans  un  lointain 
immense,  à  droite,  les  plaines  de  Nnvarreins,  et  h 
gauche,  celles  d'Orthez  et  les  hauteurs  pittoresques 


PARTIE  III,  CHAP.   IV.  409 

du  Gave  de  Pau.  Après  avoir  passé  Maslacq  et  franchi 
les  limites  de  cette  commune,  le  chemin  moderne  fait 
un  détour,  que  n'a  pas  dû  faire  la  route  ancienne; 
aussi  je  vis  un  sentier  qui  coupait  plus  directement, 
mais  entre  des  coteaux ,  et  praticable  seulement  par 
des  bouviers  ou  des  hommes  à  cheval.  Cette  portion 
de  route,  qui  doit  représenter  l'ancienne,  abrège 
encore,  m'a-t-on  dit,  le  trajet  d'une  demi-heure. 
On  passe  ensuite  à  Sauvelade  ou  Saubalade,  village 
dont  les  maisons  sont  éparses.  L'abbaje  célèbre  de 
ce  nom  (Silça  Lata  du  moyen  âge)  est  située  en 
bas  du  coteau  et  à  l'écart  de  la  route,  dans  une 
belle  prairie.  On  entre  ensuite  dans  la  commune  de 
Lagor;  on  laisse  Villesegure  à  droite,  et  le  village 
de  La  Hourcade  à  gauche,  que  l'on  ne  voit  pas.  La 
route  s'embellit  beaucoup  en  approchant  de  Luc , 
où  était  une  célèbre  abbaye  qui  avait  une  grande 
puissance,  et  joue  un  rôle  important  dans  l'histoire 
du  moyen  âge;  c'est  aujourd'hui  un  bourg  qui  ex- 
ploite les  forêts  voisines,  et  qui  fait  un  grand  com- 
merce de  tannerie.  L'abbaye  était  de  l'ordre  de  saint 
Benoît.  De  Marca ,  dans  sa  savante  Histoire  de  Béarn  , 
s'est  souvent  aidé  de  la  charte  de  Sancti  Vincenti  de 
Luco.  Les  restes  de  cet  abbaye  m'ont  présenté  une 
sacristie  curieuse  par  une  architecture  romaine  du 
ix^  ou  X*  siècle,  qui  contraste  avec  celle  de  l'église 
qui  est  en  ogive.  Sauvelade  ou  Saubalade  '  était  de 

•  De  Marca,  lib.  v,  cap.  22,  p.  419-421,  etliv.  vi,  cap.  11,  p-  499- 
La  Charte  de  Silva  Lata  ou  de  Sauvelade  est  datée  de  l'église  de 
Sainte-Marie-de-Mured ,  le  même  jour  que  Gaston  épousa  la  lille 
de  Bernard,  comte  de  Saint-Bertrand-de-Comenge.  «■  Datuni  est 
«  hoc  apud  Sanctam  Mariam  de  Mured,  eadeni  die,  qua  Gasto 
«  duxit  in  uxorem  filiam  Bcrnardi  comitis  Convcnarum.  »  Et  ce  fut 
Bernard,  abbé  de  Silva  Lala,  qui  célébra  le  mariage. 


410  GÉOGRAPHIE  ANCIENTNE  DES  GAULES, 
l'ordre  de  Citeaux  :  lorsqu'on  a  franchi  la  moitié  de 
l'espace  qui  sépare  Luc  d'Oloron,  on  rejoint  la  route 
moderne  de  Moneins ,  qui  se  dirigeant  du  nord  au 
sud,  droit  sur  Oloron,  se  confond  alors  avec  la  route 
ancienne.  Les  communes  de  Lagor  et  de  Luc  sont 
fort  étendues ,  et  remplissent  presque  tout  l'espace 
que  l'on  parcourt  entre  Maslacq  et  Luc. 

L'autre  voie  romaine  qui ,  de  Nay,  oppidum  No- 
vum,  se  dirigeait  sur  Beneharnum,  n'est  pas  entière- 
ment représentée  par  la  route  moderne  :  elle  se  diri- 
geait droit  sur  Lagor,  le  long  de  la  rive  gauche 
du  gave  de  Pau,  au  midi  de  ce  gave,  et  ne  pas- 
sait pas  par  la  ville  de  Pau  :  des  routes  de  traver- 
ses, qui  sont  très  bonnes  et  très  belles,  mais  fermées 
par  des  barrières,  conduisent  directement  d'Arbus 
à  Lagor  '.  La  route  antique  ne  me  parait  pas  non  plus 
avoir  été  pratiquée,  comme  la  route  moderne,  sur 
la  hauteur  de  Lagor,  mais  passait  entre  le  coteau  et 
le  Gave,  où  on  a  le  projet  de  la  rétablir  '. 

Le  siège  épiscopal  a  été  transféré  de  Benehanium 
à  Lescar  ou  Lascar,  mais  à  une  époque  très  récente, 
cette  ville  n'ajant  été  commencée  qu'en  g8o ,  sur 
un  terrain  auparavant  non  habité,  et  Beneharnum 
subsistait  encore  au  vii^  siècle,  puisque  Grégoire  de 
Tours  en  fait  mention  \ 

'  Conférez  V Analyse  des  Itinéraires ,  toin.  ni  de  cet  ouvrage 
'  CeUe  live  du  Gave  est  assez  élevée  pour  être  garantie  des  inon- 
dations qui  ont  lieu  de  l'autre  côté  du  Gave  ;  et  comme  les  maté- 
riaux d'entretien  et  de  construction  sont  les  cailloux  même  du 
Gave,  il  y  aurait  une  grande  économie  à  faire  passer  la  route 
en  bas. 

^  Gregor.  Turonensis ,  lib.   ix,   cap.  20.  —  De  Marca,  "//«/.  de 
Bcnvu ,  iil).  I,  cap.  11,  p.   j5. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  411 

Provincia  Narbonensis  prima.  —  N"  YI. 

Diocèses  de 

Metropolis  cwitas  Narbonensium.  .   .   .  JNarboiine. 

—  Tolosatium Toulouse. 

—  Beterrensium Béziers. 

—  Nemausensium. .   .   .  Nîmes. 

—  Lutei>ensium Loclève. 

Castrum  Uceciensej  alias  cwitas 

Uceciensis Usez. 

Provincia  Narbonensis  secunda.  —  ]N°  VII. 

Melropolis  clvitas  ylquensiuTYi Aix. 

—  Aptensium Apt. 

—  Reiensium Riez. 

—  Foro  Juliensiiun.  .    .  Fréjus. 

—  Tappincensium.    .    .  Gap. 

—  Segesteriorum.   .    .    .  Sisterou. 

—  Antipolitana Antibes. 

Provincia  Alpiuni  maritiniaruin.  —  IN"  V^III. 

Metropolis  civitas  Ebrodunensium.    .   .  Embrun. 

agitas  Diniensium Digne. 

—  Rigomagensium Chorges. 

—  S olliniensiuniy  ou  S alinensium.  Castellane. 

—  Sanitiensium ,  Senez. 

—  Glannativa Glandève. 

—  Cemelenensiurn Cimiez. 

—  Tintiensiiun Vence. 

lu  prru'inciis  xvii,  civilnlcs  cxv. 


412         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Cette  fin  de  la  Notice  confirme  ce  que  j'ai  annoncé 
précédemment.  La  récapitulation  annonce  cent 
quinze  cités  et  diocèses,  et  on  en  compte  cependant 
cent  vingt,  ce  qui  prouve  qu'il  y  en  a  au  moins 
cinq  qui  doivent  en  être  retranchés  et  qui  n'exis- 
taient pas,  comme  diocèses,  an  temps  d'Honorius, 
où  la  Notice  fut  dressée. 

Civitas  Rigomagensium^  et  civitas  Solliniensium^ 
présentent  seuls,  dans  cette  dernière  pro-vince,  des 
motifs  de  doute  relativement  à  leur  emplacement  et 
à  leurs  limites.  Valois  et  d'autres  rapportent  Rigo— 
magensium  à  Rie  ou  Rogen,  qui  me  paraît  trop 
près  de  Senez.  Contre  ceux  qui  veulent  changer  ce 
mot  en  celui  de  Brigantium  ou  Caturigomagen- 
sium,  on  doit  remarquer  que  les  Notices  imprimées 
dans  la  collection  des  historiens  de  France  portent 
toutes,  sans  variantes,  Rigomagensium.  Si  on  rap- 
porte Solliniensium  au  Salinœ  de  Ptolémée,  il  n'y 
aura  plus  de  difficulté,  puisque  nous  avons  déter- 
miné l'emplacement  de  ce  dernier  lieu.  Un  des  ma- 
nuscrits de  la  Notice  porte,  en  effet,  civitas  Salinen- 
sium^ ,  ce  qui  autorise  à  considérer  le  lieu  nommé 
Salinœ  comme  le  chef-lieu  de  ce  diocèse. 

Ainsi  que  je  l'ai  déjà  dit,  la  division  politique  éta- 
blie par  les  Romains  dans  les  Gaules  subsista  après 
la  conquête  des  Francs,  comme  division  ecclésiasti- 
que. Les  rois  francs  ne  purent  parvenir  à  changer 
ces  divisions  pour  les  mettre  d'accord  avec  les  limi- 
tes de  leurs  territoires.  Chilpéric  voulut  ériger  e» 
évêché  Melun,  mais  le  métropolitain,  l'archevêque 

•  Voyez  Recueil  des  Jlist.  de  France ,  tom.  ii,  p.  5,  C. 


PARTIE  m,  CHAP.  VI.  413 

de  Sens,  s  y  opposa.  Le  clergé  se  souleva  de  même 
contre  l'érection  d'un  nouveau  siège  à  Châteaudun  ', 
et  il  n'eut  pas  lieu. 


DIVISIONS  CIVILES    ET   MILITAIRES  DE  LA  GAULE  TRANSALPIHE. 

La  Notice  des  dignités  de  l'Empire,  dans  laquelle 
on  peut  puiser  des  notions  très  exactes  sur  les  divi- 
sions administratives,  tant  civiles  que  militaires,  de 
l'empire  romain,  est  le  dernier  monument  historique 
qui  nous  reste  à  examiner'.  Il  a  été  dressé  à  la  même 
époque  que  la  Notice  des  provinces  de  la  Gaule,  et 
le  Livre  des  provinces  de  l'empire  romain  ^,  c'est-à- 
dire  au  commencement  du  règne  d'Honorius,  vers 
l'an  40 1 .  La  copie  qui  nous  en  reste  contient  quelques 
intercalations  qui  ont  induit  en  erreur  plusieurs  sa- 
vans  modernes  qui  ont  voulu  attribuer  ce  catalogue  à 
Théodose  II ,  vers  45o  ^  :  d'autres  en  ont  fixé  la  date 
vers  450^;  et  d'autres,  en  457^-  Mais  il  est  évident, 
qu'il  a  été  dressé  lorsque  l'empire  d'occident  était 
encore  intact,  et,  par  conséquent,  avant  l'an  406. 

'  Becueildes  Hist.  franc.,  tom.  v,  p.  60.  —  Labbe,  v,  918  à  921. 
--  Guérard,  Essai,  p.  8i-85. 

'  Voyez  Notitia  dignitatum  imper.  Roman. ,  edit.  Pancirol  ; 
Liigdun.,  in-folio,  1608.  —  Edit.  Labbe,  in-12  ;  Parisiis,  i65i. 

'  Libellas  provinciarum  Romanar.,  dansGrouovii  Varia  Geogr., 
p.  25. 

*  Pancirol.,  in  Prcefatione  ad  Notit.,  p.  2  à  5. 

'  ^gidius  Bucherius,  in  Belg.  Roman.,  lib.  xvi,  cap  5  ,  p.  495. 
—  Laguillus,  Hist.  d'Alsace,  lib.  m  ,  p.  36. 

*  Albertus  Fabricius,  Bibliotheca  latina,  tom.  i,  lib.  iv,  cap.  5, 
n"  6 ,  p.  752.  —  Longuerue ,  Description  de  la  France,  lib.  11, 

p.    223. 


414  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Nous  trouverons  des  preuves  incontestables  de  cette 
vérité  dans  ce  qui  s'y  trouve  relativement  à  la  Gaule 
seule.  Nous  lisons  dans  cette  Notice  qu'il  y  avait 
deux  fabriques  d'armes  à  Trêves,  et,  en  45o ,  Trêves 
avait  été  pillée  trois  fois,  et  presque  entièrement  dé- 
truite. Te  commandement  militaire  de  Mayence  se 
trouve  délaiilé  dans  cette  Notice,  et,  dès  l'an  4*^9, 
ainsi  que  nous  l'apprenons  par  saint  Jérôme,  cette 
ville  avait  été  prise  et  pillée  par  les  Vandales.  Toutes 
les  troupes  du  préfet  de  la  Germanie  seconde  et  de 
la  Belgique  sont  détaillées,  quoique  ces  provinces, 
en  450,  fussent,  depuis  bien  long-temps,  au  pouvoir 
des  Francs.  Les  dix-sept  provinces  des  Gaules  sont 
énumérées  dans  cette  Notice,  comme  intactes,  aussi 
bien  que  la  Rhsetie ,  tandis  que  cette  dernière  avait 
été  prise  par  les  Allemani,  et  que  la  Narbonnaise  et 
l'Aquitaine  avaient  été  occupées  par  les  Goths,  sans 
compter  d'autres  parties  des  Gaules,  dont  les  Barba- 
res s'étaient  emparés.  La  Notice  détaille  encore  les 
officiers  et  les  troupes  qui  se  trouvaient  dans  la 
Grande-Bretagne,  l'un  des  diocèses  de  la  préfecture 
des  Gaules;  et,  dès  l'an  /^.lo,  les  Romains  avaient 
retiré  leurs  officiers  et  leurs  troupes  de  cette  île. 

Il  est  étranger  au  but  de  cet  ouvrage  de  discu- 
ter la  nature  des  différentes  dignités,  et  des  différens 
emplois,  dont  il  est  question  dans  la  Notice  de  l'Em- 
pire ;  cette  tâche ,  d'aille^irs ,  a  été  exécutée  avant  moi 
par  plusieurs  hommes  très  habiles,  mais  je  dois  faire 
connaître  les  divisions  administratives,  tant  civiles 
que  militaires ,  relatives  aux  Gaules ,  qui  s'y  trouvent 
détaillées,  aussi  bien  que  les  villes  ou  peuples  de  ce 
p.'iys  qui   y   sont  mentionnés  ,  et  dont  il  n'a  point 


PARTIE  111,  CIIAP.  M.  415 

été  fait  meiition  clans  les  écrits  qui  nous  restent  de 
l'antiquité,  antérieurs  à  celui-ci. 

La  préfecture  des  Gaules,  à  l'époque  dont  nous 
traitons,  était  divisée  eti  trois  diocèses  '. 

1 .  Le  diocèse  des  Gaules,  contenant  dix-sept  pro- 
vinces. 

2.  Les  Espa«nes ,  composées  de  sept  provinces 
présidiales. 

5.  L'île  de  la  Grande-Bretagne,  composée  de  cinq 
provinces. 

Ainsi  la  préfecture  des  Gaules  renfermait  vin£;t- 
neuf  provinces. 

Avant  Constantin,  l'administration  civile  et  l'ad- 
ministration militaire  étaient  réunies,  et  étaient  exer- 
cées, dans  tout  l'Empire,  par  deux  et  quelquefois  trois 
préfets  du  prétoire,  qui  ne  recevaient  d'ordres  que  de 
l'empereur.  Constantin,  pour  prévenir  les  révoltes, 
et  diminuer  la  trop  grande  puissance  des  préfets  du 
prétoire,  en  doubla  le  nombre,  et  sépara  le  pouvoir 
civil  du  pouvoir  militaire,  en  créant  un  maître  de 
la  cavalerie  et  un  maître  de  l'infanterie,  qui  avaient 
le  commandement  des  troupes,  et  dont  les  fonctions 
furent  indépendantes  de  celles  du  préfet  du  prétoire. 
Ces  changemens ,  qui  sont  l'objet  des  lamentations  de 
l'historien  Zosyme*,  et  auxquels  il  attribue,  en  par- 
tie, la  décadence  de  l'Empire  et  le  succès  des  Barba- 
res ,  nous  obligent  à  détailler  séparément  les  divisions 
relatives  à  l'administration  civile  ,  et  celles  qui  sont 
relatives  à  l'administration  militaire.  Dans  les  idées 
des  Romains  qui ,  d'abord,  s'étaient  gouvernés  en  ré- 

'  Notitia,  sect.  54  et  36,  p.  57  et  62,  edit.  Labbe,  et  p.  ii5  et 
117,  edit.  Pancirol. 

'  Zosyinus,  Hist. ,  lib.  11,  cap.  -iS  et  54,  p.  i4i  p*  i^Qi  edit.  Reit. 


41G        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
publique,  le  pouvoir  civil  était  supérieur  au  pouvoii' 
militaire  :  nous  commencerons  donc  par  donner  le 
détail  des  divisions  qui  résultent  de  l'administration 
civile. 


A.    Divisions  civiles  de  la  Gaule. 
Du  préfet  du  prétoire  des  Gaules. 

Le  préfet  du  prétoire  des  Gaules  ,  prcefectus  prœ- 
torio  GalliaT'U7?iy  était  le  premier  magistrat  de  la  pré- 
fecture des  Gaules ,  et  son  pouvoir  s'étendait  sur  les 
vingt-neuf  provinces  de  cette  préfecture  '. 

Le  préfet  du  prétoire ,  de  la  préfecture  des  Gaules, 
résidait  à  Trêves,  Treçirisy  que  l'historien  Zosjme" 
nous  apprend  avoir  été  dans  le  v^  siècle ,  avant  sa  des- 
truction par  les  Barbares ,  la  plus  grande  ville  qui 
fût  au-delà  des  Alpes.  Suivant  le  témoignage  d'Eu- 
mène,  Constantin  avait  donné  h  la  ville  de  Trêves 
une  forme  nouvelle  et  digne  de  la  résidence  des  em- 
pereurs ^.  Entre  l'an  5i5  et  l'an  5go,  le  nombre  des 
lois  rendues  par  les  empereurs,  et  datées  de  cette 
ville,  se  monte  à  cent  sept,  et  ce  nombre  est  le  double 
de  celles  qui  ont  été  rendues  à  Rome  dans  le  même 
intervalle  de  temps '^.  Ausone  parle  de  Trêves  comme 
de  la  capitale  des  Gaules  ^  :  il  j  avait  une  école  célèbre, 
et  la  loi  de  Gratien  accorde  un  traitement  plus  fort  à 

'  Notitia  dignit.  imper.,  edit.  Pancirol.,  pars  2,  p.  79.  —  Edit. 
Labbe,  sect.  54,  p-  5n. 

'  Zosymus,  lib.  m,  cap.  7,  p.  211,  edit.  Reit. 

'  Hertzrodt,  Notice  sur  les  Trévirais ,  p.  96,  106.  —  Hontheim, 
Podrom.,  p.  i54  et  suiv.  —  Eumène,  D.  Bouquet,  tom.  i ,  p.  8.  — 
Amm.  Marcellin,  lib.  xv,  cap.  11,  p.  io5. 

*  D.  Bouquet,  tom.  1,  p.  716. 

*  Auson.  Opéra,  Grat-  act.,  p.  Sôj.  —  Gregor.Jilio,  p.  2^5;  Tre- 
s'iri ,  p.  288,  edit.  ad  iisitrn  Delph.,  ijBo,  in-4°. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  417 

ceux  qui  enseignaient  l'éloquence  et  la  langue  latine 
à  Técole  de  Trêves,  comme  la  ville  la  plus  illustre  ' . 
Lors  de  l'irruption  des  Barbares,  le  préfet  des  Gaules, 
incapable  de  défendre  le  chef-lieu  de  son  diocèse,  se 
retira  dans  l'intérieur.  Sa  retraite  paraît  avoir  eu  lieu 
vers  l'an  402,  lorsque  les  Francs  saccagèrent  Trêves  '. 

Les  Francs  saccagèrent  et  brûlèrent  Trêves  une  se- 
conde fois,  en  l'an  4i  i  '  • 

Trêves,  l'an  44<^>  ^^*  encore  dévastée  deux  fois  ^. 

Ce  ne  fut  qu'en  464,  après  une  cinquième  des- 
truction ,  que  cette  ville  passa  définitivement  sous 
la  domination  des  Francs  ^.  Nous  voyons  dans  la 
Vie  de  saint  Germain,  que,  vers  l'année  4^4»  ^® 
préfet  des  Gaules  se  tenait  à  Autun  *".  11  se  trans- 
porta ensuite  à  Arles,  qui  avait  reçu  le  surnom  de 
Constantine.  Cette  ville  s'était  considérablement 
agrandie  et  enrichie  par  le  commerce ,  et  l'auteur 
anonyme ,  qui  a  écrit  sous  les  empereurs  Constance 
et  Constant,  dit  que  la  ville  d'Arles  expédiait  pour 
celle  de  Trêves  les  marchandises  qui  lui  arrivaient, 
pour  cette  dernière,  de  toutes  les  parties  du  monde'. 
Le  préfet  y  convoqua  les  états  de  la  Gaule  ;  mais 

'  Voyez  Pagi ,  Crit.  in  Annal.  Barotiii,  à  l'an  l^oi ,  n°  52.  —  Dom 
Bouquet,  tom.  i,  p.  "^66. 

*  Gregor.  Turon.,  Recueil  des  Hist.  de  France,  liv.  11,  cap.  g. 

'  Salviaaus ,  de  Gubern.  Dei ,  Bouquet,  tom.  i ,  p.  780  et  781. 

*  Anonym.  auct.,  Duchesne ,  Script.  Franc,  tom.  i,  p.  692. — ■ 
Honlheim,  Podrom,,  p.  65  et  419-  — Hertzrodt,  p.  126. 

^  Lacarry.  Hist.  Gall.  sub.  Prœf.  Prœlorio ,  p.  126.  —  Dubos  , 
Hist.  crii.  de  ie'tabliss.  de  la  Monarchie  franc .  dans  les  Gaules, 
tom.  I,  p.  589,  édit.  in-i2. 

*  D.  Bouquet,  tom.  i,  p.  98. 

'  Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  1,  p.  766.  —  Sirmondus  ,  iu 
Noiis  ad  Sidonium ,  p.  245. 

n.  27 


418         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
son  édlt  ëtant  resté  sans  effet,  l'empereur  Honorius 
puWia  ce  célèbre  édit  de  4i8>  adressé  à  Agricola, 
préfet  des  Gaules,  dans  lequel  il  justifie  le  choix  qu'il 
a  fait  de  la  \ille  d'Arles,  dans  les  termes  suivans  '  : 

«  Il  reviendra  encore  à  nos  sujets  (dit  Honorius), 
(  un  avantage  du  choix  que  nous  avons  fait  de  la  ville 
X  Conslantine  (Constantina  urbs)  y  pour  le  lieu  de 
l'assemblée  que  nous  voulons  être  tenue  annuelle- 
ment—  L'heureuse  assiette  d'Arles  la  rend  un  lieu 
d'un  si  grand  abord ,  et  d'un  commerce  si  florissant, 
qu'il  n'y  a  point  d'autre  ville  où  l'on  trouve  plus 
(  aisément  à  vendre,  à  acheter,  et  à  échanger,  le  pro- 
(  duit  de  toutes  les  contrées  de  la  terre.  11  semble  que 
(  ces  fruits  renommés ,  et  dont  chaque  espèce  ne  par- 
(  vient  à  sa  perfection  que  sous  le  climat  particulier 
(  qu'elle  rend  célèbre,  croissent  tous  dans  les  en- 
(  virons  d'Arles.  On  y  trouve  encore,  à  la  fois,  les 
trésors  de  l'Orient,  les  parfums  d'Arabie,  les  déli- 
catesses de  l'Assyrie  ,  les  denrées  d'Afrique,  les  no- 
bles animaux  que  l'Espagne  élève >  et  les  armes  qui 
se  fabriquent  dans  les  Gaules.  Arles  est  enfin  le 
chef-lieu  que  la  mer  Méditerranée  et  le  Rhône 
(  semblent  avoir  choisi  pour  y  réunir  leurs  eaux,  et 
(  pour  en  faire  le  rendez- vous  des  nations  qui  habi- 
(  tent  sur  les  côtes,  et  sur  les  rives  qu'elles  baignent. 
(  Que  les  Gaules  aient  donc  de  la  reconnaissance  de 
(  l'attention  que  nous  avons  eue  de  choisir,  pour  le 
(  lieu  de  leur  assemblée,  une  semblable  ville.  » 
C'est  à  tort  que  l'on  a  suspecté  l'authenticité  de 

'  Voyez  Dubos,  Etabl.  de  la  Mon.  franc.,  iota,  i,  p.  Sji,  édit. 
in-i2.  —  D.  Bouquet,  Recueil  des  Ili.st.  de  France,  toni.  i,  p.  766, 
—  Ch.  Giraud,  dans  les  notes  de  sa  Notice  sur  Fnhrol ,  p.  196. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  4  a) 

l'édit  d'Honoriu!»,  à  cause  de  son  stjle  déclamateur. 
Dans  le  déclin  des  empires  ,  plus  l'autorité  s'afTaiblil, 
plus  elle  s'exprime  avec  emphase;  la  pompe  des  litres, 
et  la  vanité   de   ceux   qui   en   sont  pourvus ,  aug- 
mentent dans  la  même  proportion;  on  ne  doit  donc 
pas  s'étonner  non  plus  de  cette  qualification  de  viro 
illustri,  donnée  au  préfet  des  Gaules.  Quant  à  l'objec- 
tion tirée  de  l'assertion  de  la  chronique  d'Idace,  qui 
dit   qu'en   l\\%y  l'année   même  de  l'édit,  Honorius 
avait  cédé  aux  Goths  deux  des  sept  provinces,  on 
pourrait  dire ,  que  l'édit  fut  antérieur  h  cette  cession, 
et  que  ce  fut  elle  qui  en  empêcha  l'exécution,  ou  que 
cette  antique  autorité  des  empereurs  romains   eut 
encore  assez  d'ascendant  pour  que  les  rois  barbares, 
auxquels  on  était  obligé  de  céder  des  provinces  de 
l'Empire  ,  se  regardassent   comme  les  délégués  de 
l'empereur,   et  qu'à   l'égard  de  leurs  compatriotes 
turbulens  et  insoumis,  ils  fondassent  leur  puissance 
sur  ce  titre.  Enfin,  de  ce  que  Hincmar,  en  parlant  de 
cet  édit,  mentionne  la  Lyonnaise,  au  lieu  d'une  des 
deux  Viennaises,  il  ne  faut  pas  en  inférer,  comme  l'a 
fait   Dubos,  que  les   sept  provinces    convoquées  à 
Arles  n'étaient  pas  les  mêmes  que  les  sept  provinces 
de  la  Notice  de  l'Empire.  C'est  une  erreur  manifeste 
du  copiste  d'Hincmar,  qui,  ignorant  que  la  Vien- 
naise  était  subdivisée  en  deux ,  aura  cru  bien  faire,  en 
voyant  ce  nom  deux  fois  répété,  de  lire  Lyonnaise  , 
et  Viennaise  ' . 

'  Voyez  Hincniar,  Epi.st.  6,  cap.  17,  edit.  Mog.,  p.  3i  i.  —  L'abbé 
Dubos,  Hist.  critique  de  la  Mon.  franc  ,  tom.  1,  p.  585,  édit.  in-12. 
—  Voyez  Tillemont ,  Hist.  des  Emp.,  tom.  v,  p.  Q^\.  —  Codex 
Theodos..,  loi  i5  du  liv.  i ,  tom.  xv,  et  ci-dessus,  p.  55o  et  570. 


420         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Du  vicaire  des  dix-sept  provinces. 

Le  préfet  des  Gaules  avait  sous  lui  trois  vicaires 
pour  chacun  des  diocèses  de  la  préfecture  des  Gaules. 
Le  vicaire  du  diocèse  des  Gaules  était  aussi  appelé 
le  vicaire  des  dix-sept  provinces,  parce  que  ce  diocèse 
était ,  ainsi  que  nous  l'avons  vu ,  divisé  en  dix-sept 
provinces.  Six  de  ces  provinces  étaient  gouvernées 
par  des  proconsuls ,  c'est-à-dire  par  des  gouverneurs 
qui  primitivement ,  et  selon  ce  qui  avait  été  réglé 
par  Auguste ,  étaient  censés  être  nommés  par  le 
sénat,  et  onze  étaient  administrées  par  des  présidens 
nommés  par  l'empereur.  Ces  consulaires  et  ces 
présidens  recevaient  les  ordres  du  vicaire  des  dix- 
sept  provinces  et  étaient ,  selon  les  expressions  de 
la  Notice  ,  «  suh  dispositione  spectabilis  viri  vicarii 
«  deceni  septem  provinciarum  ' .  »  Ce  qui  partageait 
toute  la  Gaule  en 

Provinciae  consulares.  —  VI. 

Viennensis. 
Lugdunensis  prima. 
Oennœiia  prima. 
Germania  secunda. 
Belgica  prima. 
Belgica  secunda. 

'  Notitia  digiiitatutn  imper,  roni.,  edit.  Pancirol;  Lugd.,  1608, 
tom.  II,  p.  i56  et  iSy.  —  Edit.  Labbé,  sect.  48,  p-  94>  —  Dans  l'édit. 
de  Pancirol,  Genevae,  1623,  part.  11,  p.  g5  et  gg.  —  Labbe  ne  paraît 
pas  avoir  connu  cette  édition  de  i625;  il  parle  à  la  fin  de  son  Index 
de  celle  de  1608  comme  de  la  dernière.  Sur  les  diverses  éditions  de 
la  Notice,  voyez  Bôcking,  Ueber  die  Not.  dign.  imp.,  p.  4i"74- 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  421 

Proviuciae  praesidiales.  —  XI. 

Alpes  maritimœ. 
Alpes  penninœ  et  graîœ. 
Maxima  Sequanorum. 
Aquitania  prima. 
Aquitania  secunda, 
Novempopulana. 
Narbonensis  prima. 
Narbonensis  secunda. 
Lugdunensis  secunda. 
Lugdunensis  tertia. 
Lugdunensis  senonia. 

Du  trésorier  général  de  l'Empire. 

Sous  les  ordres  du  préfet  du  prétoire  et  du  vicaire 
des  dix -sept  provinces  étaient  les  quatre  préposés 
du  comte  des  largesses  impériales,  ou  trésorier  gé- 
néral de  l'empire  d'occident,  ainsi  distribués  '  : 

Sub  djspositione  viri  illustris  co-     Sous  les  ordres  de  l'illustre  comte 
mitis     sacrarum    largitionum  trésorier  de  l'Empire. 

Imperii. 

Praepositi  Thesaaroram  in  Galliis.        Préposés  du  Trésor  dans  les  Gaules. 

Prceposittis  Thesaurorum  per  Un    préposé   du   Trésor  en 

Gallias Lugdunensis.  Gaules à  Lyon. 

—  —       Arclatcnsiam.  —     —             à  Arles. 

—  ^—        Ncmausensium.  —     —              à  Nîmes. 

—  —        Trebirorum.  —     —              à  Trêves. 

11  y  avait  encore  sous  les  ordres  du  même  chef 

'  Voyez  Notitia  dignilatum  imper.,  edit.  Pancirol.  Lugd.,  part,  ii, 
{).  i4o.  —  Edit.  Labbe ,  scct.  4'^,  P-  85. 


4-22         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

trois  procurateurs  ou  directeurs  des  monnaies,  ainsi 

distribués  : 

Procnratores  Monetae  '.  Directeurs  des  Monnaies 

Procurator  monctœ Le  directeur  ties  Monnaies  ^ 

Lugdunensis à  Lyon. 

—  —  Arclatensis.  —     —  à  Arles. 

—  —  Triberorutn.  —     —  à  Trêves. 

Trois  préposés  ou  directeurs  d'ateliers  d'orfèvres 
impériaux  ou  damasquineurs,  ainsi  distribués  : 

Prœpositi    brarabaricariorum  sive  Directeurs  des  ateliers  d'orfèvres  et 

arf^entariorum  '.  de  damasquineurs. 

Prœpositus  brambaricariorum         Le  directeur  des  orfèvres  et 

sive  argentariornm damasquineurs 

Jrelntcnsiiun d'Arles. 

—  —        Reincnsiiiiu,  —      —  de  Reims. 

—  —        Triberorum.  —      —  de  Trêves. 

Un  seul  procurateur  pour  les  achats  de  lin ,  mais 
six  inspecteurs  des  ateliers  d'étoffes  de  laine,  ainsi 
distribués  : 

Procurator  linificii  Viennensis       Inspecteur  des  Gaules  pour  le  lin 
Galliarum.  dans  la  province  Viennaise. 

^         Procnratores  gyneciornm  '.  Inspecteurs  des  ateliers  en  laine. 

Procurator  gj'necii  Jre.latcnsis ,     L'inspecteur    des    ateliers    en 
provinciœ  Viennensis.  laine,  à  Arles,  dans  la  pro- 

vince Viennaise. 
—  Lugdunensis.  L'inspecteur    des    ateliers    en 

lainedela  province  Lyonnaise. 

'  Notitia  dignitat.  imperii,  edit.  Pancirol.  Lugd.,  p.  i4i.  —  Edit. 
Gen.,  1623,  tom.  11,  p.  65,  65  et  67.  —  Edit.  Labbe,  sect.  42,  p-  84. 

'  Ib.y  edit.  Pancirol.  Lugdnni ,  p.  t4i. —  p.  65  et  67.  —  Edit. 
Labbe,  p.  86. 

^  Ib.,  edit.  Pancirol.  Lugduni,  p.  i4i  ;  edit.  Gen.,  p.  65  et  66. — 
Edit.  Labbe,  sect,  42,  p.  84- 


PARTIE  m,  CHAP.   VI. 


423 


—  Remensis, Belgicee secundœ.     —  à  Reims,  clans  la  Relgicjiie 

seconde. 

—  Tornacensis  ,    Belgicœ    se-     —  àTournay,  dans  la  Belgique 
cundœ.  seconde. 

Prncuratnr  gynecii  Triberorum ,     L'inspecteur    des    ateliers    en 
BeJgicœ  jirimœ.  hiine,  à  Trêves,  dans  la  Bel- 

gique première. 

—  Jugustoduni ,  trarislati  Me-     L'iris[)ectcur     des    ateliers    on 
Us.  laine   d'Autun,  transporté  à 

Metz. 


Deux  inspecteurs  des  teintureries,  ainsi  distribués  : 

Procnratores  baphioruin  '.  Inspecteurs   des    teintureries    (  pour 

teindre  en  pourpre  les  étoffes  de 
laine  et  de  soie). 

Procuralor  bnphi  Telonensis  Inspecteur    des    teintureries 

Calliarutn.  des  Gaules à  Toulon. 

—      —  Nnrhoncnsis.  —     —  à  Narhonne. 

Il  n'est  question  de  Toulon  que  dans  cet  endroit 
de  la  Notice,  et  dans  l'Itinéraire  maritime  sous  le 
nom  de  Telo  niartius.  Les  mesures  que  fournit  cet 
Itinéraire  en  déterminent  bien  la  position  '.  Toulon 
devint  siège  épiscopal  dès  le  vi^  siècle,  ainsi  que  le 
prouve  la  souscription  de  plusieurs  évêques. 

Il  y  avait  encore,  pour  toute  la  Gaule,  un  inspec- 
teur des  transports ,  prœpositus  hastagœ  primœ 
Gallicanorum  et  quartœ. 

'  Notilia  dignit- ,  edit.  Pancirol  Lugdun.,  p.  i4o.  —  Edit.  Gen., 
lom.  Il,  p.  85.  —  Edit.  Labbe,  sect.  42,  p.  85. 

*  Voyez  V Analyse  des  Itinâaires  maiitimes ,  tom.  m  de  cet  ou- 
vrage! 


AU        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 


De  l'intendant  de  l'empereur. 

Sous  les  ordres  de  l'intendant  de  la  maison  de 
l'empereur,  il  y  avait  dans  les  Gaules  deux  receveurs 
des  deniers  impériaux  ,  trois  inspecteurs  ou  procu- 
rateurs des  biens  de  l'empereur,  et  un  directeur  des 
transports  de  la  maison  impériale,  distribués  ainsi  : 


Sub  dispositione  viri  illustris 
comitis  rerum  privatarum  '. 

Kationales  rei  prlvatae. 

Rationalis   rei   privatœ   per 
Gallias. 

Rationalis    rei   privatœ   per 
quinque  protàncias. 


Sous  les  ordres  de  l'illustre  comte 
intendant  de  l'empereur. 

Receveurs  des  domaines  impériaux. 

Receveur  général  des  do- 
maines impériaux  pour  toute 
la  Gaule. 

Receveur  particulier  des  do- 
maines imjjériaux  pour  les 
cinq  provinces. 


J'ai  déjà  observé  que  les  cinq  provinces  étaient 
synonymes  des  sept  provinces. 


Procuratores  rei  privatœ. 

Procurator  rei  privatœ  per 
Sequanicuni  et  Gerinaniam  pri- 
mam. 

Procurator  rei  privatœ  gynœ- 
ciorum  Triberorum. 


Procurator  gynœcii  Juvarensis 
rei  privatœ ,  Métis  translati  An- 
fielas. 


Inspecteurs  des  domaines  impériaux. 

Procurateur  des  domaines 
impériaux  pour  la  Séquanaise 
et  la  Germanie  première. 

Procurateur  des  ateliers  en 
laine  appartenant  au  domaine 
impérial ,  dans  la  ville  de 
Trêves. 

Procurateur  des  atelier-»  eu 
laine  de  Juvarensis,  transporté 
de  Metz  à  Anhelas. 


'  Notitia  di^nit.  imper.,  edit.  Pancir.  Lugdun.,  p.  i44;  Gencv. , 
tom.  II,  p.  71  et  72.  —  Edit.  Labbe,  sect.  4^,  p.  87  et  88. 


PARTIE  III,  CHAP.  Vf.  425 

Je  n'ai  pu  découvrir  quel  était  le  lieu  nommé 
Javarus  (si  toutefois  c'est  un  nom  de  lieu  ) ,  et  celui 
qu'on  appelait  Anhelas.  D'Anville  ni  Valois  n'en  font 
pas  mention  ;  mais  Ortelius,  dans  son  Dictionnaire, 
a  été  plus  exact  :  il  veut  qxx  Anhelas  ait  été  en  Bel- 
gique ;  peut-être  faut- il  le  placer  h  Douai,  près 
duquel  est  Anhiers,  et  Juvarus  à  Juvardeil. 


B.   Divisions  militaires  de  la  Gaule. 

Les  troupes,  dans  chaque  diocèse,  étaient  comman- 
dées par  deux  chefs  :  un  maître  de  la  cavalerie  et  un 
maître  des  soldats  présens,  c'est-à-dire  un  généralis- 
sime de  la  cavalerie,  et  un  généralissime  de  l'infanterie. 
Les  soldats  présens  étaient  la  garde  de  l'empereur, 
instituée  par  Constantin  lorsqu'il  eut  cassé  les  cohortes 
prétoriennes.  Les  régimens  de  ce  nouveau  corps  con- 
servaient toujours  leurs  titres  lorsqu'ils  étaient  en 
campagne  ;  ceux  qui  accompagnaient  les  généraux 
étaient  nommés  soldats  accompagnans  ;  ceux  qui  gar- 
daient l'empereur,  soldats  palatins.  {^Milites prœsen- 
tales  y  milites  comitantes  ,  milites  palatini.^ 

On  ne  sait  guère  quel  était  celui  des  deux  chefs 
subordonné  à  l'autre  lorsqu'ils  étaient  en  campagne. 
C'est  sans  doute  pour  éviter  tout  conflit  d'autorité 
que,  dans  les  Gaules ,  les  empereurs  ont  presque 
toujours  réuni  les  deux  commandemens  :  ainsi  l'his- 
toire nous  apprend  qu'Aetius,  sous  Valentinien  III, 
et  Egidius  sous  Majorien  ,  étaient  à  la  fois  généra- 
lissime de  la  cavalerie,  et  généralissime  de  l'in- 
fanterie. 

Dans  la  Notice  des  dignités  de  l'Empire,  on  lit  les 


426  GÉOGRAPHIE  ANCIEI^JNE  DES  GAULES, 
noms  de  plusieurs  corps  de  troupes  auparavant  in- 
connus ',  parce  que  les  empereurs  prirent  à  leur  solde 
un  grand  nombre  de  ces  étrangers  barbares  ,  qui 
seuls  soutenaient ,  contre  les  attaques  des  autres 
Barbares,  l'État  qui  penchait  vers  sa  ruine.  Dans  la 
liste  des  trente-deux  légions  accompagnantes  qui  ne 
résidaient  point  dans  la  Gaule  ,  et  qui  étaient  sous 
les  ordres  du  maître  des  soldats  présens ,  j'observe 
des  Brisigavi  senior  es  et  des  Brisiga^^i  juniores. 
Ceci  nous  fait  connaître  qu'avant  la  chute  de  l'empire 
romain  les  environs  de  Frejburg  ,  au  nord  de  l'Hel- 
vétie ,  étaient  habités  par  un  peuple  nommé  Brisi- 
gai^i  *  et  que  le  nom  de  Brisgau  moderne  en  est  pro- 
venu. Après  ces  observations  préalables,  donnons 
les  divisions  militaires  qui  se  trouvaient  dans  la 
Gaule. 

I.  Du  généralissime  de  la  cavalerie. 

Sous  les  ordres  du  maître  de  la  cavalerie,  étaient  le 
général  du  commandement  Armorique  et  Nervien  , 
le  duc  de  la  province  Séquanaise,  le  duc  de  la  seconde 
Germanie,  le  duc  de  Mayence ,  le  duc  de  la  Belgique 
seconde  et  le  comte  militaire  du  district  d'Argentine 
ou  de  Strasbourg. 

Intra  Gallias  cum  virn  illiis-  Dans  les  G:uiles,  avec  l'illus- 

tri    magistru    equituni    Gallia-     fre  maître  de  la  cavalerie  des 
7um  ^.  Gaules. 

'  Voyez  le  nom  du  petit  nombre  des  légions  qui  existaient  sous 
Dioclétien,  d'après  une  ancienne  inscription,  dans  Pancirol,  Nnt. 
dignit.,  edit.  in-folio,  1620,  p.  61  et  62. 

'  Notit.  dignilat.,  edit.  Pancirol.  Lugdun.,  1608,  p.  12G.  —  Ge- 
nevae,  1620,  tom.  11,  p.  54  et  4o.  —  Edit.  Labbe,  sect.  58,  p.  66. 

^  Ib.,  edit.  Lugd.,  p  i55;  Genevs,  lom.  11,  p.  49  -  Edit  Labbe, 
hccl.  09,  p.  74  et  75. 


PARTIE  III,  ClIAP.  VI.  4?.7 

La  Notice  donne  sous  ce  titre  une  longue  suite  de 
lésions  dont  nous  ne  répéterons  point  ici  les  noms  ; 
nous  observerons  seulement  que,  dans  le  nombre  de 
ces  noms,  on  en  remarf[ue  quelques  uns  qui  intéres- 
sent la  géographie  de  la  Gaule;  ce  sont  les  suivons  : 

Cortoriacenses ,  qui  désigne  ceux  de  Courtray  et 
nous  olïre  la  première  mention  de  cette  ville.  Il  est 
parlé  du  Curtrisus  pagus  dans  un  capitulaire  de 
Charles-le-Chauve  dès  l'an  853  ;  et  j'ai  déjà  observé 
que  c'était  dans  les  environs  de  cette  ville  qu'Auguste 
établit  des  Suevi ,  dont  le  village  de  Sueveghem  , 
situé  dans  ce  canton  ,  retient  encore  le  nom  '. 

Les  Valentinianenses  (dont  le  nom  est  dérivé  de 
l'empereur  Valens ,  ou  est  une  interpolation  faite  h 
la  Notice ,  s'il  provient  du  nom  de  l'empereur 
Valentinien)  ont  peut-être  donné  naissance  à  Va- 
lenciennes  ,  où  ils  se  trouvaient  cantonnés;  le  nom 
de  cette  ville  est  Valentmianœ  on  Valentianœ , 
dans  le  moyen  âge.  On  remarque  encore  les  Ande- 
reniciani ,  qui  sont  peut-être  les  Anderitiani  ou  les 
G  ah  ail ,  dont  la  capitale  était  Anderitum  ou  Anter- 
rieux  ;  les  Garronenses ^  qui  désignent  peut-être 
ceux  du  district  de  la  Garonne  ;  les  Abrincateni , 
qui  paraissent  être  ceux  d'Avranches  ;  les  Musma- 
genses  ou  Mosoinagenses ,  qui  désignent  probable- 
ment ceux  des  environs  du  lieu  nommé  Mosomagus 
dans  l'Itinéraire,  qui  est  Mouson  *.  Les  Trecisemani 
tiraient  probablement  leur  nom  de  la  legio  trigesima 

'  Voyez  Wastelain,  Description  de  la  Gaule  belgique,  p.  4o4-  — 
VitaEligii,  in  Spicil.,  t.  ii,  p.  91. —  Hensch.,  deEpisc.  trnject.,  p.  16. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires ,  tom.  m  de  cet  ouvrage.  H  a 
été  trouvé  pi'ès  de  là  des  antiquités  :  Cavius,  Antiquités ,  tom.  vir, 
PI.  95,  n°  ô. 


428         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
Vlpia  cantonnée  à  Alpen,  et  mentionnée  dans  l'Iti- 
néraire. 

Enfin,  on  remarque  encore  les  Bructeri,  les  Salii 
seniores ,  les  Tungri ,  les  Bataçi,  les  Nervii  galli- 
cani ,  les  Menapii ,  les  Sequani,  les  Osismiaci , 
corps  de  militaires  qui  devaient  les  noms  qu'ils  por- 
taient à  des  peuples  bien  connus  de  la  Gaule  trans- 
alpine. ^ 

Parmi  les  régimens  de  cavalerie  immédiatement 
sous  les  ordres  du  généralissime ,  il  n'y  en  a  aucun 
qui  ait  quelque  rapport  avec  la  géographie  de  la 
Gaule. 

Sub  dispositione  viri  spectabilis     Sous  les  ordres  de  l  honorable 
ducis  provinciae  Sequanici.  duc  de  la  province  Se'quancdse. 

Milites  Latovicnscs,  OUnorie.  Les   I.ataviciises,    campt-s  à 

Olons,  près  Chàlons-sui-Saônc. 

Olino  se  trouve  figurée  dans  la  Notice  par  un 
grand  édifice  ',  tel  que  celui  qui  est  consacré  aux  villes 
considérables  :  aussi  Valois  voulait-il  substituer  P^e- 
sontio  à  Olino.  Plusieurs  savans  ont  adopté  la  con- 
jecture de  Rhenanus  %  qui  prétend  que  ce  lieu  est 
Holé,  près  de  Bâle,  où  l'on  a  découvert  quelques 
antiquités,  et  qu'une  tradition  populaire  veut  avoir 
été  la  demeure  d'un  roi.  Il  nous  paraît  plus  probable 
que  ces  Latavienses  étaient  placés  à  Olons,  près  Châ- 
lons-sur-Saône ,  et  que  l'édifice  de  la  Notice  repré- 
sente Cabillonum. 

'  Notitia,  edit.  Pancirol.  Lugd.,  p.  175.  —  Edit.  Genev.,  tom.  ir, 
]>.  i35.  —  Edit.  Labbe ,  sect.  60 ,  p.  1 13. 

"  Beatus  Rhenanus  Rer.  German.,  lib.  1,  p.  14.  — Schœpflini, 
Alsalia  illuslrata,  tom,  1,  p.  197,  —  D'Anville,  Notice  de  la  Gnulr , 
p.  5o5. 


PARTIE  in,  CHAP.  VI. 


429 


Suh  dispositione  viri  spectabilis  Sous  les  ordres  de  l'honorable 
ducis  traclus  Armoricani  et  duc  de  Indivision  Armoricaine 
Nervicani  '.  et  Nervicane. 


Tribunus  coliorttsprimœ  Nouce 
Armoricœ ,  Gronnone  in  littorœ 
saxonico. 


Prrefectus  militum  carroncnsiuni , 
Bldbia . 

—  Maurorum  venetorum ,  Fe- 
netis. 

—  militum  maurorum  osismia- 
rorum ,  Osismiis, 

—  militum     superveniorum  '  , 
Mannatias. 

—  Martcnsium ,  —  Aleto. 

—  primœ  Flaviœ ,  —  Constan- 
tia. 

—  ursariensium ,    —    Rotho- 
mago. 

—  Dalmatarum,  —  Abrincatis. 

—  Grannoncnsium ,   —   Gran- 
none. 


Le  tribun  de  la  première  cohorte 
de  la  Nouvelle- Armoriqno 
(la  Bretagne),  sur  le  rivage  où 
est  Brest,  et  dans  les  environs 
de  la  forêt  de  Grannon, 

Le  commandant  des  soldats 
carronenses,  à  Blaye  ,  sur  la 
Garonne. 

—  des  Maures  vénètes,  à  Van- 
nes. 

—  des  soldats  maures  osis- 
miens,  à  Saint-Pol-de-Léon. 

—  des  chasseurs,  à  Matignon. 

—  des  soldats  de  Mars',  à  Alet 
(près  Saint-Malo). 

—  de  la  première  h'gion  Fia- 
vienne,  à  Coulances, 

—  des  soldats  ursarienses ,  à 
Rouen. 

—  des  Dahnatcs,  à  Avranches. 

—  des  Grannonenses ,  à  Gran- 
ville. 


A  la  suite  de  ce  détail  des  lieux  où  résidaient  des 
troupes,  dans  le  tractus  Armoricanus  et  Nen^icanus , 
il  est  écrit  : 


'  Notitia,  edit.  Pancirol.  Lugd.,  p.  i']^.  —  Genev.,  tom.  ii,  p.  157. 
—  Labbe,  sect.  81,  p.  1 13  et  1 14. 

'  Ceux  qui  désireraient  connaître  l'exacte  signification  de  cette 
dénomination  de  milites  superventores  peuvent  consulter  Yegetius  , 
lib.  lu,  cap.   19.  —  Anim.  Marcellinus,  lib.  xix. 


430        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

«  Extenditur  tamen  tractus  Armoricanl  et  ISer- 
i<  vicani  liniitis  per  provincias  qiiinque  ; 

«  Per  Aquitanicam  primam  et  secundam,  Seno- 
((  niam ,  secundam  Lugdunensem  et  tertiam.  » 

C'est-à-dire,  la  division  quifoi^mele  commandement 
Armorique  et  Nervicain  renferme  cinq  provinces, 
qui  sont  : 

I.  L'Aquitaine  première  ; 

y.  L'Aquitaine  seconde  ; 

3.  La  Lyonnaise  quatrième,  ou  Sénonaise; 

4.  La  Lyonnaise  seconde; 

5.  La  Lyonnaise  troisième. 

On  voit  par -là  que  cette  grande  division  était 
iHie  vaste  circonscription  qui  comprenait  toute  la 
Gaule  occidentale,  située  en  général  entre  la  Ga- 
ronne et  la  Seine ,  et  cette  partie  de  la  chaîne  des 
montagnes  des  Cévennes  qui  se  dirige  du  nord  au 
sud.  On  a  prétendu  qu'il  y  avait  ici  erreur  dans  la 
Notice,  parce  que,  sur  les  cinq  provinces,  il  yen 
avait  deux  dans  l'intérieur,  ce  qui  ne  pouvait  con- 
venir, dit-on,  à  un  commandement  maritime,  et  que 
d'ailleurs  la  Belgique  seconde,  où  se  trouvaient  les 
Nerifii y  n'y  était  point  mentionnée.  Ce  qui  a  trompé 
tous  les  modernes  à  cet  égard ,  c'est  qu'ils  n'ont 
point  observé  que  les  Nerçii  n'étaient  nullement 
compris  dans  le  tractus  Armoricanus  et  Neivi- 
canus.  Ce  qui  le  prouve  c'est  que  la  Notice,  dans 
le  détail  des  lieux  renfermés  dans  cette  division,  n'en 
indique  aucun  qui  ne  soit  placé  sur  les  côtes  des 
provinces  qu'elles  a  mentionnées  comme  en  faisant 
partie,  et  que,  d'un   autre  côté,   elle  établit  dans 


PARTIE  111,  CHAP.  VI.  431 

la  Belgique  seconde  un  commandement  militaire 
particulier  et  distinct  de  celui  du  tractus  Armori- 
canus  et  Newicanus  :  donc  \es  Newii  y  peuple  de 
la  Belgique  seconde ,  ne  faisaient  point  partie  du 
commandement  Armoricain  etNervien. 

D'un  autre  côté,  nous  lisons  dans  la  Chronique  de 
l'évêque  Idace  '  qu'en  463  Frédéric,  frère  de  Théodo- 
ric,  roi  des  Goths,  fut  tué  dans  l'Armorique,  in  Jir- 
moricana  provincia;  or  nous  savons  par  Marins  % 
cvéque  d'Avranches,  que  la  bataille  où  ce  prince 
perdit  la  vie  fut  donnée  près  d'Orléans ,  entre  la 
Loire  et  le  Loiret,  c'est-à-dire  dans  la  Lyonnaise 
quatrième  ou  dans  la  Sénonie,  et  dans  le  centre  de 
la  Gaule.  Voilà  donc  une  preuve  de  l'exactitude  de 
la  Notice,  et  que  le  commandement  Armoricain 
s'étendait  dans  l'intérieur  :  si  ce  commandement 
fut  aussi  appelé  Neivicanus  ou  Nervien,  c'est  qu'an- 
térieurement à  cette  division,  tout  le  rivage  nord 
de  la  Gaule  avait  pris  le  nom  de  Newicanus  ou  de 
Belgicanus  ;  et  lorsque  les  Saxons  y  multiplièrent 
leurs  incursions,  on  le  désigna  sous  le  nom  de  SaxO' 
nicuSy  qui  me  paraît  synonyme  de  Newicanus.  Toute 
la  côte  ouest  jusqu'au  cap  de  La  Hogue,  extrémité 
du  pays  des  UneUi,  fut  nommée  ^rmonco/ZMj-.  Alors, 
pour  désigner  la  petite  portion  des  côtes  de  la  Lyon- 
naise seconde  ,  comprise  dans  le  commandement 
Armoricain  qui  s'étendait  depuis  le  cap  de  La  Hogue 
jusqu'aux   limites  du  teiritoire  des  Caleti ,  faisant 

'  Idnlii  Chronicon. —  Recueil  des  Hist.  de  Fiance ,  toiii.  i,  p.  622 
et  625. 

'  Marii  Aventici  Chronicuin ,  ad  ann.  465,  —  Recueil  des  Hist.  de 
Fiance,  tom.  11,  p.  i5,  B. 


432  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
pTirtieduNewicanum  ou  Saxonicum  littiis,  on  ajoulrt 
le  nom  de  Nervicanus  à  celui  dH Àrinoricanus ,  afin 
de  ne  laisser  aucune  prise  à  l'ambiguité  ;  mais  dans 
l'usage  ordinaire  on  ne  se  servait  guère  que  de  ce 
dernier  nom  ,  ainsi  que  nous  le  voyons  par  nos 
annalistes,  qui  parlent  souvent  du  commandement 
Armoricain,  des  villes  Armoricaines,  et  jamais  du 
commandement  Nervien  et  des  villes  Nerviennes. 

Nous  voyons  dans  Pline  '  que  le  pays  nommé 
Aquitaine  avait  été  primitivement  connu  sous  le 
nom  d'Armorique  ,  probablement  à  l'époque  où  les 
Phéniciens  et  les  Grecs  avaient  seulement  commencé 
la  découverte  des  côtes  occidentales  de  la  Gaule. 
Mais  César  et  Hirtius  Pansa  désignent  généralement 
sous  le  nom  d'Armoriques  les  peuples  situés  entre  la 
Garonne  et  la  Seine  ,  et  les  réduisent  au  nombre 
de  six;  ils  en  distinguent  formellement  les  Nervii, 
les  Morini ,  et  autres  peuples  des  côtes  septentrio- 
nales de  la  Gaule  '  :  ce  qui  s'accorde  avec  la  division 
établie  par  la  Notice.  Cependant  César  et  Hirtius 
Pansa  ,  conformément  à  l'usage  primitif  du  mot 
Armorlque ,  nous  avertissent  que  tous  les  peuples 
qu'ils  mentionnent  sous  ce  nom  sont  situés  sur  les 
bords  de  la  mer  :  aussi  les  Lemovices  armorici,  dont 
il  est  fait  mention  dans  César ,  sont  évidemment 
différens,  ainsi  que  je  l'ai  démontré,  des  Lemovices 
de  l'intérieur.  Mais  ce  n'est  point  par  erreur,  comme 

'  Plin.,  lib.  IV,  cap.  5i  (17),  tora.  11,  p.  "^56,  edit.  Lemaire  : 
«  Aquitanica  ,  Areniorica  antea  dicta.  » 

'  César,  de  Bclln  gal/ico,  lib.  v,  cap.  55;  lib.  vu,  cap  76,  tom.  1, 
p.  225,  578,  édit.  de  Lem.  César,  éuumcrant  les  nations  de  la  Gaule, 
nomme  les  Kervii  et  les  Morini  avec  les  auties,  et  il  passe  ensuite 
à  ceux  qu'il  appelle  Armoiici. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  433 

l'a  cru  Valois ,  et  uniquement  pour  avoir  lu  dans  le 
texte  de  César  les  Lemovices  au  nombre  des  peuples 
de  l'Armorique,  que  saint  Ouen,  dans* la  Vie  de  saint 
Éloi,  et  Flodoard  ',  en  parlant  de  saint  Basile,  nom- 
ment les  Lemovices  de  l'intérieur  comme  un  peuple 
de  l'Armorique  :  c'est  qu'à  Tépoque  où  écrivaient 
saint  Ouen  et  Flodoard  l'ancienne  division  indiquée 
par  la  Notice,  qui  met  l'Aquitaine  première,  et  par 
conséquent  les  Letnoçices ,  dans  l'Armorique,  ou 
dans  le  tracius  Annoricanus ,  subsistait  encore.  C'est 
pour  avoir  rejeté  le  témoignage  positif  de  la  Notice 
de  l'Empire,  et  pour  avoir  méconnu  les  limites  de 
cette  grande  division  de  l'Armorique,  que  des  hom- 
mes très  savans ,  tels  que  Valois  et  autres ,  ont  sup- 
posé dans  nos  premiers  annalistes  et  dans  plusieurs 
auteurs  du  moyen  âge  des  erreurs  qui  n'y  sont  pas. 
La  Chronique  d'Idace,  pour  l'année  4^5,  nous  ap- 
prend que  Frédéric ,  frère  de  Tliéodoric ,  roi  des 
Goths,  fut  tué  in  Armoricana  prot^incia,  et  nous 
savons  par  Marius,  évêque  d'Avenche,  que  ce  prince 
perdit  la  vie  près  d'Orléans,  jiixta  Aurelianis ;  donc 
Orléans  était  à  cette  époque  dans  l'Armorique  '. 

Ausone  met  les  Baiocasses  dans  l'Armorique  ^  : 
dans  un  autre  endroit  il  désigne  la  mer  qui  baigne 

'  Idatii  et  Marii  Chronic  ,  dans  le  Recueil  des  Hist.  de  France, 
toni.  I,  p.  6'22;  tom.  II,  p.  i5. 

'  Audœnus,  Viia  S.  Eli^ii.  —  Fodoardus,  Hist.  eccles.  rem., 
lib.  II.  —  Valesii  Notitia,  p.  269. 

'  Ail  sujet  du  rhéteur  Attius —  Doctor  potentum  rhetorum , 

Tu   Bajocassis  stirpe  Druidarunt  satns. 

et  dans  le  Carmen  10,  sur  les  Professeurs  de  Bordeaux,  il  dit  du 
même  :  Stirpe  satus  Dviiidum,  s,eniis  Avmoricœ.  — Auson.,  Coin- 

II.  28 


434  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
les  côtes  des  Santones  et  des  Pictones  sons  le  nom 
de  met-  Armorique  ' .  Le  moine  Jonas,  dans  la  Vie  de 
saint  Columbaii,  met  Conslanlia,  Coutances,  au  nom- 
bre des  cités  de  l' Armorique  '.  Le  moine  Gervasius  ^ 
appelle  la  Bretagne  Armoricana;  et  cette  province 
ayant  par  la  suite  exclusivement  conservé  ce  nom  , 
plusieurs  auteurs  modernes  ont  cru  à  tort  qu'à 
elle  seule  appartenait  le  nom  ancien  à'  Armorique  ; 
mais  Bernard,  évéque  de  Lodève  ,  même  dans  le 
commencement  du  xiv*'  siècle ,  appelle  encore  Ar- 
morique toute  la  province  ecclésiastique  de  Tours. 
Dans  une  lettre  sjnodi({ue  adressée  aux  habitans 
de  Vannes  par  Perpétue  ,  évêque  de  Tours ,  en  465  , 
au  nom  de  tous  les  évéques  de  la  province  Armo- 
ricaine ,  on  remarque ,  outre  la  signature  des  évé- 
ques de  la  province  de  Tours,  celle  des  évéques 
de  la  province  de  Rouen ,  c'est-à-dire  de  la  Lyon- 
naise seconde,  que  la  Notice  comprend  dans  l'Ar- 
morique.  D'un  autre  coté,  aucun  auteur  ancien,  ou 
du  moyen  âge,  ne  cite  de  peuples  ou  de  villes,  dans 
l'Armorique  ou  dans  le  tractas  Armoricanus  et 
Ners>icanus  ,  situés  hors  des  limites  des  cinq  pro- 
vinces mdiquées  par  la  Notice.  Ainsi  la  Notice  se 
trouve  d'accord  avec  tous  les  moiuimens  historiques 
qui  la  précèdent  et  qui  la  suivent ,  qui  tous  con- 
firment son  exaclitude.  J'en  rapporterai  cependant 
encore  une  dernièje  preuve.  J'ai  déjà  remarqué  que 

memor.   prnfcss.    carm.    4   et   lo  ,   p     i59  rt    i5o ,   edit    ad  usum 
Delph. ,  in-4°- 

'  Episldla  i3. 

"  Valcsii  Notifia,  p.  43 

*  Ibid.,  p.  44-  "'  Conférez  Recueil  des  Hisl.  de  Fiance ,  tom.  ni 
p  449,  4^5,  552,  68i. 


PARTIE  III,  CHAP.   VI.  435 

les  lieux  mentionnés  dans  la  Notice  sont  situés  entre 
les  embouchures  de  la  Garonne  et  de  la  Seine,  et 
l'on  sait  que,  dès  le  temps  de  César,  la  Seine  était 
regardée  comme  traçant,  en  général ,  la  limite  des 
Belges  et  des  Celtes ,  ([uoique  les  Caletes  et  les  Ve- 
liocasses y  peuples  de  la  Celtique,  et  ensuite  de  la 
Lyonnaise  seconde,  et  par  conséquent  de  l'Armo- 
rique ,  dépassassent  un  peu  cette  limite.  C'est  par 
cette  raison  que  Erric,  dans  le  livre  v^  de  la  Vie  de 
saint  Germain  ',  en  prodiguant  des  injures  aux  Ar- 
moricains, dit  qu'ils  sont  situés  entre  deux  fleuves 
très  connus,  c'est-à-dire  entre  la  Garonne  et  la  Loire  : 

Gens  inter  goriiiios  notissima  clauditur  amnes , 

Armoricana  prius  veteri  cognomcne  dicta, 

Toiva ,  Jerox ,  ventosa,  procax,  incauta,  rebellis ,  etc. 

En  général,  sauf  la  partie  qui  se  trouve  à  l'orient, 
ou  est  voisine  de  la  chaîne  des  montagnes  qui  trace 
la  limite  du  bassin  occidental  de  la  Saône ,  c'est-à- 
dire  sauf  les  j^dui  et  les  Seqiiani ,  cette  division 
de  l'AiTTiorique  était  l'ancienne  Celtique  de  César 
rétablie. 

Mais  à  quelle  époque  cette  division  a-t-elle  été 
fiùte?  je  pense  que  sa  première  origine  est  anté- 
rieure même  à  Constantin  ,  et  qu'on  commença  à 
la  former  sous  Dioctétien .  En  effet,  nous  voyons 
qu'en  286,  Dioclétien  donna  à  Carausius,  qui  se 
trouvait  à  Boidogne ,  le  soin  de  nettoyer  la  mer  des 
pirates  francs  et  saxons  qui  pour  lors  infestaient  les 
côtes  du  commandement  Armorique  et  Belgique , 
per  tractum  Belgicœ  et  ArmoricfT  '.  Ceci  nous  expli- 

'  Valesii  NntHia  Gnlliani'n ,  p.  4^>- 

'  Eutrop  ,  lib.  ix,  cap.  21  :  <f  Carausius....   cura  apud  Bononiam 


436  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
que  pourquoi  toute  cette  côte  fut  appelée  Saxonicus 
littus,  et  la  Notice  nous  apprend  par  quelle  raison  ce 
commandement  ne  comprenait  point,  au  temps  où 
elle  fut  dressée,  toutes  les  côtes  occidentales  et  sep- 
tentrionales comme  au  temps  de  Dioclétien  :  c'est  qu'à 
cause  de  la  fréquente  invasion  des  Barbares  par  mer 
et  par  terre  ,  on  créa  une  division  particulière  pour 
la  Belgique  seconde ,  et  que  le  duc  qui  la  comman- 
dait avait  aussi  des  flottes  stationnées  sous  ses  ordres. 
L'ancien  commandement  maritime  n'en  conserva 
pas  moins  l'ancien  nom  de  Neivicanus ,  quoique  les 
JVejvii  n'y  fussent  plus  compris.  Toutefois  on  doit 
observer  que ,  dans  les  manuscrits  de  la  Notice ,  les 
ligures  des  enseignes  du  commandement  de  cette 
division  portent  seulement  :  Notitia  dux  tractus 
Armoricani  ejusque  insignia  \ 

Aussi  une  des  erreurs  les  plus  considérables  qu'a 
occasionées  cette  partie  de  la  Notice,  mal  entendue, 
a  été  de  prolonger,  contre  toute  raison,  le  territoire 
des  Neivii ,  et  de  méconnaître  les  limites  des  Me- 
napii  :  ce  qui  a  brouillé,  ainsi  que  je  l'ai  prouvé  pré- 
cédemment ,  toute  cette  partie  de  la  géographie 
ancienne. 

Disons  actuellement  un  mot  sur  chacun  des  lieux 
situés  sur  la  côte  où  se  tenaient  en  station  les  vais- 
seaux et  les  troupes  de  ce  vaste  commandement. 

Blahia  ou  Blaçia,  Blaye,  sur  la  Garonne.  La  posi- 
tion de  ce  lieu,  dont  il  est  aussi  fait  mention  dans 

«  per  tractum  Belgicœ  et,  Armoricîe  pacandum  mare  accepisset,  quocl 
«  Franci  et  Saxones  infestabant.  »i  —  P.  70g,  edit.  Tzscliuck  ;  p.  462, 
edit.  Verheyk. 

'  Nntit.  di^nit.,  p  174,  edit.  Panciiol.,  Lngd.,  ou  p  i36,  cdil. 
Pancirol.,  G<nev. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  437 

Ausone,  est  démontrée  par  les  mesures  de  la  route 
ancienne  qui  va  deBurdigala  à  M ediolanum^  Saintes, 
dont  on  trouve  le  détail  dans  l'Itinéraire  et  dans  la 
Table  ' .  Ausone  en  parle  comme  d'un  poste  militaire  % 
et  nos  premiers  annalistes,  Grégoire  de  Tours,  Ai- 
moin,  l'Appendix  de  la  Chronique  deFrédégaire,  les 
Annales  de  Metz  %  s'accordent  avec  la  Notice  et  avec 
Ausone ,  et  désignent  toujours  ce  lieu  comme  une 
citadelle  ou  un  lieu  fortifié,  en  l'appelant  castrum 
Blat^ium ,  ou  castrum  Blai^iain.  Valois,  et  après  lui 
d'Anville  •*,  ont  donc  eu  tort  de  vouloir  rapporter 
ce  lieu  de  la  Notice  à  Blavet,  dans  la  Bretagne,  qui 
est  un  lieu  moderne  et  dont  il  n'est  question  dans 
aucun  monument  de  l'antiquité.  Le  nom  de  la  ri- 
vière Blavet,  appelée  en  latin  Blavetum  flumen ,  est 
mentionné  pour  la  première  fois  dans  un  titre  du 
vi^  siècle,  à  l'occasion  de  saint  Gildas,  premier  abbé 
de  Ruis,  mort  en  Syo,  et  qui  construisit  un  oratoire 
à  l'endroit  de  la  chapelle  qui  se  trouve  sous  l'invo- 
cation de  saint  Gildas,  et  près  de  la  fontaine  que  l'on 
voit  dans  la  presqu'île  de  Gavre.  Sur  la  rive  opposée, 
dans  le  lieu  où  est  actuellement  Port-Louis,  il  n'y 
avait  encore,  en  i486,  qu'un  petit  hameau  nommé 
Loc-Péran,  lieu  de  pierre  ^ .  Cette  erreur  de  Valois  et 

»  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires  romains ,  toni.  m  de  cet  ou- 
vrage. 

*  Âat  iteralaruni  qua  glarea  trita  viarum , 

F*rl  milita  rem  ad  lllaviam 

Adson.,  Epist.,  X,  16,  p.  464- 

'  Gregor.  Turon.,  in  Libro  cnnf essor.  —  Aimoin.,  Gesta  Franc. 
—  Annal.  Met.  —  Fredeg.,  Chron.  contin.  Dans  le  Recueil  des 
Hist.  de  France,  lom.  11,  p.  455,  56o,  S'jli,  668,  684- 

*  D'Auvillo,  Notice  de  la  Gaule,  p.  164,  et  Valesii  Notifia,  p.  89. 

*  La  Sauvagèro  ,  Recherches  sur  l'ancienne  Blabia  des  Romains , 


438        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

de  d'Anville  provient  de  la  fausse  idée  qu'ils  s'étaient 

faite  de  la  véritable  signification  de  tractus  Armo- 

ricanus y   et  de  l'étendue  du  commandement  ainsi 

désigné. 

Grannona ,  Gray  ,  près  du  havre  de  Bernière  , 
et  Grannoniun ,  à  Granville.  Je  m'accorde  entière- 
ment avec  d'Anville  '  pour  distinguer  ces  deux  lieux, 
ainsi  que  pour  l'emplacement  qu'on  doit  leur  assi- 
gner. La  position  du  dernier  n'est  fondée  que  sur 
une  ressemblance  entre  les  noms  anciens  et  les  noms 
modernes,  qui  déjà  avait  frappé  Sanson.  Quant  à 
Grannona ,  comme  il  est  ajouté  à  ce  nom  dans  la 
Notice  in  littore  Saxonico ,  on  a  observé  qu'il  y 
avait  des  Saxons  établis  sur  la  côte  voisine  de  Bayeux, 
qui  y  subsistaient  encore  au  temps  de  Grégoire  de 
Tours  '.  Cet  historien  en  fait  mention  sous  le  nom 
des  Baiocassini  Saxones,  dont  le  nom  s'est  conservé 
dans  celui  de  Saintes  de  Bayeux ,  près  de  Gray  et 
du  havre  de  Bernière  :  les  antiquités  trouvées  dans 
ce  dernier-  lieu'  donnent  encore  une  nouvelle  force 
à  cette  conjecture. 

La  mention  faite,  par  la  Notice,  de  la  capitale  des 
Osismii ,  confirme,  par  le  rang  qu'elle  occupe,  la 
position  que  nous  avons  assignée  à  cette  ville  an- 
cienne. Quant  au  lieu  nommé  Mannatias ,  on  en 
ignore  la  position  ;  ce  qui  a  porté  à  substituer  le  nom 

dans  le  Recueil  d'antiquités  de  la  Gaule  ;  Paris,  in-4°,  1710,  p.  2g5 
à  326.  —  Yoyez  encore  Alta-Serra,  Jiei\  Aquitanic,  p.  54- 

■  D'Anville,  Nnlic,  p.  BSgetSeo. 

*  Gregor.  Turon.,  Hist. ,  lib.  v,  cap.  27,  et  lib.  x,  cap.  9.  — 
S.  Gregor.,  Epist.,  cap.  80.  —  Forlun.,  lib.  m,  carm.  9. 

^  Caylus ,  Ant.,  tonî.  v,  p.  ii3,  PI.  îivi.  —  De  Caumont,  Cours 
d'Ant.  monum. ,  tom.  ii,  p.  80.  -  Bccucil  des  Hist.  de  France, 
tom,  11,  p.  25o,  368-397. 


PARTIE  m,  CHAP.  VI.  430 

(le  Naninetas ,  sans  qu'on  y  soit  autorisé  par  aucun 
manuscrit ,  qui  tous  portent  Mannatias ^  et  l'ordre 
conservé  par  la  Notice  porte  ce  lieu  sur  la  côte  de 
Saint-Brieux,  probablement  à  Matignon,  ^/e^o^,  Alet, 
est  mentionné  ici  pour  la  première  fois;  ce  lieu  est 
devenu  siège  épiscopal.  Dans  le  xii*  siècle,  ce  siège 
fut  transféré  dans  File  d'Aaron  ou  Saint-Malo;  l'an- 
cien emplacement  d'Alet,  sur  une  pointe  de  terre 
près  de  la  ville  de  Saint-Servan ,  est  appelé  dans  le 
pays  Guich-Alet  '.  Les  positions  des  autres  lieux  ont 
été  suffisamment  démontrées  précédemment. 

Sub  dispositione  viri  spectabilis      Sous  les  ordres  de   l'honorable 
(lacis  Belgicae  secundae  ^.  duc  de  la  Belgique  seconde. 

Prœfcctus  Dalmatœ,  Marcis,  Le  préfet  des  Dalnialcs,    à 

In  Uttore  saxonico.  Mardick  ,  sur  le  rivage  saxon. 

Prœfcctits  clnssis  Sambricœ ,  Le  préfet  de  la  flotte  sur  la 

in  locoQnartensi sive  Horncnsi^.      Sanibre,   dans   le  lieu  nommé 

Quart  (au  midi  de  Bavay),  ou 
à  Hargnies. 
Tribantis  militum  Nerviorum,  Le  tribun  du  corps  des  Ner- 

portu  JEpatinci.  viens,  à  l'ancien  port  de  Scar- 

phaut,  non  loin  d'Ald-Borg. 

'  Il  y  a  même  dans  le  diocèse  d«  Saint-Malo  un  archidiaconé  que 
Ton  nomme  aujourd'hui  Poulet ,  et  qui  tire  son  nom  de  pagus  Ale- 
tcnsis  ,  parce  qu'en  Bretagne  le  nom  de  pagus  est  remplacé  par  ce- 
lui de  Pou.  —  Voyez  d'Anville,  Notitia,  p.  5i. 

"  Notitia,  edit.  Pancirol  :  Lugdun.,  p.  1^4;  Genevs,  lôao,  part,  n, 
p.  iSg.  —  Edit.  Labbe,  sect.  62,  p.  ii5. 

•  Sur  le  passage  de  la  route  romaine  :  on  y  trouve  des  antiquités 
romaines.  Voyez  Bast.,  Recueil  d  Antiquités ,  p.  290,  édit.  in-4'*. 
—  En  1777,  il  a  été  trouvé  une  sorte  de  borne  niilliaire  près  de 
Quart ,  avec  une  inscription  qui  nous  apprend  qu'elle  fut  posée 
par  Vipsanius  Agrippa,  préfet  des  flottes  ,  proconsul  de  la  Nervie 
cl  gouverneur  de  la  Gaule  belgique  ,  Tan  12  avant  la  naissance  de 
Jésus -Christ  (Bast,   Recueil  d  antiquités   romaines  et  'gauloises, 


440         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

On  a  formé  diverses  conjectures  sur  Marcis;  mais 
il  me  semble  que  la  route  romaine  tracée  par  la 
Table  de  Peutinger  jusqu'à  castellum  Menapiorum , 
ou  Cassel ,  et  dont  on  a  suivi  ensuite  les  vestiges 
jusqu'à  Mardick,  porte  dans  ce  dernier  lieu  le  Marcis 
de  la  Notice.  Cette  position  me  paraît  préférable  à 
celle  de  Merle  ou  Mark,  à  quelque  distance  de  la  mer, 
entre  Calais  et  Gravelines,  indiquée  par  Valois  et  par 
d'Anville.  D'Anville  met  avec  raison  Quartensis  à 
Quart,  sur  la  route  romaine,  et  juste  à  quatre  milles 
romains  de  distance  de  Bagacum,  Bavaj,  sur  les 
bords  de  la  Sambre,  près  Pont-sur-Sambre.  La  posi- 
tion de  Hornensis  est  plus  difficile  à  déterminer  :  il 
j  a  beaucoup  de  lieux  nommés  Horn  dans  les  Pays- 
Bas;  mais  comme  celui  du  chef-lieu  du  comté  de 
Horn,  qui  ne  date  que  du  xiii^  siècle,  ces  lieux  ne 
sont  pas  sur  la  Sambre,  ni  dans  les  limites  de  la 
seconde  Belgique  :  d'Anville  '  place  Hornensis  au 
confluent  d'une  petite  rivière  qui  se  jette  dans  la 
Meuse,  et  qu'on  nomme  Heur  ou  Hour  ;  mais,  d'après 
sa  propre  Carte,  ce  Heu  n'est  pas  même  renfermé 
dans  les  limites  de  la  Belgique  seconde.  Je  préfère 
de  beaucoup  la  conjecture  de  Wastelain ,  qui  place 
Hornensis  à  Hargnies,  tout  près  de  Quart, 

second  supplément,  p.  4H  ;  Gand  ,  in-4'',  i8i5  ).  — Me'ni.  de  l'Acad. 
de  Bruxelles,  loni.  v,  Hisl.  de  l'Acad.,  )>.  xxxix  et  suiv.  —  Item,  des 
Roches,  Hist.  ancienne  des  Pays-Bas ,  in-4°,  ]»•  5o8. 

'  D'Anville,  Notice ,  p.  ôyS.  —  M.  Henri,  dans  son  Essai  sur 
Boulogne,  p.  8i  ,  veut  rapporter  le  classis  Samb?icce  k  Son\hres, 
petit  village  près  de  Wissant,  et  Hornensis ,  à  la  pointe  d'Hornez, 
dans  la  baie  de  Qiianclirs  ;  mais  il  suffit  d'observer  que  ce  lieu 
ipst  dans  le  comniandcnienl  Armoricain  et  non  dans  la  Belgique 
seconde. 


PARTIE  III,  CTIAP.  VI.  441 

On  n'a  aucune  donnée  pour  déterminer  avec  cer- 
titude la  position  du  portas  ^patiaci  :  d'Anville  ' 
le  place,  avec  quelque  degré  de  vraisemblance,  à 
Scarphaut  non  loin  d'Ald-Borg ,  détruit  en  i354. 
—  On  voit,  par  la  flotte  stationnée  à  Quart,  près  de 
Bavaj ,  que  le  duc  de  la  seconde  Belgique  résidait 
habituellement  dans  cette  capitale  des  Neivii  :  ce 
qui  prouve  bien  que  ces  peuples  ne  faisaient  point 
partie  du  tractus  Armovicanus  et N erçicanus ;  et  on 
conçoit  facilement  comment  il  a  pu  ,  dans  un  tel 
état  de  choses ,  exister  un  régiment  de  Nerviens 
stationné  dans  un  des  ports  les  plus  voisins  de  ce 
peuple,  sans  que  ce  port  et  la  cote  où  il  se  trouvait 
situé  fussent  sous  la  juridiction  des  conservateurs 
des  limites. 

Sub  dispositione  ducis  primae  Sous  les  ordres  du  duc  de  la 

Germaniae  *.  Germanie  première. 

Je  mets  ici  le  duc  de  la  Germanie,  pour  montrer 
la  gradation  des  rangs  et  l'ordre  géographique;  car 
ce  duc  est  indiqué  dans  la  Notice  comme  sous  les 
ordres  du  généralissime  de  l'infanterie,  ainsi  que 
nous  Talions  voir  dans  un  instant;  mais  dans  les 
Gaules  ces  deux  commandemens  se  trouvaient  réu- 
nis :  de  là  les  répétitions  qu'on  observe  dans  la 
Notice.  Ce  duc  des  limites  de  la  Germanie  première, 
dont  les  attributions  étaient  différentes  de  celles  du 
duc  de  Majence,  étendait  sa  juridiction  dans  la  Ger- 
manie seconde,  dont  il  était  le  chef  militaire  ^.  On 

'  D'Anville,  Notice,  p.  529. 

*  Notitia  dignit.,  edit.  Pancirol,  Lugdun.,  p.  ii5;  edit.  Labbc, 
S-  7)4,  p.  58. 

'  11  n'y  a  donc  pas  lieu  à  corriger  le  texte  de  la  Notice,  ni  à  pcnset 


442  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
ne  peut  pas  dire  ([ii'à  l'époque  où  fut  dressée  la 
Notice  ,  la  Germanie  seconde  était  au  pouvoir  des 
Barbares  :  la  preuve  qu'elle  était  encore  intacte,  c'est 
qu'on  trouve  dans  la  Notice  un  corps  de  Lœtes  sta- 
tionné à  Tongres.  Prœfectus  Lœtorwn  lagensiuni, 
prope  Tungros  Germaniœ  secundœ. 

Sub  dispositione  viri  spectabilis       Sous  les  ordres  de  l'honorable 
ducis  Mogontiacensis  '.  duc  de  Mayence. 

Prœfectus  militunt  Pacensium ,      Le    préfet   de  la    légion    de   la 

—  Saletione.  paix,  à  Seltz. 

—  Menapiurum ,  —  Tahernis.       —   des    Ménapiens,  à   Rhein- 

Zahern. 

—  Anderecianoruin  ,   —   Fico  —  des  Anderecians  à  Gcmers- 
Julio.  heim. 

—  Vindicum,  — Nemctes.  —  des  Vindics,  à  Spire. 

—  Martcnsium  ^  — Alta  Ripa.  —  des  Martenses,  à  Alt-Rip. 

—  secundœ   Flaviœ ,  —  Van-  — Flavienne  seconde,  àWorins. 
gioncs. 

—  Armigcrnrum  y    —  Mogon-  —  des  Belliqueux,  à  Mayence. 
tiaco. 

—  Bingensium ,  —  Bingio .  —  des  Bingonois,  à.Bingen. 

—  Balistariorum  ,    —    Bodo-  —  des  Balistaires,  à  Boppart. 
Briga. 

Prœfectus  milUum  Defensoruni ,      Le  préfet  de  la  légion  des  dé- 

—  Confiuentibus.  fenseurs,  à  Cobleniz. 

—  A cincensium ,  —  Antonaco.      —  des  Acinois,  à  Anderuach. 

On    voit  que  ces  lieux  sont  mentionnés  dans  un 
ordre  parfaitement  géographique  ,  et  qu'à  partir  de 

(pi'il  y  a,  dans  cet  endroit  de  ce  texte,  une  omission,  comme  le 
prétendait  le  savant  Dubos,  Hist.  de  l'établiss.  de  la.  Mon.  franc. , 
lom.  I,  p.  ICI,  édit.  in-12. 

'  Notilin,  cdit.  Pancirol  :  Lugd.,  p.  78  et  79;  Genev.,  p.  i45 

—  Edit.  Labbe,  sect.  64,  p.  119.  —  Recueil  des  Hist.de  France , 
lom.  I,  p.  1*28. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  443 

Saletione,  Seltz  ',  limite  du  tractus  Ârgentoratensis , 
ce  commandement  militaire  s'étendait  sm-  la  rive  du 
Rhin  jusqu'à  Andernach.  On  voit  aussi  clairement, 
comme  je  l'ai  remarqué  précédemment ,  pourquoi 
on  enleva  aux  Treviri  cette  portion  de  leur  territoire 
qui  avoisine  le  Rhin,  pour  la  joindre  à  la  Germanie 
supérieure  ou  première,  qui  se  trouvait  ainsi  par- 
tagée en  deux  commandemens  militaires  :  tractus 
Moguntiacus  et  tractus  Argentoratus. 

Si  on  excepte  vicus  Julius  et  ^Uta  Ripa,  tous  les 
autres  lieux  sont  mentioimés  dans  l'Itinéraire  d'An- 
tonin  et  dans  la  Table  de  Peutinger ,  sur  la  route 
romaine  qui  suivait  les  bords  du  Rhin ,  entre  Argen- 
toratum ,  Strasbourg  ,  et  colonia  Agrippina  ,  Co- 
logne *  ;  et  les  mesures  de  cette  route  déterminent 
exactement  ces  positions.  La  convenance  de  loca- 
lité, et  les  antiquités  trouvées  à  Gemersheim,  situé 
entre  Zabern  et  Spire,  y  ont  depuis  long -temps 
fait  placer  le  vicus  Julius  de  la  Notice  ^  ;  quant  à 
Alta  Ripa  y  ce  lieu  conserve  encore  son  nom  dans 
celui  de  Altrip.  On  trouve  dans  le  Code  Théodosien 
une  loi  de  l'an  56g,  adressée  par  Valentinien  au  pré- 
fet des  Gaules,  et  datée  à' Alta  Ripa,  Altrip;  celle 
d'ensuite  est  datée  de  Brisiaci ,  le  Mons-Brisiacus 
de  l'Itinéraire,  ou  Yieux-Brisach  :  ce  qui  prouve 
que  ce  fut  dans  cette  année  569  que  Valentinien  fit 

'  Le  Saletione  de  la  Table;  Saliso ,  dans  Ammicn  Marcellin.  Le 
Rhin,  en  se  portant  à  l'ouest,  a  couvert  une  partie  de  cet  ancien 
lieu.  —  Voyez  Schœpflin  ,  Alsalia  illustr.,  tom.  i,  p.  a^S.  — D'An- 
ville  ,  Nolic. ,  p.  567. 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires  romains,  t.  m  de  cet  ouvrage. 

'  Cluvcrius ,  Gcrman.  ,  lii).  11,  cap.  li,  p.  45-  —  Cellarius , 
Geogr.,  tom.  1,  lib.  ii  ,  cap.  3,  p.  3io.  —  Schœpflin,  p.  23i. 


444        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
construire  sur  les  bords  du  Rhin  ces  forts,  dont  il 
est  question  dans  Ammien  Marcellin  '. 

Sub  dispositione  viri  spectabilis     Sous  les  ordres  de  l'honorable 
coniitis  Argentorentensis  '.  comte  de  Strasbourg. 

Tractus  Jrgentoratensis.  Le  district  de  Strasbourg. 

La  Notice  ne  donne  point  le  détail  des  lieux  ren- 
fermés dans  cette  division  ,  qui  comprenait  tout  le 
territoire  des  Trihoci  :  peut-être  n'y  avait-il  d'autres 
troupes  que  celles  qui  étaient  stationnées  à  Stras- 
bourg même  :  les  autres  lieux,  tels  qaElcebus^  Elle, 
y4rgeTito(>ariaj  Artzenheim,  et  Brocomagus j  Brumat, 
dont  il  est  question  dans  les  Itinéraires,  se  trouvent 
beaucoup  plus  éloignés  du  Rhin  que  ceux  de  la  divi- 
sion précédente.  Schoepflin  démontre  assez  bien  que 
le  comte  de  Strasbourg  n'était  point  soumis  à  la  juri- 
diction du  duc  de  la  Séquanaise  ni  à  celle  du  duc  de 
Majence,  mais  que,  comme  comte  des  limites,  son 
rang  était  égal  au  leur  \ 

2.  Du  généralissime  de  l infanterie. 

Non  seulement  les  empereurs  de  l'Occident  sépa- 
rèrent le  pouvoir  civil  du  pouvoir  militaire  dans  le 
gouvernement  des  provinces;  mais,  par  la  même 
raison ,  ils  voulurent  encore  diviser  le  pouvoir  mi- 

'  Codex  Theodosianus ,  tom.  iv,  p.  282,  et  toni.  11,  p.  24'i. 
Toutes  les  autres  de  la  même  année  sont  datées  de  Trêves  ;  il  y  en 
a  une  datée  d'Alteio,  qui  est  probablement  Eltz  ou  Altzheim  , 
près  de  Trêves.  —  \  oyez  Gotbofr.,  tom  m,  p.  4o8,  et  Recueil  des 
IIi\t.  de  France,  tom.  i,  p.  754. 

^  Notifia,  edit.  Pancirol.,  1608,  p.  162  ;  edit.  1625,  part.  11,  p.  1 15, 
—  Edit.  Labbc,  sect.  55,  p.  loo. 

'  Scliœpflin,  Alsatia  ilhutrata.  cap   2,  sccl   55,  p.  ôop. 


PARTIE  m,  CHAP.  VI.  445 

Iltaire  entre  deux  chefs  éi^aux  par  le  raiii»:  cela  ne  se 
pouvait  qu'en  temps  de  paix  ;  et  dans  les  Gaules,  qui 
étaient  continuellement  menacées  et  envahies  par  les 
Barbares,  cela  était  tout-à-fait  impossible.  Aussi  les 
chefs  militaires  des  Gaules  paraissent-ils  avoir  réuni 
les  deux  titres.  C'est  probablement  par  cette  raison 
que  l'on  voit  certaines  dignités,  telles  que  celles  de 
duc  de  l'Armorique ,  de  la  Belgique  seconde ,  de 
Majence,de  Strasbourg,  de  la  Séquanaise,  répétées 
deux  fois. 

Sub  dispositione  viri  illustris  ma-     Sous  les  ordres  de  V  illustre  maître 
gistri  pcditum  praesentalis  '.  des  fantassins  présens. 

Comités  tractus  Argentora-  Le  comte  de  la  division  de 
tensis.  Strasbourg. 

Duces  limitnm  infra  scriptornm  :  Les  ducs  des  limites,  savoir  : 

Dux  Belgicœ  secundœ  ;  Le  duc  de  la  Belgique  seconde; 

—  Germaniœ  primas  ;  —  de  la  Germanie  première; 

—  Mogontiacensis .  —  de  Mayence. 

Tous  ces  commandemens ,  ainsi  que  nous  l'avons 
observé,  sont  les  mêmes  que  ceux  dont  on  trouve  le 
détail  dans  ce  qui  concerne  le  généralissime  de  la  ca- 
valerie. Il  semblerait,  d'après  l'ordre  adopté  ici  par 
la  Notice,  que  le  comte  de  Strasbourg,  seul  comte 
des  limites  dans  la  Gaule,  surpassait  par  le  rang  les 
ducs  des  limites.  Serait-ce  parce  qu'il  commandait 
des  soldats  présens,  sorte  de  troupe  choisie ,  comme 
était  notre  garde  impériale  ? 

Il  y  a,  dans  les  diverses  éditions  de  Pancirol,  Se- 

'  Notitia,  edit.  Pancirol  :  Lugd.,  p  116  et  127;  Genev.,  p.  27  et 
53.  —  Edit.  Lal>!)e,  scct.  58,  p.  64 


AA6  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
qiianici  Armoricani  sur  une  seule  ligne  ',  avant  Bel- 
sicœ  secimdœ.  Lahbe  a  retranché  ces  mots  de  son 
édition  sans  en  prévenir,  et  même  sans  les  indiquer 
dans  les  variantes.  Il  est  vrai  que,  dans  le  titre  géné- 
ral des  ducs  des  limites  pour  tout  l'empire  romain, 
la  Notice  n'en  indique  que  dix,  et  que  ces  deux  en 
porteraient  le  nombre  à  douze;  et  nous  avons  vu 
d'ailleurs  que  ceux-ci  étaient  sous  le  commandement 
du  maître  de  la  cavalerie;  mais  ils  se  trouvent,  dans 
certains  manuscrits,  récapitulés  de  nouveau,  pour 
compléter  la  liste  de  ceux  qui,  dans  la  Gaule,  avaient 
le  titre  de  duc,  et  peut-être  aussi  pour  indiquer 
qu'ils  joignaient  à  leurs  autres  titres  celui  de  duc  des 
limites,  pour  eux  secondaire. 

Praepositurae    magistri     luilitum      Sous  le  commandement  du  maî- 
praesentalium  a  parte  peditnm.  tre  des  soldats  présens  dans 

la  division  de  l'infanterie. 

I.  In  provincia  Gallîa  ripariensi  '.  Dans    la   province    dite    Gaule 

riveraine. 

Prœfectus     classis    Jliuninis  Le  préfet  de  la  flotte  sur  le 

Hhodani,  Vicnnœ  sive  ArAoti.  Rhône,  à  Vienne  ou  à  Arles. 

Prœfectus   classis    Barcario-  Le  préfet  de  la  flotte  des  Bar- 

rum ,  Ehreduni  Sapaudiœ.  cariens,  à  Iverdun  en  Savoie. 

Prœfectus  militum  Muscula-  Le  préfet  des  sapeurs,  à  Mar- 

rioruni ,  Massiliœ  Grœcoruin.  seille  des  Grecs. 

Prœfectus cohortis primœ  Fia-  Le  préfet  de  la  cohorte  Fla- 

viœ ,  Sapaudiœ  Calarnnr.  vienne  jiremière  ,   à   Grenoble 

on  Savoie. 

Ceci  nous  fait  connaître  une  division  intéressante 

■  Confères  Notitia  dignit.,  §.58,  p.  65,  édit.  Labbe.  et  p.  126 
et  127,  édit.  de  Pancirol;  Lugd.,  1608. 

*  Notitia,  edit.  Pancirol.,  Lugdun.,  p.  17g;  Genevae,  p.  147-  — 
Edit.  Labbe,  sect.  65,  p    i->i. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  447 

qui,  depuis  Marseille,  s'étendait  sur  tout  le  cours  du 
Rhône,  dans  la  contrée  située  à  l'orient  de  ce  fleuve, 
et  qui  se  prolongeait  au  nord  jusqu'à  Iverdun.  Nous 
voyons  que  le  commandant  de  la  flotte  se  tenait 
tantôt  à  Vienne,  tantôt  à  Arles,  et  qu'il  avait  une 
seconde  flotte  sur  le  lac  de  Neuchâtel ,  qui  commu- 
niquait avec  le  Pihin  par  l'Aar,  et  avec  le  Rhône  et 
le  lac  de  Genève  par  la  rivière  d'Orbe  et  la  Venoge. 
Il  y  a  plusieurs  inscriptions  qui  font  mention  du 
corps  des  nautonniers  du  Rhône  '  :  ce  corps  est  évi- 
demment celui  qui  faisait  le  service  de  ces  flottes  dont 
il  est  question  dans  la  Notice. 

Nous  voyons  aussi  paraître  ici  pour  la  première  fois 
le  nom  de  Sapaudia,  qui,  ainsi  que  je  l'ai  observé, 
désignait  toute  l'AUobrogle  et  une  partie  de  l'Hel- 
vétle,  jusqu'à  Ebredunum ;  la  position  de  ce  dernier 
lieu  à  Iverdun  est  démontrée  par  les  stations  d'une 
route  ancienne  dont  la  table  nous  fournit  les  me- 
sures*. Nous  avons  vu  aussi  précédemment  qu'il  en 
était  question  dans  la  Notice  des  provinces,  sous  le 
nom  de  castruni  Ebredunense .  J'ai  démontré  précé- 
demment la  position  de  Cularo  à  Grenoble. 

2.  In  provincia  Noveinpopulana  '.        i.   Dans  la  province  Novempopulane . 

Tribiinns  cohortisNovempopu-  Le  tribun  de  la  cohorte  de 

lance ,  Lapurdo.  Novempopulane,  à  Bayonne. 

'  Gruter,  Insciipt.,  p.  4i8,  n"  3,  et  p.  471,  n°  9- 
"  Voyez  Vjénnlj-se  des  Itinéraires,  tom.  m  de  cet  ouvrage. — 
Au-delà  d'Iverduii  on  a  trouvé  une  colonne  niilliaire  qui  marquaih 
vingt-un  milles,  à  l'égard  d'Avenche  ,  ce  qui  n'est  pas  une  raison 
pour  corriger  la  Table,  ainsi  qu'a  fait  d'Anville ,  p.  284.  —  Voyez 
Duiandi,  dell  Antico  staln  d'Itnlia,  p.  25. 

^  Notilia,  edit.  Pancirol  :  Lugdun.,   p.  179;  Genev.,  p.  147.  — 
Edit.  Labbe ,  sect.  65,  p.  121. 


448         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 

Cet  endroit  de  la  Notice  est  le  premier  monument 
historique  où  il  soit  fait  mention  de  Lapurdum,  qui 
est  Bayonne.  Sidoine  Apollinaire  parle  des  locustœ 
Lapurdeîises\  qui  sont  les  langoustes,  et  Grégoire  de 
Tours  fait  mention  de  Lapurdum,  dans  l'accord  fait 
entre  les  rois  Cfilldebert  et  Gontran  '.  Cette  ville  a 
pris  depuis  le  nom  de  Bajona  ^,  qui  en  langue  basque 
signifie  port;  mais,  ainsi  que  nous  l'avons  observé,  le 
nom  de  Labourd  est  resté  au  pays. 

3.  In   piovincia  Lngdunensi  prima.        3.  Dans  la  province  dite  la  Lyon- 
naise première. 

Prœfectus  classis  Araricœ ,  Le  préfet  de  la  flotte  de  la 
Cahalloduno.  Saône,  à  Châlons-sur-Saône. 

Il  est  aussi  question,  dans  plusieurs  inscriptions, 
du  corps  des  nautonniers  de  la  Saône  ^  ;  ce  sont  ceux 
qui  faisaient  le  service  de  cette  flotte,  et  l'on  voit,  par 
ces  inscriptions,  qu'ils  se  réunissaient  souvent  avec 
ceux  du  Rhône  et  de  la  Loire.  —  Dès  le  temps  d'Am- 
mien  Marcellin,  l'Arar  avait  pris  le  nom  de  Sauconnay 
d'où  est  venu  celui  de  Saône  :  Ararim  quem  Sau- 
connam  appellant ,  dit  cet  historien  ^ . 

'  Sidonius  Apollinaiis ,  lib.  viii,  L'pist,  12.  —  Recueil  ries  Hist. 
de  France ,  tom.  i ,  p.  81. 

*  Gregorius  Turon.,  lib.  ix,  cap.  20.  —  Rec.  des  Hist.  de  France, 
tom.  Il ,  p.  344- 

'  Oihenarti  Notitia  Vasconiœ ,  p.  !^o\  ,  55g,  54o,  54i  et  542. 

*  Gruter,  p.  471,  n"  9,  p.  485,  n°  9,  et  4i8,  n"  5. 

'  Ammiau.  Marcell.,  lib.  xv,  cap.  11,  p.  107,  edit.  Vales.,  1681, 
iii-folio. 


PARTIE  m,  CHAP.  VI.  449 

In  (trovincia  Lagdanensi,  Senonia '.      Dans  la  province  Lyonnaise,  Séno- 


naise. 


Prœfectus  classis  Anderetia-  Le  préfet  de  la  flotte  d'An- 

norum,  Pansus.  dresis,  à  Paris. 

Prœfectus  Lcetorum  Teutoni-  Le  préfet  des  Laetes  Teutons, 

cianorum,   Carnunto,  Senoniœ  à  Chartres,   dans  la  province 

Lugdunensis.  SénonaisÊ  ou  Lyonnaise. 

Cette  partie  de  la  Notice  qui  nous  indique  une 
Hotte  en  station  à  Paris  est  d'autant  plus  intéres- 
sante qu'elle  se  trouve  confirmée  par  une  inscription 
qui  porte  nautœ  Parisiaci,  et  qui  a  été  bien  souvent 
rapportée  \ — J'adopte  l'ingénieuse  conjecture  de 
d'Anville  %  que  le  surnom  à^ Anderetiani,  donné  aux 
mariniers  de  la  flotte  de  Paris,  provient  du  nom 
d'Andrezj,  village  avantageusement  situé  au-dessous 
de  la  jonction  de  l'Oise  avec  la  Seine.  D'autres  ont 
pensé,  avec  quelque  degré  de  vraisemblance,  que 
c'est  Andrezj  qui  a  tiré  son  nom  du  séjour  des  nau- 
tonniers  de  la  flotte  de  Paris  nommés  Anderecianiy 
^ AnderituTii ,  Anterrieux ,  capitale  des  Gahali  ^.  — 
Au  lieu  de  Carnunto ,  il  faut  lire  Carnuto  dans  la 
Notice. 

'  NoUtM,  edit.   Pancirol ,   lôaS,   p.  i47-  —  Labhe ,   sect.  65, 

p.    121. 

'  Muratori ,  Inscript.,  tora.  ii ,  p.  io66,  n°  5,  et  p.  1067,  n"'  i, 
2  et  5.  —  Sur  d'autres  antiquités  trouvées  à  Paris,  voyez  Caylus  , 
tom.  111,  PI.  106  à  1 12  ,  et  p.  089  à  409;  et  Acade'm.  des  Inscript., 
Hist.,  tom.  ni,  p.  242. 

'  D'Anville,  Notice,  p.  427.  —  Lebeuf  {Hist.  du  diocèse  de  Paris, 
tom.  IV,  p.  i55)  rapporte  cette  opinion  à  Lancelot,  dont  il  cit^  seu- 
lement le  manuscrit. 

*  Lebeuf,  Hist.  du  diocèse  de  Paris ,  tom.  iv,  ji.  i55. 
II.  29 


450         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 


In  protrincla  Lagdaaensi  secanda. 

Prœfecttcs  Lœtonun  Batavo- 
riim  et.  gentiliuni  Sucvoruni ,  Bn- 
jocas  et  Constantlœ,  Lugdiinensis 
secundœ. 


Dans  la  seconde  Lyonnaise. 

Le  préfet  des  Laetes  Balaves 
et  des  Siièves  ,  à  Bayeux  et  à 
Coutaiices,  (l;ms  la  Lyonnaise 
seconde. 


Cet  endroit  de  la  Notice  est  celui  où  il  est  fait  men- 
tion pour  la  première  fois  de  Coutances ,  car  nous 
avons  déjà  observé  que  c'était  à  tort  qu'on  voulait 
appliquer  à  cette  ville  ce  qui  est  dit  des  castra  Con- 
stantia,  dans  Ammien  Marcellin,  au  sujet  de  l'expé- 
dition de  Constance  dans  l'île  de  Bretagne,  qui  eut 
lieu  l'an  296,  avant  J.-C.',  c'est-à-dire  plus  d'un  siè- 
cle avant  l'époque  où  la  Notice  fut  dressée. 

Dans  la  Lyonnaise  troisième. 

Le  préfet  des  Laetes  bataves 
et  de  la  légion  des  Snèvcs  gen- 
tils, au  Mans,  dans  la  Lyon- 
naise troisième. 


In  provincia  Lagdunensi  teiiia  *. 

Prœfectus  Lœtonun  gentiliiim, 
Suevorum ,  Cenomannus ,  Lag- 
dunensis  tertiœ. 


Prœfectus  Lœtoruni  Franco- 
rum ,  Redonas,  Lugdunensis  ter- 
tiœ. 

In  provincia  Belglca  prima. 

Prœfectus  Lœtorum  Hngo- 
nensium ,  per  diversa  disperso- 
rum  Belgicœ  primœ. 

Prœfectus  Lœtoruni  Actonun, 
Epuso,  Belgicœ  primœ. 


Le  préfet  des  Laetes  Francs, 
à  Rennes ,  dans  la  troisième 
Lyonnaise. 

Dans  la  Belgique  première. 

Le  préfet  des  Laetes  langrois, 
dispersés  dans  divers  lieux  de 
la  Belgique  première. 

Le  préfet  des  Laetes  Astores  ^,  à 
Yvoy,d ans  la  Belgique  première. 


'  Notitia  dignit.,  edit.  Pancirol.  ;  Lugd.,  p.  179.  —  Edit.  Labbe , 
^.  63,  p.  122.  —  Voyez  Eum.  Pancgj'ricus  in  Constantium,  cap.  i5, 
et  ci-dessus,  p.  502. 

'  Notitia,  edit.  Pancirol.  :  Lugd.,  p.  179;  edit.  Genev.,  p.  147. 
—  Edit.  Labbe,  §.  65 .,  p.  122. 

»  Pancirol  (edit.  Lugd.,  p.  181),  corrige  Astorum,  et  avec  raison, 
selon  nous. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  451 

Epusiim  est  évidemment  V Epoïssum  de  l'Itiné- 
raire d'Antonin',  et  la  position  de  ce  lieu  à  Yvoy, 
aujourd'hui  Carignan,  sur  les  limites  de  la  Belgique 
première,  est  démontrée  par  les  mesures  de  la  route 
qui  conduisait  de  Durocotorum,  Reims,  à  Augusta 
Tret^irorum ,  Trêves . 

In  provincia  Belgica  secunda  '.  Dans  la  Belgique  seconde. 

Prœfectus  Lœtorum  IServio-        Le  préfet  des  Laetes  Nerviens, 

rum,  Fano-Martis,  Belgicœ  se-  à  Fammars,  dans  la  Belgique 

ciindœ.  seconde. 

Prœfectus  Lœturuin  Batavo-  Le  préfet  des  Laetes  Balaves 

rum  ncmetacensium ,  Atrehatis,  artésiens,  à  Arras,dans  la  Bel- 

Belgicœ  secundœ.  giqoe  seconde. 

Prœfectus  Lœtorum  Batavo-         Le  préfet  des  Laetes  Bataves 

rum    Contrnglnensium ,    Novio-  deCondren,  à  Noyon,  dans  la 

mago ,  Belgicœ  secundœ.  Belgique  seconde. 

Prœfectus    Lœtorum    genti-  Le  préfet  des  Laetes  gentils  , 

Uum,Remos  etSylvanectaSyBel-  à  Reims  et  à  Senlis  ,  dans  la 

gicœ  secundœ.  Belgique  seconde. 

Nous  voyons  ici  dans  ces  mots,  nemetacensium , 
Atrehatis,  le  nom  primitif  de  la  capitale  des  Atrehates 
(Nemetacum) ,  employé  comme  un  surnom  de  peu- 
ple, et  le  nom  même  des  Atrehates  y  servant  à  désigner 
la  capitale  de  ce  peuple,  suivant  l'usage  de  ce  temps. 

Le  surnom  de  Contraginenses  vient  de  Contra- 
Aginnum  y  lieu  dont  il  est  fait  mention  dans  l'Iti- 
néraire d'Antonin  ^  Je  ne  nie  pas,  ainsi  que  le  dit 

'  Voyez  V Analyse  des  Itinéraires  romains ,  toni.  m  de  cet  ou- 
vrage. —  Wesseling,  p.  566. 

*  Notitia,  edit.  Pancirol.  ;  Lugd.,  p.  179,  et  Genev. ,  p.  i^'j.  — 
Edit.  Labbe,  §.  65,  p.  122.  Au  lieu  de  Fanomantis ,  lisez  Fano- 
Martis. 

'  Voyez  Wesseling,  p.  579  ,  et  V Analyse  des  Iline'raires ,  toin.  m 
de  cet  ouvrage. 


452  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES. 
d'An\ille  ',  que  Condren  n'ait  tiré  son  nom  de  Contra 
jéginensum;  mais  l'exactitude  des  mesures  démontre 
que  Contrag'inuni  était  situé  à  environ  deux  m^Ules 
romains  au-delà  de  Condren,  du  côté  de  Solssons, 
à  Amlgny-Rouj. 

Ce  n'est  que  dans  la  Notice  qu'il  est  question  de 
Fano-Martis;  mais  la  ressemblance  du  nom  de  ce  lieu 
avec  celui  de  Famars,  les  antiquités  qu'on  a  trouvées 
à  Famars  %  et  enfin  le  nom  àe pagiis  Fanomartensis^ 
dont  Famars  était  le  chef- lieu  dans  le  moyen  âge, 
ne  laissent  aucun  doute  sur  l'identité  de  position 
entre  le  lieu  ancien  et  le  lieu  moderne ,  qui  est  envi- 
ron à  deux  mille  toises  au  sud  de  Yalenciennes. 
f^e  pagus  Fanomavtensis ,  ou  le  canton  de  Famars  , 
était  distingué  du  Halnaut  dès  le  milieu  du  vu''  siècle; 
il  était  renfermé  entre  l'Escaut,  le  Cambrésls,  la 
Fagne  et  le  Halnaut^.  L'historien  Eginhard'^,  les  di- 
plômes des  rois  francs  ^  et  les  anciens  titres^font  men- 
tion de  Valenclennes,  de  Solèmes,  de  Maroilles  près 
de  Landrecies,  et  de  Fichau  près  d'Avènes,  comme 
situés  in  pag'o  Fanomartensi.  Folquln,  qui  écrivait 

'  D'Anville,  Notice,  p.  •244- 

'  On  n'en  a  touvé  aucune  à  Fan,  k  1 1  milles  de  Yalenciennes ,  où 
Cluverius,  Germania  antiqiia,  lib.  ii,  cap.  •as,  p.  4^3,  veut  placer 
Fano-Martis 

'  J.  Desroches  ,  Me'm.  sur  les  dix-sept  pnwinces  des  Pays-Bai 
et  la  principauté  de  Lie'^e,  p.  45 

*  De  Transi.,  SS.  Mart.,  Peiri  et  Marc. 

*  Un  diplôme  du  roi  Lotliaire  ,  de  l'an  85o.  -  Dipl.  Belg.,  lib.  n, 
cap.  ç.  —  Un  diplôme  do  (^diiidebert,  de  l'an  ^oS.  —  Dipl.  Belg., 
lib.  Il ,  cap.  5. 

*  Donation  de  saint  Huiitbert ,  de  l'an  667.  —  Vojez  Cod.  Don. 
Piur.,  1.30.  5. 


PARTIE  III,  CHAP.  VI.  453 

dans  le  x*  siècle,  nous  apprend  que,  de  son  temps, 
pagus  Fanomartensis  était  synonyme  de  Hainaut  '. 

In  provincia  Geraiania  secanda.  Dans  la  Germanie  seconde. 

Prœfectus  Lcetorum  Lagen-  Le  préfet  des  Laetes  de  Liiaige, 
sitim  "* ,  prnpe  Tungros ,  Germa-  à  Tongres,  dans  la  Germanie 
niœ  secundœ.  seconde  ^. 


In  provincia  Aqaitaaia  prima. 

Prœfectus  Lœtoruni  gentilium 
Suevorum,  Arvernos,  Aqidtanias 
primœ  ^. 

In  Gallia. 

Prœfectus  Sarmatorum  et  Taï- 
faloruin  gentilium ,  Pictavis ,  in 
Gallia. 

Prœfectus  Gentilium  à  Chora, 
Parisios  usque. 

Prœfectus  Sarmatorum  gen- 
tilium, inter  Rcmos  et  Ambianos, 
provinciœ  Bclgicœ  secundœ. 


Dans  V  Aquitaine  première. 

Le  préfet  des  Laetes  gentils 
Suèves,  à  Clermont,  dans  l'A- 
quitaine première. 

Corps  de  Sarmates  répandus 
dans  toute  la  Gaule. 

Le  préfet  des  Sarmates  et  de 
la  légion  des  gentil;;  dn  pays 
de  Tiffauge ,  à  Poitiers ,  dans  la 
Gaule; 

Le  préfet  de  la  légion  des 
Gentils, depuis  la  Ville-Auxerrc, 
près  Saint-Moré,  jusqu'à  Paris. 

Le  préfet  des  Sarmates  gen- 
tils, entre  Reims  et  Amiens, 
dans  la  Belgique  seconde. 


'  Fulcuinus ,  de  Gestis  Abbat.  Lobiens.  ,  apud  d'Achery  ,  in 
Spicil.,  tom.  II,  p.  ^Di.  —  Voyez  aussi  Description  de  l'ancienne 
ville  de  Famars ,  Fanum-Martis  dans  Bast ,  Second  supplément 
ou  Recueil  d'antiquités  gauloises  trouvées  dans  la  Flandre  propre- 
ment dite,  p.  i5i. 

'  Lagum  est  Luaiges,  sur  la  rivière  de  Jare  ou  Jecker,  où  le  père 
lîoucher  a  vu  d'anciennes  constructions  romaines.  (Bucherius,  Bclg. 
rom.,  p.  475  et  49^-)  —  Notitia,  edit.  Pancirol.,  p.  179.  —  Edit. 
Labbe,  §.  65,  p.  i-iD. 

'  Notitia  dignit.  imper,  occident.,  edit.  Pancirol.,  Lugd.,  p.  179; 
Geoev.,  p.  147.  —  Edit.  Labbc,  sect.  65,  p.  i23. 

*  Notitia  dignit.,  edit.  Pancirol.,  p.  179-  —  Edit.  Labbe,  §.65, 
P    ''^4. 


454         GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES 

Prœfectus  Sarmatorum  gen-  Le  préfet  des  Sarmates  gen- 

tilium ,  per  tractum  Segalauno-  tils,  dans  le  diocèse  de  Valence. 

rum. 

Prœfectus  Sarmatorum  gen-  Le  préfet  des  Sarmates  gen- 

tilium,  Lingonas.  tils,  à  Langres. 

Prœfectus  Sarmatorum  gen-  Le  préfet  des  Sarmates  gen- 

tilium ,  À ugustodunum .  tils,  à  Aiitiin. 

Les  Teifali  sont  mentionnés  par  Ammien  Marcel- 
lin  et  par  l'historien  Zosime  ',  qui  nous  apprend 
qu'ils  sont  Scythes  d'origine.  La  légion  des  Sarma- 
tes Taïfali ,  dans  les  environs  de  Poitiers ,  forma 
une  peuplade  particulière  qui  y  subsista  long-temps 
sans  se  mêler  avec  les  habitans ,  et  le  canton  qu'elle 
habitait  fut  nommé  Taifali;  ce  nom  a  duré  jus- 
qu'à nos  jours  dans  celui  de  Tiffauges.  Grégoire  fait 
plusieurs  fois  mention  du  peuple  et  du  canton  "  :  il 
faut  donc,  sur  une  carte  de  la  Gaule  ancienne,  in- 
scrire les  Taifali,  aux  environs  de  la  ville  moderne 
de  Tiffauges  dans  l'ancien  Poitou,  actuellement  dans 
le  département  de  la  Vendée ,  et  à  trois  lieues  deux 
tiers  à  l'est  de  Montaigne. 

J'ai  déjà  observé  que  Pasumot,  d'après  des  titres 
et  des  monumens  historiques,  avait  démontré  la  po- 
sition de  Chora  aux  ruines  de  l'ancien  lieu  nommé 

'  «  Adeo  quidem  ut  Thaifalis  natione  scythica.  »  —  Voyez  sur  les 
Taïfali,  Pancirol  in  Notit.  imper,  orient.,  edit.  i625,  p.  58.  — 
Adrien  de  Valois  ,  Notit.  Galliar.,  545.  — Dubos,  Hist.  critique  de 
la  Monarchie  française  y  tom.  i,  p.  284,  et  tom.  iv,  p.  196  et  197, 
édit.  in-i2. 

^  Gregorius  Turon.,  Hist.,  lib.  iv,  cap.  18;  lib.  v,  cap.  y.  — 
Recueil  des  Hist.  de  France,  tom.  11,  p.  212,  D,  et  p.  23^,  D.  — 
Ibid,  de  Vitis  patrum .  cap.  i5.  «  Igitur  beatus  Senoch,  génère 
«  Theïfalus  Pictavi  pagi  quem  Theïfaliam  vocant,  oriundus  fuit.  » 
Voyez  encore  Glaber  Rodolfus,  lib.  v. 


PAPiTIE  III,  CHAP.  Yl.  455 

la  Ville-Auxerre  vis-à-vis  Saint-More'  :  on  plaçait  à 
tort  auparavant  ce  lieu  à  Cravan  ou  à  Cure. 

Du  maître  des  manufactures  d'armes. 


Sub  dispositione  viri  iUustris  ma- 
gisti'i  oflScioruin  '. 

Fabricae  in  Galliis  VIII. 


Argentoratensis ,    —    armorum 

omnium  ; 
Matisconensis ,  —  sagittaria  ; 

Jugustoduncnsis ,  loricaria  ; 

Suesso/tiensis ,  —  scutaria ,  bn- 
listaria  ,  clibanaria  ; 

Remcnsis ,  —  spatharia  ; 

Triberorum ,  —  spatharia  et  ba- 

listaria  ; 
Amhianensis ,   —   spatharia  et 

scutaria. 


Sous  les  ordres  de  l'illustre  maî- 
tre des  manufactures  d'armes. 

Les  manufactures  d'armes  sont  au 
nombre  de  huit  dans  les  Gaules. 

Manufactures  de  toutes  sortes 
d'armes,  —  à  Strasbourg  ; 

—  d'arcs  et  de  flèches,  —  à 
Mâcon  ; 

—  do  cuirasses  loricaires ,  — 
à    Autun; 

—  de  boucliers,  de  batistes,  de 
cuirasses  clibauaires,  —  à 
Soissons  ; 

—  d'éjDées  larges ,  ou  sabres 
spatules,  —  à  Reims; 

—  de  sabres  et  de  balistes, — 
à  Trêves  ; 

—  de  sabres  et  de  boucliers  , 
ù  Amiens. 


Dans  la  Notice,  Triberorum  se  trouve  répété  deux 
fois,  ainsi  : 

I .  Triberorum  spatharia. 
>..  Triberorum  balistaria. 
D'après  cela,  il  semblerait  qaeSuessotiiensis  devrait 

'  Pasumot,  Me'm.  ge'ogr.  sur  quelques  antiquite's  de  la  Gaule, 
p.  S"].  —  Voyez  LeLeuf,  Hist.  d'Au.xerre,  tom.  i,  p.  1 16.  —  Acad. 
des  Inscript..,  tom.  i.  —  Jonas  de  Bobio,  de  Vita  sancti  Columbani, 
cap.  22.  —  Annales  Benedict.,  secul.  iv,  tom.  n,  lib.  i,  subfinem, 
iib.  n,  ineunte.  —  Edit.  Pancirol,  p.  60.    -  Lablje,  sect.  4i,  p.  81. 

'  Pancirol.,  edit.  I.ugdun.,  p.  t3S;  edit.  Genev.,  p.  60.  —  Edit, 
Lal)l)e,  sect.  4'»  P-  81 . 


456        GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DES  GAULES, 
être  répété  trois  fois ,  et  Amhianensis  deux  fois  j 
cette  variation  est  due  à  un  caprice,  ou  à  une  erreur, 
de  copistes. 

J'observerai  qu'il  y  avait  cette  différence  entre  la 
lorica  et  le  clibanus,  que  la  première  sorte  de  cui- 
rasse était  composée  d'anneaux  de  fer  ou  de  parties 
détachées,  et  répondait  à  ce  qu'on  appelait  cotte  de 
mailles,  avant  l'invention  des  armes  à  feu;  au  lieu  que 
clibanus  était  une  cuirasse  formée  par  un  seul  mor- 
ceau de  fer  solide  qui  couvrait  le  corps  comme  un 
vaste  bouclier'.  Ces  deux  sortes  d'armures,  exigeant 
un  travail  tout  différent,  ne  se  fabriquaient  pas  dans 
les  mêmes  manufactures.  Tout  le  monde  sait  que  la 
baliste  était  une  machine  à  lancer  des  pierres.  Les 
sagittaria  fabriquaient  probablement  aussi  des  arcs  : 
car  nous  ne  voyons  pas  que,  dans  la  Notice,  il  soit 
question  à' arcuaria  ou  de  fabricateurs  d'arcs  pour 
le  vicariat  d'Italie,  tandis  qu'il  est  parlé  des  sagù- 
taria. 

'  Voyez  Facciolati,  Totius  latinitatis  Lexicon ,  tom.  i,  p.  479,  et 
tom.  Il,  p.  ^33. 


PARTIE  III,  CHAP.  VIL  467 


CHAPITRE  VII. 

De  la  Gaule  cisalpine  au  commencement  du  second  siècle  de  l'ère 
chrétienne.  —  Détails  géographiques  donnés  par  l'inscription 
gravée  sur  cuivre,  nommée  Table  alimentaire  véléiane,  dite  de 
Trajan. 

Plusieurs  auteurs  ont  voulu  attribuer  à  Trajan 
une  partie  des  changemens  qu'on  observe  dans  les 
divisions  des  provinces  romaines  après  Dioclétien  et 
Constantin;  leur  opinion  est  destituée  de  preuves,  et 
n'est  qu'une  conjecture  sans  aucune  base.  Mais  un 
monument  du  temps  de  cet  empereur  rompt ,  en 
quelque  sorte,  le  long  silence  de  l'histoire  relative- 
ment à  la  géographie  de  la  Gaide  cisalpine,  et  nous 
donne  quelques  notions  précieuses  sur  la  topographie 
de  cette  contrée.  C'est  une  inscription  qui  est  au 
nombre  des  plus  longues  et  des  plus  intéressantes 
de  toutes  celles  qu'on  a  découvertes  jusqu'à  ce  jour  : 
cette  inscription  nous  initie  en  quelque  sorte  dans 
les  subdivisions  les  plus  minutieuses  d'une  grande 
partie  de  la  Ligurie  et  de  la  Gaule  cispadane,  et  même 
dans  le  partage  des  propriétés  particulières. 

Elle  contient  deux  '  obligations  de  deux  sortes  : 

'  Cette  inscription  a  été  trouvée,  en  1747»  dans  les  environs  de 
Macinesso,  à  i8  milles  de  Plaisance,  dans  le  torrent  de  Chero  ; 
les  morceaux  en  furent  réunis  par  Rocca  et  Roncovieri  ;  Muratori 
en  publia,  en  1749,  une  explication  intitulée  :  E sposizione  delV  in- 
signe Tavola  di  Firenze ,  iu-8",  qui  a  été  imprimée  de  nouveau 
dans  le  tom.  ni  de  ses  œuvres;  Arezzo,  1767.  — Maffei,  dans  son 
Muséum  Veronensc ,  1746,  a  aussi  donné  cette  inscription.  — 
Masdeu  l'a  donnée  et  commentée  dans  son  Hisloria  critica  de 
Espahn  ,  tom.  v,  p.  ijç)  à  270;  —  enfin,  Pitarelli  a  fait  paraîtic 
son  explication,  qui  sert  de  base  à  noire  Iraxail;  clic  est  intitulée  .